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  • Procès Breivik - Publication du premier témoignage (Tonje Brenna)

    Ce premier billet résume le témoignage de Tonje Brenna, qui a déclaré à la presse ces derniers jours être encore rongée par la culpabilité (d’être vivante alors que tant d’autres sont morts).

    Tonje Brenna a été élue en octobre 2010 au poste de secrétaire général des jeunesses travaillistes dont elle est membre depuis 2005. C’est un emploi à plein temps, elle participe à l’organisation de ce camp, qui commence généralement à l’automne de l’année précédente.

    Tonje Brenna : « Pendant le camp d’été, mon rôle est de tout coordonner, les arrivées et les départs de chacun, du premier ministre au simple participant ».

    Tonje Brenna : « Nous avons des routines pour ce qui concerne la sécurité : il existe des plans pour agir en urgence en cas de maladie, épidémie, incendie, catastrophe naturelle. Nous avons tout prévu, sauf ce qui est arrivé le 22 juillet ».

    Tonje Brenna : « Nous avons reçu les nouvelles sur ce qui s’est passé à Oslo et nous nous sommes tous réunis pour avoir plus d’informations. j’ai fait le tour du groupe, prêté mon téléphone et réconforté ceux qui en avaient besoin. Je suis alors sortie à l’extérieur du café, j’ai emprunté le petit chemin de gravier jusqu’à la plaine où se trouvait les tentes. J’ai parlé à mon compagnon au téléphone quand tout à coup j’ai entendu ce que je pensais être des feux d’artifice. Très étonnée, je me suis mise à courir vers l’endroit d’où provenaient les bruits ».

    Tonje Brenna : « Soudain, j’ai vu, juste en face de moi, deux personnes tomber sur le sol. Une autre personne est arrivé vers moi en criant qu’il fallait que courir si je voulais sauver ma vie ».

    Tonje Brenna : « J’ai d’abord pensé que ces deux personnes avaient reçu un choc, où quelque chose comme ça, mais pendant que je courrais, j’ai compris que ces bruits étaient des coups de feu. Je ne me souviens plus la distance sur laquelle j’ai courru avant de rencontrer d’autres personnes. C’était un vrai chaos, les gens courraient les uns vers les autres. Je me souviens avoir rencontré deux jeunes filles, l’une était visiblement blessée et s’est effondrée

    Tonje Brenna : « Il y avait une petite falaise, les gens s’amassaient en haut et se bousculaient pour descendre . Ils se glissaient le long de la pente et espéraient pouvoir se cacher dans le creux. Je me suis glissée à mon tour, avec une jeune fille visiblement blessée. Une autre jeune fille est arrivée derrière, en glissant aussi, mais en arrivant en bas, elle était déjà morte. Je la connaissais. Je ne sais pas quand cette jeune fille a été abattue, mais ça sentait la poudre à canon ».

    Tonje Brenna : « les gens tombaient de chaque côté de là où nous étions, mais nous ne les voyions pas tous. On a seulement entendu que certains tombaient dans l’eau, d’autre sur les rochers. »

    Tonje Brenna : « juste en dessous de là où nous étions, j’ai vu un jeune garçon ensanglanté. Il était conscient, il essayait de parler. J’entendais de nombreuses personnes appeler à l’aide. Les téléphones portables ne cessaient de sonner, et les coups de feu continuaient de tonner tout autour de l’île ».

    Tonje Brenna : « J’ai pensé qu’il fallait essayer de ne pas paniquer, que nous devions rester silencieux. Nous nous parlions les uns aux autres en chuchotant des choses comme "demain nous serons à la maison et nous pourrons regarder le film du samedi avec nos parents" ».

    Tonje Brenna : « j’avais le sentiment d’être complètement abandonnée. Nous étions 40 ou 50 peut-être. Beaucoup autour de nous étaient gravement blessés et nous ne pouvions rien faire. C’était le désespoir ».

    Tonje Brenna : « Après un certain temps, il est revenu, il nous a vu et il a commencé à tirer sur nous. Nous avons reçu une avalanche de pierres. Il me semble que certains tirs ont atteint les rochers. Il a dit que c’était la police qui allait nous tuer. Puis la fusillade a repris pendant une durée que je ne peux estimer. Les cris et les appels au secours n’arrêtaient pas. »

    Tonje Brenna : « Le tireur semblait être à 3 ou 4 mètres, mais je n’en suis pas sur à 100 % ».

    Procureur : « Avez-vous vu son arme ? »

    Tonje Brenna : « Je ne pensais qu’à une seule chose : fermer les yeux et me noyer. Je n’ai pas pu le voir ».

    Tonje Brenna : « Je ne sais pas quand exactement, si c’était pendant ou après la fusillade, mais je suis sur d’avoir entendu des cris de joie après qu’il ait tiré. Si je devais l’épeler, ça serait quelque chose comme « Whoo ! », sur un ton qui exprime une joie évidente. C’est dans mon souvenir, je pense réellement que c’est ce qui s’est passé. Si je n’en étais pas sur, je ne le dirai pas devant le tribunal ».

    Tonje Brenna : « Puis un hélicoptère est arrivé. Ça faisait tellement de bruit que nous avions du mal à entendre les tirs. Puis j’ai eu très peur que l’hélicoptère soit aussi là pour nous tuer ».

    Tonje Brenna : « J’étais à côté d’une jeune fille blessée, je voulais qu’elle reste consciente. Je l’ai prise entre mes bras, de sorte que je savais qu’elle était vivante. Elle a survécu. Les gens appelaient leur famille pour dire adieu. Il faisait froid, nous étions tout mouillés et il y avait du sang partout ».

    Tonje Brenna : « J’ai vu arriver soudain un petit garçon de 8 ou 10 ans… Il m’a dit qu’il voulait nager. Je lui ai dit qu’avec ses bottes en caoutchouc, il allait couler. Il m’a répondu qu’il allait donc les enlever, ce qu’il a fait, puis il est parti nager avec un autre garçon. Ils ont été récupérés par un bateau de plaisance un peu plus tard ».

    Procureur : « Avez-vous pensé à nager vous-même ? »

    Tonje Brenna : « Non. Je n’avais pas le choix. Je ne savais pas quelle était la situation sur l’autre rive, et je ne voulais pas abandonner la jeune fille dont je m’occupais. »

    Tonje Brenna : « Après un moment, tout était calme et tranquille, a part encore quelques cris de gens qui demandaient de l’aide. Un bateau avec apparemment des policiers armés est arrivé. Ils ont crié : "y-a-t-il quelqu’un de vivant ?" Nous avons pensé que nous devions rester encore silencieux. Puis le bateau ambulance est arrivé et nous avons alors compris que ces gens étaient venus pour nous aider ».

    Tonje Brenna : « Les sauveteurs sont arrivés, la priorité était d’évacuer les personnes les plus grièvement blessées. A côté de nous il y avait un jeune garçon qu’ils croyaient mort. Nous l’avions entendu murmurer et il a fallu qu’on se dispute avec eux pour qu’enfin, ils le prennent en charge ».

    Tonje Brenna termine sa déposition en expliquant comment elle a été évacuée et comment elle a pu aider les sauveteurs, et communiquer avec les parents de l’autre côté de la Rive.

    L’avocat de Breivik : « Comment savez-vous que ces cris de joie que vous décrivez venaient de Breivik ? »

    Tonje Brenna ; « Il n’y avait aucune raison pour que qui que ce soit se réjouisse ce jour là ! Je suis sûre de l’avoir entendu ».

    Tonje Brenna : « Nous pensons que ce procès est troublant. Beaucoup d’entre nous ont encore peur. Parmi les membres du groupe, il y a beaucoup de douleur, de chagrin et de tristesse. Il y a maintenant une distinction entre ceux qui étaient sur Utøya et ceux qui n’y était pas . C’est dommage, car nous devons rester unis dans cette adversité ».

    L’avocate des victimes d’Utøya : « Qu’avez-vous ressenti quand vous avez entendu ces rires ? »

    Tonje Brenna : « J’ai pensé que c’était tout à fait inapproprié, et maintenant que vous me le demandez, j’ai aussi pensé tout à coup que c’était quelqu’un qui pouvait être immergé dans un jeu [voire un jeu de rôle]. J’ai eu cette pensée et on a parlé de cela auparavant, dans cette salle [pendant la première et la deuxième semaine du procès]

    Breivik demande la parole.

    Breivik : « Est-il vrai que je n’ai pas le droit de poser les questions directement ? »

    Breivik : « Est-il vrai aussi que si je renonce à mes défenseurs, je pourrai moi-même poser les questions ? ».

    Procureur : « je vous suggère de vous renseigner sur vos droits avec vos avocats ».

    Breivik : « j’ai été informé de mes droits. Je voulais juste poser des questions à Tonje Brenna du point de vue idéologique, mais je comprends que c’est impossible car ce n’est pas politiquement correct ».

    Breivik : « Je veux juste attirer l’attention de la cour sur le fait que j’ai beaucoup de questions à poser, mais qu’on ne me laisse pas le faire ».

    Tonje Brenna vient de finir sa déposition.

    Prochain résumé : Odvar Hansen, un des plaisanciers qui a sauvé de nombreux jeunes en les sortant de l’eau.