CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • On puce bien les moutons (CQFD) | de l’usage de mouchards informatiques dans l’éducation
    http://www.cqfd-journal.org/On-puce-bien-les-moutons

    Utilisé en lycée et collège, le logiciel Pronote est surtout connu pour sa fonctionnalité d’agenda des devoirs en ligne. Mais, derrière le côté pratique de l’outil, se cachent une batterie de mouchards, véritables jalons d’une philosophie orwellienne à l’œuvre dans toute la société.

    • @fil Il faut également savoir que les profs réfractaires il y en a, peu mais quel courage ! Malheureusement ils ont été mis sous pression et menacés de licenciement par leur hiérarchie, pire, non défendus par les associations de parents d’élèves incapables d’anticiper cette saloperie. Et pour les profs cela signifie passer beaucoup de temps à remplir des tableaux informatiques et à se préoccuper de chiffres et de statistiques, au moins pendant ce temps ils ne parlent pas avec les autres profs ou avec les élèves des problèmes humains à résoudre.

      L’année dernière je voulais prendre rendez-vous avec le professeur principal pour parler de mon enfant qui est en 4em, le prof m’a téléphoné pour me dire que c’était inutile que l’on se rencontre puisque je pouvais accéder à toutes les notes sur internet, j’étais offusquée, mais c’est ainsi maintenant.

      Je suis parent réfractaire et je n’utilise pas Pronote, imagine la stupéfaction de la direction ou des profs quand je leur annonce ma décision ferme et définitive. Je réclame les notes sur une feuille et je développe la confiance avec mon enfant, pas le flicage. Mais cela m’est refusé puisque je n’ai jamais eu que la feuille de fin de trimestre et on me rit au nez en me disant que c’est un comble pour quelqu’un qui exerce un métier dans l’informatique.

      Je me fais un plaisir de leur expliquer pourquoi je suis contre, mais immanquablement j’ai le droit à des reproches de mauvais parent, que tout le monde est si content, que ça facilite la vie (même processsus de persuasion que bases élèves). Le dernier argument est le meilleur, car je considère que tout le monde n’a pas Internet et doit avoir le choix de refuser de « s’y mettre ».

    • il me semble que tout comme les machines à voter électroniques, ce sont des “informaticiens” de métier qui y sont réfractaires — et sans doute un peu pour les mêmes raisons

    • Plus tu bosses dans l’informatique et plus tu sais qu’il vaut mieux ne pas lui laisser trop de place dans ta vie, plus tu es conscient des vulnérabilités du système. L’idée de conduire une bagnole commandée par un système informatique me fait un peu gerber, d’où ma passion pour les guimbardes qui se réparent avec un tournevis et un coup de pied au cul !

    • Oui, je suis d’accord avec vous @monolecte et @fil, mais tout de même, le Gixel & aficionados du livre bleu sont passés par là, car la « confiance dans le numérique » est une machinerie huilée montée de toute pièces sans aucun remparts valables pour protéger nos libertés. Les français dans les années 80 étaient réfractaires à l’informatique et d’un coup de baguette magique on a fait sauter toutes les digues et ils en sont devenus adorateurs ? Parce que tout cela s’est fait sciemment sans aucun débat, sans demander leur avis aux intéressés et sous le prétexte falacieux du progrès dédié non aux avancées humaines mais à la technologie.

    • Je vous avoue qu’en tant que développeur de progiciels, j’aurais fait sans doute bien pire, parce que parfaitement fonctionnel et pas bogué. :-) L’informatique permet la systématisation, et c’est vrai, parfois, c’est flippant.
      Il m’arrive de poser la question au client, demandeur donc, de l’adaptation de ce qui est réalisé à l’objectif poursuivi, et il arrive que le client soit celui qui convienne que nous allons trop loin, et qu’il serait donc sans doute préférable « d’en stocker moins ».

      Ceci dit, oui, c’est pénible cette instantanéité, cette façon de déporter les travaux administratifs au plus près des producteurs d’informations, et cette façon de tuer l’échange, sans doute, entre les élèves, les parents, l’équipe enseignante.

      La technologie, la robotisation devrait nous permettre d’être plus humains. Pas nous transformer en robots... Mais à la façon dont la littérature cyberpunk l’avait illustré, la technologie nous transforme et nous déshumanise, réduisant notre empathie et nos libertés.

    • @biggrizzly tu as un imaginaire ouvert sur l’anticipation et aussi une éducation qui te permettent de savoir ce qu’est le « trop loin » quand tu codes un projet.
      Mais à quel moment s’effectue cette éducation et par qui ? A qui incombe cette responsabilité de s’arrêter ? au client ou au développeur ? et est-ce vraiment au niveau individuel que cela se joue ? N’est-ce pas plutôt au niveau du politique qui décide de l’éducation et des lois et qui manipulé par les industries nous retire tout choix et laisse faire comme si le flicage coulait de source comme le capitalisme son grand frère ?

    • Grrrrrr #seenthis je te hais

      Guru Meditation : XID : 2130639925

      A part ça, je disais des trucs que seenthis n’a pas voulu conserver, tant pis, je refais pas.

      Juste signaler que dans le circuit informatique plébiscité par les parents où les récalcitrants sont des #has-been et des #mauvais-joueurs car tout cela est si ludique et si pratique. Donc, dans ce circuit un autre logiciel entre en piste : #Affelnet qui se sert des données récupérées dans Pronote pour l’orientation des enfants en classe de 3em.

      http://seenthis.net/messages/97642

    • @touti Une petite remarque d’outre-Rhin : Chez nous les notions Datensparsamkeit (le principe de n’enrégistrer que le minimum nécessaire de données pour remplir une tâche) et Datenvermeidung (le principe de ne demander des informations que dans des cas où c’est indispensable) forment une sorte de base pour toute décision et mesure prise par des organismes publics et privé ( § 3a du Bundesdatenschutzgesetz ).
      https://de.wikipedia.org/wiki/Datensparsamkeit

      En bref : Si l’école ne peut vraiment pas fonctionner sans enrégistrer ces données électroniquement il faut l’accepter, autrement il serait illégal de les prélever et utiliser.

      Malgré cette loi et malgré les protestations de parents concernés un fichier central des élèves berlinois a été crée. Pourtant la discussion continue et les demandes de modification et de réduction de la quantité d’information stockées sur les élèves refont surface de temps en temps.

      @fil ce n’est pas tellement la technologie plus ou moins avancée d’une voiture qui fait qu’elle soit plus ou moins dangereuse mais c’est son conducteur et - surtout - la quantité de voitures et la densité de la circulation routière. Ensemble ils constituent les facteurs essentiels pour le niveau de danger crée. En résumé - il faut réduire le nombre de voitures (patience, ça viendra tout seul) et conduire sa caisse d’une manière adaptée à son état.

      Une question hypothétique pour finir : Dans les voitures modernes le « frein à main » n’est qu’un contact qui donne un signal à l’ordinateur central du véhicule. Qu’est-ce qui se passe quand on coupe le courant ? Le frein bloque-t-il les roues ou est-il laché complètement ?

    • Loi 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, dite Informatique et Libertés, du nom de la CNIL
      http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/textes-fondateurs/loi78-17

      Article 6
      Un traitement ne peut porter que sur des données à caractère personnel qui satisfont aux conditions suivantes :

      3. Elles sont adéquates, pertinentes et non excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées et de leurs traitements ultérieurs ;

      Mais tout l’article 6 est important.

    • @klaus, merci, c’est très intéressant de recroiser ainsi les différentes systèmes européens de protection des données.
      @simplicissimus la loi est écrite mais la CNIL est une peau morte qui a été vidée de ses pouvoirs (qui n’étaient pas gigantesques) de plus elle n’a pas les moyens de répondre aux nombreuses plaintes. La CNIL invoque le flou de l’article 3 soit n’importe quoi pour justifier ses décisions qui couvrent ce genre de délit. Par exemple le scan des passeports et pièces d’identité (sans avis du consommateur) et leur conservation informatique dans certains supermarchés L* seraient à des fins de luttes contre la fraude des chèquiers. Quid du principe de pertinence ? tout est donc relatif, car la loi ne dit pas non plus ce qui excessif… de fait la CNIL a décréter que c’était légal et a donné son aval tout comme ficher des enfants sur tout le territoire dès 6 ans est devenu légal…


  • Méditerranée, cimetière marin par Najate Zouggari
    http://cqfd-journal.org/Mediterranee-cimetiere-marin

    Le 13 juillet 2008, pendant la présidence française de l’Union européenne, un projet nébuleux voit le jour : l’Union pour la Méditerranée qui, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, fixe quelques objectifs régionaux très ambitieux comme la dépollution de la mer et la création d’une « autoroute » maritime.

    Le projet, franchement libéral et faussement humaniste, ne s’embarrasse guère de la condition des migrants. Il s’agit tout simplement de favoriser les échanges de marchandises et de capitaux dans l’espace méditerranéen. Tout emballé dans un hypocrite babillage vaguement écologiste, que la droite française a fait sien depuis son Grenelle de l’environnement, le discours méditerranéen des promoteurs de « l’identité nationale » fait l’impasse sur les 18 244 morts aux frontières de la forteresse Europe – recensés depuis 1988 par Gabriele del Grande, qui en fournit les preuves matérielles. La même année, l’agence des Nations unies pour les réfugiés observait pourtant un accroissement exceptionnel du nombre de migrants – pour ceux et celles, du moins, qui ont pu sortir vivants d’un périple si incertain.


  • Une Bellevilloise sans histoire
    http://www.le-tigre.net/Une-Bellevilloise-sans-histoire.html

    Aujourd’hui, l’endroit est devenu « un lieu branché et arty » (Art actuel), « le dernier salon de gauche où l’on cause » (Les Influences), etc., 2000 m² à « l’ambiance berlinoise » (Elle) fragmentés en un loft, un club, un forum, un café-terrasse, dans une architecture de grands volumes et d’art brut, et qui ne laisse de séduire... autant le supplément « Sortir » de Télérama que les guides touristiques anglo-saxons ; autant d’avant-gardistes stylistes qui y organisent leurs défilés qu’Arnaud Montebourg qui y tint convention en octobre dernier pour y faire de la retape pour sa VIe République : comme si la Bellevilloise était devenue la dernière frontière. Un tel unanimisme cependant finit par interroger, et demande que l’on aille voir ce qu’il y a derrière la façade (décrite plus haut, mais en trompe-l’œil ?). Façade verbale d’abord. À la tête du lieu en effet, un « trio d’agitateurs issu du spectacle vivant, de la production et des médias » (ainsi qu’ils se présentent) qui manie assez bien la novlangue survitaminée de « My little Paris » : « workshop », « nouvelle cuisine bistro », « installations » - et bien sûr l’ineffable « jazz brunch » (deux sessions le dimanche : midi, puis 15h).

    Je viens à la Bellevilloise un de mars où joue El Balcon, musiciens de tango, avec le projet d’écrire mon article in situ. À peine ai-je sorti mes cahiers et stylos, que des serveurs tout à fait dans le ton, tatouage et nuque longue, s’empressent de s’assurer que je compte bien dîner, que je n’ai pas l’intention de mobiliser une table toute la soirée pour mes gribouillis à jeun


  • Fausse grève de vrais nantis par Irène Mériaux
    http://cqfd-journal.org/Fausse-greve-de-vrais-nantis

    Le 17 octobre 2012, le syndicat national des internes de spécialité (ISNIH) lance une grève assortie d’une manifestation parisienne aux multiples motivations : outre les classiques revendications sur leurs rémunérations ou la défense de la liberté d’installation, on trouve le refus de la limitation des dépassements d’honoraires, dit de « secteur 2 ». Ou comment, sous la blouse blanche de la défense de « l’accès aux soins », ces privilégiés de la médecine veulent défendre leurs juteux avantages.

    Fin octobre, Sécu et syndicats de médecins libéraux négocient une mesure majeure de la gauche au pouvoir : la limitation des dépassements d’honoraires qui représentent pas moins de deux milliards d’euros siphonnés hors des poches des patients – ce qui irrite les chirurgiens, dont le salaire moyen est de 11 000 euros par mois, et qui exercent à 77 % dans ce fameux secteur 2. Pour eux, « le problème n’est pas l’existence des dépassements d’honoraires, mais leur remboursement » qu’ils aimeraient pris en charge par les complémentaires. S’inspirant des soit-disant « entrepreneurs pigeons », les chirurgiens et internes de spécialité cherchent à lancer un mouvement de « médecins pigeons » : grèves dans les blocs opératoires du 12 au 17 novembre, manifs – pour lesquelles leur page facebook recommande de « ne pas porter de burberry »... Malins, le 24 octobre, à la manif marseillaise, ils porteront blouse blanche et masque de pigeon…


  • “Pays de merde” par Jean-Pierre Levaray
    http://cqfd-journal.org/Pays-de-merde

    Le jour de la grève, alors que règne le silence des machines à l’arrêt et qu’une quinzaine de grévistes sont partis au salon de l’Auto, pour soutenir les PSA, Goodyear, Arcelor et autres, avant la manif de l’après-midi, le directeur général a fait le déplacement entre sa tour de La Défense et l’usine. Il est arrivé en furie, jouant le rôle du père fouettard, auquel il n’aurait plus manqué que la schlague. Il faut dire que ce type n’a rien pour lui. Même si c’est un peu embêtant de s’en prendre au physique, tout le monde en le voyant pense à la caricature de chef nazi imaginé par Tarantino dans Inglorious Basterds, surtout lorsqu’il porte son long manteau de cuir… En fait, il n’a pas que le physique, il est autoritaire et « droit dans ses bottes », comme il aime à le répéter.

    Se rendant dans les services et les ateliers, il s’en est pris à tous les salariés requis pour la sécurité, grévistes ou non. Agressif, injurieux, survolté, il a traité les uns de « cons », les autres de « criminels ». Il a tenu les propos des plus mensongers sur les militants syndicaux, sur ceux qui se mettent en grève alors qu’ils partent bientôt en retraite, sur les pompiers, « payés à rien foutre », sur la « France, pays de merde », sur le bon vieux temps où il faisait travailler des quasi-esclaves au Qatar, etc. Il a également fait du chantage sur l’avenir, a proféré des menaces personnelles et s’est fendu d’une note de service contre la CGT.


  • Une lutte décolle par Mickael Correia
    http://cqfd-journal.org/Une-lutte-decolle

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    Le matin du 17 novembre, une banderole « Veni, vidi, pas Vinci » claque au vent sur la façade de la mairie de Notre-Dame-des-Landes. Des centaines de tracteurs aux remorques remplies de palettes et de poutres prennent la tête d’un cortège bigarré. Suite à l’appel à manifester et à reconstruire un lieu collectif pour la résistance sur la ZAD, ils étaient donc plus de 40 000 venus des quatre coins de France soutenir la lutte contre l’« Ayraud-port », 40 000 à brailler contre les expulsions en cours. Cinq constructions composées d’un espace de réunion, d’une cantine, de deux dortoirs, d’un bloc sanitaire et d’un atelier, ont été édifiées fissa, à grand renfort de charpentiers et de menuisiers, autour de ce qu’on appelle désormais la « Chat-teigne ».

    Tout est parti, il y a plus d’un an, d’une réunion du collectif Reclaim the Fields. « On s’est un peu inspiré de l’appel à occuper un lieu prédéfini en cas d’expulsion du squat d’Ungdomshuset à Copenhague en 2007 et qui avait, au Danemark, agrégé un joyeux mélange de personnes venues d’horizons divers, alliant manifestations, sabotages, négociations avec la mairie et actions directes », raconte un « reclaimer ». Le groupe à l’origine de la belle idée transmet alors le topo à Notre-Dame-des-Landes, au point qu’après les premières expulsions, la sauterie réunit pendant quelques jours deux cents personnes en assemblée.

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  • Marseille : péril blanc contre péril rouge par Momo Brücke
    http://cqfd-journal.org/Marseille-peril-blanc-contre-peril

    Marseille est une ville assaillie par les lieux communs. L’un des plus récurrents est certainement celui qui fait d’elle une sorte d’hybride entre Chicago et Naples : villes de truands et de cramés – terreau fertile au grand banditisme. Néanmoins, loin d’exercer son pouvoir de manière autonome, la pègre locale a toujours été en rapport avec le milieu politique. Que l’on pense aux premières figures du milieu marseillais, les élégants Carbone et Spirito qui furent à l’origine des agitations fascistes des années 1930. Pendant l’occupation, ils feront affaire avec la Gestapo. Et en 1970, Belmondo et Delon les incarneront au cinéma dans Borsalino !

    Avec les remous de la Guerre froide, c’est l’argent américain qui va alimenter la French connection. À partir de 1947, tout événement politique est considéré sous un prisme manichéen : l’affrontement entre le stalinisme russe et la démocratie occidentale. Afin de contrer l’influence soviétique – que les grèves insurrectionnelles étaient supposées révéler –, l’administration Truman mit sur pied un projet de redressement européen : le plan Marshall. Lorsque les communistes et la CGT s’élevèrent contre ce plan, la CIA lança une contre-attaque : il s’agissait de scinder la CGT pour créer un syndicat plus docile. Par l’intermédiaire de l’American federation of labor (AFL), elle fit parvenir des fonds à un dirigeant socialiste, Léon Jouhaux, qui fonda la tendance Force ouvrière (FO) et l’arracha à une CGT dominée par le Parti communiste. À raison d’un million de dollars par an, le Parti socialiste put ainsi consolider une certaine assise syndicale et se permettre d’œuvrer sans subir le diktat communiste.


  • Notre-Dame-des-Landes, Florange, même ennemi, même combat
    http://cqfd-journal.org/Notre-Dame-des-Landes-Florange

    « Nous avons choisi notre destin. Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre. » On croit rêver. Ayrault, qui menace ainsi les opposants à son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, a-t-il eu la même morgue, les mêmes mots durs face à Mittal ? Bien sûr que non. Son arrogance face aux paysans du bocage nantais n’a d’égal que sa veulerie face au nabab de l’acier. C’est contre la population qu’il gouverne qu’Ayrault prétend avoir du chien. Et c’est toujours en connivence avec les industriels qu’ici et là il agit ou laisse faire. Rappelez-vous Sarkozy singeant de Funès : « Je serai servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. » Ça n’a pas changé en mai dernier.

    On pourrait opposer la cause écolo de Notre-Dame-des-Landes à la défense de l’emploi à Florange. D’un côté des bouseux et des décroissants délirants, de l’autre des métallos accrochés à un enfer productif digne du XIXe siècle. Mais à l’Ouest comme à l’Est, le cri est fondamentalement le même, la colère est commune : on veut nous déposséder, nous ne lâcherons rien !

    « Notre-Dame-des-Landes, mère de toutes les contestations », constate Le Monde du 7 décembre. À Lyon, « carton rouge » contre le projet de grand stade de Décines-Charpieu. Dans le Sud-Ouest, on s’oppose à deux lignes de TGV. En Isère, c’est non à un parc de loisirs. Dans l’Aude et dans le Gard, c’est merde à des terrains de golf. Dans le Val-d’Oise, on ne veut pas d’un méga centre commercial baptisé Europa City. À Pézenas, refus d’une zone commerciale en plein vignoble. À Strasbourg, rejet de la voie de « grand contournement ouest »… Sans oublier, l’intense lutte contre le TAV Lyon-Turin.

    Pareillement, la résistance des gars de Florange est bien la frangine de celle des Fralib et de tous les salariés jetables et corvéables. Les hauts fourneaux sont à nous, pas à Mittal. Le bocage est à nous, pas à Vinci. Et puis surtout, rendez-nous nos existences volées, rendez-nous cette vie qu’on nous demande d’éternellement sacrifier sur l’autel de leurs superprofits. Retour à l’envoyeur : « Nous allons choisir notre destin. Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est que la vôtre. »


  • Hommage au Maître par Momo Brücke
    http://cqfd-journal.org/Hommage-au-Maitre

    Alexandre Grothendieck est un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, dit-on. Moissonneur de nombreux prix académiques – il revendra aux enchères sa médaille Fields (1966) pour soutenir le Vietnam dans sa lutte contre l’impérialisme. Ou encore il refusera le prix Crafoord en 1988 : il soutient qu’accepter ce jeu des prix et des récompenses serait cautionner « un esprit et une évolution, du milieu scientifique, qu’[il] reconnaît comme profondément malsains. » Quand il est invité au Collège de France, Grothendieck y propose un cours intitulé : « Allons-nous continuer la recherche scientifique ? » De 1973 à sa retraite en 1988, il enseigne à l’université de Montpellier, avant de se replier dans les Pyrénées. À Montpellier, il a laissé des cartons de notes, écrites ces vingt dernières années. Vingt mille pages, qui en font saliver plus d’un. Car il y aurait des trésors à déchiffrer dans ces pattes de mouche. Mais Grothendieck, que son exil montagnard n’a pas réconcilié avec le monde de la recherche, ne lâche pas le morceau : il fait paraître en 2010 « une déclaration de non-publication ». Il y interdit tout usage de ses textes sous quelque forme que ce soit. Le responsable du patrimoine de l’université de Montpellier cherche à passer outre. Il veut prouver la valeur scientifique de ces écrits, afin de les classer comme « trésor national », et ainsi s’asseoir sur les intentions de l’auteur. Si aujourd’hui, remettre en cause la recherche scientifique est un blasphème, la critique, lorsqu’elle est émise par un éminent chercheur, ne peut que relever de la folie. Pour bon nombre de scientistes, Grothendieck est atteint d’une « paranoïa autodestructrice ». Faut-il vraiment être parano, aujourd’hui, pour vouloir foutre le feu à un tas de vieux papiers, qui pourraient conduire à de funestes applications scientifiques ? Tant pis pour les puristes, Grothendieck ne vendra pas son âme au diable.


  • L’Andalousie se rebelle et se réinvente par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/L-Andalousie-se-rebelle-et-se

    L’Espagne s’enfonce dans une récession qui a tout l’air d’un vol à main armée. « Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque », affirmait le mouvement du 15-M – baptisé par la presse « mouvement des Indignés ». Comme partout ailleurs, après avoir renfloué les banques, l’État a constaté – ô surprise ! – que les caisses étaient vides. Conclusion : il faut é-co-no-mi-ser ! Comment ? En tapant sur les dépenses publiques, bien sûr. Éducation, santé, retraites, indemnisations de licenciement et de chômage… Et la bulle immobilière ayant fait flop, les chiffres du chômage explosent – on prévoit 6 millions de demandeurs d’emploi d’ici à la fin 2012, 25 % de la population active, 50 % des jeunes – et les expulsions pour loyer ou crédit impayés se multiplient. 12 % des foyers espagnols ont tous leurs membres sans travail, 336 000 familles ne comptent sur aucun revenu. Plus de dix millions de personnes pourraient passer sous le seuil de pauvreté d’ici 2013. À Madrid, les manifestations sont quotidiennes et l’opération « Encerclons le Parlement » du 25 septembre, où la police a démontré son aptitude à se déchaîner sur le premier passant venu, a connu un succès massif, et s’est répétée plusieurs jours de suite. Alors que les nationalistes catalans menacent de faire sécession pour « ne plus devoir payer les chômeurs du Sud », l’Andalousie, qui, elle, depuis des siècles, ne connaît que la crise, résiste. Côté rat des villes : la Corrala Utopía, immeuble neuf occupé par 36 familles à Séville. Côté rat des champs : Somonte, une ferme de 400 hectares occupée par des sans-terre sans travail. Le pont qui les relie : l’expropriation de supermarchés par des chômeurs…


  • Nouvelle parution : La Guerre civile en France de Karl Marx vient de sortir. Le texte est suivi des Matériaux sur l’État et d’une postface de Mathieu Léonard.

    «  Ce n’est pas Le Capital qui rendit Marx célèbre de son vivant, mais bien la Commune de Paris, qui n’était pas son œuvre  », affirmait Maximilien Rubel, afin de replacer l’influence du penseur communiste dans son contexte historique. On pourrait ajouter que La Guerre civile en France contribua à son tour à l’édification de la Commune au rang de mythe du prolétariat. L’influence de ce puissant panégyrique, écrit dans les derniers jours de l’insurrection parisienne, n’a cessé de galvaniser l’élan révolutionnaire de générations entières durant le siècle passé, tandis que les gardiens de l’orthodoxie cherchaient à édulcorer sa tonalité la plus radicale.

    http://www.entremonde.net/client/gfx/photos/produit/03NEGATIF-Couv2_42.jpg
    http://www.entremonde.net/la_Guerre_civile_en_France

    #Karl_Marx #Paris #communisme #marxisme #édition




  • Les zombies du « présentéisme » par Sébastien Navarro
    http://cqfd-journal.org/Les-zombies-du-presenteisme

    La bonne nouvelle est tombée début septembre dernier : le taux d’absentéisme dans les entreprises françaises est à son plus bas niveau depuis 2007 [1]. En moyenne, le salarié français ne s’arrête plus que 14,5 jours par an contre 17,8 en 2009. L’heureuse nouvelle est colportée par l’Alma consulting group, un cabinet international d’expertise spécialisé dans le conseil en diminution de charges sociales et de coûts. Las, après avoir consacré le tire-au-flanc espèce en voie de disparition, le rapport pointe une épidémie en plein essor : le présentéisme. La symptomatologie du bobo ? Des salariés qui s’accrochent à leur fauteuil comme autant d’arapèdes à leur rocher pour un productivisme dérisoire, des zélés qui ne comptent plus leurs heures sup’ malgré un état physique ou moral au bord de la déglingue. Au final, un travailleur zombie, « présent physiquement, mais psychiquement absent ». Un drame humain mais pas que, puisque l’épidémie coûterait à l’Europe, ô désastre suprême, la bagatelle de 20 milliards par an.

    « Le présentéisme regroupe des situations très différentes, explique le psychanalyste et psychiatre Christophe Dejours. Il y a des gens arrêtés par leurs médecins qui continuent de travailler, parce que sinon ils pensent à leurs angoisses. Ils se plongent alors dans une forme d’activisme pour éviter que leur “pensée libre” ne reparte. Il y a des cas où les médecins sont obligés par leurs patients à délivrer des aptitudes au travail, alors même que la santé du salarié est menacée par ses conditions de travail. C’est l’exemple du gars qui bosse dans la métallurgie avec un taux de plomb dans le sang important. Ces gens prennent des risques considérables avec leur santé tout simplement pour pouvoir bouffer. Enfin, il y a cette catégorie de travailleurs déjà fortement engagés dans leur boulot qui, si jamais leur boîte fait l’objet de dégraissage ou devient plus concurrentielle, compensent en travaillant davantage. »


  • 50 000 personnes privées de télé en dans le Vaucluse et les Alpes du Sud.
    http://www.laprovence.com/article/actualites/vauclusealpes-du-sud-50-000-personnes-privees-de-tele?page=1

    Bon... Il faut maintenant réapprendre à vivre....

    De nombreux habitants du Pays d’Aix expriment un grand désarroi face à cet incident qui dure. Notamment des personnes âgées à la clinique gériatrique Korian Les Oliviers au Puy. La directrice adjointe, Jessica Casanova, constate depuis samedi une grande déprime chez les malades : "Déjà que les journées sont longues, là, ils sont vraiment en attente. La télé, ça fait une compagnie ! On a tout de même mis à disposition des radios pour pallier ce manque."Jacqueline Rustan, venue se faire soigner ici avoue passer des soirées interminables : "On dîne à 18h. A 18h45, on rentre dans nos chambres. Ça fait long jusqu’au lendemain matin sans télé surtout quand on dort peu.


  • Échos d’ici par Aristide Bostan
    http://cqfd-journal.org/Echos-d-ici

    http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L362xH500/104ancrages-32859.jpg

    Les éditions Syllepse, qui avaient déjà édité Vengeance d’état. Villiers-le-Bel : des révoltes au procès du collectif Angles morts, récidivent dans l’attaque en règle de l’État en donnant la parole à un autre collectif, Ancrages, formé à l’occasion de la rédaction et de la composition d’un livre-album. Leur laisser la France se présente comme un écrit à sens unique, – « il n’y aura ni dialogue, ni explication, ni contribution à un débat » – où il est question d’identité, de spoliation, d’amour, de haine.


  • Mais qu’est-ce qu’on va faire de... la liberté d’expression dans la presse par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Mais-qu-est-ce-qu-on-va-faire-de

    Qu’un propos publié par voie de presse soulève des tollés ou des dégoûts et voilà que les bonnes âmes sortent, illico presto, du chargeur l’illustre phrase – par ailleurs apocryphe – de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » C’est beau, c’est grand, c’est émouvant. Et c’est avec cette généreuse tolérance que les beaux esprits se lèvent fièrement, à l’instar de leur héros tutélaire, contre la censure en agitant les fantômes du totalitarisme. Mais éclairons un peu le philosophe des Lumières, apôtre de cette liberté, par un autre de ses propos qui définit le monde réel dans lequel l’envolée voltairienne s’épanouit : « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. » Manière de remettre les pendules à l’heure !


  • L’entremonde de la révolte épicée par Noël Godin
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    Je passe d’une sorte d’utopie-éclair, sous forme d’happening mécréant pro-Pussy Riot dans une église orthodoxe de Toulouse à l’éloge d’une autre espèce d’utopie jubilatoire : la création en Suisse d’une fabrique de livres foutrement dangereux. Les « francs vauriens » (selon l’expression du romancier émeutier belge Georges Eeckhoud) des éditions Entremonde veillent en effet sourcilleusement à ce que chacun de leurs titres soit aussi utile à dégoupiller qu’une grenade incendiaire. Depuis les classiques de l’histoire de la subversion téméraire comme La Révolution inconnue de Voline jusqu’à certains ouvrages séditieux beaucoup moins répandus. Comme, très récemment, Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ? de l’agitateur Paul Mattick, fer de lance de l’opposition révolutionnaire radicale dans l’Allemagne d’après 14-18 (spartakisme, dadaïsme, conseils ouvriers) qui explique implacablement comment le mouvement ouvrier s’est intégré visqueusement à la politique bourgeoise.

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  • "Fume c’est du belge !" par Iffik Le Guen
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    « Voler l’État, c’est voler un voleur et le bon Dieu ne fait qu’en rire. » Cet autre dicton, du même tonneau, vient à point nommé nous rappeler que le phénomène possède des racines historiques profondes. Importé au milieu du XVIe siècle par Jean Nicot pour soigner les migraines chroniques du roi, le tabac est très rapidement, d’abord par Richelieu puis par Colbert, soumis à des droits de douane exorbitants et à un monopole sourcilleux de la puissance publique. Dès lors, le trafic d’herbe à Nicot se développe partout en France où les avantages géographiques le favorisent. En Normandie, la noblesse locale monte de véritables sociétés de fraudeurs, dans lesquelles se côtoient commerçants, cabaretiers, braconniers et corsaires, pour alimenter de juteux transbordements entre les îles anglo-normandes et des entrepôts clandestins situés sur le continent. De quoi faire pâlir l’auréole du Roi-Soleil ! Au sud de l’estuaire de la Loire, Noirmoutier, Yeu et Bouin bénéficient de franchises insulaires sur le sel et le tabac, lequel, acheminé depuis la Virginie, se plaît à merveille sur ces terres ensoleillées. Une occasion en or pour nombre de marchands anglais, hollandais et français peu scrupuleux qui alimentent nuitamment Nantes et sa région jusqu’au XVIIIe siècle. Les zones de montagne sont elles aussi propices à l’activité contrebandière. Dans le Jura notamment, on pratique, été comme hiver, le « grand métier » en trimballant au péril de sa vie tabac et allumettes depuis la Suisse voisine. Dans le nord et l’est du pays, les « passeurs du clair de lune » convoient, certains jusqu’au début des années 1960, des chargements de dizaines de kilos de tabac belge non taxé à l’aide de chiens dressés pour couvrir cinquante kilomètres en un peu plus d’une heure. Albert Capoen, acteur emblématique, témoigne de cette épopée populaire et clandestine : « Pendant toutes ces années, j’ai passé toutes sortes de marchandises […] le tabac a longtemps été roi, comme l’alcool, le genièvre pur […]. Il m’est arrivé de passer des chevaux de trait, des peaux de lapin pour les manteaux, des bas de soie, du grain, des poulets […]. Être fraudeur était une manière de faire bouillir la marmite […] tous les villageois étaient avec nous. Les curés en tête. »


  • Avoir le cancer, plutôt crever ! par Gilles Lucas
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    « Notre Comité spontané et sans parti a choisi ce nom parce que nous croyons que, maintenant plus que jamais, il est nécessaire de dépasser le conflit environnement/travail, qui jusqu’à ce jour a vu les travailleurs s’opposer aux citoyens. […] Le Comité réunit des ouvriers de Ilva, des travailleurs, des chômeurs, des intérimaires, des étudiants et des citoyens qui, à partir de maintenant et pour la première fois ensemble, ont l’intention d’être au centre de toutes les décisions politiques sur l’avenir de la ville de Tarente. Nous, hommes et femmes, sommes fatigués d’avoir à choisir entre le travail et la santé. Nous accusons toute la classe politique d’être les complices de la catastrophe environnementale et sociale qui, depuis cinquante ans contraint la ville de Tarente à vendre ses droits en échange d’un salaire. Nous sommes fatigués de nous faire représenter par des syndicalistes qui au lieu de défendre les droits des travailleurs, défendent les bénéfices de l’entreprise. […] Nous ne serons pas dans les rues pour contester la décision de la justice, ni pour défendre les intérêts de la propriété et les positions des syndicats, mais pour réclamer le respect des droits fondamentaux bafoués jusqu’à aujourd’hui. Nous invitons tous ceux qui considèrent comme une honte le chantage au chômage que nous avons subi jusqu’à présent… ».


  • La culture nous prend pour des truffes par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/La-culture-nous-prend-pour-des

    La mairie de Marseille recrute mille bénévoles pour encadrer les festivités de 2013, « année capitale ». Comme à Lille en 2004, ces gentils blaireaux se convertiront en « ambassadeurs » d’une vaste couillonnade touristico-ludique censée civiliser une cité aux mœurs trop barbares. Depuis Paris, le Premier ministre a d’ailleurs évoqué 2013 comme une « opportunité formidable » pour « mobiliser les énergies » et, qui sait, mettre les kalachnikovs en sourdine…


  • Le poids des rots, le choc des civilisations par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Le-poids-des-rots-le-choc-des

    Touchant, ce Charb, directeur de Charlie-Hebdo, venu à Marseille pour causer liberté de la presse dans la bibliothèque de l’Alcazar, installée au cœur d’un quartier qu’on nommait encore, il n’y a pas si longtemps, le quartier arabe. En première ligne du public clairsemé, ses amis les sbires du Service de protection des hautes personnalités, censés le protéger depuis la publication dans son journal de caricatures sur l’Islam, sont sur le qui-vive. Charb le dit, le gémit : il est une victime. Et répète à l’envi que la satire, c’est cool, c’est la liberté d’expression… Amen ! Qu’un fielleux consensus anti-arabe se répande en France et dans les pays occidentaux, ce n’est pas son problème. Qu’au boulot ou dans la rue, ses caricatures fournissent de nouvelles invectives pour stigmatiser une population déjà humiliée, ce n’est pas à cause de lui, se défausse ce crétin moderne qui a fait du cynisme généralisé son intouchable évangile. C’est cette race-là, sa race aveugle et étroite, qu’il défend. Car l’imbécile semble ne pas savoir qu’en dehors de ses apéros de rédac, il y a une différence entre islamistes et musulmans, et que dans le fond, ses insultes ne touchent pas tant la religion, mais une culture maltraitée. Aussi, le lamentable néo-con, après avoir éructé ses blagues coloniales, n’aura même pas tenté de distribuer le support papier de sa misère intellectuelle sur le cours Belsunce, entre le snack égyptien et la pâtisserie orientale. Il aurait pu, histoire d’approcher ces « cons qui aiment le prophète », si radicalement étrangers aux esprits éclairés qui, par dizaines de milliers, ont rempli les caisses de ce Beauf-Hebdo en croyant faire acte de courage laïc.


  • Ça y est... les amis viennent de sortir leur livre.
    "Sans doute le meilleur livre de cette rentrée" CQFD.

    « DEM AK XABAAR »
    (PARTIR ET RACONTER)
    Récit d’un clandestin africain en route vers l’Europe
    De Bruno Le Dantec et Mahmoud Traoré

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    Ce récit relate le périple de trois années effectué par Mahmoud Traoré entre Dakar (Sénégal) et l’enclave espagnole de Ceuta, où il participa à l’assaut collectif de la « barrière de sécurité », le 29 septembre 2005, et réussit à la franchir après plusieurs tentatives avortées. Loin des poncifs sur les immigrés clandestins, répétés ad nauseam par les responsables politiques européens, on découvre ici la réalité complexe d’une organisation continentale du « passage », où tous les candidats à l’émigration ne sont pas des anges, ni tous les passeurs, des profiteurs dénués de scrupules.

    http://www.editions-lignes.com/DEM-AK-XABAAR-PARTIR-ET-RACONTER.html


  • On va faire des trucs fou ! par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/On-va-faire-des-trucs-fous

    Le 19 juin, la Chambre de commerce présentait les perspectives de Marseille Provence 2013 (MP 2013) aux entrepreneurs du cru. Déguisé en start-up, CQFD était là et, l’espace d’un battement de paupières, s’est laissé griser par un méga-puissant Powerpoint conçu pour taper dans l’œil des potentiels mécènes. À six mois de son lancement, l’année Capitale a toujours un faux air de réalité virtuelle.


  • Néozarrivants par Julien Tewfiq
    http://cqfd-journal.org/Neozarrivants

    Il existe, dans le monde du web, un site prêt à venir au secours de ceux que le destin (ou une simple mutation) auraient le malheur d’envoyer vivre (ou survivre) à Marseille : www.neozarrivants.com. On y apprend que la bouillabaisse est la spécialité locale, que les Marseillais conduisent comme des fous, ou encore quels sont les « quartiers prometteurs » (entendre « qui ne sont pas encore vraiment propres pour une vie civilisée »). Ils ont même été invités à faire une partie de pétanque « dans la vraie vie » (cf. La Provence 03/09/12). Le site propose le même service pour d’autres bleds paumés comme Lyon et bientôt Toulouse et Bordeaux. C’est avec une réelle délectation que la rédaction de CQFD s’est un moment imaginée « néozarrivante », elle aussi. Mais sans doute pas le même genre d’arrivants que ceux virtuellement ciblés par le site : policé, parisien, avec de gros besoins culturels et gastronomiques, attirés par les lumières de Marseille-Provence 2013. Non… plutôt de nouveaux arrivants roms, par exemple. Ou même de simples Rsastes, ou encore de vulgaires squatteurs punks ! « Où trouver un bon spot pour faire la manche ? », « La CAF la plus proche ? », « Le meilleur coin en bord de mer ou de route pour boire une bière avec amis et chiens ? ».

    Cela nous a fait marrer quelques minutes. Puis pas trop. On a pensé à Abdelhakim Belhinda, maçon de 20 ans, en France depuis ses 13 ans, futur papa et enfermé au CRA de Marseille sur dénonciation de son employeur qui l’a exploité pendant plusieurs mois. L’hospitalité organisée, comme certains voyages du même nom, c’est tapis rouge et coupette de champ’ pour les uns, centre de rétention et expulsion pour les autres. À vomir son aïoli.