Vers une urbanité sécuritaire par Jean-Pierre Garnier
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À l’heure où la nécessité de « défendre la ville » – en fait, l’ordre social capitaliste qui s’impose à celle-ci – contre un ennemi d’autant plus omniprésent qu’il est de moins en moins définissable se fait plus impérative que jamais, un nouveau « modèle » d’organisation et de fonctionnement de l’espace se met en place. À celui de la « ville-forteresse », décrit et dénoncé par le sociologue étasunien Mike Davis, interdisant la pénétration de certains lieux aux fauteurs de troubles réels ou potentiels, se superpose maintenant, en se combinant avec lui, celui de « la régulation des flux par la séparation des circulations selon les publics de façon à éliminer les risques de friction sociale et humaine ». La protection physique de certains espaces va de pair désormais avec la gestion des déplacements.
On est au-delà de la prévention situationnelle classique où il s’agissait d’« aménager les lieux pour prévenir le crime », de les (re)configurer pour influer sur les comportements (architecture dissuasive) à l’aide de toute une série de dispositifs matériels de protection : murs, barrières, clôtures, grilles, glacis, fossés, haies renforcées… auxquels s’ajoutent digicodes, caméras et vigiles. En éliminant également tous les éléments qui peuvent inciter les délinquants réels ou potentiels à se considérer sur leur terrain (impasses, recoins, tunnels, passerelles, coursives, halls traversants, toits-terrasses...). Le tout donne naissance à une ville bunkerisée, panoptique et paranoïaque, composée d’enclaves verrouillées repliées sur elles-mêmes, protégeant leurs habitants ou leurs usagers légitimes contre les individus indésirables. Cela demeure, mais n’est plus suffisant pour garantir la « paix civile ».

