• La race existe et n’existe pas

    « L’étape actuelle, de réfutation de la pertinence de la notion de #race dans le domaine des sciences naturelles de l’homme, impose d’abord son poids de raison scientifique et d’honnêteté intellectuelle, et pourquoi pas également, de sens logique et de bon sens. C’est un événement, et une nouveauté dans le champ de ces sciences. Mais cette prise de position a peu de chances d’avoir la vertu qu’on lui souhaiterait : faire disparaître l’idée que les humains sont « naturellement » différents et que les grands clivages sociaux (nationaux, religieux, politiques, etc.) expriment des divisions « naturelles ». Car nos processus inconscients ne connaissent pas la négation. Un fait affirmé ou un fait nié ont, de ce point de vue, exactement le même degré d’existence, nos systèmes perceptifs inconscients ne font pas la différence, et le nié comme l’affirmé sont présents de la même façon dans notre réseau affectivo-intellectuel.

    Parlez de race, il en restera toujours quelque chose ... La « race » est une notion aussi peu conceptuelle, abstraite et froide que possible, elle est donc concernée au premier point par la part inconsciente de nos mécanismes de connaissance et de relation avec les autres êtres humains. Les idéologues racistes l’ont toujours parfaitement su, et c’est pourquoi aujourd’hui ils réitèrent leur propos.

    En d’autres termes, montrer l’inconsistance d’une telle catégorie dans le domaine scientifique est insuffisant pour la faire disparaître des catégories mentales, non seulement de la majorité des gens mais aussi bien de ceux-là mêmes qui sont intellectuellement persuadés de son inexistence en tant que fait « naturel ». Démarche nécessaire, mais non suffisante.

    Les sciences humaines d’abord ont dit : la « race » relève des sciences naturelles, nous n’en avons que faire, elle est sans influence sur les phénomènes culturels et sociaux ... Aujourd’hui les sciences naturelles répondent : la « race » n’existe pas, elle n’est pas un critère classificatoire pertinent. Partiellement exactes, ces propositions en cachent une troisième qui approche de plus près la réalité des faits. El si un train, une révolution ou une proposition peuvent en cacher d’autres, tel est bien le cas ici. Que la race soit un « fait de nature » ou pas, qu’elle soit un « fait mental » ou pas, elle est aujourd’hui, au XXe siècle, une réalité juridique, politique, historiquement inscrite dans les faits, ce qui joue un rôle effectif et contraignant dans les sociétés concernées.

    a) C’est pour cela que tout appel à la race (même sous le prétexte de l’amour des cultures particulières, ou de la recherche des « racines » etc.) est une orientation politique, n’est pas et ne peut être anodin, étant donné les faits. Car il s’agit de faits, et non d’intentions ou d’opinions, comme on voudrait de nouveau nous le faire croire.

    b) C’est pour cela que limité à lui-même, le rejet de la notion de race peut jouer le rôle de simple dénégation. Nier son existence, comme tentent de le faire les sciences de l’homme, sociales puis naturelles, nier son existence de catégorie empiriquement valide est une chose - vraie - qui ne supprime en rien la réalité étatique et la réalité sociale de cette catégorie, qui ne supprime en rien le fait que si elle n’est pas empiriquement valide, elle est pourtant empiriquement effective. Affirmer qu’une notion présente dans le vocabulaire d’une société c’est-à-dire dans sa façon d’organiser le réel ET dans son histoire politique et humaine, n’existe pas, est une position paradoxale puisque ce qui est désigné existe de fait. Peut-être aussi est-ce une tentative d’effacer l’horreur de cette réalité, sa brutalité insoutenable : cela ne peut pas exister. Et précisément parce que l’existence en est insupportable.

    Or, si la réalité de la « race » n’est en effet pas bio-naturelle, n’est en effet pas psychologique (quelque tendance innée de l’esprit humain à désigner en l’autre un être de nature .. .), elle est cependant. Car il n’est pas soutenable de prétendre qu’une catégorie qui organise des Etats (le Troisième Reich, la République sud-africaine, etc.), qui entre dans la Loi, n’existe pas. Il n’est pas soutenable de prétendre que la catégorie qui est la cause directe, le moyen premier du meurtre de millions d’êtres humains, n’existe pas.

    Mais ce lent trajet de la connaissance intellectuelle que manifestent les efforts successifs et cumulés d’élucidation, permet de distinguer qu’elle est une catégorie sociale d’ exclusion, et de meurtre. Elle est peu à peu dévoilée de ce qui la cachait. Ce n’est pas un processus simple : comment ne pas croire que « la race n’existe pas ». alors que son existence de catégorie « naturelle » est démontrée pour fausse (et en effet elle est fausse), alors que cette acception était en même temps l’ultime point où l’avaient repoussée les sciences humaines par leur patiente critique. Alors que, surtout, cette fameuse définition « naturelle » était celle-là même qui « légitimait » dans les régimes racistes l’inscription légale de la « race ».

    Cependant l’inscription juridique et les pratiques qui l’ accompagnent existent, elles. C’est très exactement la réalité de la « race ». Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts. Produit des morts et continue à assurer l’armature de systèmes de domination féroces. Et, ici, aujourd’hui, cela resurgit. Non dans les interstices honteux de notre société, mais sous l’honorable masque des « opinions » et des « idées ». Entendons-nous. L’idée de race, cette notion, est un engin de meurtre, un engin technique de meurtre. Et son efficacité est prouvée. Elle est un moyen de rationaliser et d’organiser la violence meurtrière et la domination de groupes sociaux puissants sur d’autres groupes sociaux réduits à l’impuissance. A moins que l’on en vienne à dire que, la race n’existant pas, personne n’a pu et ne peut être contraint ou tué à cause de sa race. Et personne ne peut dire cela parce que des millions d’êtres humains en sont morts, et que des millions d’êtres humains sont dominés, exclus et contraints à cause de cela.

    Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités. »

    [ #Colette #Guillaumin , Sexe, race et pratique du pouvoir ]


  • Réponse de Stuart Hall à l’article de Nancy Huston et Michel Raymond à propos de la "#Race".. .

    « La science possède une fonction culturelle dans nos sociétés. Ce qui m’intéresse, ce dont je veux parler ici, c’est la fonction culturelle de la science, et je soutiens que cette fonction, dans les langages et les discours du racisme, a eu pour objet de garantir une différence absolue, une certitude que les autres systèmes de connaissance n’avaient jusque-là pas pu fournir. Et c’est pour cette raison que la trace scientifique est restée un instrument remarquablement puissant dans la pensée humaine, non seulement dans l’Université, mais partout dans les discours du sens commun, dans les discours des personnes ordinaires. Pendant des siècles, la lutte consista à établir une distinction binaire entre deux sortes de personnes. Mais avec la pensée des Lumières qui affirme que tous les humains appartiennent à une seule et même espèce, il a fallu commencer à trouver un moyen de marquer la différence à l’intérieur d’une espèce. Il n’y a plus deux espèces, mais une seule dont il s’agit de savoir comment, pourquoi, telle partie est différente - plus barbare, plus arriérée, ou plus civilisée que les autres. On invente ainsi une autre manière de marquer la différence au sein même du système. Souvenez-vous seulement de ce qu’écrit Edmund Burke à Robertson en 1877 « Nous n’avons plus besoin de l’histoire pour retracer les différentes époques et les différents stades de la connaissance de la nature humaine. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, la grande carte de l’humanité est tout entière sous nos yeux, car il n’existe aucune barbarie ou aucun raffinement que nous ne puissions embrasser au même instant et d’un seul regard. C’est là le coup d’œil panoptique des Lumières -la totalité de ce qui est humain est maintenant sous l’œil de la science. Et, sous ce regard, il devient possible de marquer les différences qui comptent réellement. Et quelles sont-elles ? « Les courtoisies si différentes de la Chine et de l’Europe, la barbarie des Tartares et de l’Arabie, et l’état primitif de l’Amérique du Nord et de la Nouvelle-Zélande. »

    Ce que je cherche à dire ici, c’est que ce n’est pas la science en tant que telle, mais tout ce qui se trouve pris dans le discours de la Culture qui fonde la vérité à propos de la diversité humaine. C’est la science en tant que discours culturel qui prétend déchiffrer le secret des relations qu’entretiennent la nature et la Culture, qui dénoue et explique ce fait troublant de la différence humaine, de cette différence qui compte tellement. Ce qui importe ici, ce n’est pas que ces discours soient ou non porteur de la vérité scientifique à propos de la différence, mais bien qu’ils aient pour fonction de fonder le discours de la différence raciste. Ces discours fixent et sécurisent ce qui autrement ne saurait l’être. Ils justifient et garantissent la vérité de ces différences qu’ils ont eux-mêmes construites discursivement.

    L’idée, ici, c’est que la Culture est conçue comme découlant de la nature, la culture s’appuyant sur la nature pour se justifier elle-même, à tel point que chacune fonctionne comme la métaphore exacte de l’autre. Nature et culture opèrent de manière métonymique. Et le discours de la race en tant que signifiant a pour fonction de faire correspondre ces deux systèmes entre eux - la nature et la culture - afin que l’on puisse toujours lire l’un à partir de l’autre. Si bien qu’une fois que vous connaissez la place d’une personne dans la classification des races humaines naturelles, vous pouvez légitimement en inférer ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent, ce qu’elle produit ou encore la qualité esthétique de ses productions. La fonction première de la race en tant que signifiant est de constituer un système d’équivalence entre la nature et la culture. À mes yeux, le recours à la trace biologique, en tant que système discursif, ne cessera pas tant que des systèmes raciaux seront là pour faire appel à sa fonction naturalisante et essentialisante, fonction qui consiste à arracher la différence raciale à l’histoire et à la culture pour la mettre en un lieu où elle n’est plus susceptible de changer.

    Toutefois, ce n’est pas selon moi la seule raison pour laquelle le raisonnement biologique. Aussi erroné soit-il, continue à hanter tous les débats sur la race. Souvenez-vous, Du Bois commençait précisément par ces grossières différences physiques de couleur de peau, de cheveux et d’os. Ce sont ces différences-là qui, en définitive, fondent les langages de la race que nous parlons tous les jours. Ces faits physiques, grossiers et têtus. Toutefois, ces différences physiques grossières ne se fondent pas sur des différences génétiques, mais sur ce qui est nettement visible à l’œil. Elles sont ce qui fait de la race une chose perceptible pour l’œil non scientifique ou peu instruit. Ce qui fait de la race quelque chose dont nous continuons à parler. En un sens, ces différences sont incontestables. Ce sont des faits physiques et biologiques bruts qui relèvent de ce qui apparaît dans le champ de vision humain. Ce champ dans lequel voir, c’est croire. »

    [ Stuart Hall , La race comme signifiant flottant ]


  • http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/7/0/7/1/9782707152084FS.gif

    « Nous découvrons ainsi que dans la France actuelle « immigration » est devenu par excellence le nom de la #race, nom nouveau mais fonctionnellement équivalent à l’appellation ancienne, de même qu’« immigrés » est la principale caractéristique permettant de ranger des individus clans une typologie raciste. C’est le lieu de se souvenir que le #racisme colonial avait déjà, typiquement, conféré une fonction essentielle à la casuistique de l’unité et de la différenciation, non seulement dans son discours spontané mais dans ses institutions et dans ses pratiques de gouvernement : forgeant l’étonnante catégorie générale de I’« indigène », et multipliant en même temps les subdivisions « ethniques » (à l’origine de la notion même d’ethnie) au sein de ce melting pot, au moyen de critères pseudo-historiques, prétendument univoques, permettant de fonder des hiérarchies et des discriminations (« Tonkinois » et « Annamites », « Arabes » et « Berbères », etc.). Le nazisme a fait de même, divisant les sous-hommes en « juifs » et « Slaves » ; voire subdivisant ceux-ci, et reportant sur la population allemande elle-même le délire des typologies généalogiques.

    Les effets induits par la formation d’une catégorie générique de l’#immigration ne s’arrêtent pas là. Elle tend à englober des individus de nationalité française qui se trouvent alors cantonnés ou rejetés dans un statut plus ou moins honteux d’extériorité, dans le moment même où le discours nationaliste proclame l’unité indivisible des populations historiquement rassemblées clans le cadre d’un même État : c’est le cas, en pratique, des Antillais noirs, et bien entendu de nombre de Français « d’origine étrangère », en dépit de la naturalisation ou de la naissance sur le sol français qui leur confère la nationalité française. On aboutit ainsi à des contradictions entre la pratique et la théorie dont certaines pourraient paraître réjouissantes. Un Kanak indépendantiste en Nouvelle-Calédonie est théoriquement un citoyen français qui porte atteinte à l’intégrité de « son pays », mais un Kanak en « métropole », indépendantiste ou non, n’est jamais qu’un immigré noir. Quand un député libéral (de droite) a exprimé l’opinion que l’immigration était « une chance pour la France », il s’est vu affubler du sobriquet qui se voulait injurieux de « Stasibaou » !

    Le phénomène le plus significatif à cet égard est l’obstination avec laquelle l’opinion conservatrice (il serait bien hasardeux d’en assigner les limites) désigne comme « deuxième génération immigrée » ou « immigrés de la deuxième génération » les enfants d’Algériens nés en France et s’interroge sans fin sur leur « possibilité d’intégration » à la société française dont ils font déjà partie (en confondant systématiquement la notion d’intégration, c’est-à-dire d’appartenance à un ensemble historique et social de fait, avec celle d’une conformation à un « type national » mythique, censée garantir par avance contre toute conflictualité). »

    [Etienne #Balibar, "Les Identité ambigues"]


  • Du néo-racisme

    « L’idée d’un « racisme sans race » n’est pas aussi révolutionnaire qu’on pourrait l’imaginer. Sans entrer dans l’examen des fluctuations de sens du mot race, dont l’usage historiosophique préexiste en fait à toute réinscription de la « généalogie » dans la « génétique », il faut marquer quelques grands faits historiques, aussi dérangeants soient-ils (pour une certaine vulgate antiraciste, mais aussi pour les retournements que lui fait subir le néo-racisme).

    Il a toujours existé un racisme dont le concept pseudo-biologique de race n’est pas le ressort essentiel, au niveau même des élaborations théoriques secondaires, et dont le prototype est l’antisémitisme : L’antisémitisme moderne celui qui commence à se cristalliser dans l’Europe des Lumières, voire dès l’inflexion étatique et nationaliste conférée à I’anti-judaisme théologique par l’Espagne de la Reconquista et de l’Inquisition - est déjà un racisme « culturaliste ». Les stigmates corporels y tiennent certes une grande place fantasmatique, mais plutôt en tant que signes d’une psychologie profonde, d’un héritage spirituel que d’une hérédité biologique. Ces signes sont, si l’on peut dire, d’autant plus révélateurs qu’ils sont moins visibles, et le Juif est d’autant plus « vrai » qu’il est plus indiscernable. Son essence est celle d’une tradition culturelle, d’un ferment de désagrégation morale.
    L’antisémitisme est par excellence « différentialiste », et à bien des égards tout le racisme différentialiste actuel peut être considéré, du point de vue de la forme, comme un antisémitisme généralisé. Cette considération est particulièrement importante pour interpréter l’arabophobie contemporaine, spécialement en France, puisqu’elle emporte avec elle une image de l’islam en tant que « conception du monde » incompatible avec I’européité et entreprise de domination idéologique universelle, donc une confusion systématique de l’« arabité » et de l’« islamisme ».

    Ce qui dirige notre attention vers un fait historique plus difficile encore à admettre et cependant crucial, à propos de la forme nationale française des traditions racistes. Sans doute il existe une lignée spécifiquement française des doctrines de I’aryanité, de l’anthropométrie et du génétisme biologique, mais la véritable « idéologie française » n’est pas là : elle est dans l’idée d’une mission universelle d’éducation du genre humain par la culture du « pays des droits de l’homme », à laquelle correspond la pratique de l’assimilation des populations dominées, et par conséquent la nécessité de différencier et de hiérarchiser les individus ou les groupes en fonction de leur plus ou moins d’aptitude ou de résistance à l’assimilation, C’est cette forme à la fois subtile et écrasante d’exclusion/inclusion qui s’est déployée dans la colonisation et dans la variante proprement française (ou « démocratique ») du « fardeau de l’homme blanc »…. »

    « Nous découvrons ainsi que dans la France actuelle « immigration » est devenu par excellence le nom de la race, nom nouveau mais fonctionnellement équivalent à l’appellation ancienne, de même qu’« immigrés » est la principale caractéristique permettant de ranger des individus clans une typologie raciste, C’est le lieu de se souvenir que le racisme colonial avait déjà, typiquement, conféré une fonction essentielle à la casuistique de l’unité et de la différenciation, non seulement dans son discours spontané mais dans ses institutions et dans ses pratiques de gouvernement : forgeant l’étonnante catégorie générale de I’« indigène », et multipliant en même temps les subdivisions « ethniques » (à l’origine de la notion même d’ethnie) au sein de ce melting pot, au moyen de critères pseudo-historiques, prétendument univoques, permettant de fonder des hiérarchies et des discriminations (« Tonkinois » et « Annamites », « Arabes » et « Berbères », etc.). Le nazisme a fait de même, divisant les sous-hommes en « juifs » et « Slaves » ; voire subdivisant ceux-ci, et reportant sur la population allemande elle-même le délire des typologies généalogiques.

    Les effets induits par la formation d’une catégorie générique de l’immigration ne s’arrêtent pas là. Elle tend à englober des individus de nationalité française qui se trouvent alors cantonnés ou rejetés dans un statut plus ou moins honteux d’extériorité, dans le moment même où le discours nationaliste proclame l’unité indivisible des populations historiquement rassemblées clans le cadre d’un même État : c’est le cas, en pratique, des Antillais noirs, et bien entendu de nombre de Français « d’origine étrangère », en dépit de la naturalisation ou de la naissance sur le sol français qui leur confère la nationalité française. On aboutit ainsi à des contradictions entre la pratique et la théorie dont certaines pourraient paraître réjouissantes. Un Kanak indépendantiste en Nouvelle-Calédonie est théoriquement un citoyen français qui porte atteinte ù l’intégrité de « son pays », mais un Kanak en « métropole », indépendantiste ou non, n’est jamais qu’un immigré noir. Quand un député libéral (de droite) a exprimé l’opinion que l’immigration était « une chance pour la France », il s’est vu affubler du sobriquet qui se voulait injurieux de « Stasibaou » !
    Le phénomène le plus significatif à cet égard est l’obstination avec laquelle l’opinion conservatrice (il serait bien hasardeux d’en assigner les limites) désigne comme « deuxième génération immigrée » ou « immigrés de la deuxième génération » les enfants d’Algériens nés en France et s’interroge sans fin sur leur « possibilité d’intégration » à la société française dont ils font déjà partie (en confondant systématiquement la notion d’intégration, c’est-à-dire d’appartenance à un ensemble historique et social de fait, avec celle d’une conformation à un « type national » mythique, censée garantir par avance contre toute conflictualité). »

    [Etienne Balibar]


  • Discours sur la méthode autour de l’objet "islam"

    « Le savoir qui porte sur la société humaine et non sur le monde naturel est par définition un savoir historique, basé sur le jugement et sur l’interprétation. Cela ne signifie pas qu’il est dénué de faits, de données, mais plutôt que le degré d’importance accordée aux faits dépend de l’interprétation dont ils font l’objet. Nul ne conteste l’existence de Napoléon et son statut d’empereur français, mais il existe de nombreux désaccords sur la nature de son règne, qualifié de remarquable par les uns, de désastreux par les autres. L’historiographie se nourrit de ces désaccords interprétatifs qui sont à l’origine du savoir historique. Les interprétations dépendent grandement de l’identité de l’interprète, du public auquel il s’adresse, du but qu’il s’est fixé et du moment historique dans lequel il s’inscrit. En ce sens, l’interprétation peut être qualifiée de situationnelle : elle est affiliée à la situation laquelle elle est produite. Les interprétations fonctionnent en résonance avec d’autres interprétations, qu’elles viennent confirmer, contester ou développer. Toute interprétation possède des antécédents et existe en rapport avec d’autres interprétations. Un chercheur travaillant sur l’Islam, sur la Chine, sur Shakespeare ou sur Marx ne peut se permettre d’ignorer ce qui a déjà été dit, sous peine de passer à côté de son sujet ou de tomber dans la redondance. Une analyse n’est jamais fondamentalement originale, l’analyse de la société humaine n’ayant rien à voir avec les mathématiques. Il est donc purement illusoire de prétendre à une originalité radicale.

    Le savoir sur les autres cultures est tout particulièrement sujet à l’imprécision "non scientifique" et à la dimension circonstancielle de l’interprétation. Considérons néanmoins que le savoir sur une autre culture est possible, et surtout souhaitable, si deux conditions sont remplies - précisément les deux conditions auxquelles le savoir sur le Moyen-Orient et sur l’Islam ne satisfait pas. Le chercheur doit tout d’abord être conscient qu’il porte une certaine responsabilité à l’égard de la culture et du peuple qu’il étudie et il doit établir avec eux des rapports non coercitifs. Comme je l’ai déjà dit, le savoir occidental sur le monde non occidental s’inscrit essentiellement dans le cadre du colonialisme, si bien que le chercheur européen a longtemps eu tendance à entretenir avec son sujet un rapport de domination et à ne pas tenir compte dans son approche des travaux des chercheurs non européens. Pour les nombreuses raisons que j’ai énumérées ici et dans L’Orientalisme , le savoir sur l’Islam et sur les peuples musulmans découle généralement d’une domination et d’une confrontation, mais aussi d’une antipathie culturelle. Aujourd’hui l’Islam est défini négativement en tant qu’entité radicale opposée à l’Occident, et cet antagonisme restreint considérablement le savoir sur l’Islam. Tant que cette restriction ne sera pas levée, l’Islam en tant qu’expérience vécue par les musulmans restera inaccessible à la connaissance. C’est particulièrement vrai aux Etats-Unis, mais à peine moins vrai en Europe. »

    [ Edward Saïd , L’islam dans les Médias ]


  • « Y en a pas deux comme lui pour défendre la #race française !
    – Elle en a bien besoin la race française, vu qu’elle n’existe pas ! » que j’ai répondu moi pour montrer que j’étais documenté, et du tac au tac.
    « Si donc ! qu’il y en a une ! Et une belle de race ! qu’il insistait lui, et même que c’est la plus belle race du monde et bien cocu qui s’en dédit ! » Et puis le voilà parti à m’engueuler. J’ai tenu ferme bien entendu.

    « C’est pas vrai ! La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la #France et puis c’est ça les #Français. »

    [L.-F. #Céline, Voyage au bout de la nuit, Denoël, Paris, 1932.]


  • http://www.youtube.com/watch?v=Lm5jlmBGLZs

    Intervention lors du meeting Front de Gauche avec la présence de JL Mélenchon backstage. La prise de parole devait initialement porter sur le mal-logement à la Paillade mais nous l’avons détournée pour dénoncer les pratiques islamophobes de ce parti et de ses têtes pensantes !

    « Vous vous présentez comme les défenseurs des exploités, des laissés-pour-comptes, des travailleurs pauvres, des sans emplois. Mais aussi de la cause palestinienne, en vous faisant plaisir de reléguer les femmes voilées au derniers rangs des cortèges de manif.

    Vous dites lutter pour une société plus juste, plus égalitaire. Vous dites lutter contre les discriminations...
    Votre angle d’attaque passe par la défense de la classe ouvrière.
    Pourtant après avoir proposé des lois pour exclure des élèves vous proposer maintenant des lois pour exclure du travail des citoyennes françaises.

    Sous prétexte de la laïcité c’est à l’Islam directement que vous vous attaquez. Et pas d’une belle manière ! C’est à coup de démagogie que vous draguer un électorat qui ne croit plus à la classe politique et qui cherche des coupables !

    Moi je vis depuis 14 ans prés de ces femmes musulmanes dont la plupart portent le voile. Ces femmes que je côtoie quotidiennement sont des citoyennes françaises à part entières actives et responsables. Ce choix qu’elles assument malgré l’opprobre que toute la société francaise leur fait, elles l’ont fait librement par conviction religieuse. Et je vous rappelle que d’après la la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : »[...] Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi."

    Vous voudriez nous faire croire qu’un bout de tissu sur la tête serait une menace pour la laicité. Quelle blague ! En réalité vous renforcez ce que d’autre part vous dénoncez : le communautarisme, le fossé des incompréhensions, les injustices sociales. Vous prônez l’émancipation alors que vous ne faites qu’exclure et stigmatiser.

    Nous ne sommes pas dupe, nous ne serviront pas de faire valoir pour vos manipulations électorales.

    Solidarité aux femmes voilées ! Solidarité aux nounous voilées !

    NON au racisme voilé !
    NON à l’islamophobie !
    NON à la gauche coloniale !"


  • http://3.bp.blogspot.com/-4wKBv7sm8f8/UWX-qjDtCCI/AAAAAAAADjs/uQiVTqoT0jE/s1600/musulmane.jpg

    " Muslim Women Against Femen " : un excellent exemple d’#empowerment...

    "Cela fait un certain temps que j’observe les exploits des #Femen et que je suis très dérangée par la manière dont elles s’acquittent de leur « mission ». Parce que les actions des Femen sont aussi contre-productives que préjudiciables aux femmes musulmanes à travers le monde. Pour moi, et pour des centaines de femmes qui ont pris contact avec moi au cours des derniers jours, leurs tactiques font partie de la guerre idéologique qui se joue entre divers éléments néo-coloniaux de l’Ouest et des sociétés islamiques. Leur but n’est pas de nous émanciper de notre esclavage présumé. Il vise plutôt à renforcer l’impérialisme occidental et à assurer le consentement de la poursuite des guerres contre les pays musulmans...."

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/04/muslimah-pride.html

    • @bp314, t’es content alors ? Mais ne te méprends pas ! Les femens sont là pour donner des arguments aux anti féministes trop heureux de poursuivre la confusion du terme. Le #féminisme est multiple mais il faut savoir différencier le #combat_politique_pour_la_liberté_des_femmes et le show-business des femens. Cette mise en spectacle n’a pas pour but de faire avancer la cause du féminisme ou la liberté des femmes, relis l’article !

      Leur but n’est pas de nous émanciper de notre esclavage présumé. Il vise plutôt à renforcer l’impérialisme occidental et à assurer le consentement de la poursuite des guerres contre les pays musulmans.

      Et elles n’apparaissent que comme le relais féminisé du patriarcat et d’un occident ultra médiatisé, de surcroit raciste et islamophobe !

      Heureusement que d’autres femmes, féministes, oeuvrent partout pour aider, vraiment, à libérer les victimes des violences et des injustices perpétuées par les dominants et par tout ceux qui ne veulent rien voir, si bien planqués derrière des théories politiques qui ignorent depuis leur création la condition des femmes.
      Tu dis que les féministes, (je corrige le « on »), devraient « se focaliser sur les auteurs des discriminations » et non sur les victimes ? L’un n’empêche pas l’autre, et ce n’est pas non plus antinomique du combat contre le capitalisme. En passant, regarde toi donc dans une glace, tu risques de croiser un de ces « auteurs des discriminations » !

    • Donc @bp314, c’est pas très fairplay de supprimer tes messages quand quelqu’un se donne la peine d’y répondre.

      Donc, tu disais apprécier cet excellent exemple qui illustre ce qui se produit quand on préfère traiter la question de la violence ou des discriminations en se focalisant sur les victimes de ces violences plutôt que sur leurs auteurs ?

    • (je doute d’être parvenu à supprimer deux messages par accident)

      De mon point de vue et pour ce qu’il vaut, les Femen illustrent l’aboutissement de toute logique communautariste, c’est à dire, la récupération. Dont le plus bel exemple en France sont les débats sur la parité à l’assemblée nationale, les conseils d’administration et les plafonds de verre justifiés par les (indéniables) violences faites aux femmes (et aux roms, aux noirs, aux arabes, aux musulmans et aux pauvres en général).

      Effectivement, plutôt que d’attendre du capital de daigner s’aménager pour indemniser (pécuniairement ?) d’indéniables préjudices subis, pourquoi ne pas tout simplement se tourner en direction de leurs auteurs ?

    • @bp314, ça fait beaucoup d’accidents d’ effaçage sur le sujet du féminisme....
      Pour le fait de s’occuper des auteurs de discriminations vis a vis des femmes, tu devrait reconnaitre qu’on s’occupe bien de toi tout de même ici, toi qui lutte energiquement contre l’émancipation des femmes.

    • Effectivement, de mon point de vue du moins, la notion d’amalgame est, à mon humble avis, la formidable antithèse universelle à la volonté d’unification des pauvres contre leurs exploiteurs, j’en conviens. Elle rejoint les rangs du réalisme, de l’évidence (assénée plutôt que ressentie) et de l’argument d’autorité (universitaire, donc bourgeoise).

      De la même manière que la science et la culture sont l’art de compliquer inutilement les choses simples, de diviser les exploités, de renforcer les exploiteurs fédérés par la logique de classe.

      Rassurez-vous : le corollaire de cette thèse est que tout communautarisme se traite par l’indifférence, la dérision et l’ostracisme. Il serait d’ailleurs bien vain de chercher à s’opposer au travail institutionnel d’animation culturelle ou sociale, puisqu’il semble d’expérience condamné à la stérilité.

      Enfin, une remarque : puisque la langue et l’éducation sont les marqueurs sociaux de la bourgeoisie, c’est à l’hostilité que reçoit un discours que s’évalue en tout premier lieu sa cohérence avec l’ambition de progrès social. Then, they fight you, then, you win.


  • Femmes et islamophobie

    « Ce fut principalement contre les Turcs devenus mahométans que nos moines écrivirent tant de livres, lorsqu’on ne pouvait guère répondre autrement aux conquérants de Constantinople. Nos auteurs, qui sont en beaucoup plus grand nombre que les janissaires, n’eurent pas beaucoup de peine à mettre nos femmes dans leur parti : ils les persuadèrent que Mahomet ne les regardait pas comme des animaux intelligents ; qu’elles étaient toutes esclaves par les lois d’Alcoran ; qu’elles ne possédaient aucun bien dans ce monde, et que dans l’autre elles n’avaient aucune part au paradis. Tout cela était d’une fausseté évidente ; et tout cela a été cru fermement. »

    [ Voltaire , Questions sur l’Encyclopédie (1770), cité par Alain Gresh]

    "Le rapport note par ailleurs une spécificité de « l’aversion à l’islam » et de son évolution. « En 2009 la réticence à l’égard de l’islam était plus fréquente chez les hommes, en 2012 elle progresse fortement (17 points) chez les femmes, qui devancent maintenant les hommes de 8 points. »

    Cette tendance reste aussi à confirmer, note la CNCDH, mais « l’idée que l’islam remet en cause les droits des femmes est de plus en plus présente dans le débat public, de la droite à la gauche de l’échiquier politique, et pourrait expliquer ce retournement. ». Cette « forte réticence envers l’islam et ses pratiques » a également connu une progression vertigineuse (+22 points) chez les personnes les plus diplômées, pourtant « généralement les plus tolérantes. »..."

    http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/2682-islamophobie-de-plus-en-plus-feminine


  • The Iraq War ten years on: A turning point for US imperialism - World Socialist Web Site

    http://www.wsws.org/en/articles/2013/03/19/pers-m19.html

    The Iraq War ten years on: A turning point for US imperialism
    19 March 2013

    Today marks the tenth anniversary of the Anglo-American invasion of Iraq. Ten years ago, the world watched the “shock and awe” bombing campaign light up the nighttime sky of Baghdad with billowing clouds of flame and smoke.

    This campaign and the bloody ten years of occupation that followed had a devastating impact on what was once among the most advanced societies in the Middle East. Hundreds of thousands of Iraqi civilians were killed and millions were made homeless.

    #irak #états-unis


  • De l’Objectivation

    « Le #concept est la première arme dans la soumission d’autrui – car il le transforme en objet (alors que le sujet ne se réduit pas au concept) ; délimiter un objet comme « l’Orient » ou « l’Arabe » est déjà un acte de violence. Ce geste est si lourd de signification qu’il neutralise en fait la valeur de prédicat qu’on ajoutera : « l’arabe est paresseux » est un énoncé raciste, mais « l’arabe est travailleur » l’est presque tout autant, l’essentiel est de parler ainsi de « l’Arabe ».... » ( Tzvetan #Todorov , préface à l’édition française de _L’#Orientalisme_ d’Edward #Saïd)


  • Le Ninisme

    « J’appelle ainsi cette figure mythologique qui consiste à poser deux contraires et à balancer l’un par l’autre de façon à les rejeter tout deux. (Je ne veux ni de ceci ni de cela.) C’est plutôt une figure de mythe bourgeois, car elle ressortit à une forme moderne de libéralisme. On retrouve ici la figure de la balance : le réel est réduit à des analogues ; ensuite on le pèse ; enfin, l’égalité constatée, on s’en débarrasse. Il y a ici aussi une conduite magique : on renvoie dos à dos ce qu’il était gênant de choisir ; on fuit le réel intolérable en le réduisant à deux contraires qui s’équilibrent dans la mesure seulement où ils sont formels, allégés de leur poids spécifique. » (Roland Barthes, Mythologies )


  • De la misère de position

    "La pièce de Patrick Süskind, La contrebasse , fournit une image particulièrement réussie de l’expérience douloureuse que peuvent avoir du monde social tous ceux qui, comme le contrebassiste au sein de l’orchestre, occupent une position inférieure et obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié, expérience d’autant plus douloureuse sans doute que cet univers, auquel ils participent juste assez pour éprouver leur abaissement relatif, est situé plus haut dans l’espace global. Cette misère de position, relative au point de vue de celui qui l’éprouve en s’enfermant dans les limites du microcosme, est vouée à paraître « toute relative », comme on dit, c’est-à-dire tout à fait irréelle, si, prenant le point de vue du macrocosme, on la compare à la grande misère de condition ; référence quotidiennement utilisée à des fins de condamnation (« tu n’as pas à te plaindre ») ou de consolation (« il y a bien pire, tu sais »). Mais, constituer la grande misère en mesure exclusive de toutes les misères, c’est s’interdire d’apercevoir et de comprendre toute une part des souffrances caractéristiques d’un ordre social qui a sans doute fait reculer la grande misère (moins toutefois qu’on ne le dit souvent) mais qui, en se différenciant, a aussi multiplié les espaces sociaux (champs et sous-champs spécialisés), qui ont offert les conditions favorables à un développement sans précédent de toutes les formes de la petite misère. Et l’on n’aurait pas donné une représentation juste d’un monde qui, comme le cosmos social, a la particularité de produire d’innombrables représentations de lui-même, si l’on n’avait pas fait leur place dans l’espace des points de vue à ces catégories particulièrement exposées à la petite misère que sont toutes les professions qui ont pour mission de traiter la grande misère ou d’en parler, avec toutes les distorsions liées à la particularité de leur point de vue." ( Bourdieu )


  • "Le déclin de la pensée radicale accroît considérablement le pouvoir des mots, les mots du pouvoir. « Le pouvoir ne crée rien, il récupère. ». Les mots forgés par la critique révolutionnaire sont comme les armes des partisans, abandonnées sur un champ de bataille : ils passent à la contre-révolution ; et comme les prisonniers de guerre, ils sont soumis au régime des travaux forcés." ( Mustapha #Khayati , Internationale #situationniste)

    http://lesilencequiparle.unblog.fr/2009/03/28/les-mots-captifs-mustapha-khayati-internationale-situationn

    #Gramsci


  • Egalité, identités et justice sociale
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/FRASER/47885

    Les combats pour réduire les #Inégalités ont longtemps porté sur le partage équitable des richesses. Depuis quelques décennies s’y ajoute le respect des identités minoritaires. Peut-on penser le rapport entre ces deux conceptions, de façon à ce qu’elles se renforcent réciproquement ? / #Idées, Identité (...) / Idées, #Identité_culturelle, Inégalités, #Minorité_nationale, #Droits_des_minorités, #Racisme, Santé - (...)

    #Santé #2012/06


  • http://2.bp.blogspot.com/_4tcoie7kW70/TFnPVnHcuaI/AAAAAAAAAUs/yBDKonuUoRs/s1600/NaneRepublique.jpg

    "Il existe aujourd’hui en France une forme de « césarisme » qui consiste en l’application à la société d’un « verbalisme républicain » pour tenter de surmonter les contradictions de cette même société. L’usage récurrent, constant, répétitif des termes de « République », « vivre ensemble », « laïcité » etc. vise à nier un certain nombre de clivages internes à la société française et plaque une rhétorique républicaine sur une idéologie occidentaliste. Mais il s’agit, in fine, d’un verbalisme, d’une forme assez impuissante de républicanisme et pas du républicanisme… Il manque, pour l’heure, un vrai renouveau de l’idée républicaine en France. L’idée républicaine a pâti du « national-républicanisme » et, aujourd’hui, il semble qu’il faut préserver l’idée républicaine des impuissances de ce « verbalisme républicain », comme, à une époque, il a fallu, à gauche, libérer le socialisme du verbalisme molletiste..."

    ( Gaël Brustier )

    En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/lutte-classes-version-xxieme-siecle-sera-t-elle-guerre-culturellegael-brus

    #Occidentalisme #Verbalisme #républicanisme #Gramsci


  • Britain’s colonial shame: Slave-owners given huge payouts after abolition - Home News - UK - The Independent

    http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/britains-colonial-shame-slaveowners-given-huge-payouts-after-abolitio

    The true scale of Britain’s involvement in the slave trade has been laid bare in documents revealing how the country’s wealthiest families received the modern equivalent of billions of pounds in compensation after slavery was abolished.

    The previously unseen records show exactly who received what in payouts from the Government when slave ownership was abolished by Britain – much to the potential embarrassment of their descendants. Dr Nick Draper from University College London, who has studied the compensation papers, says as many as one-fifth of wealthy Victorian Britons derived all or part of their fortunes from the slave economy.

    #esclavage #royaume-uni #cameron


  • Lettre de Michèle Sibony (UJFP) au responsable de l’information à France Inter - [UJFP]
    http://www.ujfp.org/spip.php?article2608

    Bonjour Monsieur,

    Je tiens à vous exprimer mon profond regret devant l’information tronquée qui est diffusée depuis ce matin sur les journaux de France Inter.

    J’écoute à toutes les heures quelqu’un qui raconte que le tir de rocket palestinien sur le sud d’Israël revendiqué comme une vengeance après la mort d’un prisonnier palestinien cette semaine, est le premier acte de violence (sic) depuis la dernière intervention israélienne sur Gaza en représailles de tirs palestiniens etc...

    Ce qu’il faut comprendre d’une telle phrase c’est que la violence n’est que palestinienne. Il n’y a violence que quand des Palestiniens tirent une rocket sur Gaza. Le reste tout ce qui précède, tout le contexte n’a pas à être connu de vos auditeurs, il n’y a d’israélien que des réponses à la violence palestinienne. L’occupation, le siège de Gaza, les morts et blessés quotidiens sous les balles israéliennes, la colonisation et la violence des colons, les prisons et le statut des prisonniers politiques, tout cela vos auditeurs n’ont pas à le savoir !

    A ce propos si le journal de France Inter juge utile de donner cette info là pourquoi ne donne-t-il pas celle qui concerne ce prisonnier, tué sous la torture (cf les premiers éléments de l’autopsie qui a eu lieu devant la famille et son avocat) et pourquoi France Inter ne consacre-t-il pas une partie de cette information à dire que 3000 prisonniers ont entamé une grève en réponse à cette mort plus que suspecte. Que 4 prisonniers sont en grève de la faim depuis 215 jours et sont à l’agonie ! Que les accords passés en 2012 entre Israël et les prisonniers après une grève très dure, sont quotidiennement violés par Israël et que les 4600 prisonniers politiques palestiniens sont actuellement au bout du rouleau. Ce n’est pas de la violence çà ???

    Et cette information là, telle que formulée sur votre antenne, c’est de la violence aussi. Je tiens à vous le dire.

    Michèle Sibony

    Membre du bureau national de l’UJFP

    PS : ce jeune prisonnier de 30 ans père de 2 enfants, dont la femme est enceinte d’un troisième, mort sous la torture, a un nom : il s’appelle Arafat Jaradat.

    Michèle Sibony


  • Allemagne : L’industrie et le gouvernement planifient des guerres de ressources
    http://www.wsws.org//fr/articles/2013/fev2013/indu-f22.shtml

    Il y a un an, les principales entreprises industrielles allemandes ont lancé une Alliance pour la sécurisation des matières premières (Rohstoffallianz) en vue de sécuriser l’approvisionnement en matières premières sélectionnées pour le compte de ses actionnaires et de ses membres. Pour atteindre ce but, elle appelle à recourir aux moyens militaires.


  • De l’#intersectionnalité et de la coalition

    http://2.bp.blogspot.com/-jgy3_ijwXyE/URuTbYrCXrI/AAAAAAAADfk/H8PShUXqjFQ/s1600/intersectionnalit%C3%A9.png

    " Envisageons dans cette optique le scandale Clarence Thomas/Anita Hill. Lors des auditions organisées au Sénat pour confirmer la nomination de Clarence Thomas à la Cour suprême, si Anita Hill, qui accusait Thomas de harcèlement sexuel, s’est vue dépossédée de ses arguments, c’est en partie parce qu’elle s’est retrouvée coincée entre les interprétations dominantes du féminisme et de l’antiracisme. Prise entre deux tropes narratifs concurrents - d’un côté le viol, mis en avant par les féministes, de l’autre le lynchage, mis en avant par Thomas et ses partisans -, elle ne pouvait rien dire des dimensions raciale et genrée de sa position. On pourrait présenter ce dilemme comme la conséquence de l’essentialisation de l’« être noir » par l’antiracisme et de l’« être femme » par le féminisme.

    Cela ne nous mène cependant pas assez loin, car le problème n’est pas simplement de nature linguistique ou philosophique. Il est spécifiquement politique : ce qui est dit du genre l’est à partir de l’expérience des bourgeoises blanches ; ce qui est dit de la race l’est à partir de l’expérience des Noirs de sexe masculin. La solution ne passe pas simplement par une défense de la multiplicité des identités ou une remise en cause de l’essentialisme en général. Dans le cas de Hill, par exemple, il aurait au contraire fallu affirmer ces aspects fondamentaux de sa position (ou de sa « localisation ») qui précisément étaient gommés, y compris par ses défenseurs. En d’autres termes, il aurait fallu préciser quelle différence faisait sa différence.

    Si, comme je l’affirme, l’histoire et le contexte déterminent l’utilité de la politique de l’identité, comment comprendre cette politique aujourd’hui, notamment à la lumière de la reconnaissance des multiples dimensions de l’identité ? Plus précisément, qu’entendons-nous lorsque nous avançons que les discours antiracistes occultent les identités de genre de même que les discours féministes occultent les identités de race ? Est-ce que cela signifie que nous ne pouvons pas parler de l’identité ? Ou que tout discours s’y rapportant doit reconnaître que la construction de nos identités passe par l’intersection de dimensions multiples ? Pour commencer à répondre à ces questions, il faut au préalable reconnaître que les groupes identitaires organisés dans lesquels nous nous retrouvons sont en fait des coalitions, ou à tout le moins des coalitions potentielles qui attendent de se former.

    Dans le contexte de l’antiracisme, ce n’est pas parce que nous reconnaissons que la politique de l’identité telle qu’elle est couramment comprise marginalise les expériences intersectionnelles des femmes de couleur que nous devons pour autant renoncer à essayer de nous organiser en tant que communautés de couleur. L’intersectionnalité nous offre au contraire une base pour reconceptualiser la race comme une coalition entre hommes et femmes de couleur. Dans le cas du viol, par exemple, elle nous permet d’expliquer pourquoi les femmes de couleur doivent laisser tomber l’argument général qui, au nom des intérêts de la race, recommande d’éviter tout affrontement sur la question du viol intraracial. Elle nous donne aussi les moyens de réfléchir à d’autres formes de marginalisation. Ainsi la race peut-elle être au départ d’une coalition d’hétérosexuels et d’homosexuels de couleur, et servir de la sorte de point d’appui à une critique des églises et des institutions culturelles qui reproduisent l’hétérosexisme."

    (#Kimberlé Williams #Crenshaw)

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/02/de-lintersectionnalite.html

    #feminisme #Minorité #Racisme


  • http://pixhost.me/avaxhome/a7/0f/000e0fa7.jpeg

    « Cette chasse nouvelle aux sexualités périphériques entraîne une incorporation des perversions et une spécification nouvelle des individus. La sodomie - celle des anciens droits, civil ou canonique - était un type d’actes interdits ; leur auteur n’en était que le sujet juridique. L’homosexuel du XIXe siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un caractère, une forme de vie ; une morphologie aussi, avec une anatomie indiscrète et peut-être une physiologie mystérieuse. Rien de ce qu’il est au total n’échappe à sa sexualité. Partout en lui, elle est présente : sous-jacente à toutes ses conduites parce qu’elle en est le principe insidieux et indéfiniment actif ; inscrite sans pudeur sur son visage et sur son corps parce qu’elle est un secret qui se trahit toujours. Elle lui est consubstantielle, moins comme un péché d’habitude que comme une nature singulière. Il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l’homosexualité s’est constituée du jour où on l’a caractérisée – le fameux article de Westphal en 1870, sur les « sensations sexuelles contraires », peut valoir comme date de naissance - moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin. L’homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu’elle a été rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d’androgynie intérieure, un hermaphrodisme de l’âme. Le sodomite était un relaps, l’homosexuel est maintenant une espèce. »

    (Michel #Foucault, Histoire de la sexualité, , Tome 1 : la volonté de savoir)

    http://www.revue-ganymede.fr/pour-une-strategie-nouvelle-reflexion-sur-les-termes-homosexualite-ho


  • De l’articulation nécessaire

    « Ce qui est commun aux trois oppressions (que sont celles des femmes, des non-blancs et des homosexuels), c’est que chacune divise l’ensemble de la société, l’ensemble de la population, en deux catégories, en deux camps. Mais chacune crée sa propre ligne de partage et divise la même population de départ - ici on dira la population vivant sur les territoires français - de façon différente. Les principes de division étant différents, les groupes dominés et dominants constitués par un principe ne sont pas les mêmes que ceux constitués par un autre. Mais parce qu’il s’agit toujours de la même population de départ, et que chaque division est exhaustive, chaque groupe dominant et chaque groupe dominé par un principe est à nouveau disséqué par le deuxième, puis par le troisième principe de division. Ceci aboutit à ce que chaque personne est nécessairement classée en femme ou homme, mais aussi nécessairement en non-Blanche ou Blanche, et nécessairement aussi en homosexuelle ou hétérosexuelle. Ainsi on peut être dans le groupe dominé d’une division, dans le groupe dominant d’une autre et à nouveau dans le groupe dominé d’une troisième, comme on peut être dominé dans les trois divisions ou dominant dans les trois. L’#articulation, l’imbrication ou l’intrication de ces différentes oppressions, la combinatoire qui résulte de leurs croisements, sont l’un des grands sujets de la sociologie, en particulier de la sociologie féministe. » (Christine #Delphy, Classer, dominer : qui sont les « autres »)


  • Le Garçon arabe : le français impossible

    "Alter ego en négativité de la fille voilée, son acolyte si son allié objectif, « le garçon arabe »a fait une irruption d’autant plus puissante sur la scène et symbolique qu’il condense lui aussi dans son corps les questions de l’ethnicité et du genre. D’abord, il est un revenant du passé colonial. Il incarne l’un des avatars de l’indigène devenu immigré puis musulman. Ensuite, il est la cause du voilement des filles qui, sinon, seraient menacées d’être violées par ce « sauvageon ». Le garçon arabe revient de loin. Il resurgit d’une mémoire enfouie, celle de la colonie et de l’Orient où les hommes occidentaux allaient à la rencontre des éphèbes de la rive sud de la Méditerranée. Il suffit de lire la littérature de Gide à Genet en passant par Nerval ou les récits de Flaubert pour se convaincre du caractère hautement valorisé des émois partagés ou imposés à des garçons arabes.

    L’émoi qui se lit à longueur de colonne aujourd’hui en France et construit le stéréotype du « garçon arabe » n’est certes pas de même nature ; il en est même l’exacte inverse. Il ne s’agit plus de jouissance, mais d’horreur face à des actes qualifiés de violents, sauvages, barbares et dont les auteurs ne peuvent être que des jeunes hommes incivilisés et incivilisables. Le traitement médiatique des « tournantes », tentative pour attribuer les viols collectifs aux seuls fils d’indigènes, aussi bien arabes que noirs, puis celui des « violences urbaines » de l’automne 2005, scandent le thème d’une altérité de l’intérieur, indésirable.

    Pour comprendre le renversement qui s’opère entre la figure désirable du garçon arabe des colonies et celle détestable de l’Arabe des banlieues françaises, il faut faire un détour par un passage du Voyage au bout de la nuit de Céline. Les Arabes y sont les figurants invertis et vicieux d’une scène où un cafetier se plaint de leur présence car, contrairement aux Polonais, ils ne boivent pas, pendant que sa serveuse, elle, entame ses heures supplémentaires en partant avec deux d’entre eux, assurée qu’ils sauront payer sa docilité. La différence - de taille - entre les récits exotiques et l’atmosphère étouffante du Voyage est que les premiers se passent dans un ailleurs lumineux au point d’être parfois aveuglant, pendant que le second s’enlise dans une périphérie improbable et poisseuse, parfaite préfiguration des banlieues lépreuses des descendants des deux Arabes qui se tiennent dans un coin, presque invisibles... " (#Nacira #Guénif-Souilamas)

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/02/le-garcon-arabe-le-francais-impossible.html


  • Du racisme bonasse

    http://www.dna.fr/fr/images/04B8DF1A-656F-4290-9EE7-E2967DDCEA75/DNA_03/merci-la-france-merci-hollande-vous-avez-sauve-le-mali-photo-afp.jpg

    « La racialisation très forte dont les Noirs ont été victimes ne se corrèle pas mécaniquement avec les traitements racistes dont ils sont l’objet en France. Les comportements racistes peuvent en particulier s’exprimer sous la forme d’un #paternalisme bon enfant, assez condescendant, qui considère les Noirs comme des grands enfants immatures plutôt que des personnes dangereuses, par contraste avec le #racisme antiarabe qui est généralement plus agressif.

    La question doit être historicisée. On dit fréquemment, et à juste titre, que c’est à partir de la Première Guerre mondiale, dans le contexte de la mobilisation des troupes coloniales, que l’image des Noirs évolua, des "sauvages" cannibales des descriptions de voyageurs ou des romans de Pierre Loti aux tirailleurs "y a bon Banania", frustes mats braves et utiles pour peu qu’ils fussent bien encadrés. Cela est vrai, mais il convient de considérer que la représentation précédente ne disparut pas : elle subsista comme "mythe secondaire", comme un réservoir référentiel mobilisable le cas échéant et susceptible de se substituer au "y a bon Banania". Le racisme antinoir puise donc dans deux répertoires racistes : celui du brave tirailleur (enfantin) et celui du sauvage (dangereux), dans des combinaisons qui varient selon les circonstances.

    Le "répertoire du tirailleur", à forte tonalité paternaliste, est le plus usité, et il arrive de l’entendre régulièrement dans la bouche d’un commentateur de matchs de football, par exemple, ou même dans celle d’un président de la République qui s’extasiait, au retour d’un voyage en Afrique, sur le caractère "joyeux" de l’Africain. À partir de la Grande Guerre, les stéréotypes racistes français faisaient des Noirs des personnes à l’intellect inférieur, comparables à des grands enfants. Un auteur colonialiste de l’entre-deux-guerres, Jean Charbonneau, écrivait ainsi : "Il est cependant un point commun à tous les Noirs : c’est leur mentalité de grands enfants. De l’enfant, ils ont tous les défauts : la crédulité, l’orgueil, la vantardise, l’esprit de moquerie, l’amour du jeu, le bavardage, l’entêtement, la gourmandise, l’inconstance, l’imprévoyance. Ils en ont aussi toutes les qualités habituelles : la gaieté, l’entrain, l’ardeur aux exercices du corps, le sentiment très net de l’équité, l’attachement naïf et confiant à celui qui s’occupe de lui, et le traite à la fois avec bonté et sans faiblesse. Cet amour de la vie entretient dans l’âme africaine un merveilleux jaillissement d’affectivité. Les sentiments du Noir ne sont peut-être pas très profonds, ni très durables, mais ils sont généralement vifs, bondissants, tumultueux : ils décèlent un cœur frémissant, avide de se donner, capable de délicatesses inattendues, et d’une jeunesse impérissable ... Jeunesse impérissable des grands enfants noirs !"... »

    (#Pap #Ndiaye, La condition noire )


  • Jeannette #Bougrab, #beurette d’élite

    http://www.youtube.com/watch?v=ROsmHo_44GA

    « Dans chaque invitation à l’émancipation s’inscrit en filigrane le renvoi à la culture dépréciée dont les filles ne parviendraient pas à se défaire. […] Cette invitation est donc déclinée lorsque les filles éprouvent les limites d’une liberté estompée par le manque de moyens matériels et institutionnels. Cultivées dans l’illusion d’un dilemme inéluctable, les filles se montrent de plus en plus rétives à ce type de schéma directeur, dans lequel le sens unique et l’impasse codifient leur circulation. Refusant d’être condamnées à l’intégration virtuelle au prix d’une négation des siens et d’elles-mêmes, elles balisent des voies alternatives. Leur multiplicité croissante témoigne d’une capacité critique qui signe, plus que bien des postures imitant l’émancipation, un affranchissement à l’œuvre. Prises entre les feux croisés de cette injonction ambivalente, les filles rompent le charme du discours émancipateur lorsqu’elles découvrent le potentiel aliénant. Elles savent qu’en s’y conformant, elles se soumettent à une domination culturelle jamais plus assurée qu’en étant adossée à une domination sociale pérenne. »
    ( #Nacira #Guénif #Souilamas , Des « #beurettes » aux descendants d’immigrants nord-africains )