• Egypte : l’armée sort victorieuse du référendum constitutionnel -
    comment l’armée a falsifié le texte de la constitution
    Claire Talon
    Mediapart, 17 janvier 2014
    http://www.mediapart.fr/journal/international/170114/egypte-larmee-sort-victorieuse-du-referendum-constitutionnel

    Cette répression fait écho aux efforts déployés par les membres du « comité des 50 » chargés de rédiger la constitution, qui ont, quant à eux, pour mieux hâter la tenue du scrutin, laissé les militaires falsifier le texte constitutionnel.

    Le 16 décembre dernier, un mois avant le vote, Mohamed Abul Ghar, président du parti social démocratique et membre du comité, a en effet révélé sur la chaîne privée Al Tahrir les dessous surréalistes de l’établissement du texte :

    La scène se passe après que les rédacteurs, à l’issue d’un dernier vote, ont adopté la version finale du texte. Pour célébrer la fin de leurs travaux, les forces armées ont invité les 50 membres du comité à dîner. L’ambiance est festive. Dans l’euphorie, personne ne songe à ouvrir les exemplaires imprimés du nouveau texte distribués discrètement à la fin du dîner par les militaires. Sauf l’évêque Antonios, représentant de l’Église catholique au sein du comité. À la lecture du préambule, le prélat sursaute : « Ils ont changé notre texte ! écume l’ecclésiastique. Ils ont remplacé "régime civil" par "gouvernement civil" ! »

    « C’était la consternation générale, avoue Mohamed Abul Ghar en direct. On était tous mécontents. Amr Moussa, le président du comité est arrivé, il nous a dit "mais non", je ne sais quoi, il a baragouiné deux trois choses et il est parti. » Et pour cause : en remplaçant « régime civil » par « gouvernement civil », on lève tout obstacle juridique à l’élection d’un militaire ou d’un religieux à la tête de l’État, a affirmé au journal Ahram Online le directeur du département de droit public de l’Université du Caire, Refaat Fouda.

    « On a convenu que j’allais rendre cette affaire publique, et raconter ça aux médias. Mais en même temps, personne n’a voulu faire de vagues, car il fallait absolument que le référendum se tienne et que le texte soit adopté. Donc, on est tous partis comme ça », dit Mohamed Abul Ghar.
    — Mais c’est de la fraude ! La constitution est falsifiée ! s’indigne la présentatrice.
    — Je ne veux pas tout envoyer en l’air : il faut que le référendum ait lieu, répond l’homme politique.
    — Vous êtes quand même un peu spéciaux, vous les libéraux, ose la journaliste. Vous ne laissiez rien passer aux Frères musulmans quand ils étaient au pouvoir, vous envoyiez tout valdinguer dès qu’il y avait quelque chose et là il y a fraude et "pour que les choses avancent", "pour aller de l’avant", allez c’est pas grave, on passe sur ça !
    — On est tous d’accord qu’un petit groupe a manœuvré en coulisses avec Amr Moussa, le président du comité, pour changer le texte en cachette. »