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  • « Torturés par Le Pen » par Hamid Bousselham
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    Une Victoire

    Oui, Jean Marie Le Pen a tor­turé en Algérie, et lui-même a admis avoir usé de la tor­ture en décla­rant notam­ment dans un entre­tien accordé au quo­ti­dien « Combat », le 9 novem­bre 1962 :

    « Je n’ai rien à cacher. J’ai tor­turé parce qu’il fal­lait le faire. Quand on vous amène quelqu’un qui vient de poser vingt bombes qui peu­vent explo­ser d’un moment à l’autre et qu’il ne veut pas parler, il faut employer des moyens excep­tion­nels pour l’y contrain­dre. C’est celui qui s’y refuse qui est le cri­mi­nel car il a sur les mains le sang de dizai­nes de vic­ti­mes dont la mort aurait pu être évitée ».

    Selon le jour­nal offi­ciel fran­çais du 12 juin 1957, le député para­chu­tiste Le Pen décla­rait également « J’étais à Alger offi­cier de ren­sei­gne­ment (...), comme tel je dois être aux yeux d’un cer­tain nombre de mes col­lè­gues ce qui pour­rait être le mélange d’un offi­cier SS et d’un agent de la Gestapo. Ce métier, je l’ai fait... »

    Tous les témoi­gna­ges des Algériens tor­tu­rés par Le Pen rejoi­gni­rent celui de Mohamed Louli, arrêté à Alger le 14 février 1957, et emmené par Le Pen à la villa des Roses, Boulevard Galliéni, aujourd’hui 74 bou­le­vard Bougara :

    « Le Pen m’a tor­turé. Oui, lui per­son­nel­le­ment à l’électricité et à l’eau. Et je l’ai vu aussi tor­tu­rer d’autres déte­nus ».

    Le com­mis­saire prin­ci­pal R. Gilles dans un rap­port à M. l’ins­pec­teur géné­ral de l’admi­nis­tra­tion en mis­sion extra­or­di­naire, préfet d’Alger, rap­por­tait ceci : « J’ai l’hon­neur de porter à votre connais­sance qu’à l’issue de son arres­ta­tion et de sa déten­tion, du 8 au 31 mars, par les para­chu­tis­tes du 1er REP, le nommé Yahiaoui Abdenour, né le 3 juillet 1938, domi­ci­lié 53 avenue Lavigerie à Kouba, s’est pré­senté devant moi et m’a déclaré avoir été l’objet de sévi­ces de la part du Lieutenant Le Pen, et sur son ordre.
    En par­ti­cu­lier, lors de son arres­ta­tion, des fils électriques furent reliés aux lobes de ses oreilles. Le lieu­te­nant Le Pen lui-même fai­sait fonc­tion­ner une magnéto à mani­vel­les à l’aide de laquelle il envoyait des déchar­ges électriques dans le corps. En pré­sence de ce même offi­cier, le jeune Yahiaoui fut frappé avec un nerf de bœuf, et y fut atta­ché nu sur un banc, pieds et poi­gnets liés, et il dut y ingur­gi­ter de force une cer­taine quan­tité d’eau.

    Enfin, il reste cinq jours enfermé dans un « tom­beau », trou creusé dans le sol et fermé par des bar­be­lés, au 74 bou­le­vard Galliéni où il était détenu. A la suite de ces cinq jours de « tom­beau », il ne fut plus mal­traité jusqu’à sa libé­ra­tion. »

    • L’art français de la guerre (Prix Goncourt 2011), page 499 :

      Trambassac s’expliquait à la presse avec beaucoup de clarté. « Nous devons agir, vite, et sans états d’âme. Quand on vous amène quelqu’un qui vient de poser vingt bombes qui peuvent exploser d’un moment à l’autre et qu’il ne veut pas parler, quand il ne veut pas dire où il les a mises, et quand elles vont exploser, il faut employer des moyens exceptionnels pour l’y contraindre. Si nous prenons le terroriste dont nous savons qu’il a caché une bombe et que nous l’interrogeons vite, nous éviterons de nouvelles victimes. Nous devons obtenir très vite ces renseignements. Par tous les moyens. C’est celui qui s’y refuse qui est le criminel, car il a sur les mains le sang de dizaines de victimes dont la mort aurait pu être évitée. »

      Alexis Jenni a t-il eu connaissance de ce livre ?