Dans un récent passé, le monde du travail suivait une voie univoque caractérisée par une discipline de fer, de la rentabilité des chaînes de montage aux contrôles assidus préventifs et subséquents des cols blancs jusqu’à l’archivage de fiches et aux licenciements dus à des comportements hors norme. Pour garder un poste de travail il fallait s’assujettir, acquérir une mentalité de type militaire, apprendre des pratiques parfois complexes, parfois simples, appliquer ces pratiques, s’identifier à elles, penser que sa personne, son mode de vie, ses idées et ses relations, bref tout ce qu’il y a de plus important au monde se résumerait à ces pratiques. Le travailleur vivait dans l’entreprise, avait des rapports amicaux avec ses collègues de travail, parlait de problèmes de travail pendant son temps libre, fréquentait le dopolavoro et partait en vacances en familles avec les collègues de travail. Pour compléter le tableau, surtout dans les grandes entreprises, des excursions périodiques, entre autres, étaient organisées pour lier les diverses familles ; les enfants fréquentaient des écoles qui étaient quelquefois financées par l’entreprise et lorsque leurs parents prenaient leur retraite, l’un d’eux prenait leur place. Ainsi, la sphère du travail englobait, sans bavures, toute la personnalité du travailleur et de sa famille, en lui dictant de cette manière une identification totale à l’entreprise. Témoins, les dizaines de milliers d’ouvriers de chez Fiat qui étaient supporters de la Juventus, l’équipe de football turinoise présidée par Agnelli. Cette époque, caractérisée par son homogénéité et par ses projets d’uniformité, est dépassée, bien que quelques résidus continuent à exister. Elle est remplacée par une période où le travail est provisoire et incertain, où l’indétermination du futur devient fondamentale, où le professionnalisme est absent. Le travailleur perd toute référence à cause de l’absence de nouveaux projets et d’intérêts concrets autres que gagner sa vie ou rembourser sa maison.