CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • La grève et le goupillon par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/La-greve-et-le-goupillon

    Les critères de rentabilité dans les activités de soins, mis en place par la loi Bachelot continuent à produire leurs effets : réductions de personnels et aggravations des tensions. Propriété d’un ordre religieux, un établissement d’accueil de sans-domicile craque de toute part. Loin du ciel et les pieds sur terre, la majorité des salariés a cessé le travail, pendant quelques jours.


  • Mais qu’est-ce qu’on va faire des… Zones de sécurité prioritaires ?
    http://cqfd-journal.org/Mais-qu-est-ce-qu-on-va-faire-des-906

    Un million six cent mille. C’est le nombre d’habitants qui vivent dans les soixante-quatre Zones de sécurité prioritaire (ZSP) lancées en septembre 2012 par Manuel « Nicolas » Valls. De Saint-Ouen dans le 93, à Tourcoing et Roubaix dans le 59 en passant par… Saint-Gilles dans le 30, not’ bon ministre ne veut rien moins que nettoyer à grandes eaux « l’économie souterraine, le trafic de stupéfiants et d’armes, les violences, les cambriolages, les regroupements d’individus dans les halls d’immeubles, les incivilités recensées sur la voie publique » Et tout le monde se met à la tâche : Éducation nationale, municipalités et Affaires sociales sont aussi associées sans compter que 40 % des établissements scolaires dits « prioritaires » se retrouvent dans ces ZSP. Extirper le mal par la racine, qu’on vous dit ! Le ministère de l’Intérieur a ainsi rameuté près de 500 lardus supplémentaires dans ces territoires labellisés pour apporter sécurité et sérénité aux braves habitants de ces « zones sensibles ».


  • Sus aux virus ! par Tomjo
    http://cqfd-journal.org/Sus-aux-virus

    Les derniers développements en matière de cybersécurité sont en train de ringardiser Matrix. Avec la bénédiction de pouvoirs publics disposés, dans ce domaine, à desserrer les cordons de la bourse.

    « Comment la France doit-elle faire pour se préparer contre un cyber-11-Septembre ? », s’est alarmé le député Eduardo Rihan Cypel lors du Forum international de la cybersécurité (FIC) des 28 et 29 janvier, à Lille.


  • PSA : Chronique d’une fermeture d’usine
    Par L’équipe de AFPDR (Au Fond Près Du Radiateur)
    http://cqfd-journal.org/PSA-Chronique-d-une-fermeture-d

    Il y a un an, alors que circulaient les premières rumeurs de plans de licenciement dans le groupe PSA, l’équipe de l’émission radio Au fond près du radiateur sur Fréquence Paris-Plurielle commençait à laisser traîner ses micros devant l’usine d’Aulnay. Le 12 juillet 2012, la fermeture du site est annoncée officiellement. « Plan pas acceptable », « Aucun licenciement sec chez Peugeot », feint de sermonner Hollande avant de valider, le 11 septembre, le diagnostic du constructeur automobile sur la « nécessité d’une restructuration [1] ». Comme en 1982 et en 1984, les socialistes, au nom de l’austérité, se rangent encore du côté des patrons. Progressivement, la lutte monte en intensité. Depuis le 16 janvier, date de l’entrée en grève, les salariés ne relâchent pas la pression et entament leur troisième mois à l’heure où nous imprimons.

    À travers les prises de parole des ouvriers, très vite, les rouages du « système PSA » sont mis en lumière : un paternalisme d’entreprise, autoritaire et empreint d’une logique coloniale, ancré de longue date dans l’histoire du groupe. Une logique face à laquelle s’est développée une culture de luttes, qui fait la spécificité du site d’Aulnay.

    Voir @intempestive : http://seenthis.net/messages/130980


  • La virginité virtuelle d’Edwy Plenel
    http://cqfd-journal.org/La-virginite-virtuelle-d-Edwy

    Quand on a été le taulier du Monde, quotidien tombé en pâmoison devant les puissances de l’argent, rien de tel qu’Internet pour se refaire une virginité. Edwy Plenel, fondateur du site d’information Mediapart, ex-pilier de la presse de connivence, s’est reconverti en prophète autoproclamé de l’indépendance des médias.

    C’est la démocratie qu’on assassine ! Mi-janvier, le rachat par Bernard Tapie des titres de presse du Groupe Hersant Média (GHM) – dont le quotidien La Provence – a été homologué par le tribunal de commerce de Paris. Horreur : un « affairiste » arrive à la tête d’un canard régional ! Aussitôt, Nicolas Demorand, taulier de Libération pour le compte du groupe Rothschild, accourt à Marseille (le 11 janvier dernier), afin d’insuffler aux plumitifs indigènes l’esprit de résistance face aux pouvoirs financiers.

    Edwy Plenel ne veut pas laisser à Nicolas le rôle de libérateur de la presse marseillaise : il riposte le 11 février, par une grand-messe moustachue « en défense de l’information indépendante », organisée avec le site d’info marsactu.fr et le mensuel satirique Le Ravi. Sur les planches du théâtre de La Criée, le voici en Rol-Tanguy de la presse libre, le rôle qu’il préfère depuis qu’il a lancé Mediapart. Mais avant ?

    • Eh oui, eh oui et lorsque Denis Robert dénonça la délinquance financière et Clearstream, quelle fut la réaction d’Edwy Plenel ?
      Peut-être a-t-il demandé pardon lui aussi ?

    • Heureux de lire ce que je pense de ce type : investigateur -dénonciateur mais prêcheur de bons sentiments sur France-cul. Il y a une catégorie, comme ça : Joffrin, Demorand, lui... Des gus pas possible


  • Emission Les paysans et paysannes dans la #lutte_des_classes (#Radio_Canut), sur la fête du #Potcole à #Dijon
    http://blogs.radiocanut.org/luttespaysannes/2013/04/11/fete-du-potcolle-a-dijon

    Petit retour sur la fête des trois ans du pot’co’le, #potager #collectif des lentillères, sur une friche agricole à Dijon. Notes et morceaux choisis de subversions potagères :
    – D’abord une interview de deux personnes qui participent à la vie du potager collectif : historique, vie au jardin et enjeux de la lutte.
    – Une seconde interview, d’une des personnes qui habite et cultive au jardin des maraîchers jouxtant le pot’col’le : explications de l’occupation du jardin des #maraîchers, lien avec les #paysans-nes, perspectives.

    http://blogs.radiocanut.org/luttespaysannes/files/2013/04/lpdlc11avril2013.mp3

    Site du Potcole
    http://lentilleres.potager.org

    « Occupation maraîchère contre éco-bétonneurs », dans @cqfd (décembre 2012)
    http://www.cqfd-journal.org/Occupation-maraichere-contre-eco

    #agriculture #audio #radio



  • Dieu est un canard en plastique jaune
    Par Guillaume Gamblin
    http://cqfd-journal.org/Dieu-est-un-canard-en-plastique

    L’église patolique, vous connaissez ? Léo Bassi en a fondé la première paroisse au monde. Pato signifie canard en espagnol. Dans le local exigu de l’ambassade du Patican, sise dans une ruelle à deux pas de la place Lavapiés, à Madrid, on adore… un canard de baignoire en plastique jaune.

    Léo nous assure qu’il entreprendra bientôt les démarches pour faire reconnaître le patolicisme comme religion. La doctrine de cette dernière est patologique et ses ennemis sont, bien sûr, antipatiques. Dans un décor des plus baroques, on peut venir y adorer la divinité – le fameux animal en plastique susdit – trônant sur un coussin et des dorures dignes de la plus sainte relique. Tapissant les murs, des portraits de Descartes, Sénèque, Édith Piaf, Einstein, Groucho Marx et bien d’autres, entourés d’anges au nez de clown. C’est le comédien et bouffon Léo Bassi qui est à l’origine de ce foutoir. Dans un pays encore profondément hanté par l’Église catholique, il a voulu, sous le signe de la dérision, ouvrir un lieu consacré à l’athéisme. « J’ai voulu me différencier des attaques frontales et sérieuses contre la religion », préférant créer une nouvelle religion pour en montrer l’absurdité. Sous la sainte relique défilent mécaniquement des silhouettes de canard en carton, comme à la fête foraine. « Ici, c’est la seule église où l’on est invité à tirer sur Dieu ! » Sur la droite, une crèche. L’âne et le bœuf entourent… un canard jaune géant. Dans la minuscule salle de derrière – le tout ne fait pas la taille d’un studio –, d’autres dorures baroques, et en guise de reliques, Gargantua dans une édition de 1789, un fragment d’os de dinosaure – adieu les créationnistes ! – et la reproduction de la première statue humaine datant de 60 000 ans.


  • L’employé de bureau, figure littéraire
    Par Mathieu Léonard
    http://cqfd-journal.org/L-employe-de-bureau-figure

    Jim clements est un bienheureux centenaire. Il habite à Harlow dans l’Essex, Angleterre, et il est le plus vieil employé de bureau en exercice au monde. En 1979, à 66 ans, ne supportant plus l’ennui que lui procurait la retraite, il était retourné bosser dans l’entreprise de sécurité qui l’employait, où il continue aujourd’hui à remplir des formulaires, faire des photocopies, répondre au téléphone et préparer le thé pour ses collègues féminines qui le dorlotent en retour. À l’angoisse de l’oisiveté et de la liberté, Jim a préféré le vide du travail de bureau, le tiède confort d’une activité monotone. L’anecdote aurait tout de la fable moderne qui fait le ravissement des rubriques « Insolite » des journaux si elle ne renvoyait pas à une pathologie bien plus profonde du travail.

    La littérature est d’ailleurs la première à s’intéresser à ces cols blancs et au vide sidéral de la vie de bureau et ce dès l’essor du secteur tertiaire au XIXe siècle. Bartelby (1853) d’Herman Melville est à ce titre un chef-d’œuvre précurseur dans l’évocation du pouvoir de résistance par l’inertie d’un employé de bureau de Wall Street. « Je préfèrerais ne pas », répond systématiquement Bartelby aux injonctions de plus en plus embarrassées de son chef de bureau, opposant un « néant de volonté [1] », face à un système lui-même absurde et inutile. Mais, si Bartleby manifeste une forme de refus, conscient ou inconscient, face à l’aliénation du travail, c’est plutôt au personnage peint par Huysmans dans La retraite de monsieur Bougran (1864) que nous renvoie la figure subordonnée de Jim Clements. M. Bougran est un employé de ministère, célibataire, déboussolé par sa mise à la retraite : « Mais, bien plus que la question des ressources personnelles, la question du temps à tuer l’inquiéta. Comment rompre, du jour au lendemain, avec cette habitude d’un bureau vous enfermant dans une pièce toujours la même, pendant d’identiques heures, avec cette coutume d’une conversation échangée, chaque matin, entre collègues. » Dans la nouvelle, Bougran finit par se rejouer pour lui-même la comédie du travail, recréant chez lui les conditions répétitives du bureau jusqu’à en mourir.


  • Le Manifeste des chômeurs heureux réédité par Libertalia
    http://editionslibertalia.com/Manifeste-des-chomeurs-heureux.html

    « #Chômage » est un mauvais mot, une idée négative, le revers de la médaille du travail. Un chômeur n’est qu’un travailleur sans #travail. Ce qui ne dit rien de la personne comme poète, comme flâneur, comme chercheur, comme respirateur. En public, on n’a le droit de parler que du manque de travail. Ce n’est qu’en privé, à l’abri des journalistes, sociologues et autres renifle-merde que l’on se permet de dire ce qu’on a sur le cœur : « Je viens d’être licencié, super ! » « Enfin je vais pouvoir faire la fête tous les soirs, bouffer autre chose que du micro-ondes, câliner sans limites. » Car tous les chômeurs disposent en tout cas d’une chose inestimable : du temps. Voilà qui pourrait constituer une chance historique, la possibilité de mener une vie pleine de sens, de joie et de raison. On peut définir notre but comme une reconquête du temps. Nous sommes donc tout sauf inactifs, alors que la soi-disant « population active » ne peut qu’obéir passivement au destin et aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Et c’est bien parce que nous sommes actifs que nous n’avons pas le temps de travailler.

    Voir aussi, de @cqfd :
    https://cqfd-journal.org/Le-manifeste-des-chomeurs-heureux

    Via @mona.

    #livre #chômeurs_heureux



  • El Comunero
    http://cqfd-journal.org/El-Comunero

    Sans préalable, l’album du groupe El Comunero, intitulé Sigue Luchando, s’ouvre par « Los Solidarios », chanson écrite par Chico Sánchez Ferlosio (1940-2003) en hommage au syndicat anarchiste espagnol fondé dans les années 1920 par ces figures révolutionnaires que furent Ascaso, García Oliver et Durruti. La voix castillane de Tomas surgit, surfant sur quelques notes d’accordéon. Passé la mise en bouche, le morceau s’enflamme, porté par une clarinette aux accents klezmer et le roulement des percussions. La galette va se poursuivre ainsi, mêlant rock et sonorités plus folk ou traditionnelles, avec comme ossature une majorité de textes puisant leur source dans la guerre civile espagnole. « Le groupe est né en 2008 autour d’un projet d’album d’hommage à mon grand-père, ancien militant andalou pendant la guerre de 36-39, raconte Tomas. Avant son décès, je l’avais enregistré à propos de son passé révolutionnaire et notamment de tous les chants antifascistes et révolutionnaires de l’époque. » Le groupe naît et se baptise El Comunero en référence au sobriquet dont était affublé le grand-père de Tomas, communiste, par ses frères d’armes anars de l’époque. Après un premier CD et une série de concerts, le groupe a ressenti le besoin de se retrouver et a enregistré une dizaine de nouvelles chansons. Cheville ouvrière du groupe, Tomas est arrivé avec des idées de chants de lutte à se réapproprier : « Ce second album s’inscrit dans la continuité du premier mais avec plus de richesse. Quant aux chansons, elles se sont imposées d’elles-mêmes. »



  • Belgique : La Grève du siècle par Sébastien Navarro
    http://cqfd-journal.org/Belgique-La-Greve-du-siecle

    Un demi-siècle avant les diktats de la « troïka », la Belgique essuyait déjà les plâtres de plans d’austérité tous voués à l’adoration sado-masochiste du Dieu Marché et de son dogme libre-échangiste. Résultat des courses : durant l’hiver 1960-61, le pays sera paralysé par une grève de cinq semaines, la « Grève du siècle ».

    Fin des années 1950, la situation économique du pays se dégrade et les premières grèves éclatent en Wallonie après que le gouvernement conservateur de Gaston Eyskens a tenté de fermer la moitié des mines de charbonnage. Aux grands maux, les grands remèdes : Eyskens fait voter sa fameuse « Loi d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier », plus connue sous le nom de « Loi unique » ou « Loi de malheur ». L’enjeu du dispositif sera brillamment exposé par le ministre de la Fonction publique de l’époque, Pierre Harmel : « La nécessité se faisait sentir d’un redressement à titre principalement budgétaire de telle manière que l’équilibre des recettes et des dépenses étant assuré, nous puissions consacrer une somme de plus en plus considérable […] à des investissements pour la conversion économique en face du marché commun. » En clair, il s’agit de liquider les industries déficitaires et de sabrer dans les dépenses publiques : hausse de la TVA, réduction des allocations chômage, baisse des subventions, etc. Le 20 décembre 1960 alors que le texte est soumis à la Chambre des Représentants, la grève éclate. En Wallonie d’abord, région ouvriériste fortement ancrée à gauche, jusqu’aux terres catholiques de Flandre et Bruxelles. La Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB) soutiendra le mouvement, quand elle ne tentera pas de le contenir. Un militant se souvient : « Avec un camarade, ouvrier d’aciérie, nous allons d’un atelier à l’autre et, en une demi-journée, [l’usine] Cockerill est complètement à l’arrêt. Renard est furieux : “C’est nous qui décidons et pas la base !”, dit-il. Il ne supportait pas qu’on le déborde. »


  • Basta ! par Jean-Pierre Levaray
    http://cqfd-journal.org/Basta

    C’est un processus qui a mis un peu de temps pour se développer mais, d’un coup, il fallait que ça explose. Comme s’il n’avait plus supporté. C’est quand il a atteint ses 57 ans que Fafa a dit : « Je n’en peux plus ! »

    Fafa travaille à l’usine depuis qu’il a 25 ans et il n’a quasiment jamais changé d’atelier. Il a grimpé les échelons et est devenu chef d’équipe. Mais, chef d’équipe dans cet atelier d’engrais, c’est presque faire le même boulot que ses collègues. Lorsqu’il fallait manier la pelle pour ramasser un tas d’engrais qui s’était renversé des tapis roulants, Fafa le faisait. Maintenant c’est fini. Il reste dans son petit bureau poussiéreux, au cœur de l’atelier, et il n’en bouge plus. Il reste à bougonner parce qu’il en a marre. Marre du boulot, marre de cet atelier dont les planchers sont soutenus par des étais et où des morceaux de béton risquent de se détacher à tout moment. Dernièrement, un gars a failli passer au travers d’un escalier métallique, car une marche bouffée par la rouille s’est cassée sous son poids. C’est plus possible de travailler là et, à son âge, Fafa dit qu’il a assez donné.


  • Squarzoni met le feu à la banquise
    par Christophe Goby
    http://cqfd-journal.org/Squarzoni-met-le-feu-a-la-banquise

    Après avoir digéré, il faut dessiner, mais « comment dessiner du C02 ? » s’interroge-t-il. « C’est souvent une cheminée d’usine qui envoie des fumées. Ou alors c’est un ours polaire qui fond sur sa banquise. Mais c’est consensuel comme images. » Philippe Squarzoni préfère déjouer les clichés et s’en prendre à notre mode de vie, notre confort, le chauffage, les 4x4, l’avion. Il constate que les plus pauvres sont atteints au premier chef par le changement climatique comme cela a été le cas à la Nouvelle-Orléans en août 2005. À partir de 2004, des typhons et des ouragans se multiplient. Le cyclone Catarina, qui touche le Brésil, se forme dans l’Atlantique Sud, phénomène qui ne s’était jamais produit et qui était considéré comme impossible jusqu’alors.


  • Quoi de plus naturel, en sommes ?
    Par Queen Kong
    http://cqfd-journal.org/Quoi-de-plus-naturel-en-sommes

    Il y en a que ça aide pour draguer, d’autres pour qui c’est un chemin de croix. Il y a ceux qui sont si convaincus qu’ils vont jusqu’à trouver misogyne la description d’une femme laide dans un roman. Il existe mille façons d’être un homme féministe, et autant de difficultés à le revendiquer.

    Être un homme féministe implique de reconnaître qu’il y a deux camps et que l’un est moins fort que l’autre. C’est être affilié, par le biais de son genre, au camp des violeurs, des harceleurs et des clients de prostituées, mais affirmer : « Je ne suis pas comme eux » – sans endosser leur culpabilité ni en faire des monstres. C’est s’approprier le mot « féministe », dans lequel on entend « pour les femmes » plutôt que « pour l’égalité entre hommes et femmes », qui fige la dichotomie hommes-coupables / femmes-victimes. C’est traquer en soi un genre de virus si bien ancré qu’on dit souvent d’un homme, même ami, qu’il a « des restes de misogynie en lui » ; c’est porter ce combat sans confisquer la parole à des femmes déjà trop souvent muettes ; c’est faire sienne l’idée que les hommes souffrent eux aussi du patriarcat et renoncer au droit de mettre les pieds sous la table en échange du droit de pleurer si on est triste. C’est se retrouver face à des injonctions contradictoires, tâtonnements inévitables dans une redistribution des rôles d’une telle ampleur – et louvoyer au milieu des « soyez respectueux mais pas charmeurs, attentifs mais pas protecteurs » – tout en protégeant ce qu’on considère, au-delà du genre, comme constitutif de sa personnalité.


  • « Le prétendu “livre numérique” représente moins de 0,4 % du marché »
    Par Nicolas Norrito
    http://cqfd-journal.org/Le-pretendu-livre-numerique

    Dominique Mazuet anime la librairie Tropiques, rue Raymond-Losserand, dans le XIVe arrondissement de Paris – un lieu chaleureux où l’on flâne, où l’on peut rencontrer des auteur-e-s et même boire un verre en imaginant un autre futur. Il anime l’Association de défense des métiers du livre et vient de publier un brûlant petit bouquin. Échos d’une colère constructive.


  • Appel des 451 : un plaidoyer pour le papier
    Par Nicolas Norrito
    http://cqfd-journal.org/Appel-des-451-un-plaidoyer-pour-le

    Les 12 et 13 janvier 2013, c’est chez le dramaturge anarchiste Armand Gatti, à la Parole errante (Montreuil), et à l’invitation du collectif qui anime la librairie Michèle-Firk, que se sont retrouvés quelque deux cents acteurs des métiers du livre – libraires indépendants, éditeurs, auteurs, bibliothécaires, diffuseurs –, pour un week-end de rencontres studieuses et festives. Ces ateliers faisaient suite à la publication d’un texte intitulé « Appel des 451 », dans Le Monde, en septembre 2012, dénonçant la concentration des capitaux, l’industrialisation des professions et la déferlante technologique. En dépit d’une vingtaine d’heures de débats, les rencontres n’ont pas permis de dégager une plateforme commune. Elles ont néanmoins été l’occasion de riches échanges sur la question du E-book, sur l’opportunité ou non de boycotter Amazon, sur la nécessité de construire nos propres réseaux de diffusion à l’écart de ceux des grands groupes capitalistes – Hachette, Éditis, La Martinière. Enfin, l’ensemble des présents a réaffirmé son attachement au livre de papier, tout en déplorant la contradiction des actuels décideurs politiques qui affirment défendre les libraires de quartier tout en soutenant financièrement le développement du numérique.


  • Le train-train de la justice industrielle au TGI de Lyon
    Par Olivier Katre
    http://cqfd-journal.org/Le-train-train-de-la-justice

    Six mois de prison pour avoir vendu des clopes dans la rue.

    À proximité du marché clandestin du centre ville, surnommée « la place », Yacine, 34 ans, et Rachid, 32 ans, vendent des paquets de cigarettes. Depuis quelques mois, la police, aidée par les caméras de surveillance, filme et interpelle les acheteurs afin de les contraindre à dénoncer leur vendeur.


  • Le Chien rouge réitère
    http://cqfd-journal.org/Le-Chien-rouge-reitere

    http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L293xH500/couv-abk-b26be.jpg

    Fin 2008, Le Chien rouge, filiale d’édition de notre holding de presse, publiait l’Abrégé du Capital de Carlo Cafiero, livre jamais réédité en français depuis sa traduction par James Guillaume en 1910.

    Il nous avait semblé que cet abrégé du livre I du Capital de Karl Marx, rédigé en 1878, était en soi un objet de curiosité, comme peuvent l’être certains livres, en plus de constituer un outil précieux de compréhension des rapports d’exploitation. Écrit dans un style débarrassé de l’appareil scientifique qui rend parfois ardue l’œuvre originale, l’Abrégé du Capital fut considéré à l’époque par Marx himself comme « un très bon résumé populaire de sa théorie de la plus-value ». Ce bouquin nous renvoie aussi à un moment charnière de l’histoire du mouvement ouvrier, où à la fois s’élabore un socle commun d’une critique du capitalisme et s’opère une fracture sur la question de l’organisation entre autoritaires et antiautoritaires.

    Après l’épuisement des deux premiers tirages et face à la demande constante, nous proposons à nos lecteurs une nouvelle édition de l’ouvrage. Dans l’avant-propos, Mathieu Léonard revient sur la vie tourmentée de Carlo Cafiero, militant anarchiste italien exclusivement dévoué à ses idéaux, qui rédigea l’opuscule en prison après une tentative avortée d’insurrection dans les monts du Bénévent. En annexe, on trouvera un échange épistolaire entre Cafiero et Marx.


  • Pris dans la toile des technologies numériques
    http://cqfd-journal.org/Pris-dans-la-toile-des

    Illimité ! Le numérique nous fait brutalement entrer dans l’ère de l’illimité. Le monde résumé à un surf en 3D sur google.map et un présent qui bégaie au rythme des clics de souris. Sommés de nous adapter, nous nous adaptons. Quand les sirènes du techno-business nous chantent « émancipation », des voix, forcément clandestines, nous soufflent « aliénation ». Auteur de L’Emprise numérique aux éditions L’Échappée, Cédric Biagini a entrepris de décoloniser notre imaginaire.


  • Culture : Rien à voir
    Par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Culture-Rien-a-voir

    « Un pétard mouillé », a avoué Jean-François Chougnet, quelques jours après l’inauguration de l’année capitale.

    Le directeur de MP2013 avait pourtant placé la barre très haut en annonçant que de l’écho de la Grande clameur – gage de la participation du petit peuple au super show – dépendrait le bon déroulement du reste de l’année. Seul succès indéniable de ce 12 janvier, l’affluence populaire. 400 000 badauds auraient déambulé sur le périmètre prévu. « Il n’y avait pas grand-chose, c’est surtout la foule qui faisait le spectacle, raconte José, descendu de l’Estaque « pour voir ». Ces milliers de Marseillais qui se réappropriaient la rue, ça faisait chaud au cœur. » Ironie : l’équipe municipale ne fait pas mystère de son désir de se débarrasser de la moitié de cette foule-là pour attirer « des gens qui payent des impôts ». « À Marseille, il y a un extraordinaire monument, mais qui n’est pas à visiter, écrivait Henri Bosco en 1970. C’est sa population avec sa mise en scène véhémente et infatigable. » Sur le cours d’Estienne-d’Orves, là où les anges de Studio de Cirque arrosaient la place de plumes blanches, un mauvais esprit râlait au nom de tous : « Hé, jetez-nous plutôt des billets de cinq ! Cent millions d’euros pour une cagade pareille, ils se foutent de nous ! »


  • Déluge sur la zone humide
    Par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Deluge-sur-la-zone-humide

    Loin de la boue, des sous-bois et des tirs de grenades, les officines préfectorales tapies dans l’ombre ont, en l’espace de quelques semaines, déversé sur les habitants de la Zone à défendre une véritable pluie d’arrêtés destinées à multiplier contrôles et interdictions.

    Appuyant la violence policière et la « communication » de l’État et des industriels, pas moins de vingt et une mesures exceptionnelles d’interdiction ont été publiées, entre le 26 novembre 2012 et le 21 janvier 2013, par les préfectures de Loire-Atlantique et de la région
    Bretagne.


  • Mais qu’est-ce qu’on va faire de... Xavier Beulin ?
    Par Mickael Correia
    http://cqfd-journal.org/Mais-qu-est-ce-qu-on-va-faire-de-876

    Si son nom ne vous dit rien, c’est sûrement que vous ne traînez pas assez vos guêtres du coté de chez les rustiques. Xavier Beulin, que certains appellent « l’émir vert », est président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) depuis fin 2010. Ce syndicat ultra majoritaire, chantre du productivisme et de la compétitivité, est régulièrement épinglé pour sa mainmise sur le monde agricole et sa manie de confondre manipulation de fonds publics et syndicalisme. En siégeant dans toutes les instances agricoles (sécurité sociale des agriculteurs, chambres d’agriculture, coopératives…), la FNSEA a même été pointée par le rapport Perruchot sur le financement des syndicats, qui dénonçait en 2011 « certains mécanismes de cotisations obligatoires indirectes », « les subventions déguisées » ou encore le fait que « [la FNSEA] exerce une influence sans partage sur le réseau. Dans certaines situations, il en résulte une certaine confusion des genres assez troublante ».