• Mon village entre les deux guerres | Revue du Mauss permanente
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    On lira ici avec un grand intérêt et une certaine émotion, je crois, les souvenirs d’un habitant d’un village du Languedoc (Peyriac-Minervois), aujourd’hui âgé de plus de quatre-vingt dix ans, qui se souvient et nous dit à quoi y ressemblait la vie aux alentours de 1930. Son récit commence comme une énumération des métiers et des occupations des uns et des autres puis, peu à peu, la liste devient récit de mille petites choses, presque insignifiantes et pourtant si parlantes. Plusieurs choses sont frappantes. D’abord l’extrême dureté des conditions matérielles d’existence. Il n’y a aucun confort, la nourriture est pauvre. Le travail très pénible, surtout quand, de surcroît, il faut faire une cinquantaine de kilomètres chaque jour sur des vélos incertains et sans dérailleur pour y aller et en revenir. Mais, pour l’essentiel, le village vit en quasi-autarcie. Il forme une sorte de microcosme presque autosuffisant, comme en atteste l’incroyable quantité et diversité des métiers repérés par l’auteur de ce récit qui a souhaité rester anonyme. Une profusion et une variété qui laissent songeurs à notre époque ravagée par un chômage endémique et l’indifférenciation ou l’insignifiance relative des emplois, qu’ils soient précaires ou stables. Dans cet univers rural des années 1930, au contraire, chacun a un métier et une position spécifiques, aussi modestes soient-ils. Or, si Peyriac est un chef-lieu de canton – quand même ! –, il comptait à l’époque bien moins de mille habitants (et guère plus aujourd’hui). Imagine-t-on aujourd’hui neuf épiceries, deux boucheries, trois boulangeries, quatre laitiers etc. pour si peu de gens ?