L’Armée syrienne libre face au piège du sectarisme
http://www.lemonde.fr/international/article/2012/06/06/l-armee-syrienne-libre-face-au-piege-du-sectarisme_1713516_3210.html
Un combattant arrive, la barbe très fournie. Mi-sérieux, mi-moqueurs, les autres l’appellent le cheikh, en raison de sa piété. « Voilà notre terroriste d’Al-Qaida ! », plaisante Hassan, avant de préciser : « Il connaît le Coran mieux que nous, il nous guide lors de la prière. » Abou Mohammed, le cheikh, a forcé le respect de ses frères d’armes en restant calme dans les situations les plus délicates. Mais lorsqu’il les surprend penchés sur l’écran d’un portable qui affiche la photo anodine d’une jeune fille non voilée, sa condamnation est sans appel : "Haram ["impur"] !"
Ismaïl, un jeune informaticien de Kabani, déplore ce manque de tolérance. Durant ses études à Lattaquié, il est tombé amoureux d’une jeune alaouite. Il espérait l’épouser, mais la révolution a bousculé ses desseins. Contraint de quitter Lattaquié, il a rejoint sa famille dans le djebel. « Elle aurait voulu qu’on reste ensemble, mais ma famille n’aurait jamais accepté. » Ismaïl baisse les yeux, sort de sa poche son téléphone. « Nous nous parlons presque tous les jours. En cachette. Mais un de mes frères m’a surpris, et depuis il se moque de moi. » Jadis courtisées par la jeunesse sunnite, les femmes alaouites sont aujourd’hui raillées pour leur prétendue légèreté.
Vendredi, alors que le cheikh se mêle aux villageois, Ismaïl profite d’un creux dans les conversations pour lui poser la question qui le démange. « Epouser une chrétienne, cela ne pose aucun problème », assure son interlocuteur. « Et une femme alaouite ? » Après un silence, le cheikh tranche : « Ce n’est pas conforme à l’islam. »
Étonnant article du monde :
– le titre est grave (« piège du sectarisme ») ;
– seul le premier paragraphe présente, presque sur le ton de la plaisanterie, un « checkpoint » où, « s’il était tombé sur un alaouite, il aurait confisqué la voiture » (ohhhh…) ;
– et toujours sur un ton léger, la suite de l’article suggère qu’un jeune homme « arbore une barbe noire, encore peu fournie » et que sa famille se moque des amours d’un petit jeune.
Donc le Monde dénonce la dérive « sectaire » de l’Armée syrienne libre, mais en gros, l’aspect « salafiste » concerne surtout la taille du poil :
Au contraire, les jeunes ont la barbe. « La plupart des thuwar portent la barbe sans moustache, à la manière des salafistes. C’est presque devenu un signe de reconnaissance », explique Ahmed, dont la barbe est née avec le soulèvement : « La révolution m’a révélé ma foi. J’ai compris l’importance des valeurs morales. Je veux désormais régler ma vie selon les principes de l’islam. »

