• Zahia Dehar : l’éternel fardeau du « parcours atypique » - le Plus
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    Zahia Dehar a un parcours atypique. Qu’elle se soit prostituée ne me choque pas. Qu’elle puisse l’avoir fait sous la contrainte me pose clairement problème. Mais ce qui me pose aujourd’hui problème, c’est le choix des médias de ne parler de sa collection de lingerie qu’au regard de son activité passée.

    • Ben quand même, pour le coup il y a une logique assez claire. Pourquoi cette jeune femme est-elle en situation de lancer une collection à son nom ? Des centaines de jeunes gens rêvent chaque année de lancer leur propre ligne de vêtements sous leur propre nom après avoir travaillé dans les ateliers d’autres créateurs, usé leurs doigts sur des aiguilles, suivi une formation professionnelle, souvent travaillé pour payer leurs études, etc. Pourquoi, elle, peut-elle trouver un financement, payer des ateliers, éventuellement se contenter de sélectionner des modèles créés par d’autres pour y apposer son nom, etc ? Parce que c’est une people (de niveau secondaire). Bon, on peut considérer que la mode est déjà injuste pour y ajouter encore l’arbitraire, mais bon, je m’étonne que le billet passe à côté de cette évidence.

      Du coup, pourquoi cette jeune femme-t-elle une people ? On le sait, parce qu’elle est apparue, en tant que prostituée, dans un scandale médiatique que, personnellement, je n’ai pas suivi du tout. Donc, les médias n’ont pas du tout tort de considérer qu’elle lance une collection de vêtements, pour la seule raison qu’elle est une people qui a obtenu sa notoriété parce qu’elle était une prostituée liée au monde du football.

      Après, on pourrait se dire : surmontons tout ça, et faisons comme si, peut-être, ça serait bien, ça serait une deuxième chance, etc. (voir la dernière phrase de ce billet : « Il paraît que ce qu’elle fait est sympa. Faut que j’aille voir. ») Oui mais bof : elle ne lance pas, disons, une ligne de prêt-à-porter, elle lance… une ligne de lingerie sexy. Elle le fait après avoir organisé un petit buzz sur le Web et sur Twitter, avec force images sexy. C’est-à-dire exactement la même « reconversion » que toutes les stars du porno. Je veux dire : ça n’est même pas original, comme parcours.

      On peut ainsi consulter la fiche Wikipedia de Clara Morgane pour apprendre qu’elle est, de profession, « Entrepreneur en lingerie ».
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Clara_Morgane

      Pour résumer :
      – elle parvient à réaliser le rêve de milliers de jeunes gens qui, eux, soit travailleront très longtemps pour y arriver, soit n’y arriveront jamais, au seul motif qu’elle est une petite people ;
      – elle est une petite people, au seul motif que son nom est apparu dans une affaire de prostitution ;
      – comme toute starlette de la pornographie, elle lance donc une ligne de lingerie, dont on fera semblant de croire qu’elle a bien dessiné et conçu chaque modèle elle-même.

      De quoi voudrait-on donc que parlent les médias ? Je ne suis même pas certain que cette jeune femme souhaite qu’on parle réellement d’autre chose. Après tout, c’est bien son image d’experte en matière de « séduction » qui est ici sa seule raison de vendre de la lingerie (si l’on accepte l’idée tout de même très critiquable que l’expérience dans le sexe tarifé fait l’expertise dans la séduction féminine) : le message pas tellement subliminal est tout de même qu’en achetant cette lingerie, une femme sera aussi attirante pour son boyfriend qu’une call-girl ou qu’une starlette du porno

    • Tu as raison, Zimmermann défend son point de vue militant anti-abolitionniste mais ici ça ne colle pas tellement. Ceci dit, stigmatiser Zahia Dehar reste absurde : ce n’est pas elle qui a créé un système dans lequel les anciennes putes médiatisées (elles ne sont pas très nombreuses, ce sont plus souvent des stars du porno dans ce cas, comme tu le note), des figurant(e)s de téléréalité ou autres people sans talent ont la possibilité de lancer des collections de lingerie, des parfums, des livres de témoignages poignants ou de faire une musique de grande qualité. Il y a des gens derrière cela.