Comment on peut encore revendiquer quand aucune revendication ne peut être satisfaite
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Les questions auxquelles nous tenterons de répondre en passant par ces deux moments sont : pourquoi ces modes illégaux de lutte font-ils leur réapparition maintenant, pourquoi en France, et pourquoi n’ont-ils pas lieu en dehors du contexte d’un plan de licenciement ?
Luttes illégales en France
S’il est vrai que des cas de séquestrations ou de violences physiques contre des patrons sont avérés dès le Front populaire en 1936, elles sont très rares pendant les Trente Glorieuses, qui vont de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années précédant immédiatement mai 1968. Des quelques exemples qui ont eu lieu pendant cette période, comme en 1961 à Sochaux (patron malmené), ou en 1967 à Ducellieux (séquestration), on n’en trouve aucun qui soit dû à une fermeture d’usine. Ces actions sont menées en vue d’obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. [3]
En mai 1968, on voit la première apparition d’une véritable vague de séquestrations (on n’en compte pas moins de onze cas du 14 à 20 mai) et celles-ci marquent aussi le début des années 1970. Mais la situation économique en France étant encore relativement bonne, au moins jusqu’au choc pétrolier de 1973, la séquestration est là encore utilisée en priorité pour obtenir des augmentations de salaire. Ainsi, à l’usine Egelec-Somarel en 1971, les salariés séquestrent les deux gérants de l’usine pendant 24 heures pour obtenir une augmentation de 50 centimes par heure. À Flixecourt, dans la Somme, les salariés séquestrent le directeur du personnel et quatre cadres pour obtenir des augmentations de salaire et la retraite à 60 ans. Dans l’entreprise Le Joint français, à Saint-Brieuc, trois dirigeants sont séquestrés pendant 24 heures, les ouvriers réclamant une augmentation de 70 centimes par heure et un treizième mois. L’action de groupes maoïstes implantés dans l’usine peut aussi favoriser à l’époque le choix de ce type d’action, qui sont parfois le fait de ces seuls groupes (séquestration d’un cadre de Renault par des membres de la Gauche prolétarienne en 1972). Ce qui est certain, c’est que ces actions sont difficilement comparables aux « luttes désespérées » dont on voit l’apparition dans le secteur de la sidérurgie à la fin de la même décennie. [4]

