Le retour en grâce du mot « oligarchie » - Temps critiques
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Où passe la frontière entre démocratie et oligarchie ? Tocqueville ne craignait pas d’affirmer que « ce serait faire injure aux républiques que d’appeler de ce nom l’oligarchie qui régnait sur la France en 1793 ». Seuls les États-Unis avaient, selon lui, réalisé une grande république démocratique. Il constatait par ailleurs que les formes démocratiques qui régissaient la direction des villes européennes étaient devenues méconnaissables au xviiie siècle. Au xve siècle, ces villes étaient dirigées par une assemblée générale populaire et le peuple tout entier élisait ses officiers municipaux. C’était à lui qu’on rendait compte, alors qu’au xviiie siècle, l’assemblée n’était plus élue par la masse du public. Elle était partout composée de « petites oligarchies », de quelques familles qui conduisaient toutes les affaires selon leurs intérêts particuliers, sans être responsables envers l’assemblée générale devenue presque toujours représentative. Et, concluait Tocqueville : « Le peuple, qui ne se laisse pas prendre aussi aisément qu’on se l’imagine aux vains semblants de la liberté, cesse alors partout de s’intéresser aux affaires de la commune et vit dans l’intérieur de ses propres murs comme un étranger. Inutilement ses magistrats essayent de temps en temps de réveiller en lui ce patriotisme municipal qui a fait tant de merveilles dans le moyen âge : il reste sourd. Les plus grands intérêts de la ville semblent ne plus le toucher. On voudrait qu’il allât voter, là où on a cru devoir conserver la vaine image d’une élection libre : il s’entête à s’abstenir. »

