• Festival de Cannes : le cinéma (presque) sans les femmes - Terriennes
    http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/Terriennes/Dossiers/p-25412-Festival-de-Cannes-le-cinema-presque-sans-les-femmes.htm

    Qu’écrit donc de si terrible Manohla Dargis dans son compte-rendu de La vie d’Adèle : " Cette extravagance indisciplinée de 2h59 suit l’éducation sentimentale de son héroïne Adèle, entre ses 15 et 20 ans et le changement de sa vie opérée par son amour avec une autre femme. (.../...) Une heure et demi après le début du film, les deux se retrouvent au lit - et même si je n’ai pas chronométré, cela m’a semblé aussi interminable que pour ce confrère qui s’est plaint d’avoir du regardé sans sa montre. (.../...) Cette intimité est censée nous faire approcher au plus près de la conscience d’Adèle. En réalité, avec la caméra pointée sur sa bouche ouverte et son corps offert, même lorsqu’elle dort et que son joli derrière est si bien cadré, le film dit bien plus bien plus sur les désirs de Kechiche que sur quoi que ce soit d’autre. Il est décevant que Mr Kechiche, dont l’oeuvre englobe « La graine et le mulet » et « Vénus noire » - un autre exercice de voyeurisme - (Venus noire est un film sur une femme exhibée lors des expositions coloniales en France, ndlr), semble si loin ou si peu intéressé par les questions des représentations du corps féminin que les féministes posent depuis des décennies. Aussi sympathiques que sont les personnages et la quantité prodigieuse de larmes produites par Adèle Exarchopoulos (l’actrice principale, ndlr) lors de quelques moments poignants, Mr Kechiche s’inscrit comme ignorant des femmes. Il est aussi nul que ces mâles qui papotent à l’infini sur le mystique orgasme féminin et l’art, inconscient des barrières que les artistes femmes rencontrent ou pourquoi ces barrières pourraient expliquer la nature de l’art produit qui durant des siècles a défiguré la nudité des femmes. « Les hommes regardent les femmes », écrivait le critique d’art John berger en 1972, « et les femmes se regardent ainsi regardées ».

    Et le point de vue de Julie Maroh, auteure de la BD dont est tiré le film :

    Le bleu d’Adèle
    http://www.juliemaroh.com/2013/05/27/le-bleu-dadele

    Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t’il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque : un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Les seuls qu’on n’entend pas rire ce sont les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes.
    Je comprends l’intention de Kechiche de filmer la jouissance. Sa manière de filmer ces scènes est à mon sens directement liée à une autre, où plusieurs personnages discutent du mythe de l’orgasme féminin, qui… serait mystique et bien supérieur à celui de l’homme. Mais voilà, sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux.
    En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets.
    Mais j’attends aussi de voir ce que d’autres femmes en penseront, ce n’est ici que ma position toute personnelle.

    #femmes #cinéma #Cannes #féminisme #homosexualité

    • très réussi le Tumblr plein de .gif
      Je me demande si une telle exaspération exprimé par l’équipe technique est une chose courante. C’est la première fois que j’observe cela.
      Et les remarques de l’auteure de la BD c’est pas bon signe pour le film.
      Sinon pour la « venus noire » qui raconte la vie de Saartjie Baartman j’ai été très impressionnée par ce film, et il me rend perplexe. J’ai trouvé personne dans mon entourage pour en discuter.

      J’ai trouvé ceci sur l’actrice
      http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/10/26/le-rayonnement-de-l-actrice-yahima-torres_1431370_3476.html

      Elle évoque en souriant "huit mois de préparation intensive, des professeurs de théâtre, de danse tribale et d’afrikaner, un régime protéiné, des exercices de musculation, une prise de poids de 16 kilos, à quoi s’ajouteront « trois mois de tournage épuisants, au cours desquels il fallait surtout ne pas s’abîmer dans le rôle, faire au maximum le vide et essayer de se préserver ».

      Ce qu’elle a visiblement réussi à faire, si l’on en juge par le rayonnement qui se dégage de sa personne. Sans doute Abdellatif Kechiche y est-il pour quelque chose, lui qui est, selon les mots de Yahima, « très humain, surtout avec les femmes ».

      et cet interview aussi
      http://www.youtube.com/watch?v=ocy4UjYOfnM

      mais j’ai pas trouvé d’actualité sur elle. Gogol m’indique qu’elle a une page fesse-bouc mais je ne peut pas y aller, because facebookophobie ^^

    • Jamais l’inspection du travail ne s’est risqué à inspecter une production subventionnée, alors que la profession elle-même revendique le recours permanent au travail gratuit.

      Par contre, pour aller inspecter les agriculteurs, il y aura toujours du monde

    • Est-ce que ce grand jeu de massacre du génie tyrannique est vraiment indispensable à la manifestation de l’Art ?
      Heureusement non, mais un grand artiste (et Kéchiche, depuis son modeste La faute à Voltaire l’est, je pense) est au service de l’œuvre, ce qui peut se faire au détriment de beaucoup de choses, à commencer par l’existence de l’artiste lui-même. C’est un peu cliché, mais pour avoir été assistant d’un grand nombre d’artistes en vingt ans, je pense que c’est vrai. Je connais des artistes qui savent exister et qui restent de grands créateurs en même temps, mais ils produisent une œuvre tous les trois ans.
      Mon frère a été technicien de cinéma, et en général, plus le réalisateur est considéré, en temps qu’artiste, et plus les gens de l’équipe prennent sur eux pour supporter les conditions, pas forcément par engagement artistique, mais parce que pour bosser sur une série médiocre de TF1, avoir travaillé sur une palme d’Or (ou sur un film d’un réalisateur exigeant), ça impressionne. Mais Kéchiche a l’air particulièrement insupportable pour les techniciens (mais très flatteur pour les acteurs).

      En tout cas j’ai beaucoup aimé le texte de Julie Maroh, grande maturité de l’auteure qui accepte de lâcher sa création pour qu’un autre artiste puisse créer les mains libres. Ses remarques sur la sexualité sont par ailleurs très intéressantes - il faut dire que ce n’est le sujet le plus facile à filmer avec justesse, puisqu’on porte un regard extérieur et distancié sur l’intime, ce qui est un peu antinomique.

    • Heureusement non, mais un grand artiste (et Kéchiche, depuis son modeste La faute à Voltaire l’est, je pense) est au service de l’œuvre,

      L’oeuvre est la plus belle définition qu’on puisse trouver de l’horreur sans coupable, du « responsable, mais pas coupable ». C’est pas moi, monsieur, c’est l’oeuvre.

    • @mad_meg, cette interview est vraiment douloureuse, jusqu’au présentateur à 6:45 compatissant qui lui dit « Il vous a trouvé dans la rue, Abdel Kechiche » comme si elle devait retourner indéfiniment à son rôle d’objet. #arggg

    • Julie Maroh est très claire :

      Moi ce qui m’intéresse c’est la banalisation de l’homosexualité.
      Je n’ai pas fait un livre pour prêcher des convaincu-e-s, je n’ai pas fait un livre uniquement pour les lesbiennes. Mon vœu était dès le départ d’attirer l’attention de celles et ceux qui :
      – ne se doutaient pas
      – se faisaient de fausses idées sans connaître
      – me/nous détestaient
      Je sais que certains sont dans un tout autre combat : garder cela hors-norme, subversif. Je ne dis pas que je ne suis pas prête à défendre cela. Je dis simplement que ce qui m’intéresse avant tout c’est que moi, celles/ceux que j’aime, et tous les autres, cessions d’être :
      – insulté-e-s
      – rejeté-e-s
      – tabassé-e-s
      – violé-e-s
      – assassiné-e-s
      Dans la rue, à l’école, au travail, en famille, en vacances, chez eux. En raison de nos différences.

      Par contre Kechiche (pour rassurer les lecteurs du figaro ?) s’est défendu d’avoir fait un film militant homosexuel.

      http://www.lefigaro.fr/festival-de-cannes/2013/05/23/03011-20130523ARTFIG00561-abdellatif-kechiche-la-vie-d-adele-n-est-pas-un-f

      Il y a 2 jours – « La vie d’Adèle n’est pas un film militant homosexuel ». C’est ce qu’expliquait Abdellatif Kechiche au Figaro, à propos de son film

      Au point que le film, et ses scènes de sexe, se justifie par la nécessité de satisfaire la phallocratie des spectateurs ? Difficile de savoir si le même film entre deux hommes aurait pu se défendre si curieusement de ne pas être pro-homosexuel.

    • Au point que le film, et ses scènes de sexe, se justifie par la nécessité de satisfaire la phallocratie des spectateurs ?

      N’accablons pas le spectateur des traits des critiques, financiers, et professionnels du cinéma qui sont la petite élite à laquelle on cherche à plaire en faisant un film pour Cannes bien plus qu’un public qui préfère les films américains.

      Illustration :

      http://www.lexpress.fr/medias/4774/2444581_director-roman-polanski-and-cast-members-arrive-for-the-screening-of-the-film-la-venus-a-la-fourrure-in-competition-during-the-66th-cannes-film-festival.jpg

    • Difficile de savoir si le même film entre deux hommes aurait pu se défendre si curieusement de ne pas être pro-homosexuel.

      et difficile de savoir si un film entre deux hommes aurait bénéficié d’un tel esthétisme érotique...
      Terrible la photo de @bp314..
      Le monde s’écroule et le cinéma français ne parle que de cul bien en milieu bourgeois, ou au mieux de transgression, mais en Tunisie.

      @Paulo : vous rendez-vous compte de niveau de transgression dont est capable le cinéma aujourd’hui dans sa vitrine cannoise ? Nib, que dalle... Rien n’a changé depuis Marilyn Monroe..

    • @petit_écran_de_fumée Faut-il que le spectateur adopte une démarche éthique, à savoir « consommer » une oeuvre produite de façon éthique, ou la rejetter (la boycotter) sinon ?
      L’histoire de l’art se résumerait aux peintures de mon voisin très gentil, aux chansons de Céline Dion et aux films de Dany Boon et de Max Pécas.
      Sans compter le nombre de gens en vérité imbuvables ou suspects qui ont réussi à mettre le meilleur d’eux-mêmes dans leur œuvre, et à transmettre et à partager ce qu’ils ont de bon, même si leurs collaborateurs ou leurs proches n’en profitent pas (je pense subitement à Hergé, Vandersteen et Tezuka).
      Il existe un livre qui parle de ça, Contre l’art et les artistes, de Jean Gimpel ( http://hyperbate.fr/dernier/?p=1659 ) qui montre assez bien que l’histoire de l’artiste (qui est l’histoire de la starification du créateur) depuis Giotto est carrément suspecte moralement : un artiste est un dictateur (au moins le dictateur de son œuvre) bouffi d’orgueil.
      On peut tout à fait imaginer de boycotter l’artiste qui est un connard (mais aussi ses commerçants, artisans, etc.). On pourrait aussi refuser l’élevage de petits danseurs ou musiciens classiques, qui est abusif et cruel (comme celui des petits sportifs...). On peut jeter les peintures de Veermer, Velasquez, Carravage, Degas, Ingres (tous plus ou moins des sales types),... On peut tout à fait imaginer un monde où les œuvres seront aussi pépères qu’un épisode de Derrick. Ah non, zut, Derrick ça va pas non plus :-)
      Mais bon, en tant que spectateur, j’aurais du mal à aimer ou pas des œuvres sur cette base.

    • @jean_no Outre que personne ici n’a parlé de boycott, j’avoue que j’en ai un peu ras-le-bol de ces clichés épate-bourgeois sur l’artiste génial donc forcément tyrannique - surtout que, vu comme ce cliché est répandu, j’en soupçonne un bon nombre de compter sur l’équation inverse : tyrannique = forcément génial. On a un peu de marge avant d’en arriver à un monde de bisounours où tous les artistes seraient mièvres et gentils et nuls. En quoi faire des contrats merdiques aux techniciens ou les faire bosser sans les payer est-il une manifestation de l’exigence intérieure et du tourment créateur ? Ou bouffer des huîtres et boire du champagne avec ses actrices pendant que l’équipe attend ? Est-ce qu’il n’y a pas plutôt là un abus de pouvoir terriblement banal, une jouissance d’écraser l’autre qui peut animer n’importe quel petit chef ou parvenu, artiste ou pas ?

      Je conseille la lecture du commentaire d’un technicien repéré par @mad_meg :
      http://seenthis.net/messages/141518#message143413

      Qui répond à ce monument de connerie suffisante :
      http://www.lesinrocks.com/2013/05/29/cinema/stop-au-kechiche-bashing-11399226

      Kaganski, pour mémoire, étant très bon dans cette veine :
      http://blogs.lesinrocks.com/kaganski/2012/05/15/le-feminisme-est-parfois-lavenir-de-la-betise

    • @Beauté fatale : je sais bien que c’est un cliché, mais il a six ou sept siècles (cf. http://hyperbate.fr/dernier/?p=1659 ) et il a donc fini par devenir vrai.
      Je ne dis pas qu’un tyran est forcément génial, juste qu’en tant que spectateur, je préfère un bon film à un mauvais, tandis qu’en tant que personne je préfère une bonne personne à une mauvaise, et c’est une affaire indémerdable.
      J’ai une certaine expérience des artistes, pour avoir été l’assistant régulier ou très ponctuel d’une cinquantaine d’entre eux et je dirais que ceux qui sont totalement au service de leur œuvre ne sont pas au service de leur rapport aux autres, de leur vie de famille, ni même au service de leur propre existence (ils sacrifient tant qu’ils ne peuvent pas se voir comme égoïstes). Personnellement, c’est en voyant vivre ce que j’appellerais de vrais artistes que j’ai décidé de ne plus chercher à l’être moi-même. Au début des années 1970 (notamment en lien avec la révolution culturelle, qui modifiait totalement la place de l’artiste et lui réassignait celle des bâtisseurs de cathédrales, disons), il y a eu pas mal de débats autour de la question du statut de l’artiste, sortir de l’idée que le créateur est un dictateur et un égoiste. Plus récemment, avec l’art sur Internet, ça revient beaucoup.

    • @jean_no c’est drôle parce que j’ai eu une expérience contraire à la tienne avec les « grandEs » ; j’ai remarqué que les plus grandEs (à mes yeux, et sur la qualité de leur œuvre) s’avéraient aussi, bien souvent, être des personnes modestes, gentilles, à l’écoute, généreuses de leur temps et de leurs idées : je pense par exemple à des chercheur/se/s, Nobel de médecine, à des artisss, à des écrivainEs. J’ai même tendance à me dire que c’est un bon moyen de filtrer entre les « très grandEs » et les présomptueux-qui-se-sont-fait-un-nom et qui sont dans le tout-à-l’égo.

    • Ah mais attention, j’ai jamais dit qu’un artiste était nécessairement un sale type. Juste qu’un brave type ne fait pas forcément un grand créateur.
      Bon après ça il y a la considération qu’on a pour une oeuvre qui fait qu’on devient hypersensible : il a oublié de remercier x, il a dit un truc méchant à y,... choses qu’on ne pense pas à reprocher à son épicier. Par ailleurs tous les « grandEs » comme tu dis, n’ont pas le même rapport au mythe du créateur égoïste ni à l’argent et à la collaboration : bande dessinée, art contemporain, musique, cinéma : souvent bien différents selon mon expérience.
      Je vais essayer d’écrire sur ce sujet très difficile.

    • @beautefatale : si si, c’est moi qui ai parlé de boycott :-)

      Je suis plutôt contre le concept du « boycott » de consommation, car banaliser la régulation des affaires par le boycott revient à demander au « consommateur » d’assumer la responsabilité des agissements des « producteurs ». C’est un des aspects les plus nocifs du libéralisme que de s’affranchir de toute morale en affirmant qu’un producteur peut tout faire « tant que ça se vend ». Cela s’inscrirait juste dans le mythe de la main invisible du marché, qui permet aux marchands d’être irresponsables, de faire tout et n’importe quoi pourvu qu’ils s’enrichissent..

      Bien sûr on va me dire « l’art » n’est pas un produit de consommation comme les autres... Mais de toutes façons, mécaniquement, je vais moins apprécier une oeuvre si je sais que son auteur s’est comporté comme un connard, et je vais moins avoir envie de payer pour une telle oeuvre, même si elle est portée aux nues par le bouche à oreille.
      Je n’ai jamais réussi à regarder par exemple le film « la belle noiseuse » jusqu’au bout, ça m’a gavé d’entrée et je n’ai pas cherché à comprendre ce qu’il y avait dans ce film (ou dans l’oeuvre littéraire de Balzac). Quelqu’un peut m’éclairer ?

      Je sais bien qu’un artiste doit avoir raison contre tout le monde pour exister en tant qu’artiste, ça l’affranchit pas des règles minimales de bienséance avec ses pairs, qui qu’ils soient..

    • Toujours avec les pincettes à prendre dans ce genre d’histoires, le propos apitoyant de Kechiche ne lui permet pas une réhabilitation à mes yeux... Au contraire cette façon de se poser en victime, sans la moindre remise en cause personnelle et de rejeter toute la culpabilité sur les autres, ça renforce cette image caricaturale du manipulateur et pervers narcissique qu’on entrevoyait... Brr..

      http://www.telerama.fr/cinema/polemique-autour-de-la-vie-d-adele-abdellatif-kechiche-s-explique-dans-tele


  • Donc le nouveau film de François Ozon s’appelle "Jeune et jolie". Je me trompe, ou ça aurait aussi pu être le titre de 3/4 des films d’auteur français depuis 50 ans ?

    Quand on n’a plus mis les pieds dans un cinéma depuis mille ans comme moi, Cannes apparaît tout à coup comme une fenêtre sur un univers exotique où, depuis des décennies, des réalisateurs mâles à la prétention artistique inversement proportionnelle à leur maturité affective (restée grosso modo celle d’un ado de 17 ans) mettent éternellement en scène les mêmes fantasmes à deux balles, en renouvelant en même temps le stock de chair fraîche qui alimente le milieu, genre Ozon hier matin sur France Inter :

    – Alors c’est une jeune fille qui découvre sa sexualité, qui ressent le besoin de faire des expériences et qui décide de se prostituer...
    – Et elle est interprétée par une jeune actrice qui est mannequin, et qui est très belle, mais pas seulement...
    – Oui, elle n’est pas seulement très belle, elle a aussi une intériorité (sic)...

    (De mémoire.)

    Non, mais sérieusement...

    Evidemment la jeune fille en question est aussi "égérie", et le storytelling "des haillons à la gloire grâce à mon joli minois" est particulièrement réussi :

    Marine Vacth, égérie jolie et sombre
    http://www.lexpress.fr/styles/vip/marine-vacth-egerie-jolie-et-sombre_1249062.html

    http://www.lexpress.fr/medias/4750/2432368.jpg

    Et pendant ce temps une série américaine grand public comme "Game of Thrones" est capable de vous balancer une flopée de personnages féminins plus vrais, costauds et intéressants les uns que les autres, exemple :

    There are No True Knights : Brienne of Tarth - Feminist Fiction
    http://feministfiction.com/2012/06/28/there-are-no-true-knights-brienne-of-tarth

    http://feministfiction.com/wp-content/uploads/2012/06/203got0254.jpg

    La meilleure preuve que cette série a réussi quelque chose, c’est que quand on voit certaines actrices sur le tapis rouge, donc homologuées, sapées et maquillées, on les reconnaît à peine :

    https://fbcdn-sphotos-g-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn2/223999_10200660655617298_1683540889_n.jpg https://fbcdn-sphotos-f-a.akamaihd.net/hphotos-ak-ash3/577627_10200660656097310_32406660_n.jpg https://fbcdn-sphotos-d-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn1/426464_10200660656897330_226393094_n.jpg

    Mais comment j’ai pu me laisser refiler cette came du "cinéma d’auteur" pendant si longtemps ?

    Possible que ce soit Geneviève Sellier qui m’ait déniaisée en m’encourageant à oser critiquer ce qu’on me vendait comme de l’Art, du Mythe intouchable et indiscutable :

    « Le cinéma d’auteur est un mythe et un fantasme réactionnaires »
    http://sabrinabouarour.blog.lemonde.fr/2013/03/26/le-cinema-dauteur-est-un-mythe-et-un-fantasme-reactionn

    #femmes #cinéma #sexisme


  • En 1970, le magazine « Elle » organise des Etats Généraux de La Femme. Les militantes du Mouvement de Libération des Femmes décident d’y assister aussi... - Les Poupées en Pantalon
    http://lespoupeesenpantalon.blogspot.fr/2010/04/1970-les-militantes-du-mlf-aux-etats.html

    http://3.bp.blogspot.com/_0yJUum9eFxY/S8F8RBfz-OI/AAAAAAAAAIc/srdu7STA2fE/s320/mlf_40_ans_et_tant_a_faire_mode_une.jpg

    ... et reformulent le questionnaire donné aux participantes. Petit extrait…

    ELLE demande : Estimez-vous qu’en amour les hommes et les femmes ont aujourd’hui réellement les mêmes droits et les mêmes devoirs ?
    Le MLF traduit : Est-ce que ces droits et ces devoirs sont une invention :
    – Du journal ELLE
    – De Marcel Dassault
    – De Pinocchio
    – Ou de Dieu ?

    #presse_féminine #féminisme #femmes


  • « Target : Women » - Meufs
    http://m-e-u-f-s.tumblr.com/post/48481818500/target-women

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=cdjk0sviTHo

    Si vous ne lui vouez pas déjà un culte, dépêchez-vous de regarder toutes les (courtes) vidéos de Sarah Haskins, qui vers 2009 taillait un short à la représentation des femmes dans la pub avec Target : Women. C’est drôle, percutant et cynique à souhait.

    #publicité #femmes


  • Plastic Surgery Means Many Beauty Queens, But Only One Kind of Face - Jezebel
    http://jezebel.com/plastic-surgery-means-many-beauty-queens-but-only-one-480929886

    http://img.gawkerassets.com/img/18lqa21mm5gyojpg/k-bigpic.jpg

    The pictures of the Miss Korea contestants have gone viral over the past 48 hours, showing up on a Japanese blog, then Reddit, and now major international papers. It’s obvious that people are stunned, mesmerized, intrigued and incredulous by just how much the contestants look alike. ShenTheWise who originally posted images of the women on Reddit wrote: “Korea’s plastic surgery mayhem is finally converging on the same face.”

    While this incredibly narrow definition of beauty is unnerving, it’s not something Koreans have cornered the market on: Take Victoria’s Secret 2012 What Is Sexy? list. Most of the women named were skinny, blonde, with big eyes, narrow noses and wide smiles. And it’s not just VS: Over the past few years, the covergals on American ladymags have been a homogenous bunch, and the high fashion runways in New York are not very diverse. Even though we’re a nation populated by folks from different countries and of various ethnicities, the women elevated to fame and fortune — the ones chosen to market fashion and beauty products, the ones we, collectively, as a nation, have deemed beautiful — have a very definite, uniform and similar look.

    #beauté #chirurgie


  • Why Dove’s « Real Beauty Sketches » Video Makes Me Uncomfortable... and Kind of Makes Me Angry - Little drops
    http://jazzylittledrops.tumblr.com/post/48118645174/why-doves-real-beauty-sketches-video-makes-me

    http://www.brandchannel.com/home/image.axd?picture=2012%2F10%2Fdovetimeline.jpg

    When it comes to the diversity of the main participants: all four are Caucasian, three are blonde with blue eyes, all are thin, and all are young (the oldest appears to be 40). The majority of the non-featured participants are thin, young white women as well. Hmm… probably a little limiting, wouldn’t you say? We see in the video that at least three black women were in fact drawn for the project. Two are briefly shown describing themselves in a negative light (one says she has a fat, round face, and one says she’s getting freckles as she ages). Both women are lighter skinned. A black man is shown as one of the people describing someone else, and he comments that she has “pretty blue eyes”. One Asian woman is briefly shown looking at the completed drawings of herself and you see the back of a black woman’s head; neither are shown speaking. Out of 6:36 minutes of footage, people of color are onscreen for less than 10 seconds.

    Cool. Except not so much.

    Let’s look at which descriptors the editors chose to include. When the participants described themselves, these were some of the things that were implied as negatives: fat, rounder face, freckles, fatter, 40— starting to get crows feet, moles, scars… Whereas some of the implied positive descriptors used by others were: thin face, nice thin chin, nice eyes that lit up when she spoke and were very expressive (my actual favorite), short and cute nose, her face was fairly thin (this was said twice), and very nice blue eyes. So… I don’t know if anyone else is picking up on this, but it kinda seems to be enforcing our very narrow cultural perception of “beauty”: young, light-skinned, thin. No real diversity celebrated in race, age, or body shape. So you’re beautiful… if you’re thin, don’t have noticeable wrinkles or scars, and have blue eyes. If you’re fat or old… uh, maybe other people don’t think you look as fat and old as you do yourself? Great? Oh, and by the way, there are real women who look like the women on the left. What are you saying about them, exactly?

    This reminds me of Winnie the Pooh…

    No seriously, it does. Have you ever heard that quote, “Always remember: you’re braver than you believe, stronger than you seem, and smarter than you think”? Well that quote is from Winnie the Pooh. It upsets me that lots of people share the quote without sourcing it, like they’re ashamed of Pooh Bear or something. But anyway, I digress. There’s something else that I’ve noticed: a popular version of the quote is making its way around tumblr, pinterest, and facebook. It’s the same at the start, but then add, “and twice as beautiful as you ever imagined”. That last part is usually written in the biggest text, or italicized for emphasis. It’s sort of like what this Dove video is saying, right? So… why is this so important? Why did girls feel like something was missing from that quote it its original form? Why are so many females I know having such a strong reaction to the sketches video, being moved to the point of tears?

    Because the message that we constantly receive is that girls are not valuable without beauty.

    Brave, strong, smart? Not enough. You have to be beautiful. And “beautiful” means something very specific, and very physical. Essentially every movie and tv show and commercial shows us that, right? It doesn’t matter what other merits a woman posses, if she is not conventionally attractive, she is essentially worthless (go watch Miss Representation for more thoughts on this).

    (En plus du fait que Dove appartient à Unilever, dont la filiale indienne persuade les femmes qu’elles doivent
    se blanchir la peau avec la crème Fair & Lovely pour réussir leur vie :)

    https://www.youtube.com/watch?v=ubbufbkbovY

    #femmes #beauté #publicité #Unilever #Dove


  • Ces substances que nous cache … le nail art
    http://www.consoglobe.com/subtances-nail-art-toxique-cg/2

    Une enquête récente menée à San Francisco a révélé la présence d’un trio toxique dans les vernis, même étiquetés « toxic free ».

    Les formaldéhydes, qui sont répertoriés depuis 2004 comme « produits cancérigènes » par le Centre International de Recherche sur le Cancer ;

    Le dibutyl phtalate (DBP) qui est un perturbateur endocrinien avéré. Son utilisation dans les cosmétiques en Europe est d’ailleurs interdite depuis près de 40 ans !

    Le toluène responsable d’allergies cutanées et respiratoires.

    Attention aux vernis bon marché

    Si la toxicité des vernis est toute relative à exposition dite normale, il faut être particulièrement vigilante quant aux vernis dits bon marché. En 2009, la Répression des Fraudes avait dénoncé la présence de phtalates interdits et des concentrations de formaldéhydes bien supérieures au seuil autorisé par l’Europe (5% depuis 1996).

    Étaient concernés les produits vendus sur les marchés, les braderies, les solderies et les petites boutiques. Selon l’ASEF - Association Santé et Environnement France – cela concerne 10% des vernis vendus en France.

    #santé #beauté


  • "Elle" dans la galaxie "Le Point"-"Causeur"

    Dans "Elle" du 5 avril, un article salue l’arrivée en kiosques de "Causeur", version papier du site d’Elisabeth Lévy. "Le magazine dont tout le monde parle", écrit Patrick Williams, "accueille tous les penseurs mécontemporains qui, au fil d’articles de fond, s’en prennent à notre époque pleine de bons sentiments, de clichés progressistes, de pensée unique".

    Et de citer "Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Aldo Naouri".

    L’actionnaire de référence de "Causeur" est Gérald Penciolelli, l’ancien propriétaire du journal d’extrême droite "Minute" :

    « Causeur » l’ouvre en kiosques - Libération
    http://mobile.liberation.fr/medias/2013/04/03/causeur-l-ouvre-en-kiosques_893509

    L’occasion de se rappeler que la directrice de "Elle", Valérie Toranian, forme avec Franz-Olivier Giesbert, directeur du "Point" et grand ami d’Elisabeth Lévy, un couple classé en 2011 par "GQ magazine" parmi les "plus influents" :
    http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/gq-enquete/diaporama/les-25-couples-les-plus-influents/5700/image/405933

    http://www.gqmagazine.fr/uploads/images/thumbs/201133/15_953693956_north_320x.jpg

    #presse_féminine


  • « Marie-Claire », une rhétorique des savoirs utiles - L’appareil des apparences
    http://culturevisuelle.org/apparences/2013/03/12/savoirs-utiles

    http://culturevisuelle.org/apparences/files/2013/03/1938-01-14.jpg

    Dans les autres articles de GQ, comme dans ceux de la presse magazine générale ou de la presse d’information les conseils et les injonctions n’existent pas. Les savoirs à transmettre ne sont pas liés à des activités concrètes mais à des savoirs d’ordre généraux qui ne nécessite pas de mode d’emploi. Ils concernent l’actualité, la politique, la culture et fournissent aux lecteurs un bagage qui leur permettra d’affronter la discussion et le débat, soit un contenu très différent de celui adressé aux femmes.

    Aussi la fonction de la presse masculine pour les hommes est bien semblable à celle de la presse féminine pour les femmes, puisque les contenus ainsi que la rhétorique mise à son service, transmettent des savoirs nécessaires pour affronter les rôles sociaux qui sont prévus pour eux.

    #presse_féminine


  • Un bien bel exemple d’arnaque sondagière !

    Chez Metro :

    Chirurgie esthétique : plus d’un Français sur trois pourrait franchir le pas – Metro
    http://www.metrofrance.com/info/chirurgie-esthetique-plus-d-un-francais-sur-trois-pourrait-franchir-le-pas/mmco!5arm5IC8vdVMI

    Selon une première étude de l’Observatoire de la santé mis en place par Le Figaro avec OpinionWay, plus d’un Français sur trois serait en effet prêt à intervenir sur son physique.

    Chez le (l’un des) commanditaire(s) de l’étude : Le Figaro

    Chirurgie esthétique : 34% des Français n’y sont pas opposés — Le Figaro Santé http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/03/14/20060-chirurgie-esthetique-34-francais-ny-sont-pas-opposes

    Chirurgie esthétique : 34% des Français n’y sont pas opposés

    INFOGRAPHIE - Un Français sur trois serait prêt à intervenir sur son physique pour gagner en confiance, mais la crainte des complications reste le principal frein, selon une première étude de l’Observatoire de la santé mis en place par Le Figaro et Weber Shandwick avec OpinionWay.

    Chez OpinionWay : http://www.opinion-way.com/pdf/opinionway_-le_figaro_-_webershandwick_-_observatoire_sante_-_mars_2013

    Le premier élément de la synthèse :

    • Un Français sur 3 se déclare potentiellement prêt à franchir le pas vers la médecine esthétique (peelings, traitements de la peau au laser, injections de botox, …) et logiquement davantage les femmes (41% vs les hommes 27%).

    ==============

    Voyons la formulation de la question :

    Quelle est la principale raison qui pourrait vous inciter à franchir le pas vers la médecine esthétique (les peelings, les traitements de la peau au laser, les injections de toxine botulique ou d’acide hyaluronique – et produits dérivés – pour combler les rides) ?

    Contrairement à ce que peut laisser penser la formulation des journaux, PERSONNE n’a répondu à la question "seriez-vous prêt à recourir, pour vous personnellement, à une intervention de chirurgie esthétique ?" (On notera d’ailleurs que la question réelle gomme totalement l’aspect chirurgical).

    Les 34% (un Français sur trois) c’est le pourcentage de ceux qui ont souscrit à l’une (au moins) des "incitations" qui leur ont été énumérées (incitations proposées en assisté )

    Pour info, les deux premières incitations retenues sont :

    • Avoir une meilleure image de soi / davantage de confiance en soi (13%)
    • Les premiers signes de l’âge (rides, perte d’éclat de la peau) (8%)

    NB : Étude menée par « L’Observatoire de la Santé Le Figaro – Weber Shandwick », sondage OpinionWay
    aucune reprise de l’enquête ne pourra être dissociée de cet intitulé


  • Un pseudo-féminisme raciste et morbide

    Donc, l’inénarrable Martine Gozlan de « Marianne » a « retrouvé Amina, la Femen tunisienne » :

    http://www.marianne.net/J-ai-retrouve-Amina-la-Femen-tunisienne_a227722.html

    Il est frappant de constater à quel point on adore ce genre de scénarios : le héros solitaire musulman, ou, encore mieux, l’héroïne solitaire musulmane, seul-e touché-e par la grâce des Lumières occidentales, uniformément entouré-e de barbares obscurantistes, névrosés et violents qui l’étouffent et/ou lui veulent du mal, et qu’on se donne pour mission de protéger, car il/elle est des nôtres : c’est nous qui sommes sa vraie famille – comme cela apparaît très clairement dans le papier ci-dessus, où Martine Gozlan, qui la rencontre pour la première fois, postule d’emblée une affinité entre Amina et elle-même qui éclipse celle existant entre la jeune fille et sa famille.

    Il ne s’agit pas de prétendre qu’un milieu familial ne peut pas être étouffant ou néfaste, mais il est très problématique d’en retrancher un individu pour rejeter l’ensemble de son entourage dans l’inhumanité en en faisant une peinture à la "Jamais sans ma fille". Cette démarche ne laisse à cet individu le choix qu’entre deux attitudes extrêmes : soit la rupture nette et franche, présumée facile par les « amis » occidentaux (elle ne peut quand même pas être attachée à ces bouseux… ?), soit une adhésion inconditionnelle, affirmée en réaction, dans un mouvement de révolte et de solidarité avec les siens face aux propos racistes tenus à leur sujet (une attitude que l’on trouve notamment dans le discours des Indigènes de la République, les mêmes mécanismes étant à l’œuvre au sujet des descendants d’immigrés en France).

    Ce storytelling est sûrement très valorisant d’un point de vue narcissique, mais il est, au mieux, complètement stérile, et au pire, dans la plupart des cas, ravageur pour la cause qu’il prétend défendre : des individus isolés, vite récupérés par des instances flirtant avec le racisme, sont impuissants à faire évoluer leur société. Seuls des mouvements qui y sont enracinés ont ce pouvoir, comme le souligne très bien la féministe égyptienne Sara Salem :
    http://muftah.org/femen-strikes-in-tunisia-the-case-of-amina

    Mais se pourrait-il que faire avancer la cause des femmes dans les pays musulmans ne soit pas réellement le but ? Je n’ose pas l’imaginer…

    On en arrive pourtant à la situation éminemment malsaine où il est de l’intérêt objectif des Femen qu’il arrive les pires horreurs à Amina. Dans le cas contraire, on ne parlera plus d’elles – ou du moins, plus à ce sujet, puisqu’on fait confiance à leur créativité pour relancer la machine. Difficile de ne pas en retirer l’impression qu’il s’agit moins de se montrer solidaire des femmes musulmanes que de prouver la barbarie atavique et irrécupérable des hommes musulmans. Ce pseudo-féminisme morbide ne profite à rien ni à personne, sauf aux Femen elles-mêmes et à leur besoin obsessionnel de publicité. Et au "choc des civilisations"...

    #Femen #racisme


  • Au Sénégal, un mouvement citoyen contre la dépigmentation, avatar désastreux du modèle de beauté blanche - Terriennes
    http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/Terriennes/Dossiers/p-24406-Au-Senegal-un-mouvement-citoyen-contre-la-depigmentation-avatar-desastr

    http://www.tv5.org/cms/userdata/c_bloc/219/219917/600_219917_vignette_antipeaublanche.jpg

    Vantée par les magazines féminins occidentaux à longueur de couvertures, la beauté doit être blanche ou n’est pas, selon le modèle dominant imposé par les géants de la cosmétique. Les produits pour blanchir la peau se sont infiltrés partout en Afrique. Au Sénégal, le mouvement citoyen, lancé à l’automne 2012 pour réclamer le retrait d’affiches vantant une crème censée éclaircir la peau noire « en 15 jours », essaime désormais sur les réseaux sociaux.

    #blanchiment


  • Les gnanganteries de « Marie-Claire » - Olympe et le plafond de verre
    http://blog.plafonddeverre.fr/post/Les-gnanganteries-de-Marie-Claire

    http://blog.plafonddeverre.fr/public/.Daniel_Cohn_Bendit_en_talons_m.jpg

    Marie-Claire (le magazine) a trouvé 8 hommes célèbres pour s’engager contre le sexisme.

    Il semblerait que de nos jours lutter contre le sexisme signifie : 1/ s’indigner de constater qu’existent encore des inégalités importantes 2/ marchez aux cotés des femmes dans la lutte contre les inégalités et pour cela chausser des talons « symboles de l’ultra féminité » (c’est la directrice de la rédaction qui le dit)

    Le tout sponsorisé par Sarenza comme il se doit (Sarenza, la marque qui a organisé à plusieurs reprises une course en escarpins)

    #femmes #presse_féminine #sexisme #talons

    • C’est pas ce que j’appellerais des gnangnanteries, mais bien du sexisme carracterisé de la part de Marie-claire. Je suis d’ailleurs certaine que ce torchon compte sur les féministes pour faire le buzz autour de leur réclame pour les escarpins. Ça me fait le même effet que si pour la journée international de lutte contre le racisme, minute faisait des photos de 8 blancs en pagne et leur demandait des anecdotes sur les noirs qu’ils connaissent.

    • Mais je doute qu’en mettant des talons le temps d’une photo un homme puisse changer sa vision du monde (même si certains ont remarqué que c’était difficile de se déplacer avec).

      Pour moi, ça a marché, vraiment. Mais c’était pas le temps d’une photo, c’était plus long... D’abord content d’être plus grand de quelques centimètres, j’ai vite compris l’entrave que c’est sur quelques centaines de mètres...

      Demandons leur plutôt ce que ça fait d’être un homme, de relire les contes de leurs enfance ou de regarder la télé en pointant ce qu’ils y ont appris du masculin et du féminin, de faire attention à ce que leurs enfants lisent, de chronométrer les temps de paroles de chacun en réunion etc...

      Très bonne idée !


  • Jeune, beau, élancé, avec de petits seins : le "nouveau féminisme" ? - Claude Guillon
    http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=377

    http://claudeguillon.internetdown.org/IMG/png/Femen_Drapeau.png

    « Nous avons voulu montrer que les féministes ne sont pas que des vieilles femmes cachées derrière leurs bouquins », déclare Inna Schevchenko, qui pose nue pour Libération (17 septembre 2012).

    Le mieux intentionné des observateurs dirait que cette phrase exprime la présomption et la cruauté de la jeunesse. Il faut malheureusement ajouter pour l’occasion : et sa grande sottise ! En effet, et peut-être Inna aurait-elle pu le lire dans un livre, l’image des féministes comme de vieilles femmes coupées du monde (comprenez : et du marché de la chair) est un très vieux cliché antiféministe, qu’il est navrant de voir repris par une militante qui prétend renouveler le féminisme.

    Certes, le renouvellement des générations est un phénomène naturel. Quant à l’asile politique, c’est un droit précieux pour lequel je ne cesserai de me battre, et que les gouvernements tentent de rogner (comme l’actuel gouvernement Hollande, restreignant les possibilités de séjour des Syrien(ne)s). Pour autant, il est assez fatiguant de voir de braves - et généralement jeunes - gens vous expliquer qu’avant leur venue sur terre (ou en France) personne ne parlait de ceci ou ne connaissait cela, quand vos archives regorgent de tracts, d’affiches et de brochures consacrés au sujet.

    Passons, je ne voudrais pas que ma critique semble exprimer l’amertume qui accompagne souvent l’élévation du taux de cholestérol (non, de ce côté, ça va, merci). C’est hélas bien plus grave. Inna explique : « Je serais incapable de me déshabiller à la plage, mais, quand je manifeste, j’ai l’impression de porter ce que j’appelle mon “uniforme spécial.” » Il n’est pas dans mon intention de moquer la pudeur de cette jeune femme. Il est simplement regrettable qu’elle ignore que le mouvement naturiste, le plus gentillet et apolitique que l’on puisse imaginer, a au moins un acquis indiscutable à son actif : l’égalité entre les corps, vieux ou jeunes, « beaux » ou « laids ». Dans un camping ou sur une plage naturiste, on voit des gens de tous les âges et de toutes les corpulences. Par rapport à cet acquis, tout modeste soit-il, la déclaration citée plus haut, et plus généralement la stratégie marketing des Femen sont une régression, pas une révolution.

    Au passage, je relève les connotations très « militaires » du discours d’Inna, repris sans distance aucune par les jeunes militantes. « Ben ouais, c’est une armée ! », répond en souriant une militante à un journaliste qui bute sur le mot. « Nous voulons, déclare Inna dans Libération, former des jeunes femmes à devenir des soldats pour la cause féministe à travers le monde. »❞

    (...)

    En décembre 2012, les Femen (Inna et une autre) font la une des Inrockuptibles. L’image de marque se peaufine. À l’intérieur du magazine, une photo de groupe : huit jeunes femmes. Toutes très jeunes ; toutes minces ; aucune forte poitrine. Il ne s’agit pas, bien entendu, de reprocher à ces filles d’avoir l’air de descendre d’une publicité Calvin Klein (je serais étonné que cette publication n’ait pas suscité quelques démarches de photographes et d’agences de mannequin), il s’agit de constater, une fois de plus, l’image de marque que les Femen ont choisi d’offrir au public (de vendre au magazine ?).

    http://claudeguillon.internetdown.org/IMG/png/Femen_maquillage.png

    « Maquillage Delphine Sicard », précise le crédit à gauche de l’image. Que voulez-vous ! On ne photographie pas comme ça son « uniforme spécial » sans un peu d’apprêt ! Nous sommes décidemment dans le marketing politique, oh ! certes, bourré de bons sentiments athéistes et féministes. Malheureusement, l’ancienne étudiante en journalisme Inna Schevchenko ne semble pas avoir entendu parler de la manière dont le médium peut annuler ou au moins altérer le message. « Au moins, me disait une jeune femme, depuis qu’elles se mettent à poil, on les écoute ! » Que nenni. On les regarde tout au plus. Et lorsque les rédacteurs en chef en auront marre de mettre du nibard à la une (Ça lasse coco !), on ne les regardera plus.

    Quel peut être l’effet produit par cette photo de groupe sur les femmes moins jeunes, ou jeunes mais moins favorisées par le hasard génétique ? Le même effet que le terrorisme publicitaire et machiste que le féminisme ne cesse de dénoncer. Cette photo est pire qu’une maladresse, c’est un contresens politique.

    Regardez la photo ci-dessous. C’est une autre photo publicitaire, pour les produits cosmétiques de la marque Dove, celle-là. Elle a été conçue par des publicitaires pour toucher un public plus large. Ces publicitaires sont peut-être hypocrites, et certainement intéressés. Pourtant cette image est plus subversive des codes dominants de la beauté que celle des Femen. Le « nouveau féminisme » plus niais que des représentants de commerce... Dommage !

    #Femen #publicité #féminisme

    • J’ajoute que, sous réserve de contre-exemple que je me ferai un devoir et un plaisir de signaler, on ne connaît des Femen aucun texte, pas même un tract. Le maximum d’élaboration syntaxique tient dans un slogan de quatre mots (accessoirement, en anglais deux fois sur trois). J’aimerais me tromper, mais je crains qu’il s’agisse - davantage que d’inculture - d’une stratégie marketing : on sait que le temps de cerveau disponible est limité, donc 1) on attire l’attention (avec les tétons), 2) on imprime le slogan sur la rétine. Tout cela est en effet - désespérément - moderne et marchand...

    • Cité ici http://seenthis.net/messages/110175
      notons tout de même que :

      Pour comprendre qui sont les Femen et d’où elles viennent, il faut faire un retour en arrière et aller là où tout a commencé, en Ukraine. Nous sommes en 2008, à Kiev, quatre ans après la révolution orange.

      Autour d’Anna Hutsol, la fondatrice du mouvement, une dizaine d’Ukrainiennes, amies de lycée ou étudiantes se retrouvent pour parler de politique, de sexualité, de la condition des femmes. Du jamais vu en Ukraine, pays vierge de luttes féministes. Embryonnaire, le mouvement n’a cependant rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui.

      « On manifestait tout habillées et on envoyait des communiqués de presse qui finissaient à la poubelle », raconte Inna. Défiler les seins nus ? Pas question dans ce pays très religieux (majoritairement orthodoxe) où 70% de la population se dit croyante.

      A partir de l’hiver 2010, le mouvement se radicalise. Les Femen multiplient les manifestations contre la prostitution, contre le tourisme sexuel, contre le sexisme ambiant. Parallèlement, émerge l’idée du topless.

      « L’idée ne s’est pas imposée d’emblée : il y a eu de grands débats à l’intérieur du mouvement. J’étais contre au début, se souvient Inna. Pour moi être nue, ça avait à voir avec la sexualité. J’avais peur de la réaction de la société, de mes proches, etc. Mais j’ai compris qu’en manifestant topless, on introduisait une nouvelle interprétation de la nudité », explique-t-elle.

      Les seins nus, disent les Femen, symbolisent aussi la condition des femmes ukrainiennes : sans ressources, elles n’ont plus que leur corps comme arme. « Une vieille maxime ukrainienne dit : ‘Gola, bossa i ou vinkou’, c’est-à-dire ‘sans vêtements, sans chaussures, mais avec une couronne de fleurs dans les cheveux’. Cela décrit une jeune fille dans la misère, mais joyeuse, active, qui ne se laisse pas abattre. C’est exactement ce qui nous définit. D’ailleurs, la couronne de fleurs, typiquement ukrainienne, est un autre symbole des Femen, au même titre que les seins nus », expliquait Anna Hutsol dans un article de l’hebdomadaire russe Ogoniok en novembre 2010.

      A priori, elles ont commencé par des communiqués.


  • Les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs – Des croûtes aux coins des yeux (août 2011)
    http://tanxxx.free-h.fr/bloug/archives/4961

    Si j’ai des héroïnes, elles sont comme Louise Michel, ou Frida Kahlo, ou une de ces chieuses comme les cons aiment appeler les femmes qui se laissent pas monter sur les pieds par eux.

    Bon, tout le monde ne peut pas être Louise Michel, je vous le concède. Mais entre Louise Michel et Pénélope Bagieu, il y a tout de même un putain de monde, bordel, alors pourquoi les éditeurs s’acharnent-ils à publier des greluches décervelées qui causent de leur dernière jupe à la con ? ça fait un sacré bout de temps que je fulmine en voyant la énième coconne à sortir un bouquin sur ses talons et ses recettes de cupcakes dont tout le monde se branle. Aujourd’hui, ça a été la goutte d’eau, à la lecture de cette chronique merdique à propos de cette daube infâme. Et quand on lit ce genre d’horreur, je suis désolée, je peux pas rester là à rien faire, les bras ballants, abasourdie par tant de connerie. T’uses pas avec ces trucs, me dit-on, mais MERDE.

    #femmes #bd

    • Sur mon supposé saphisme > on me le dit très souvent, voir à chaque fois, ou on me le fait comprendre, que je « suis lesbienne ». Parce que oui, certes, je n’ai pas l’allure d’une pin up, je me conduis en garçon manqué, je jure comme une charretière, je bois de la bière par litres. Et je gueule, surtout, c’est ce qui fait dire à un paquet de gens que je dois « être de l’autre bord ». Imaginez un peu ce que ça sous entend : une vraie femme ferme sa gueule, une lesbienne n’est pas une vraie femme, une femme doit se comporter comme l’image d’épinal qu’on a de la femme, si tu prends pas particulièrement soin de toi, t’es pas une femme, etc, etc. Les gens ne se rendent même plus compte qu’en réfléchissant avec de si gros raccourcis, ils continuent à véhiculer d’énormes clichés sexistes et homophobes de surcroit. Et ça vient parfois, assez souvent même, de personnes qu’on ne soupçonnerait pas être aussi manichéennes.
      Attention, femme qui ouvre ta bouche : tu es lesbienne ou moche ou vieille fille. Une femme canon et hétéro n’a jamais à se plaindre de son sort, puisqu’elle vit avec un homme (le bonheur !) et elle est joli (la chance !), et que ça suffit pour avoir une vie de femme bien remplie.

    • C’est ce que je dis : en fait de modernité et de liberté, notre société ne sécrète plus que des normes archaïques et impératives, qui nous limite à quels archétypes antédiluviens. On est sommés de rentrer dans les petites cases, de ne pas avoir une idée ou un poil qui dépasse sous peine d’excommunication immédiate.
      Je trouve ce conformisme totalitaire absolument insupportable.

    • j’ai fait le tour de mes stats hier et suis tombée sur des forums qui renvoyaient sur mon texte : j’ai compté des « sale gouine qui pue » et autres insultes. Pas que ça, heureusement, y’en a qui voient de quoi je parle et ne s’arrêtent pas à la guéguerre (qui n’existe pas) pénélope B/ tanxxx mais les messages insultants révèlent bien une chose : on n’accepte pas qu’on s’élève comme les stéréotypes et qu’on ouvre sa gueule, encore plus quand on fait de la BD et qu’on est une femme. On a pas le cul sorti des ronces....


  • Bienvenue dans l’ère du fashion de vulve - Les 400 culs
    http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2013/02/bienvenue-dans-lere-du-fashion-de-vulve.html

    Le paradoxe avec la liberté sexuelle, c’est qu’en favorisant l’exhibition du sexe elle favorise aussi toutes sortes de complexes et d’inhibitions. Pendant des siècles, les femmes se sont préoccupées d’avoir un joli visage. Maintenant, elles veulent un « minou mignon ». Les opérations chirurgicales de grandes et petites lèvres augmenteraient de 20% par an.

    #femmes #sexe #chirurgie

    • Aucun de ces médecins n’est capable de traiter le mal à la racine, car ces femmes qui viennent en consultation ne souffrent pas de se sentir laides, elles souffrent tout simplement de ne pas connaître la réalité physiologique du corps.

      Dans Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir dit : « C’est moins du corps lui-même que vient le malaise que de la conscience angoissée qu’elle en prend. » Les femmes sont angoissées parce que les seules images de sexe qu’elles voient ne leur ressemblent pas du tout.


  • The Balancing Act of Being Female; Or, Why We Have So Many Clothes - Sociological Images
    http://thesocietypages.org/socimages/2013/01/22/the-balancing-act-of-being-female-or-why-we-have-so-many-clothes

    http://static.thesocietypages.org/socimages/files/2013/01/o-ROSEA-LAKE-570-500x700.jpg

    Women’s closets are often mocked as a form of self-indulgence, shop-a-holicism, or narcissism. But this isn’t fair. Instead, if a woman is class-privileged enough, they reflect an (often unarticulated) understanding of just how complicated the rules are. If they’re not class-privileged enough, they can’t follow the rules and are punished for being, for example, “trashy” or “unprofessional.” It’s a difficult job that we impose on women and we’re all too often damned-if-we-do and damned-if-we-don’t.

    #femmes


  • Il vire son assistante « trop jolie », la justice lui donne raison - Le Nouvel Observateur
    http://tempsreel.nouvelobs.com/l-histoire-du-soir/20121222.OBS3442/il-vire-son-assistante-trop-jolie-la-justice-lui-donne-raison.h

    Sa femme et lui la considéraient comme une menace pour leur mariage. Elle a été virée. Et la justice lui a donné raison. La Cour suprême de l’Iowa, aux Etats-Unis, a ainsi jugé que le dentiste avait agi légalement en licenciant son assistante, qu’il trouvait trop attirante, rapporte l’agence de presse américaine AP vendredi 21 décembre.

    La cour a estimé à l’unanimité qu’il ne s’agissait pas, conformément à la loi en vigueur dans dans cet Etat, d’une discrimination sexiste. Arguant que la décision de la licencier était basée sur des sentiments, des émotions. Et que la jeune femme n’avait pas perdu son emploi en raison de son genre. La juridiction, explique l’article, est constituée d’hommes uniquement...

    #sexisme


  • En vitrine, les sacs de luxe ont remplacé les peluches - Le Monde
    http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/12/22/en-vitrine-les-sacs-de-luxe-ont-remplace-les-peluches_1801971_3208.html

    http://s1.lemde.fr/image/2012/12/22/534x267/1809873_3_f5eb_une-vitrine-des-galeries-lafayette-a-paris-le_14b9f143236ac49a4721f41bd9ff173e.jpg

    Mais, maman, ils sont où les jouets ?", interroge un petit garçon, le nez collé à la vitrine. Il y a bien un ours blanc qui se dandine avec un sac griffé Louis Vuitton sous la patte, ou des pingouins au garde à vous, des bagages au logo LV sous les ailes, mais il manque les rois coutumiers de la fête : le Père Noël, le traîneau, les rennes et les cadeaux...

    Les devantures de Noël du boulevard Haussmann, celui des grands magasins, dans le 9e arrondissement de Paris, n’apportent pas, cette année, leur lot promis de féerie. Un amoncellement de malles Vuitton (groupe LVMH) dans les devantures des Galeries Lafayette, des sacs à main et des fioles de parfum Christian Dior (LVMH, aussi) chez son voisin et rival, le Printemps... : il n’y pas de quoi faire rêver les petits.

    Les enfants conviés à la fête - parce qu’on continue de poser quelques estrades devant les vitrines pour eux, symbole de l’hypocrisie (ou de la lâcheté ?) des adultes, redescendent du podium un peu éberlués. Les familles, venues en pèlerinage annuel, parfois de loin, sont tout aussi dépitées.

    Voilà leurs chérubins précocement initiés à l’univers du luxe ! « Les enfants ont changé : ils sont mûrs plus vite, plus avertis qu’autrefois », lâche un responsable commercial, sous couvert d’anonymat. « Les parents aussi ont changé : on s’attend à un boom des ventes de Noël sur Internet. Quant aux vitrines, elles sont louées toute l’année aux marques, comme un espace de choix. Elles doivent surtout faire rêver les visiteurs étrangers, qui représentent aux Galeries Lafayette Haussmann 60 % de la clientèle », ajoute le professionnel.

    #consommation #luxe #sac


  • Are Fashion Magazines More Dangerous Than Drugs? | Strollerderby
    http://blogs.babble.com/strollerderby/2012/05/03/are-fashion-magazines-more-dangerous-than-drugs-video

    http://cdn.babble.com/strollerderby/files/2012/05/Screen-shot-2012-05-03-at-9.44.02-AM-300x192.png

    via @poulepondeuse sur Twitter

    Women have been railing against the unrealistic images in fashion magazines for decades, worrying, especially, about how these unattainable ideals might affect impressionable young girls. But thanks to the power of technology and one very motivated teenage girl, the issue may be getting more attention than ever. Julia Thuhr’s Change.org petition was inspired by video interviews with her fellow 14 year olds in the school cafeteria. How do these magazines make you feel? When the answers were reliably negative, Julia took to the internets. Two weeks and nearly 50,000 signatures later, she’s poised to make the industry raise a well-groomed eyebrow. Whether or not any actual change will occur from her Change.org petition remains to be seen. But if raising awareness was part of her agenda, Julia is already a success.

    #presse_féminine


  • Le féminisme selon les Femen, suite
    http://www.guardian.co.uk/world/2012/sep/22/femen-topless-warriors-global-feminism?INTCMP=SRCH

    http://static.guim.co.uk/sys-images/Observer/Pix/pictures/2012/9/21/1348250680108/Ukrainian-activist-Inna-S-010.jpg

    (Dans un article qui date de septembre)

    We live with men’s domination and this [la nudité] is the only way to provoke them, the only way to get attention.

    Le militantisme fataliste : il fallait l’inventer.

    She added: "Classical feminism is like an old sick lady that doesn’t work any more. It’s stuck in the world of conferences and books.

    Ouais, à bas les vieilles femmes malades, vivent les grandes blondes jeunes et minces qui existent en montrant leurs seins.

    Et à bas les livres, c’est plein de lettres qui font mal à la tête.

    #Femen #féminisme (ça me fait mal de le mettre, ce tag-là)

    • Lauren, 18, Worcestershire

      “I have a permanent smile”
      Gorgeous Lauren has entered Page 3 Idol because she wants to have the career longevity of working as a Page 3 girl in the glamour model business.

      Ça me fait pas rêver. Ça me dépite. Il va falloir brûler les livres et passer à la nymphoplastie, oh merde. Mais femen c’est du femellisme non ?

    • Au risque de faire du mauvais esprit, je me félicite de suivre Beauté fatale. Le féminisme est totalement stimulant quand il est traité de cette façon.
      Et je ne dis pas ça juste parce que je suis un homme. Je le dis aussi parce que je suis un homme moderne !
      C’est consternant... mais qu’est-ce que c’est... stimulant ! Franchement... C’est génial comme détournement. Le féminisme par les blondes dépoilées, c’est top !
      J’ai lu récemment une réflexion sur le fait que notre... civilisation... ne valait guère plus que celle des romains à l’époque pré-médiévale... où les romains eux même n’avaient plus la force de défendre un système dévoyé et décadent.
      Les mots sont dévoyés, l’intelligence est méprisée, le corps est mutilé, l’intérêt général est conspué, notre société est décadente.
      Ne reste plus en fait qu’à prendre les choses du bon côté... et suivre Beauté fatale sur SeenThis. ;-)

    • J’aimerais avoir le temps de les voir en action, de lire un truc intelligent qu’écriraient les femens. Pour l’instant elles sont perçues comme un produit commercial ex-nihilo, une lessive lançée sur le marché du spectacle militant, et qui attend l’adhésion des consommateurs pour augmenter ses exigences… et montrer son vrai visage.

    • Ah non, je ne suis pas du tout d’accord... Je me méfie beaucoup de l’argument « mais elles ont pas mieux à foutre ? », grand classique des discours antiféministes - d’ailleurs, la représentation dans les médias, ou même l’égalité de salaires, on pourrait aussi te dire que c’est secondaire par rapport aux violences conjugales, au viol, etc.! Pourquoi choisir ou hiérarchiser ? On ne peut pas mener plusieurs combats ? La question du langage n’est pas du tout secondaire ! Dans le bouquin « Un siècle d’antiféminisme » on trouve ce passage sur la commission dirigée par Yvette Roudy sur la féminisation des noms de métier dans les années 80 :

      Les sarcasmes fusent de toute part contre « ces dames de la commission », taxées de « précieuses ridicules et frivoles » « pomponnées » qui se réunissent « à l’heure du thé » afin « d’enjuponner le vocabulaire » sous la conduite de la « chéfesse Yvette Roudy », « poudrée de frais ».

      (L’aboutissement logique de ce raisonnement étant que, pour la gauche radicale et couillue, par exemple, le féminisme dans son ensemble est frivole et dérisoire par rapport à la « question sociale ». En fait, c’est tout le féminisme qui discrédite le féminisme :P)

      Pour moi le débat sur « mademoiselle » était très pertinent, et si c’est passé comme une lettre à la poste, tant mieux, c’est toujours ça de pris ! En plus il a provoqué des réactions très intéressantes, par exemple avec la journaliste de « Elle » qui croyait qu’on allait interdire de l’appeler « mademoiselle » dans la rue : c’est très révélateur du fait qu’on n’accorde de valeur et d’existence sociales qu’aux femmes jeunes - le nombre de mes amies qui sautent de joie, autour de 35 ans, parce qu’on les a appelées « mademoiselle », comme si « madame » c’était une insulte ! Je réagissais aussi comme ça avant ce débat, et rien que pour cette raison je suis contente qu’il ait eu lieu...

    • Hihi, je suis bien contente que ça ait changé. La formule du « Mademoiselle ou Madame ? » sonnait « baisable ou pas baisable ? » tout comme parfois, à la question première du « tu as un mari ? » on répond qu’on est marié pour ne pas se faire emmerder. Donc, ne plus retrouver l’idée qu’on ait, pour exister, à lier son existence à un mec, au moins sur les formulaires administratifs, je trouve que c’est une avancée.



  • Opération « Investissez dans des fringues chères pour être une winneuse » sur le blog de Garance Doré
    http://www.garancedore.fr/2012/10/23/9-to-5

    http://www.garancedore.fr/wp-content/uploads/2012/10/garance-dore-illustration.jpg

    Quelques mois plus tard, dèj avec Rihanna. Elle a changé de job, elle est radieuse, et elle est super bien sapée – mais genre super, super bien sapée, la fille sur mon dessin, quoi – la counasse !

    Je la couvre de compliments, et elle me dit :

    “Non, mais j’ai écouté tes conseils, et tu sais quoi, je ne me suis même pas vraiment ruinée. J’ai acheté quelques pièces… Et arrangé un peu ma façon de me coiffer et de me maquiller. J’ai décidé de jouer le jeu, quoi.

    Et, en quelques semaines, tout a changé. C’est comme si les gens, voyant que je prenais du temps pour prendre soin de moi, étaient prêts à me donner plus de leur temps… Et j’ai même changé de job, certainement grâce à ça.

    Et le pire du pire de l’ironie, tu sais ce que c’est ? Maintenant, je bosse dans une maison où j’ai un budget fringues. Je n’ai même pas eu à le demander… Je peux même emprunter des fringues quand j’en ai besoin ! ”

    Florilège de réactions à ce post le lendemain :
    http://www.garancedore.fr/2012/10/24/on-9-to-5

    Je suis journaliste et si j’ai toujours aimé les vêtements, je n’en ai pas toujours eu les moyens. Mais par contre, j’ai très vite compris combien cela importait dans une carrière. J’ai donc patiemment investi dans ma garde robe de grandes marques : “Dress for the job you want”. Cela contribue toujours largement à mes promotions et mes différents rédacteurs en chef ne s’en cachent pas. Mes capacités ne sont pas remises en cause mais mon style me distingue et signifie pour mes employeurs : elle est capable de plus, elle peut incarner notre rédaction à l’antenne ou lors de conférences.

    Drôle de mélange - des idées défendables (s’habiller bien par plaisir et par politesse envers les autres, la médecin qui reste en jean et baskets pour moins intimider ses patients), et des gros clichés sur le lien entre réussite et apparence pour les femmes, sans compter la promotion d’une féminité caricaturale avec talons obligatoires.

    Surtout, la justification de dépenses élevées par la notion d’"investissement" est irrecevable dans une société de consommation, où tout est mis en œuvre pour qu’une tentation chasse l’autre à un rythme effréné. On pourrait assumer la dépense somptuaire pour elle-même, mais elle aussi est illusoire dans un système où la manipulation publicitaire est omniprésente et rend un choix « libre » à peu près impossible.

    En tout cas on peut se demander si ce n’est pas le genre de philosophie qui mène à la case « surendettement » beaucoup plus sûrement qu’à la case « job de rêve ».

    #mode #femmes #féminité #travail #talons


  • Super-pouvoirs au féminin : souplesse et invisibilité - Nouveaux pères (IV), des « Indestructibles » à « Shrek 4 » : peurs masculines - Le cinéma est politique
    http://www.lecinemaestpolitique.fr/nouveaux-peres-iv-des-indestructibles-a-shrek-4-peurs-masculine

    http://www.lecinemaestpolitique.fr/wp-content/uploads/2012/11/nvxperesIV10.jpg

    En tant qu’homme, le père se doit d’avoir comme pouvoir la super-puissance (what else…), il est « Mr. Indestructible ». La mère a quant à elle le pouvoir d’élasticité (elle est « Elastigirl »). Dans le film, ce pouvoir est lié à cette qualité féminine qu’est la « flexibilité ». Et en effet, Helen s’avèrera dans le film beaucoup plus flexible que son mari, puisque c’est elle qui se calera sur ses désirs et non le contraire. La qualité féminine valorisée ici est donc l’adaptabilité (ou la malléabilité) qui est, rappelons-le au passage, la vertu des esclaves… Le petit Dash est quant à lui super-rapide, conformément au préjugé sexiste selon lequel les petits garçons sont des espèces d’hyperactifs qui ont physiologiquement beaucoup plus besoin de se dépenser et de faire du sport que les filles. Et pour finir, Violet a le pouvoir d’invisibilité, qui est ramené dans le film sa timidité maladive de jeune adolescente mal dans sa peau. En même temps, ce personnage est tellement squelettique qu’il serait aussi facile de voir son super-pouvoir comme la récompense de sa correspondance aux normes de beauté féminine (si l’on pousse l’idéal de minceur jusqu’au bout, il mène à l’invisibilité, ce qui n’est pas un inconvénient mais un super pouvoir… Autrement dit : travaillez bien à disparaître les filles, cela fera votre force !).

    #cinéma #femmes #féminité #poids


  • Marie-Chantal en Afghanistan, ou le féminisme néocolonial selon "Elle"

    http://cdn-elle.ladmedia.fr/var/plain_site/storage/images/societe/edito/elles-nous-ont-donne-des-ailes-2263672/26349124-1-fre-FR/Elles-nous-ont-donne-des-ailes_mode_une.jpg

    Cette semaine, le magazine "Elle" annonce le départ de deux de ses collaboratrices de longue date, Marie-Françoise Colombani et Michèle Fitoussi. Dans son éditorial, sous le titre "Elles nous ont donné des ailes", Alix Girod de l’Ain raconte le pot de départ :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Elles-nous-ont-donne-des-ailes-2263672

    A un moment, quelqu’un a lancé : « Mais qui va garder les Afghanes ? » Et c’est vrai que, depuis trente ans, Marie-Françoise et Michèle n’ont pas seulement formé des dizaines de journalistes, elles ont dédié leur force, leur énergie et leur intelligence pour la cause de toutes les femmes. Certes, leur collègue qui signe ces lignes a plus souvent manifesté sa vocation de « clown de bureau » que de figure du combat féministe, mais elle voudrait aujourd’hui se faire la porte-parole de toutes ses consœurs – et confrères ! ce qui est rare nous est cher ! – pour leur dire merci et bravo. Et les assurer, le plus sérieusement, le plus tendrement du monde, d’une chose : promis, Marie-Françoise et Michèle, on gardera les Afghanes.

    Certains ont les bébés phoques ; chez "Elle", on a les femmes afghanes. Seule le "clown de bureau", en effet, pouvait sans doute résumer - avouer - avec une telle ingénuité le regard à la fois spectaculairement ignorant et condescendant qu’elle et ses collègues posent sur leurs "protégées" de prédilection (en 2001, le magazine s’était payé un joli coup de pub en mettant en couverture une Afghane en burqa).

    Dans son hommage à sa collègue, Girod de l’Ain se lamente aussi à l’idée...

    "... de ne plus entendre Marie-Françoise tenter de nous envoyer enquêter chez les femmes opprimées du Kirghoustan inférieur (« 45 heures de voyage en hélico soviétique et 9 vaccins nécessaires, mais c’est un vrai scandale ce qui se passe là-bas »)"

    Bref, le vaste monde qui s’étend au-delà des frontières de Levallois-Perret recèle des contrées exotiques et lointaines dont on se fait une idée si vague et si caricaturale qu’on peut sans problème les fictionnaliser, façon Hergé dans un album de Tintin, en se trouvant très spirituelle. Ces pays ne sont rien d’autre qu’un réservoir de bonnes actions permettant aux bourgeoises occidentales de prendre des poses avantageuses en secourant la veuve et l’orphelin indigènes, victimes de l’arriération et de la barbarie ontologiques de leur civilisation.

    Depuis une dizaine d’années, dans le contexte de l’après-11 septembre, "Elle" a ressuscité avec éclat la grande tradition du féminisme colonial. Il y a une semaine, l’éditorial de Marie-Françoise Colombani, intitulé "Afghanes, la fin de l’espoir", donnait une vision particulièrement lénifiante de l’action de l’armée française en Afghanistan :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Afghanes-la-fin-de-l-espoir-2258874

    http://cdn-elle.ladmedia.fr/var/plain_site/storage/images/societe/edito/afghanes-la-fin-de-l-espoir-2258874/25931880-1-fre-FR/Afghanes-la-fin-de-l-espoir_mode_une.jpg

    C’est fini. Son départ ayant commencé il y a une dizaine de jours, l’armée française aura bientôt quitté – pour ne pas employer le verbe « fuir » – l’Afghanistan. A ELLE, nous sommes plusieurs à partager une autre image de cette armée : celle de militaires enthousiastes arrivant en 2002 à Kaboul avec, dans leurs avions, des ordinateurs et des imprimantes que nous n’avions pas réussi à acheminer de Paris. Ce matériel était destiné à des journalistes afghanes que nous venions aider sur place à créer leur propre journal. « Roz », « jour » en persan. Un nom qu’elles avaient choisi parce qu’il symbolisait l’espoir.

    Cette couverture d’un numéro de "Roz" permet de préciser le genre d’"espoir" qu’il visait à vendre aux femmes afghanes :

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/page-de-couverture-n%C2%B086-Octobre-20091-231x300.jpg

    En difficultés, le magazine avait bénéficié en 2010 d’une vente aux enchères organisée chez BHL et Arielle Dombasle :
    http://afghalibre.typhon.net/2010/01/11/ils-ont-sauve-le-magazine-roz

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/soir%C3%A9e-vente-aux-ench%C3%A8res-pour-roz-21.jpg

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/soir%C3%A9e-vente-aux-ench%C3%A8res-pour-roz-11.jpg

    Présentées aux lectrices de "Elle" comme charitables et apolitiques, ces bonnes actions s’inscrivent dans la campagne de propagande d’une "guerre pour les femmes", concept qui a tout à voir avec l’idéologie et pas grand chose avec la réalité, comme le résumait un peu brutalement le Feminist Peace Network en 2010, lors de la polémique sur la couverture de "Time" avec la femme au nez mutilé :

    Time Magazine Once Again Trots Out The Tired And Inexcusable ‘We’re In Afghanistan (And Have To Stay) To Protect Women’ Mantra
    http://www.feministpeacenetwork.org/2010/07/29/time-magazine-once-again-trots-out-the-tired-and-inexcusable-w

    http://img.timeinc.net/time/daily/2010/1007/a_time_cover_0809.jpg

    Why we can’t leave Afghanistan – yeah sure, we’ve achieved absolutely nothing, trashed the country and possibly put ourselves in more danger and lost too many of our own in the process as well, but don’t be so selfish as to believe that we can just leave, oh no, we have to stay and protect the poor, pitiful Afghan women (and yes that is the sound of sarcasm you hear dripping off those words).

    Alain Gresh, dans "Mourir pour la liberté (celle des femmes en particulier) en Afghanistan" (Nouvelles d’Orient, 21 août 2008), écrivait :
    http://blog.mondediplo.net/2008-08-21-Mourir-pour-la-liberte-celle-des-femmes-en

    Désormais, l’Afghanistan remplace l’Irak dans le discours américain. Et, pour le gouvernement français, c’est aussi « la bonne guerre ». Or, il est plus que douteux qu’un engagement supplémentaire de l’OTAN aboutisse à des résultats pour l’Afghanistan ; au contraire. D’abord, parce que le gouvernement mis en place à Kaboul est largement inefficace, corrompu, otage de tous les chefs de guerre. Ensuite, parce qu’un engagement occidental accru va faire de l’Afghanistan un aimant pour tous les combattants désireux de s’opposer à l’Occident et servir le discours d’Al-Qaida. Enfin, parce que l’histoire a montré, notamment en Afghanistan (les Britanniques et les Soviétiques en savent quelque chose), mais aussi dans le reste du monde, que l’on n’imposait pas la liberté et la démocratie au bout des baïonnettes.

    D’autre part, M. Sarkozy, dans son discours à Kaboul, a repris un mensonge sur la femme à qui on avait coupé la main parce qu’elle s’était mis du vernis à ongles. Ce mensonge avait déjà été dénoncé par Christian Salmon dans un article publié par Le Monde, « Le paradoxe du sarkozysme », 2 mai 2008.

    « L’histoire circule sur Internet depuis des années dans d’innombrables versions. Parfois la victime est une petite fille de 10 ans. Parfois c’est une femme. Le plus souvent, on rapporte que les talibans se “contentaient”, si l’on ose dire, d’arracher les ongles. Dans la version présidentielle, on a amputé la main. »

    « Il est étrange qu’aucune enquête sérieuse ne soit venue questionner les modes de diffusion d’une telle rumeur. Une source semble en être un rapport d’Amnesty International datant de 1997 dont les conclusions étaient bien plus modestes que les commentaires qu’il a inspirés. “Dans un cas au moins, écrivait l’organisation humanitaire, les châtiments infligés ont pris la forme d’une mutilation. En octobre 1996, des talibans auraient sectionné l’extrémité du pouce d’une femme dans le quartier de Khair Khana à Kaboul. Cette “punition” avait apparemment été infligée à cette femme car elle portait du vernis à ongles.” Sam Gardiner, un colonel de l’armée américaine, qui a enquêté sur la communication de guerre des campagnes en Afghanistan et en Irak, a démontré récemment que “l’histoire des ongles arrachés” avait été choisie par Alastair Campbell, le conseiller de M. Anthony Blair, pour illustrer les violences faites aux femmes par les “étudiants en théologie” et diffusée massivement pour convaincre l’opinion publique et les gouvernements européens qui hésitaient à se joindre à la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. »

    « La même story fut diffusée à Washington et à Londres, en suivant des scénographies identiques, allant parfois jusqu’à utiliser les mêmes phrases. Dès novembre 2001, a révélé Gardiner, “l’orchestration de la campagne en faveur des femmes afghanes témoignait de similitudes frappantes dans le timing et les scénarios utilisés à Londres et à Washington”. Le 17 novembre 2001, Laura Bush, la première dame des Etats-Unis, déclare : “Seuls les terroristes et les talibans menacent d’arracher les doigts qui ont les ongles vernis.” Et Cherie Blair, son homologue britannique, d’affirmer (à Londres le lendemain) : “En Afghanistan, si vous avez du vernis à ongles, vous pouvez avoir les ongles arrachés.” »

    (...)

    Si la liberté des femmes en Afghanistan préoccupait tellement l’Occident, on se demande pourquoi celui-ci n’a pas soutenu le régime communiste de Kaboul entre 1978 et 1992. A aucune autre période de l’histoire de ce pays, les femmes n’ont disposé d’autant de droits...

    Paternalisme, ignorance et condescendance se retrouvent dans l’attitude de "Elle" à l’égard des minorités visibles en France, comme en a témoigné l’épisode désastreux du « black fashion power », en février 2012 – voir « Quand le magazine ELLE parle des égéries noires et tombe dans le racisme ordinaire », Afrosomething.com, 24 janvier 2012 :
    http://www.afrosomething.com/article/quand-le-magazine-elle-parle-des-%C3%A9g%C3%A9ries-noires-et-tombe-da

    « Après un article polémique, le magazine « Elle » dément tout racisme », Libération, 2 février 2012
    http://www.liberation.fr/medias/01012387546-apres-un-article-polemique-le-magazine-elle-dement-tout-racis

    En 2004, le magazine avait lancé à grand fracas un « appel à Jacques Chirac » pour l’interdiction du voile à l’école – lire Véronique Maurin, « Le magazine « Elle » profite du voile », Acrimed, 5 janvier 2004
    http://www.acrimed.org/article1432.html

    La rédaction pose sur les banlieues françaises le même regard affligé que sur l’Afghanistan, les deux ayant visiblement tendance à se confondre dans son esprit embrumé. Dans son livre « Pour en finir avec la femme », en 2004, la directrice du magazine, Valérie Toranian, racontait en ces termes le choc que lui avait causé la rencontre avec les militantes de Ni putes ni soumises (on ne rit pas) :

    « Il n’y avait plus uniquement Kaboul ou Islamabad, (...) le Kosovo ou le Rwanda pris dans la folie exterminatrice… »

    (Voir « Un féminisme mercenaire », Périphéries, 8 novembre 2004 :
    http://www.peripheries.net/article67.html )

    En dehors de ces "territoires perdus", en revanche, dans la France blanche, républicaine, galante et civilisée, tout allait bien. Avant que l’affaire Polanski, puis l’affaire DSK, viennent sérieusement bousculer cette vision irénique d’une société débarrassée du machisme, et que le renouveau du mouvement féministe français oblige sa rédaction à s’aligner un minimum, l’instrumentalisation sensationnaliste des Afghanes ou des filles des banlieues permettait au magazine de tenir un discours badintérien selon lequel le féminisme avait, à quelques broutilles près, perdu sa raison d’être : les femmes françaises ont toutes les raisons d’être enchantées de leur sort et feraient mieux d’éviter de se plaindre, ou alors on les embarque dans le premier avion pour Kaboul ou le premier train pour Trappes. En attendant, on leur fourgue des crèmes et des fringues par wagons entiers, et on les matraque d’injonctions à les rendre chèvres sur la femme et la mère qu’elles doivent être (voir « Beauté fatale » pour quelques bonnes pelletées d’exemples).

    Alix Girod de l’Ain, auteure de cet édito d’anthologie sur la garde des Afghanes, est d’ailleurs une adepte enthousiaste de la chirurgie esthétique, à laquelle elle a consacré un livre, « Un bon coup de jeune » :
    http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_un-bon-coup-de-jeune---162.html

    http://www.anne-carriere.fr/fichiers/ouvrages/couv1_162.jpg

    En mars, elle s’était distinguée par son intervention dans le débat lancé par Osez le féminisme, qui réclamait la disparition du « mademoiselle » sur les formulaires administratifs :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Apres-vous-Mademoiselle-1769892

    Il faut défendre mademoiselle parce que Mademoiselle Jeanne Moreau, Mademoiselle Catherine Deneuve et Mademoiselle Isabelle Adjani. Il faut défendre mademoiselle parce que quand le marchand de primeurs de la rue Cadet m’appelle comme ça, je ne suis pas dupe, mais je sens que je vais avoir droit à mon basilic gratuit. Il faut défendre « mad-moi-zell’ » parce qu’elle est « chaarmante », la supprimer serait porter un coup fatal aux loulous qui nous interpellent sur les trottoirs : comment on va faire, si ça devient illégal de se faire draguer dans la rue ? Il faut défendre mademoiselle parce que ma fille de 18 ans, avec ses boucles blondes et ses joues roses, n’a pas du tout, du tout, une tête de madame. A la limite, si on doit changer quelque chose sur les formulaires administratifs, il faudrait rajouter une case : « Pcsse ». Mariées ou pas, jeunes ou vieilles, ce qu’il faut revendiquer, c’est notre droit inaliénable à être des princesses.

    Elle s’était attiré quelques réponses cinglantes :

    Non, Alix Girod de l’Ain, nous ne sommes pas des princesses
    http://www.madmoizelle.com/eradiquons-les-princesses-67838

    Cette longue liste d’avanies, à laquelle il faut ajouter l’épisode de « la pipe, ciment du couple », l’été dernier (lire Gaëlle-Marie Zimmermann, « La pipe du magazine « Elle », ciment de la soumission », Le Plus, 21 juillet 2012 :
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/597199-la-pipe-du-magazine-elle-ciment-de-la-soumission.html ), ou encore les ricanements suscités par un recyclage de camelote éditoriale un peu trop voyant
    http://www.rue89.com/2012/08/18/medias-quand-mamie-elle-radote-son-numero-dete-234705
    , auraient pu inviter à plus de modestie. Mais il faut croire que ce n’est pas si facile, pour les dames patronnesses du 6e arrondissement, de renoncer à se considérer comme l’incarnation de la femme libérée à l’échelle planétaire…

    #femmes #presse_féminine #Afghanistan