Le boulot en débat par Gilles Lucas
http://cqfd-journal.org/Le-boulot-en-debat
Le journaliste François Ruffin défend les ouvriers d’une usine chimique dont la production cancérigène est fermement condamnée par le groupe anti-industriel Pièces et main-d’œuvre. Alors, forcément, y a débat. CQFD a enfilé son bleu pour participer…
Les 4 et 5 avril, sur France-Inter, le camarade journaliste François Ruffin donnait la parole à des salariés d’Arkema en lutte contre le rachat du « Pôle vinylique » de leur boîte de Saint-Fons (Rhône) par un financier américain. D’autres camarades, ceux du « groupe » grenoblois Pièces et main-d’œuvre (PMO), ont protesté énergiquement contre ce reportage complaisant vis-à-vis d’une entreprise fabriquant du PVC, un produit hautement cancérigène. Les ouvriers doivent arrêter de produire ce poison, avancent les amis grenoblois. La question exige une réponse stratégique, réplique François Ruffin. Leur duel épistolaire amène à s’interroger : qu’est-ce qui peut pousser un individu à produire de la merde ? L’amour de la merde bien faite ? Ou de bêtes contingences matérielles ?
Gaffe à la charge de l’éléphant par François Maliet
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« Ce sont des mercenaires, leur boîte s’appelle Escort sécurité », grince un ouvrier en désignant les gros bras qui gardent l’entrée de l’usine. En ce jeudi 5 avril, il faut montrer patte blanche à quatre gorilles arborant un brassard rouge pour pénétrer sur le site. Malgré tout, l’ambiance est plutôt décontractée, même si les gars et les filles de Fralib savent qu’ils ne sont pas à l’abri d’un mauvais coup de leur direction. En novembre dernier, Angel Llovera, le taulier de la boîte, s’est pointé avec une vingtaine de vigiles pour prendre possession des lieux, en bousculant quelques salariés au passage. Depuis, le matin, « il vient au bureau accompagné de ses gardes du corps, comme un président ou comme un… grand voyou ! », persifle un des gars.
Depuis septembre 2010, cette usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône) qui conditionnait thés et infusions aromatisés des marques Éléphant et Lipton, est le théâtre d’une longue guerre d’usure. D’un côté le propriétaire, la multinationale Unilever – Lipton, donc, mais aussi Sun, Dove, Signal, Cif, Amora… –, qui a décidé de fermer le site pour raisons économiques, et de délocaliser la production à Bruxelles (Belgique) et Katowice (Pologne). « Unilever affirme que nous ne sommes pas assez compétitifs, que nous coûtons trop cher. Mais ils ont organisé notre surcapacité en nous retirant des produits. Et Unilever, en 2010 et 2011, est largement bénéficiaire ! » explique Gérard Cazorla. Lui, il est secrétaire du Comité d’établissement (CE), dans le camp d’en face, celui des cent trois salariés [1] qui tiennent la dragée haute au géant de l’industrie agro-alimentaire depuis plus d’un an et demi. Par deux fois, la justice leur a donné raison en retoquant les plans sociaux successifs de la direction. Ils attendent le rendu du troisième procès le 20 avril prochain, mais, pour le moment, les licenciements sont annulés. « Nous ne travaillons plus– il n’y a pas de matière première ! – mais nous touchons toujours nos salaires », précise l’un d’eux.
Dieu est un pilote de Rafale par François Maliet
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« Nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes pas tout-puissants », s’emportait Rony Brauman en mars 2011 après que les premiers missiles occidentaux furent canardés sur la Libye pour, selon la résolution 1976 de l’ONU, « protéger les populations civiles ». L’ex-taulier de Médecins sans frontières se trompait. Tel un Dieu odieux, nous avons engendré tout un monde.
Un monde où, dans les centres de détention contrôlés par des milices d’ex-rebelles, l’on trouve « des personnes détenues illégalement et torturées, parfois jusqu’à la mort », selon un rapport d’Amnesty International de février dernier.
Un monde où des élus de Cyrénaïque, dans l’Est du pays, viennent de déclarer l’autonomie de leur province au sous-sol gavé de pétrole. Un monde où Amnesty peut avancer, en mars, avoir « recensé cinquante-cinq civils identifiés, dont seize enfants et quatorze femmes, tués dans le cadre de frappes aériennes à Tripoli, Zlitan, Majer, Syrte et Brega », sans que l’OTAN ne diligente d’enquêtes sur ses bavures. Un monde où, en février puis en mars dernier, des tribus toubous et arabes se sont livrées à de violents combats dans le sud de la Libye, faisant des dizaines, voire des centaines de victimes.
Un monde où des Touaregs sérieusement enfouraillés – a priori suite au pillage des arsenaux de Kadhafi et des stocks d’armes parachutés aux rebelles libyens par l’armée française – ont pris possession du nord du Mali. Un coup de force qui a servi de toile de fond au putsch militaire du 22 mars dernier, renversant le président malien Amadou Toumani Touré. Nous ne sommes pas Dieu, c’est vrai. Seulement des cons d’Occidentaux enchemisés et sûrs de leur bon droit lorsqu’ils vont porter paix, démocratie et civilisation chez les bougnoules. Et qui seront tôt ou tard contraints d’en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient.
Garzon, l’adition ! par Sébastien Navarro
http://cqfd-journal.org/Garzon-l-addition
Quarante ans après Franco, l’Espagne peine à exhumer les exactions de la dictature. À la tête de ce combat mémoriel, le célèbre juge Baltasar Garzón ferraille contre l’amnésie générale. Et il y met autant d’ardeur que lorsqu’il envoyait au trou des militants basques…
Non létale, mon œil ! par Gilles Lucas
http://cqfd-journal.org/Non-letale-mon-oeil
Le 27 décembre 2007, quelques centaines d’étudiants manifestent contre la loi LRU dans les rues de Nantes. Arrivés devant le rectorat, après que certains d’entre eux ont réussi à écarter le grillage d’enceinte, ils pénètrent dans le parc qui entoure le bâtiment administratif. Le commissaire Monard , directeur départemental de la sécurité publique, envoie ses troupes composées de gendarmes mobiles, de flics cagoulés des Compagnies départementales d’intervention et de cow-boys de la Bac. Ils encerclent les manifestants et les repoussent à l’extérieur par un portail. Deux ou trois projectiles seraient alors partis depuis les rangs étudiants. Aussitôt, des policiers tirent des balles en caoutchouc à travers les grilles. Deux jeunes sont touchés en pleine tête. Un troisième perdra un œil.
Au-delà des ordures - Pirikk
http://www.le-terrier.net/graphistes/pirikk/index.htm
Les lecteurs de CQFD commencent à connaître le beau travail de dessin de presse de Pirikk, voici maintenant l’occasion de découvrir son art du récit.
Le Terrier est fier de recevoir « au-delà des ordures », un beau récit en bande dessinée de 100 pages, avec un pdf téléchargeable à la fin pour l’impression.
Théâtre de l’ombre par Nicolas Arraitz
http://cqfd-journal.org/Theatre-de-l-ombre
À Naples, pendant dix ans, la compagnie Liberanti, formée par des taulards et des ex-taulards, a porté son théâtre jusqu’au-dehors des prisons. Une évasion par la culture ? Non, quelque chose de beaucoup plus enthousiasmant, sanglant et amer. Alessandra, qui fut à l’origine du projet, a raconté l’intense expérience à CQFD.
Sacrée ambiance dans la petite salle du Teatro Nuovo, le jour de la clôture du festival Chi racconta la città, organisé par le journal indépendant Napoli Monitor. On y a vu quatre courts-métrages : le premier sur une glaçante prison psychiatrique en voie de fermeture, le deuxième sur une troupe de transsexuels du Quartieri Spagnoli (présents dans la salle), le troisième d’Alessandra Cutolo sur trois femmes du quartier chaud de Forcella (présentes aussi) et le dernier était un documentaire de l’ex-taulard Gaetano Di Vaio sur trois familles de ferrailleurs de la périphérie napolitaine. Entre chaque projection, Antonella Monetti, accordéon sur le ventre, poussait la chansonnette. Au répertoire, les vieux succès de Sergio Bruni, le cabaret de Raffaele Viviani…
Les ressources d’uranium dans le monde colonial par le CRESADT
http://cqfd-journal.org/Les-ressources-d-uranium-dans-le
L’Arevafrique par Jonathan Ludd
http://cqfd-journal.org/L-Arevafrique
Le nucléaire, c’est l’indépendance énergétique de la France, c’est une énergie propre ! Vraiment ? Et l’uranium des centrales françaises, d’où vient-il ? Dans quelles conditions est-il exploité par Areva ? Qu’est-ce qui se cache tout au bout de nos prises électriques ? CQFD a rencontré Raphaël Granvaud, auteur d’un bouquin tout juste sorti en librairie : Areva en Afrique – Une face cachée du nucléaire français (éditions Agone, 2012).
http://atheles.org/agone/dossiersnoirs/arevaenafrique/index.html
De Toulouse : « enfoncer les portes ouvertes »
http://www.article11.info/?De-Toulouse-Enfoncer-les-portes
Voilà plus d’une année qu’ils tiennent bon dans ce bâtiment toulousain réquisitionné en avril 2011, multipliant les initiatives et les ouvertures de lieux : le Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion (CREA) n’a pas fini d’emmerder les autorités du coin. Mieux, ils entendent bien faire boule de neige. De l’intérieur, décryptage d’une belle expérience autogestionnaire
"Task force sécurité" par Jean-Pierre Levaray
►http://cqfd-journal.org/Task-force-securite
De grands panneaux lumineux ont été installés aux entrées stratégiques de l’usine, comme il en existe déjà plein dans d’autres boîtes. S’affichent les heures et les jours sans accidents du travail, ainsi que des slogans sécuritaires martelés par des Big Brothers au petit pied : « Mettez votre casque », « Respectez le code de la route, même à l’intérieur de l’établissement », etc. Les abords de l’usine, trottoirs, parkings, bordures gazonnées ont été relookés. Des arbres ont été plantés. Des peintres sont venus illico presto donner un coup de neuf à des couloirs, des portiques et j’en passe. Dans la novlangue des patrons, cela s’appelle le nice-looking. Des affiches « sécurité » prônant les « bons réflexes » et les « règles d’or » ont été placées le long des passages principaux. Enfin, les cadres se sont mis sur leur trente et un, arborant un costard ou trimballant leur cravate dans l’attaché-case.
Parce que voilà, « dans le cadre du Safety tour », les nouveaux responsables sécurité de chez Total, la maison-mère, sont venus voir notre usine, histoire de décerner un Security award aux pompiers de la boîte qui avaient fait des miracles lors du dernier accident sur l’unité d’ammoniac (cf. CQFD n°93). Une vraie cérémonie à base de discours et cocktails de jus de fruits à volonté.
La crise par Gilles Lucas
http://cqfd-journal.org/La-crise
La crise ! Presque quarante ans aujourd’hui que l’expression hante les sociétés, pèse comme une sourde menace, agite le spectre d’une décomposition imminente du présent et semble soumettre le monde à des flux incontrôlables et incontrôlés. S’il est convenu de nommer les années comprises entre 1945 et 1973 les « Trente Glorieuses », époque dont l’évocation provoque quelques émotions au souvenir des mythiques services publics ou du bien-être consumériste, c’est par une succession de crises et de krachs que s’achèvent ces prétendus temps bénis. Ces « phénomènes », a priori exceptionnels, vont se « pérenniser », passant du choc initial aux répercussions sur plusieurs années, en attendant le surgissement d’un nouvel effondrement.
Statistiquement précaire par Line Sepato
http://cqfd-journal.org/Statistiquement-precaire
Si les français ont le moral dans les chaussettes, que dire de celui des enquêtrices de l’Institut national de la statistique et des études économiques ?
Depuis plusieurs mois, les petites mains de la statistique officielle sont en grève, l’État souhaitant les contraindre à changer de statut, avec pour conséquence une précarisation accrue. Elles rouspètent de réunions en grèves car elles ne veulent pas d’un « CDI de pigiste », une spécialité du droit français que le Conseil d’État a pourtant dénoncé. La direction les enjoint d’aller se faire absorber par la loi Sauvadet – du nom du ministre de la Fonction publique – pour qu’elles bénéficient de ce pseudo-CDI qui n’en a pas les avantages : pas de congés maladie, pas de congés tout court, des payes qui dégringolent… Et, en guise de prime, des remboursements de frais en chute libre.
Alors, ces enquêtrices qui viennent chez vous à pas d’heure, questionnaire en main, pour « éclairer le débat public » refusent de retourner au chagrin. Les relevés du prix du chou en Auvergne, des cacahuètes à Concarneau, des panisses à Marseille et du carburant ne sont plus effectués depuis belle lurette. Leur direction affirme pourtant que cela ne modifie pas le fameux Indice des prix qui sert à calculer pension alimentaire et prix des loyers. La célèbre Enquête emploi, celle que soupèse le Bureau international du travail (BIT) de deux doigts experts pour livrer les chiffres des loquedus qui se dorent la pilule au chômage, n’est pas faite non plus. Tout comme l’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) qu’affectionne tant le ministre de l’Intérieur Claude Guéant pour gloser sur la délinquance.
Les filles de l’Insee restent donc statiques dans la statistique. Et les prochains chiffres de l’organisme public seront bel et bien mis à caution.
Mal Barré(e)s : Vive Le Feu ! par Fontenelle
http://vivelefeu.20minutes-blogs.fr/archive/2007/04/22/primaire-a-droite.html
D’un côté, la vieille droite brutale, sécuritaire et xénophobe.
Celle qui a toujours préféré Salan à Manouchian.
Celle qui n’hésite jamais à plonger profond dans la merde, pour y pécher un de ses puants clichetons racistes - cette fois-ci à base de musulmans, de moutons et de baignoires.
Celle qui pense à nos gènes comme on y pensait à Berlin, après 1933.
Celle qui n’en finit jamais de fomenter des ministères de l’Identité nationale.
Celle qui rafle des enfants ; qui a toujours besoin de petits « clandestins » chez elle.
Celle, dure aux faibles, qui lèche des culs patronaux en piquant aux pauvres pour gaver les riches.
De l’autre, la « gauche » de droite.
Celle qui trahit sans jamais désemparer.
Celle qui chie sur Jaurès d’une très, très haute hauteur.
Celle qui privatise.
La « gauche » dégueulasse qui finit toujours par confesser de la « naïveté » sécuritaire.
La « gauche » qui trouve aussi que l’immigration est un « problème ».
Celle des fonds de pension.
Celle d’Eric Le Joffrin et de Laurent Boucher.
La « gauche » nouvelle des vieux canassons libéraux qui vont se gargarisant d’avoir, quand mêêêêême, inventé la CMU - mais pour mieux nous fourguer la nécessaire (mais juste) « réforme » de la Sécu.
La « gauche », dure aux faibles, qui lèche des culs patronaux en piquant aux pauvres pour gaver les riches.
On sait déjà que dans les deux cas, faudra serrer les dents.
On sait déjà que ça fera mal au début, que ça fera mal après le début, que ça fera mal jusqu’au bout - pauvre de nous.
On sait déjà qu’on va manger, sévère - à coups de tonfa, ou de marketing.
Le cul des autres par Mademoiselle
http://cqfd-journal.org/Le-cul-des-autres
Sandrine et Héléna grappillent toutes les deux le Revenu de solidarité active (RSA). Sandrine a un enfant de huit ans, vit en couple et travaille quelques heures par jour dans le « service à la personne ». Toute la journée, elle court entre la maison, les courses, le ménage, la bouffe, l’école et les personnes âgées qu’elle lave, fait manger et écoute se plaindre. Elle bosse deux heures par jour, quarante-cinq minutes le matin, quarante-cinq minutes le midi, et une demi-heure le soir. Évidemment, avec les temps de trajet, ce boulot n’est absolument pas rentable, puisqu’elle passe deux heures sur vingt-quatre dans sa voiture… soit autant qu’au boulot ! Sans compter qu’elle se casse le dos et se coltine souvent des cas assez lourds, comme M. D., qui pisse partout et se partout comporte comme un gros dégueulasse. Elle le supporte pourtant tous les matins, du lundi au dimanche compris. Au total, elle travaille environ quarante-cinq heures par mois, ce qui l’aide vaguement à mettre du beurre dans les coquillettes. Mais il paraît qu’elle a plutôt de la chance, car elle n’est pas seule, même si son mari ne fait pas grand-chose à la maison et que le gamin est suffisamment grand pour « se garder tout seul ».
Ce qui n’est pas le cas d’Héléna, qui a une enfant de deux ans et qui est « parent isolé », comme on dit. Elle s’est toujours demandé pourquoi on appelait cela « parent isolé », parce que jusqu’à présent, à chaque fois qu’elle rencontre quelqu’un qui élève seul ses gamins, c’est une femme. Comme beaucoup d’entre elles, Héléna essaie de courir après son ex pour toucher une pension alimentaire qui ne vient jamais. Elle reçoit 778 euros de RSA et, en plus, cumule deux petits boulots. Ce n’est pas que ça l’enchante, mais elle s’est sentie obligée d’accepter la dernière proposition qu’on lui a faite, pour ne pas avoir l’air de rechigner à la tâche. Du coup, elle enchaîne des journées marathon et mange dans sa voiture, en cinq minutes, en espérant que les heures effectuées ne lui fassent pas baisser les aides qu’elle touche. Ce serait la catastrophe, avec la nounou à payer et le prix de l’essence. Faire garder les mioches, c’est la grande préoccupation des femmes qui se débattent avec les minimas, comme on dit, et auxquelles on demande d’accepter des petits boulots mal payés pour montrer qu’elles font preuve de bonne volonté dans leur démarche de « retour à l’emploi ». L’une d’entre elles, l’air morne, me résume sa vie ainsi : « Comme boulot, on me propose toujours de m’occuper du cul des vieux… Ça ne me change pas, à la maison, je torche déjà celui de mon mec et de mon gamin. »
Caméras cassées à Bayonne par Salim Bisset
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Comme son papa, maire de Bayonne avant lui, le député Jean Grenet finance à perte la corrida – 400 000 euros de déficit en 2011 –, et multiplie les subventions afin de valoriser la fierté locale qu’est le club omnisport de la commune, l’Aviron Bayonnais.
Mais, en vieillissant, le Prince Jean dépense aussi sans compter pour normaliser et sécuriser son fief. Depuis un an et demi, un programme municipal de 200 000 euros vise à promouvoir la culture institutionnelle et à restreindre les pratiques festives dans les quartiers populaires : fermeture prématurée des bars en semaine, fin obligatoire des concerts à 22 heures le week-end… Comme ailleurs, l’objectif non affiché est d’« assainir » le centre-ville, pour attirer les cadres sup’ et les gentils Parisiens endimanchés qui ne devraient pas tarder à déferler sur la ville avec la future ligne à grande vitesse Paris-Madrid. Installées provisoirement depuis cinq ans pendant les fêtes de Bayonne afin d’épier les festayeres, les caméras de vidéosurveillance se sont multipliées en catimini à l’automne dernier, avec la pose d’une quinzaine d’yeux électroniques dans le quartier basque du Petit Bayonne. Rapidement, un bon nombre d’entre elles n’ont pas résisté aux sprays et à l’arrachage des fils d’alimentation, avant que « quelqu’un » ne les fasse, en désespoir de cause, retirer. Depuis, la mairie cherche à garder la face en affirmant, sans rire, par l’intermédiaire de son service de communication, « ne pas avoir eu connaissance de l’installation de caméras de surveillance dans le Petit Bayonne… » Difficile, en effet, d’avouer un nouveau revers après des manifestations de réfractaires et qu’une étude sociologique a démontré que la jeunesse bayonnaise est « plutôt sage » dans ses pratiques nocturnes. Reste que le Prince Jean est tenace ! Il revient cette fois par la grande porte et fait savoir, via la presse, que dix-sept caméras seront installées à Saint-Esprit, le vieux quartier juif à côté de la gare – financées par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) à hauteur de 35 000 euros.
La bataille est loin d’être terminée : « Nous allons nous occuper de ces nouvelles caméras », rapporte un trentenaire qui a bien entendu souhaité garder l’anonymat.
Allumons-nous les uns les autres ! par Noël Godin
http://www.cqfd-journal.org/Allumons-nous-les-uns-les-autres
S’il y a une jeune maison d’édition rebelle que j’entends soutenir bec et griffes, c’est bien Wombat avec son palmarès de textes couillus et poilants signés Robert Benchley, Takeshi Kitano, DDT, Topor ou S.J. Perelman, le dialoguiste de proue des Marx Brothers. S’il y a, d’autre part, un dessinateur pamphlétaire à qui je voudrais rouler une galoche dans son sépulcre, c’est bien le grand Gébé qui est à juste titre fêté comme le fricasseur de la véritable utopie française d’agit-prop des cinq dernières décennies. Je fus dès lors mis dans tous mes états par l’annonce de la première publication en livre par Wombat de Tout s’allume de Gébé, le post-scriptum à L’An 01 qui était paru sous forme de feuilleton dans les Charlie Hebdo de l’été 1979.
La patrouille du bon son par Bruno Dante & Mathieu Léonard
http://cqfd-journal.org/La-patrouille-du-bon-son
Composé de Rootystep, de Mac Gyver et du toaster Pupajim – dont certains amateurs connaissent peut-être déjà les remarquables et entêtants titres « Business of war » et « TV addict » – le sound system Stand High Patrol, qui tourne déjà depuis une dizaine d’années, vient de sortir son premier album de dub breton, Midnight walkers, autoproduit sur leur label Stand High records.
Du dub breton ? Gast ! Alors du dub salé, car, c’est bien connu, le dub doux c’est pas vraiment du dub et ça n’a pas de goût. Mais attention, il ne s’agit pas d’une fusion douteuse avec des bouts de gwerz ou de Kan ha diskan et de ragga, non pas : Stand High Patrol mixe précautionneusement des sons reggae, dub, drum’n bass, hip-hop West Coast (Finistère oblige !), new-wave ou électro. Le trio sait associer des riddims minimalistes et glacés comme l’acier avec des mélodies plus chaleureuses, simples et efficaces. Le contraste entre l’accompagnement brut de décoffrage du digital à grosses basses et la voix douce, mélancolique, subtile et suave parfois comme du early reggae juvénile, demeure la marque de fabrique du trio. Rub a dub style, dancehall, en passant par le timbre Stalag, le chant navigue sur une palette de styles en variant harmonieusement selon l’humeur des compos, et le sujet reste toujours savamment maîtrisé. Les morceaux « Commando », « Brest bay », « Boat people » ou « The Big Tree » ont la puissance de véritables tubes à fredonner un dimanche matin en fin de piste sous un ciel brestois.
Car nos trois mousquetaires du Ponant restent des marcheurs de la nuit. À Brest, le rendez-vous mensuel de leur « Dubadub Residance », soirée organisée dans le cabaret mythique du Vauban, attire les foules avides de dance floor chauds bouillants. Stand High Patrol, c’est aussi le souci de faire partager la passion de la Bass Culture, des invités de marque défilent au rythme des soirées de ces dernières années, Echo Ranks, Dan Man, Kenny Knots, Martin Campbell, Murray Man ou encore Mc Jamalski... En live ça dépote grave, c’est riche, généreux et radicalement jovial. L’esprit festif, ici, c’est plutôt de se mettre dans un coin de la salle, installer le mur d’enceintes et les platines sur une table et offrir la scène et tout l’espace au public pour qu’il y circule en dansant jusqu’à l’aube. Un certain bon sens du renversement de perspective, dirons-nous ! Pour finir, il serait juste de souligner, en plus du contenu, le souci de la forme chez Stand High. La charte visuelle est soignée par Kazyusclef, grapheur graphiste qui imprime son style sur les affiches et les pochettes des vinyles – que l’on doit se procurer au plus vite.
Acier trompé par Gilles Lucas
►http://cqfd-journal.org/Acier-trompe
Sauver le Made in France, qu’ils disaient ? Les métallos en grève de Florange voient défiler sans illusion les candidats en campagne. Mais ils ont des idées : « ArcelorMittal a racheté Gandrange pour un euro. Nous aussi, on a un euro : on le lui donne ! » Chiche ?
« Nous allons être le cauchemar du gouvernement », promettaient dès le début de l’année les sidérurgistes de Florange, une des dernières villes industrielles du bassin lorrain. Au chômage technique depuis novembre, ils ne croient plus aux propos de leur taulier, ArcelorMittal, qui parle d’une réduction temporaire d’activité dans l’attente de beaux lendemains en acier. Pour eux, l’affaire est pliée : derrière les propos évasifs de la direction, c’est la fermeture de ces derniers hauts-fourneaux qui est programmée. Réunis en intersyndicale, les organisations ouvrières ont donc décidé, à partir du 20 février, de passer à l’action. Occupation des locaux de la direction, arrêt des expéditions, barrages à l’entrée des bâtiments administratifs, blocage total du site et des liaisons ferroviaires… « Pour décider de ces actions, on se réunit en intersyndicale puis on présente les propositions lors des assemblées générales qui ont lieu dans la salle du conseil d’administration ou dans une salle que nous prête la mairie. Les décisions sont votées à main levée », précise à CQFD Michel, un syndicaliste de la CFDT. « Le problème est que Mittal fait ce qu’il veut. Il parle de baisse de la demande d’acier pour justifier l’arrêt des hauts-fourneaux. C’est faux. Nous savons que sur les sites de Brême en Allemagne et de Gand en Belgique, les gars sont sous pression. Ces hauts-fourneaux tournent à 98 % de leur capacité. Ce qui exige un travail énorme. Cette activité, intensive et dangereuse pour le personnel comme pour les installations, devrait être partagée avec les autres sites. Tout le monde aurait du travail, et les collègues allemands et belges pourraient souffler », poursuit un responsable de la CFDT.
Le cave dans la truffière par Jean-Claude Leyraud
http://cqfd-journal.org/Le-cave-dans-la-truffiere
Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un fusil de chasse chargé, et ceux qui creusent en douce au pied des chênes truffiers pour gagner quelques ronds. Quand les premiers tirent sur les seconds, la justice est coulante et les voisins solidaires.
Alors que la saison de la truffe vient de s’achever, il est bon de rappeler qu’il y a un peu plus d’un an, près de Grignan, dans la Drôme, un truffeur anonyme était flingué en pleine nuit, sans sommation, par le propriétaire de la truffière. Le cow-boy avait tout le pedigree requis : gros exploitant, notable du coin, chasseur, président des Jeunes Agriculteurs (section jeune de la FDSEA). Il a reçu le soutien de la population de son village qui est allée jusqu’à manifester pour sa libération. Il faut dire que, depuis quelques années, la disparition de truffes était en constante augmentation. Ce meurtre était la conclusion du pourrissement d’une situation. Quant à la victime, elle a été présentée comme une personne en situation précaire, vivant d’expédients. En réalité, sous cette affaire aux aspects archaïques, se cachent les dessous affriolants de notre monde moderne.
La numérisation des SDF par Momo Brücke
http://cqfd-journal.org/La-numerisation-des-SDF
Rationaliser le coût des pauvres, tel est l’objectif permanent de la gestion du social. Et pour ce faire, on peut compter sur la mise en place de machines à gaz bureaucratiques et inefficaces. Un exemple nous est donné avec l’indigente prise en charge des sans-abri.
Depuis la fin du XIXe siècle, la complainte des gestionnaires de la pauvreté est toujours la même. « Que d’efforts perdus faute d’être coordonnés, que de ressources éparpillées sur des indignes ! », se plaignait déjà le politicien libéral Léon Lefébure en 1889. Lui préconisait de créer une multitude de pôles de savoirs locaux, centralisés au sein d’un Office central des œuvres de bienfaisance afin de cerner les évolutions du paupérisme et de trouver le meilleur moyen de les combattre. Quelque cent vingt ans plus tard, une nouvelle proposition de centralisation est faite à grand renfort d’informatisation et de théorie managériale : le Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) et les Plans départementaux accueil hébergement insertion (PDAHI). Ces deux outils visent « une meilleure adéquation entre l’offre et la demande d’hébergement » à destination des Sans domicile fixe (SDF). On centralise les informations avec l’idée de minimiser l’éparpillement des dépenses. Aux travailleurs sociaux agissant à la base de se soumettre à ces nouveaux outils que leur propose la Direction générale de la cohésion sociale et de les nourrir d’une masse d’informations concernant les individus dans le besoin.
Un petit Fukushima-sur-Manche ? par Gilles Lucas
http://cqfd-journal.org/Un-petit-Fukushima-sur-Manche
Le 6 avril 2012, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié un communiqué de presse tout à fait rassurant à propos de la situation concernant la centrale nucléaire de Penly, en Seine-Maritime. « [Ce matin] vers 7 heures, l’ASN a eu confirmation par EDF qu’il n’y avait plus de fuite dans la pompe primaire numéro un du réacteur numéro deux. Cet incident survenu sur la pompe n’a pas eu de conséquence sur l’environnement. L’ASN a provisoirement classé cet événement au niveau un sur l’échelle INES. » La haute exigence d’intégrité et de transparence de l’ASN aura, vu l’urgence d’informer les populations, repoussé de quelques jours l’exposé détaillé de cet incident classé un et des interrogations qu’il soulève. Les experts appointés préciseront alors que l’huile enflammée venait de la pompe du circuit primaire qui sert à refroidir le cœur du réacteur. Ils n’omettront pas de décrire la durée de la fuite et la quantité d’eau radioactive écoulée, à raison de plus de deux mètres cubes par heure, jusqu’à ce que l’incident ait été maîtrisé. Ils rappelleront que cette eau radioactive, récupérée dans des bacs prévus à cet effet, sera rejetée en mer après avoir subi un retraitement. Ils indiqueront que cette opération de filtrage ne piège pas le tritium, isotope hautement radioactif, inévitablement présent, avec d’autres gaz rares. Ils insisteront évidemment sur les conséquences potentielles d’un tel évènement dans une telle centrale, où cinquante-sept millions d’euros avaient pourtant été dépensés en 2010 pour améliorer la sûreté de ces installations nucléaires qui produisent l’énergie la moins chère et la plus sûre. Ils, ils… « Quand toutes les précautions auront été prises, l’installation redémarrera en toute sûreté », a déclaré solennellement dans l’après-midi de ce même 6 avril, Laurent Lacroix, directeur délégué du site EDF de Penly. Manière de confirmer le récent rapport d’inspection de l’ASN qui déclarait que « l’organisation pour la conduite normale des réacteurs du Centre nucléaire de production électrique de Penly est globalement satisfaisante », tout en laissant échapper une furtive remarque « sur l’inétanchéité du clapet 2RCV265VP du circuit RCV6 du réacteur numéro deux »… Date du passage des inspecteurs ? Il n’y a pas même deux mois : c’était le 15 février 2012.
Mais qu’est-ce qu’on va faire de... par Momo Brücke
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Lénine ne s’était pas trompé, lorsqu’il annonçait joyeusement la fin du politique, et le débarquement de hordes d’experts : « On verra désormais monter à la tribune des congrès de Russie non seulement des hommes politiques et des administrateurs, mais aussi des ingénieurs et des agronomes. C’est le départ d’une époque très heureuse, où l’on pratiquera de moins en moins de politique, où l’on en parlera moins souvent et moins longuement, et où ce sont les ingénieurs et les agronomes qui auront la parole. » L’un des points communs entre l’URSS et l’Occident est la délégation du geste politique, ainsi que de tout ce qui concerne la vie quotidienne, aux experts de tout poil.
Nous vivons tout de même dans un monde étrange, non ? Une époque où existe une faille entre nos gestes quotidiens et leurs implications. Prenons le simple fait d’exercer une pression sur un interrupteur pour convoquer la fée Électricité. Imaginer les implications de cette minuscule action, c’est se placer sur deux échelles différentes à la fois, au risque de se casser la gueule : celle de son propre geste, et celle de la représentation de ses conséquences. Entre les deux, il y a un gouffre. Et c’est dans ce gouffre que s’installent nombre des opérations de pouvoir de nos sociétés modernes.
Berger à lier par Gilles Lucas
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« La brebis pare-feux », c’est ainsi qu’Alain, jeune berger, a choisi de nommer son activité lorsqu’il s’installe dans les Cévennes, entre Les Vans et Villefort. Mais son mode de vie un brin anarchique a entraîné des conflits avec des autorités locales, jusqu’à son internement en psychiatrie…