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  • Ce deuxième billet évoque le témoignage d’Odvar Hansen, qui se définit lui même comme une personne ordinaire. Habitant en face de l’île d’Utøya, en ce 22 juillet, il s’est précipité pour venir en aide aux jeunes qui étaient dans l’eau. Une fois sur place, il s’est rendu compte qu’il allait falloir choisir qui sauver. Un dilemme terrible dont il ne se remet pas. Voici une synthèse de son témoignage devant la cour.

    Odvar Hansen : « Ce jour-là, je suis revenu plus tôt du travail, c’était calme. Je voulais voir une course cycliste à la télévision. Le programme a été interrompu pour annoncer les événements d’Oslo. Mon épouse est arrivée pour me dire qu’elle avait l’impression qu’il y avait des coups de feu sur Utøya. Je n’ai pas réagi immédiatement, mais les coups de feu continuaient ».

    Odvar Hansen : « Mon épouse m’a informé que le Thorbjørn [le petit ferry qui fait la liaison avec l’île] partait en direction de Sundvollen, ce qui n’arrive jamais (quelque chose était anormal) car le bateau ne fait jamais rien d’autre que l’aller-retour entre l’île et la rive ».

    Odvar Hansen : « Puis, il y a eu d’autres interruption à la télévision, nous avons vu Jens Stoltenberg qui annonçait qu’il y avait aussi des problèmes sur Utøya. Et comme nous entendions les tirs, nous avons compris que quelque chose de terrible se passait là-bas ».

    Odvar Hansen : « Nous avons compris que nous devions très vite aller sur place. Alors que je sortais, mon épouse m’a informé qu’il y avait beaucoup de monde dans l’eau : ils nageaient pour s’éloigner de l’île. Nous avons une vue dégagée sur Utøya ».

    Odvar Hansen : « Nous avons un bateau assez rapide. Au fur et à mesure, nous avons réalisé qu’il se passait quelque chose de terrible. J’ai pensé que je devais apporter mon fusil. C’était comme un automatisme, un mécanisme de défense et je pensais que c’était de la folie d’y aller sans me protéger ».

    Odvar Hansen : « Nous sommes partis à pleine vitesse vers Utøya. Je ne savais vraiment pas ce qui nous attendait là-bas, les pensées s’entrechoquaient dans ma tête ».

    Odvar Hansen : « Puis, nous avons aperçu le "Reiulf", l’ancien bateau des jeunesses travaillistes, plein à craquer. Il était au milieu du fjord. J’ai pensé que c’était une bonne idée d’aller jusqu’à eux pour leur demander ce qui se passait ».

    Odvar Hansen : « J’ai vu que quelques bateaux commençaient à arriver du camping d’Utvika, environ un dizaine, et j’ai donc décidé d’aller de l’autre côté de l’île, là où il n’y avait pas encore de bateaux ».

    Odvar Hansen : « Les jeunes arrivaient de partout, de tous les côtés. Nous avons rencontré deux jeunes filles que nous avons pris à bord, puis d’autres encore après ».

    Odvar Hansen : « Puis, j’ai vu qu’il y avait un groupe important sur un coin de l’île qui s’appelle "Syrspissen". Ils ont commencé à nager vers nous et nous appelaient pour que nous nous dirigions vers eux ».

    Odvar Hansen : « Et là, nous avons fait un choix… Nous avons fait le choix de secourir plutôt ceux qui était loin dans l’eau [pensant qu’ils étaient plus en danger que les autres]. Ce choix a été très douloureux pour moi, après coup [quand tout était terminé], car j’ai su que c’est précisément là que Breivik a fini son équipée… ».

    Odvar Hansen : « Nous avons ensuite été sur le côté ouest, vers la pompe. Nous y avons pris en charge une jeune fille. Pendant que nous la faisions monter dans le bateau, un coup de feu à claqué. Je n’ai pas vraiment entendu le coup, mais l’eau a giclé à l’arrière du bateau. Nous nous sommes enfuit le plus vite possible. Ceci se passait à environ 150 mètres de l’île ».

    Odvar Hansen : « Il y avait vraiment du monde dans l’eau. Nous sommes arrivé à un endroit ou il y avait 20 ou 30 personnes. Je pouvais voir les impacts de balles dans l’eau, autour de ceux qui nageaient. Nous sommes repassés devant "Sydspissen" à nouveau et nous nous sommes dirigés vers la ferme de Lien où avait accosté le "Reiulf" ».

    Odvar Hansen : « On a déposé les trois jeunes filles que nous avions à bord. Nous sommes ensuite reparti à pleine vitesse vers Storøya. Mais il y avait tellement de monde dans l’eau, j’ai fait attention [j’ai ralenti] pour éviter de percuter quelqu’un. Nous tentions aussi de voir où était la police ».

    Odvar Hansen : « J’ai vu le Zodiac avec la police [la force Delta] à l’arrêt [ils étaient en panne de moteur], ils ont été transbordés sur le bateau d’un plaisancier venu à leur rencontre. Ils naviguaient car ils étaient très nombreux dans ce petit bateau ».

    Odvar Hansen : « Ils nous ont fait signe de venir, et quand nous sommes arrivés, 4 des 10 policiers ont sauté dans notre bateau. Nous avons ensuite pris la direction d’Utøya. J’ai demandé à la force Delta s’ils voulaient arriver sur l’île en différents endroits ou attendre l’autre bateau . Ils m’ont demandé d’aller aussi vite que le bateau pouvait, si je connaissais l’île, si j’avais vu le tireur, et si je savais quel type d’arme il avait ».

    Odvar Hansen : « je leur ai demandé où exactement ils souhaitaient que je les débarque, ils m’ont répondu que je pouvais choisir l’endroit. Je les ai finalement déposé au port. J’ai entendu l’un des policiers dire qu’il fallait s’attendre à ce qu’ils leur tire dessus ».

    Odvar Hansen : « moi et mon épouse nous sommes abaissé autant que possible pendant que la force Delta débarquait du bateau. C’était très particulier. Nous nous attendions à ce qu’il nous tire dessus, mais nous n’avions pas peur ».

    Odvar Hansen : « Un jeune garçon a soudainement déboulé de la forêt. Les policiers l’ont rapidement contrôlé et lui ont demandé de monter sur notre bateau. J’ai senti qu’on ne pouvait pas attendre plus longtemps. Je n’avais pas très envie de rester plus longtemps à cet endroit ».

    Odvar Hansen : « Nous sommes repartis en directions de Storøya. Les six autres policiers de la force Delta sont arrivés très vite après nous ».

    Odvar Hansen : « Quand le premier groupe de policier est arrivé avec moi, il n’y avait pas de tirs. Ils ont rencontré un premier groupe de jeunes, Lorsque le deuxième groupe de policiers est arrivé, les tirs ont repris, ce qui leur a permis de localiser le tireur et enfin de l’arrêter ».

    Odvar Hansen : « Je savais que j’avais peu d’essence, ça m’ennuyait car je savais que j’allais devoir faire beaucoup d’aller-retour . J’ai appelé mon oncle pour qu’il m’amène un jerrican ».

    Odvar Hansen : « Nous sommes allé sur la rive, là où le « Thorbjørn » avait accosté. J’ai sauté sur le ferry et demandé au capitaine comment ça allait. Il ma répondu que sa compagne avait été abattue [Monica Bøsei, que tout le monde appelait « mère Utøya » car elle était responsable de l’île. C’est la première ou la deuxième victime de Breivik] ».

    Odvar Hansen : « j’ai ressenti un immense frisson dans le dos ».

    Odvar Hansen : « c’était chaotique, nous nous savions pas s’il avait été arrêté, si nous pouvions aller secourir ceux qui avaient besoin d’aide. La seule chose que nous savions, c’est que la voiture de Breivik était là et nous craignions qu’elle ne contienne une bombe ».

    Odvar Hansen : « Un autre bateau est arrivé sur la rive avec des jeunes d’utøya, ils étaient paniqués, véritablement hystériques quand ils ont vu les uniformes de police. "êtes vous des vrais policiers ?" ont-ils crié. Les ambulances et la police commençaient à arriver en nombre.

    Odvar Hansen : « J’ai refait le plein d’essence et je suis reparti sur Utøya avec deux policier à bord. Nous étions au moins trois bateaux de plaisance à servir à ce moment là ».

    Odvar Hansen : « On nous a demandé de tourner autour de l’île [à ce moment, les policiers ne savent pas si Breivik est seul ou s’il a des complices]. Nous avons vu des corps sur les côtés de l’île. Nous avons supposé que ces gens étaient morts. Nous nous sommes approchés, les policiers ont sauté sur l’île pour vérifier. Ils avaient été tués ».

    Odvar Hansen : « C’était un peu plus calme maintenant. Sachant que le tireur était habillé en policier, je me suis dit que si j’en voyais un qui me faisait signe, je n’irai pas à sa rencontre… Je suis revenu vers la rive pour voir si je pouvais encore être utile ».

    Odvar Hansen : « On nous a demandé de rester un peu pour chercher d’éventuelles victimes dans l’eau, des habits… Nous n’avons rien trouvé d’autre que des habits ».

    Odvar Hansen : « Nous sommes rentrés à la maison vers 22:30 en faisant le tour de l’île encore une fois. Il y avait de nombreux morts tout le long , spécialement à "Sydspissen" ».

    Odvar Hansen : « A propos de "Sydspissen" nous sommes vraiment déchirés. Si nous avions pu arriver plus tôt… Et après, nous avons fait un choix terrible. Mais comment savoir dans ces conditions ? ».

    Le procureur demande comment ça va depuis.

    Odvar Hansen : « Il y a des haut et des bas. Pour nous, gens ordinaires, c’est difficile de comprendre ce qui s’est passé. Tout cela n’a aucun sens ».

    Procureur : « Vous avez fait un travail extraordinaire ».

    Odvar Hansen : « beaucoup de gens ce jour là ont fait un travail extraordinaire. Nous sommes restés en contact avec certaines des victimes que nous avons sauvé. C’est ce qui reste de beau ».

    Breivik demande la parole.

    Breivik : « Le témoin a dit que j’avais tiré sur le bateau . C’est vrai. Quand j’ai vu que les bateaux essayaient de secourir les activistes politiques, ces endoctrineurs des jeunesses travaillistes, j’ai tiré des coups de semonce. Si j’avais voulu les tuer, je l’aurai fait, mais j’ai considéré que c’était des civils. Je n’ai donc tiré que pour faire peur ».

    Fin de la déposition d’Odvar Hansen, le deuxième témoin.