• Prendre le parti pour le tout | Jean Zin
    http://jeanzin.fr/2012/05/08/prendre-le-parti-pour-le-tout

    Ce n’est pas parce qu’un président est élu avec un peu plus de 50% des voix qu’il n’y a pas presque une moitié de l’électorat qui n’en voulait pas et qui ne va pas disparaître soudain du paysage comme par enchantement. C’est ce qu’on ne veut pas reconnaître, l’existence des autres. Il est un fait qu’il y a des gens de droite et même des fachos comme il y a des staliniens à gauche, la diversité est infinie qu’on voudrait ramener à l’unité d’un peuple qui ne se soude pourtant que dans la guerre (si ce n’est le sport), n’ayant alors de commun que son ennemi (tout comme l’unité d’un parti se limite à son adversaire). Prétendre parler au nom du peuple, du prolétariat, des femmes, des écologistes, etc., est une imposture qui se dénonce d’elle-même la plupart du temps par les scores infinitésimaux de ceux qui y croient pourtant dur comme fer mais ce n’est guère différent quand c’est une majorité qui se prend pour la volonté générale. En soi, la démocratie majoritaire a quelque chose de totalitaire impliquant la domination d’une moitié de la population sur l’autre, ce à quoi on devrait opposer une démocratie des minorités plus juste dans la détermination d’un intérêt général moins partisan.

    #démocratie

    La véritable vie démocratique se situe à un niveau beaucoup plus modeste, le plus souvent local et c’est à ce niveau qu’on pourrait construire des alternatives en dehors de toute utopie ou espérances mystiques. Il ne s’agit pas, en effet, de renoncer à l’alternative et se contenter d’un réformisme mou ne faisant qu’à peine atténuer une extension programmée de la misère. Certes, celui qui a été élu est justement celui qui a fait le moins de promesses mais on ne peut se contenter de limiter les dégâts, il y a urgence. Imaginez cependant qu’on abandonne le fantasme de changer le monde par des élections, qu’on prenne conscience qu’on fait partie de l’Europe et d’un monde désormais interconnecté où les pays les plus peuplés ne vont pas arrêter de se développer, qu’une alternative ne peut venir d’en haut mais seulement se construire patiemment par le bas. Nos sociétés riches ne manquant pas de ressources inexploitées, on verrait peut-être alors toute cette énergie militante se tourner vers une politique de proximité (relocalisation et développement humain), construisant sur les débris de la crise une toute autre façon de vivre et de produire plutôt que la sauvegarde d’un monde qui s’écroule.

    • ici aussi :
      http://jeanzin.fr/2012/07/09/ne-pas-surestimer-nos-moyens

      De quelque façons que je considère la situation, je ne vois aucune autre voie qui nous reste ouverte que la voie communale. Si je croyais qu’on pouvait prendre le pouvoir sur le monde, pourquoi me soucierais-je de petites initiatives locales ? C’est qu’il n’y a de communisme que de la commune, dans cette démocratie de face à face où l’on sait bien qu’on ne peut décider de tout sans se soucier des voisins. Il ne fait aucun doute qu’engager une municipalité dans des expériences alternatives comme les monnaies locales et les coopératives municipales paraît tout aussi utopique. On peut du moins miser sur le nombre et le local fait partie en tout cas de notre rayon d’action. S’il faut agir et ne pas se laisser faire, que ce soit à ce niveau où l’on peut voir le résultat de nos actes au moins, et non en se réfugiant dans la nostalgie d’idéologies surannées ou en voulant reconstruire une France mythique. Là aussi, c’est l’urgence qui devrait être décisive.