Nidal

Auteur du blog Loubnan ya Loubnan. Je signe d’un pseudonyme arabe et j’écris essentiellement sur l’actualité libanaise, mais je suis français et je vis en France.

  • Je vous livre la traduction de la deuxième partie du billet d’As‘ad AbuKhalil dans la version anglaise du Akhbar : Le Liban au bord du précipice (II sur II)
    http://english.al-akhbar.com/blogs/angry-corner/lebanon-brink-ii-ii

    La crise actuelle au Liban – comme toutes les crises de l’histoire contemporaine libanaise – ont des dimensions domestique et étrangère. Typiquement, les enjeux locaux ont des ramifications étrangères, et vice versa.

    Il serait injuste de soutenir que le leadership incompétent de Saad Hariri serait largement responsable de la crise, alors que l’homme s’est contenté d’implémenter des politiques dont l’origine est à Washington et à Riyad. Son père, comme lui, était tout juste un outil au service des puissances étrangères (principalement l’Arabie séoudite, la Syrie, la France et les États-Unis, mais sa loyauté envers l’Arabie séoudite dépassait ses autres loyautés).

    Rafik Hariri a été capable de négocier avec ses patrons pour pouvoir ajuster [leurs politiques] aux paramètres domestiques du Liban. Saad Hariri connaît peu de choses du pays qu’il a reçu la tâche de diriger par décret de la Maison des Saoud. Mais les politiques de Saad lui ont été livrées depuis Riyad et Washington.

    Le plan d’agitation sectaire des sunnites contre les chiites est le produit d’un plan étatsunien-séoudien pour isoler l’Iran et le Hezbollah, et pour détourner l’attention (et l’hostilité) des Arabes envers Israël vers l’Iran.

    Le plan s’est intensifié au Liban après 2006 quand Israël a échoué à vaincre et désarmer le Hezbollah. Israël avait besoin d’un autre coup contre le Hezbollah : les clients des États-Unis et des Séoudiens ont défendu les intérêts israéliens depuis l’assassinat de Rafik Hariri (il y a toujours un camp dans le conflit libanais qui est aligné, ouvertement ou de manière secrète, avec Israël).

    Le plan était de promouvoir une campagne sectaire sunnite contre le Hezbollah. En l’espace d’un an ou deux (et même avant les événéments du 7 mai 2008, que la propagande de Hariri a présenté comme des journées d’horreur telles que le Liban n’en aurait pas connu de toute son histoire), Jeffrey Feltman et le prince Muqrin d’Arabie séoudite (le chef des renseignements) ont cru qu’ils tenaient un plan brillant pour saper les bases du soutien au Hezbollah.

    Le plan a réussi. En moins de deux ans, l’opinion publique sunnite s’est retournée contre le Hezbollah et Hassan Nasrallah. Mais les conspirateurs n’avaient pas anticipé toutes les conséquences de leur plan. Les chiites se sont sentis menacés et cela a cristallisé leur soutien au Hezbollah, et l’agenda sectaire du camp Hariri n’a finalement laissé aux chiites aucune place pour des chiites non-Hezbollah (malgré les efforts comiques de l’Ambassade américaine et du renseignement séoudien pour promouvoir « des chiites modérés » – des gens sans aucun statut dans leur communauté, et qui étaient souvent tout juste des escrocs à la recherche d’argent facile).

    L’autre conséquence a été que les bénéficiaires logiques de l’ordre du jour sectaire n’étaient autres que les groupes fanatiques sunnites salafistes (jihadistes). Des groupes qui servaient à recruter des volontaires pour rejoindre Al Qaeda en Irak étaient désormais actifs dans le camp Hariri et recevaient de l’argent étatsunien-séoudien (et dans certains cas des armes).

    Mais le camp salafiste était très agité dans le camp Hariri. Ils voulaient un agenda plus agressif en Syrie et demandaient un engagement militaire. De plus, Saad Hariri ne pouvait pas s’adresser à la base des sunnites pauvres, parce qu’il ne se souvient des gens de Tripoli, du Akkar et de la Bekaa qu’une fois tous les quatre ans pour les élections.

    La base s’est alors tournée dans une direction salafiste plus radicale, et Hariri est en dehors du pays depuis plus d’un an maintenant. Les extrémistes salafistes locaux contrôlaient désormais la « rue » sunnite et recevaient (comme le député militant ben-ladiste Khaled Daher) directement les financements séoudiens du prince Muqrin, sans avoir à passer (comme auparavant) par le bureau Hariri qui monopolisait les financements des groupes pro-séoudiens au Liban. Cette « décentralisation » a permis aux leaders locaux de recruter directement parmi les jeunes chômeurs pauvres du Akkar, de Tripoli et de la Bekaa.

    Mais il ne serait pas juste d’accuser le seul camp Hariri de sponsoriser ces tendances. Les rivaux de Hariri à Tripoli (à savoir Najib Mikati et Muhammad Safadi, qui souffrent tous deux d’une manque de charisme et de compétences sociales défaillantes avec les masses) ont cherché à gagner plus de soutien électoral en finançant ces groupes militants salafistes.

    Il est non seulement possible que le mouvement salafiste soit désormais hors de contrôle (c’est-à-dire hors du contrôle du camp Hariri), mais aussi qu’il ait abandonné la cause séoudienne (tout en recevant de l’argent de l’Arabie séoudienne et du Koweit). Il n’est pas totalement impossible d’imaginer une situation où des recrues d’Al Qaeda se rendent dans le Nord du Liban pour recevoir un entraînement militaire. En fait, cela est peut-être déjà en train de se passer avec des groupes de Syrie qui reçoivent leur entraînement dans le Akkar.

    Les récentes escarmouches entre des groupes salafistes armés et l’armée libanaise ont peut-être pour but d’expulser l’armée de la région pour obtenir la liberté de mouvement politique et militaire. Cela ne pourrait que s’aggraver. Nasrallah s’est montré très efficace à contenir la jeunesse chiite, mais le public est en train de bouillir de colère, et le mouvement Amal, lui, est beaucoup plus sujet que le Hezbollah aux affrontements confessionnels et aux actes de brutalité. Amal est peut être en train de gagner du terrain.

    J’avais traduit la première partie ici :
    http://seenthis.net/messages/70401