• Du racisme bonasse

    http://www.dna.fr/fr/images/04B8DF1A-656F-4290-9EE7-E2967DDCEA75/DNA_03/merci-la-france-merci-hollande-vous-avez-sauve-le-mali-photo-afp.jpg

    « La racialisation très forte dont les Noirs ont été victimes ne se corrèle pas mécaniquement avec les traitements racistes dont ils sont l’objet en France. Les comportements racistes peuvent en particulier s’exprimer sous la forme d’un #paternalisme bon enfant, assez condescendant, qui considère les Noirs comme des grands enfants immatures plutôt que des personnes dangereuses, par contraste avec le #racisme antiarabe qui est généralement plus agressif.

    La question doit être historicisée. On dit fréquemment, et à juste titre, que c’est à partir de la Première Guerre mondiale, dans le contexte de la mobilisation des troupes coloniales, que l’image des Noirs évolua, des "sauvages" cannibales des descriptions de voyageurs ou des romans de Pierre Loti aux tirailleurs "y a bon Banania", frustes mats braves et utiles pour peu qu’ils fussent bien encadrés. Cela est vrai, mais il convient de considérer que la représentation précédente ne disparut pas : elle subsista comme "mythe secondaire", comme un réservoir référentiel mobilisable le cas échéant et susceptible de se substituer au "y a bon Banania". Le racisme antinoir puise donc dans deux répertoires racistes : celui du brave tirailleur (enfantin) et celui du sauvage (dangereux), dans des combinaisons qui varient selon les circonstances.

    Le "répertoire du tirailleur", à forte tonalité paternaliste, est le plus usité, et il arrive de l’entendre régulièrement dans la bouche d’un commentateur de matchs de football, par exemple, ou même dans celle d’un président de la République qui s’extasiait, au retour d’un voyage en Afrique, sur le caractère "joyeux" de l’Africain. À partir de la Grande Guerre, les stéréotypes racistes français faisaient des Noirs des personnes à l’intellect inférieur, comparables à des grands enfants. Un auteur colonialiste de l’entre-deux-guerres, Jean Charbonneau, écrivait ainsi : "Il est cependant un point commun à tous les Noirs : c’est leur mentalité de grands enfants. De l’enfant, ils ont tous les défauts : la crédulité, l’orgueil, la vantardise, l’esprit de moquerie, l’amour du jeu, le bavardage, l’entêtement, la gourmandise, l’inconstance, l’imprévoyance. Ils en ont aussi toutes les qualités habituelles : la gaieté, l’entrain, l’ardeur aux exercices du corps, le sentiment très net de l’équité, l’attachement naïf et confiant à celui qui s’occupe de lui, et le traite à la fois avec bonté et sans faiblesse. Cet amour de la vie entretient dans l’âme africaine un merveilleux jaillissement d’affectivité. Les sentiments du Noir ne sont peut-être pas très profonds, ni très durables, mais ils sont généralement vifs, bondissants, tumultueux : ils décèlent un cœur frémissant, avide de se donner, capable de délicatesses inattendues, et d’une jeunesse impérissable ... Jeunesse impérissable des grands enfants noirs !"... »

    (#Pap #Ndiaye, La condition noire )


  • Jeannette #Bougrab, #beurette d’élite

    http://www.youtube.com/watch?v=ROsmHo_44GA

    « Dans chaque invitation à l’émancipation s’inscrit en filigrane le renvoi à la culture dépréciée dont les filles ne parviendraient pas à se défaire. […] Cette invitation est donc déclinée lorsque les filles éprouvent les limites d’une liberté estompée par le manque de moyens matériels et institutionnels. Cultivées dans l’illusion d’un dilemme inéluctable, les filles se montrent de plus en plus rétives à ce type de schéma directeur, dans lequel le sens unique et l’impasse codifient leur circulation. Refusant d’être condamnées à l’intégration virtuelle au prix d’une négation des siens et d’elles-mêmes, elles balisent des voies alternatives. Leur multiplicité croissante témoigne d’une capacité critique qui signe, plus que bien des postures imitant l’émancipation, un affranchissement à l’œuvre. Prises entre les feux croisés de cette injonction ambivalente, les filles rompent le charme du discours émancipateur lorsqu’elles découvrent le potentiel aliénant. Elles savent qu’en s’y conformant, elles se soumettent à une domination culturelle jamais plus assurée qu’en étant adossée à une domination sociale pérenne. »
    ( #Nacira #Guénif #Souilamas , Des « #beurettes » aux descendants d’immigrants nord-africains )


  • « La société égale n’est que l’ensemble des relations égalitaires qui se tracent ici et maintenant à travers des actes singuliers et précaires. La démocratie est nue dans son rapport au pouvoir de la richesse comme au pouvoir de la filiation qui vient aujourd’hui le seconder ou le défier. Elle n’est fondée dans aucune nature des choses et garantie par aucune forme institutionnelle. Elle n’est portée par aucune nécessité historique et n’en porte aucune. Elle n’est confiée qu’à la constance de ses propres actes. La chose a de quoi susciter de la peur, donc de la haine, chez ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée. Mais chez ceux qui savent partager avec n’importe qui le pouvoir égal de l’intelligence, elle peut susciter à l’inverse du courage, donc de la joie. » (#Rancière, la Haine de la #Démocratie)

    • Qu’avons-nous fait de la Démocratie ? Arundhati ROY
      http://www.legrandsoir.info/Qu-avons-nous-fait-de-la-Democratie.html

      Aujourd’hui, des mots tels que « progrès » et « développement » sont devenus interchangeables avec « réformes » économiques, « déréglementation » et « privatisation ». Désormais, liberté signifie avoir le choix. Elle relève plus du nombre de marques différentes de déodorant en rayon que du domaine spirituel. Le marché n’est plus l’endroit où vous vous rendez pour faire des courses mais un espace dématérialisé où des multinationales sans visage font des affaires, y compris en achetant et en vendant « l’avenir ». Justice est devenu synonyme de droits de l’homme (et en ce qui concerne ces derniers, comme on dit, « ça ira comme ça, merci »).

      Ce vol de langage, cette technique qui consiste à usurper les mots et les utiliser comme des armes, pour un usage destiné à masquer l’intention qui se cache derrière et le fait qu’ils signifient désormais exactement le contraire de ce qu’ils étaient censés signifier à l’origine, a été une des victoires stratégiques les plus brillantes des tsars de la nouvelle donne. Cela leur a permis de marginaliser leurs détracteurs, de les priver du langage pour exprimer leurs critiques et de les faire passer pour des adversaires du « progrès », du « développement », de la « réforme », et bien sûr de la « nation » - autant de négativistes de la pire espèce.


  • L’islam noir

    « Les étapes historiques de l’islamisation de l’Afrique noire sont connues dans leurs grandes lignes. L’Islam, par rapport à la frange érythréenne, a attaqué l’Afrique plus obliquement, non plus de l’ouest à l’est, mais du nord-ouest au sud-est. Dans l’Afrique du Nord, par la conversion des Coptes et des Berbères, du VIIe siècle au XIe siècle ; dans la zone centrale, en bordure de la grande forêt, par la conversion des Peuls, des Mandé et des Haoussa, du XIIIe au XIXe siècle, sans réussir à pénétrer très au-delà de la lisière forestière : par les trois grandes voies d’accès à l’Afrique soudanaise – le tariq Lamtuni atlantique, la route centrale de Taddmekka et l’axe Fezzan-Kawar.

    Dans la zone littorale orientale (érythréenne), après l’islamisation de la « Côte des Zanj » (dès le IXe siècle) et de Kilwa (Xe siècle), il y a eu lente conquête, du XIIe au XVIe siècle, des contreforts ouest et est de l’Abyssinie chrétienne avec, au-delà, conversion des Galla et une islamisation plus poussée de la Côte, depuis les Somalis jusqu’à Zanzibar, avec des îlots aux Comores et a Madagascar... »

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2009/08/lislam-noir.html


  • http://s1.lemde.fr/image/2013/01/21/534x0/1819780_5_64c4_pour-y-parvenir-les-militaires-maliens-ont_8d7ffdc941b648b59cf71c632b8291f8.jpg

    « Il n’y avait plus, maintenant, que de petits oiseaux voletant et criaillant sur le gouffre toujours béant. Une sinistre écume blanche, peu à peu, remonta les parois abruptes ; puis tout se referma d’un coup. Et le linceul immense de l’océan continua de rouler ses houles tout comme elles roulaient il y a cinq mille ans ». (#Melville, « #MobyDick »)


  • De l’#Antiterrorisme de #Spectacle

    "C’est dans de telles conditions que l’on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d’autant mieux venue qu’elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l’histoire universelle. Chacun peut surgir dans le spectacle afin de s’adonner publiquement, ou parfois pour s’être livré secrètement, à une activité complètement autre que la spécialité par laquelle il s’était d’abord fait connaître. Là où la possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur de ce que l’on a été capable de faire réellement, il est normal que ce statut soit aisément transférable, et confère le droit de briller, de la même façon, n’importe où ailleurs. Le plus souvent, ces particules médiatiques accélérées poursuivent leur simple carrière dans l’admirable statutairement garanti. Mais il arrive que la transition médiatique fasse la couverture entre beaucoup d’entreprises, officiellement indépendantes, mais en fait secrètement reliées par différents réseaux ad hoc. De sorte que, parfois, la division sociale du travail, ainsi que la solidarité couramment prévisible de son emploi, reparaissent sous des formes tout à fait nouvelles : par exemple, on peut désormais publier un roman pour préparer un assassinat. Ces pittoresques exemples veulent dire aussi que l’on ne peut plus se fier à personne sur son métier." (G. #Debord, "Commentaires sur la Société du Spectacle")

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=nTdKzxXT-fE#

     !

    • Si pertinent Debord...La chienlit médiatique déborde et empuanti tout l’atmosphère en occultant, de plus, le travail ingrat et mal rémunéré de chacun, le dévalorisant chaque jour un peu plus par sa simple présence et les récompenses indues comme les honneurs incongrues qu’on lui offre. Je pense là à ces acteurs et actrices qui se sont vautrés dans des pantomimes commerciales de télé et se voient, comme par hasard, couvert des plus grandes distinctions d’un art où ils sont manifestement entrés par leur capacité à ne pas cracher sur la pub et le divertissement minable et leur entregent. Tout cela rend les vrais acteurs, le dur travail de formation, l’abnégation et la voie sans compromission presque impossible aujourd’hui.


  • Géopolitique du #Sahara

    "Espace très convoité, objet d’enjeux politiques et de « territorialisation », le Sahara traverse depuis les années 2000 une période agitée en raison, notamment, de l’installation de groupes terroristes islamistes sur son sol, du développement de trafics en tous genres, de l’immigration clandestine de Subsahariens ou encore de la compétition engagée entre pays du Nord et émergents pour s’approprier ses richesses minières et pétrolières.

    Porosité des frontières et développement de la fraude et des trafics, y compris d’otages ; captation des rentes engendrées par cette situation de désordre et de transformations géoéconomiques ; prise de contrôle de l’exploitation des richesses pétrolières et minières par des entreprises étrangères assurant des rentés accaparées par les élites nationales ; apparition de nouveaux pouvoirs liés à ces rentes (groupes terroristes, contrebandiers et trafiquants, réseaux d’immigration clandestine, etc.), posant des enjeux sécuritaires majeurs : autant de thèmes abordés dans ce numéro d’Hérodote qui fait le point sur les bouleversements géopolitiques en cours dans un Sahara morcelé en une série de territoires et de routes controlés par des acteurs multiples, qui se moquent des frontières étatiques."

    http://www.herodote.org/spip.php?rubrique57



  • Mort lente : punition par les détails

    http://cdn2.spectator.co.uk/files/2012/11/WPFP.jpg

    "(...) Bref, les Palestiniens doivent périr de mort lente pour qu’Israël puisse avoir la sécurité qui est à portée de main mais ne peut se concrétiser en raison de l’ « insécurité » proprement israélienne. Et le monde entier doit sympathiser, tandis que nul n’entend ni ne garde en mémoire les pleurs des orphelins, des vieilles malades, des villages en deuil et des prisonniers palestiniens torturés. Allons, va-t-on nous dire, ces horreurs ont surement un objectif plus large que la pure cruauté sadique : les « deux parties » sont engagées dans un « cycle de violence » qu’il faut bien briser à un moment, quelque part. De temps à autre, arrêtons et répliquons avec indignation : il n’y a qu’une seule partie dotée d’une armée et d’un pays ; l’autre est une population dépossédée, sans Etat, faite de gens sans droits ni moyens immédiats de les faire respecter. La langue de la souffrance et de la vie quotidienne concrète a été kidnappée, ou pervertie au point qu’elle en est, je crois, devenue inutilisable, sauf en tant que pure fiction à déployer comme un écran derrière lequel on continue à tuer et à imposer d’atroces tortures – lentes, minutieuses, inexorables. Telle est la vérité de ce que subissent les Palestiniens. Mais la politique israélienne finira de toute manière par échouer." (#Edward #Saïd) #Gaza #Palestine

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2012/11/mort-lente-punition-par-les-details.html


  • Aux origines de l’obsession autour de la #démographie de la vieille Europe :

    "En tant que telle, l’anxiété collective à l’égard d’un débordement démographique qui caractérise le volet quantitatif du mythe de l’islamisation ne date pas d’hier, mais plutôt des années 1950 en Europe, sans concerner à l’époque les musulmans en particulier, mais l’ensemble des peuples du tiers-monde. Au coeur de cette période de prospérité et de plein-emploi que l’on appelle les Trentes Glorieuses, les Européens regardent avec une certaine appréhension la distance qui se creuse entre eux, qui bénéficient de cette glorieuse prospérité, eux qui font de moins en moins d’enfants, et les plus pauvres qui en font de plus en plus, et qui sont géographiquement, juste de l’autre côté de l’étroite Méditerranée, en Afrique, au Moyen-Orient, un peu plus loin en Inde mais dans la continuité continentale, alors que la riche Amérique, elle est protégée par le vaste océan Atlantique. Et ce malgré le fameux baby-boom, qui durera, suivant les pays, en gros une vingtaine d’années à partir de 1946, et qui a été très loin d’endiguer le mouvement de fond de baisse de la natalité qui avait commencé dés l’entre-deux guerres et qui se poursuivra à partir des année 1970. Il semble aux Européens que l’écart entre leur monde vieillissant et opulent, se dépeuplant dangereusement, et un monde affamé se surpeuplant, risque de les conduire à la catastrophe. Comment empêcher, en effet, ces milliards d’êtres humains qui n’ont rien à perdre de franchir la fine palissade juridique qu’on appelle une frontière et qui les sépare de contrées d’où déborde une si désirable abondance ? Les aides au développement économique corrélatives des incitations à la limitation des naissances dans le tiers- monde propres à cette seconde partie du XXe siècle sont avant tout censées empêcher la réalisation de ce scénario catastrophe qui hante une Europe qui se sent démographiquement fragile, prise de vertige perchée au sommet de sa domination économique, culturelle et politique, au sommet même de sa domination coloniale. L’ambiance est au néomalthusianisme pour les pays du Sud et, à l’inverse, à l’incitation nataliste pour le Nord, par peur de la dénatalité européenne alimentée par exemple dès la sortie de la Seconde Guerre mondiale par les thèses du célèbre économiste, démographe et journaliste Alfred Sauvy. Ce dernier, conscient par ailleurs de la nécessité de recourir à l’immigration pour répondre aux besoins de main- d’oeuvre, se persuadera progressivement que le Sud, pauvre, jeune, débordant de vitalité va forcément finir par se « déverser » sur une Europe financièrement riche, mais vieillissante et déclinante. Ce « petit cap de l’Asie », pour reprendre une de ses expressions favorites, sera alors littéralement écrasé. #Sauvy n’est pourtant en rien un extrémiste, un raciste, ni même un nationaliste. Père de l’expression « tiers- monde », forgée par analogie avec le tiers- état afin de dénoncer l’exploitation dont sont victimes les pays les plus pauvres de la planète, il deviendra néanmoins, conforme en cela aux angoisses européennes les plus profondes des Trente Glorieuses, le prophète d’une Europe qui s’apprête à sombrer sous l’irrésistible déferlement des flots de populations allogènes..." (Raphael #Liogier, "Le Mythe de l’ #islamisation") #Eurabia


  • Parmi les armes lexicales produites contre les "minorités", le concept de "communautarisme" vient en bonne place...

    "Mais qu’est-ce, d’abord, que le #communautarisme ? Fait marquant déjà souligné par de nombreux auteurs : personne ne s’en réclame. Le communautariste, c’est toujours l’autre. Nous avons affaire à une catégorie polémique, visant à disqualifier un adversaire. Comme l’a relevé Fabrice Dhume, analysant un important corpus de productions journalistiques et politiques :

    La sémantique ne laisse pas de doute : l’idée de « communautarisme » repose sur une lecture réactionnelle, qui dénonce inlassablement le « risque », la « dérive », la « menace ». […] C’est l’antithèse du « Progrès » (« rétrograde », « passéiste », « repli »). C’est l’incarnation du Mal lui-même, dans sa version morale et religieuse, mais aussi médicale : « plaie », « cancer », « abcès », « gangrène ». […] Face à « l’ordre républicain », les « communautaristes » « s’opposent », « réclament », « revendiquent », « profitent », « contestent », « provoquent », « perturbent ». [3]

    Cette « perturbation » s’enracine, toujours selon le discours anticommunautariste dominant, dans un attachement trop intense ou trop exclusif à une « communauté », c’est-à-dire à une appartenance dite « primaire », en générale culturelle, nationale, régionale, ou plus souvent raciale ou religieuse – mais on parle aussi du communautarisme homosexuel.

    La manifestation concrète de ce « communautarisme » est de deux ordres : repli, voire sécession (la complaisance dans un « entre-soi » exclusif, le refus de la « mixité ») ; ou conflictualité et revendication (la demande de droits ou de passe-droits spécifiques, adaptés à un particularisme). Ces éléments de définition, nous allons le voir, ne sont pas sans poser des problèmes.

    Mais, auparavant, soulignons un autre fait remarquable : la très grande jeunesse du concept même de communautarisme. Inexistant il y a vingt ans, apparu pour la première fois dans un dictionnaire en 1997, le mot est aujourd’hui sur toutes les lèvres. C’est en 2005, à l’issue d’une année dominée par la polémique sur le « voile à l’école », puis par celle sur l’« œuvre positive » de la tutelle coloniale, que le terme s’impose dans le débat public.

    Comme le souligne Fabrice Dhume, « son occurrence comme mot clé sur le moteur de recherche Internet Google est passée de 91 100 au 3 mai 2005 à 634 000 au 30 mars 2006, et 1 030 000 au 3 mai 2007 » [4].

    Tout laisse donc penser que, loin de refléter des évolutions notables au sein de la société française (qu’elles soient d’ordre politique, social ou territorial), l’irruption du mot « communautarisme » traduit la manière dont les débats publics se sont structurés en France dans les années 2000 sur les questions de l’immigration, du passé colonial ou de l’islam. Pourtant, avant de dégager les fondements idéologiques de son usage, revenons sur les populations auxquelles le terme semble le plus appliqué : les habitants des « banlieues »..."

    http://lmsi.net/Qui-a-peur-du-communautarisme

    #Sylvie #Tissot


  • « En gros, on peut distinguer trois types de stigmates. En premier lieu, il y a les monstruosités du corps — les diverses difformités. Ensuite, on trouve les tares du caractère qui, aux yeux d’autrui, prennent l’aspect d’un manque de volonté, de passions irrépressibles ou antinaturelles, de croyances égarées et rigides, de malhonnêteté, et dont on infère l’existence chez un individu parce que l’on sait qu’il est ou a été, par exemple, mentalement dérangé, emprisonné, drogué, alcoolique, homosexuel, chômeur, suicidaire ou d’extrême-gauche. Enfin, il y a ces stigmates tribaux que sont la race, la nationalité et la religion, qui peuvent se transmettre de génération en génération et contaminer également tous les membres d’une famille. Mais, dans tous les cas de stigmate, y compris ceux auxquels pensaient les Grecs, on retrouve les mêmes traits sociologiques : un individu qui aurait pu aisément se faire admettre dans le cercle des rapports sociaux ordinaires possède une caractéristique telle qu’elle peut s’imposer à l’attention de ceux d’entre nous qui le rencontrent, et nous détourner de lui, détruisant ainsi les droits qu’il a vis-à-vis de nous du fait de ses autres attributs. Il possède un stigmate, une différence fâcheuse d’avec ce à quoi nous nous attendions. » (#Goffman, #Stigmate)

    #Racisme #Antiblanc


  • Poujade et les intellectuels

    "Qui sont les intellectuels, pour Poujade ? Essentiellement les "professeurs" ("sorbonnards, vaillants pédagogues, intellectuels de chef-lieu-de-canton") et les techniciens (" technocrates, polytechniciens, polyvalents ou polyvoleurs"). Il se peut qu’à l’origine la sévérité de Poujade à l’égard des intellectuels soit fondée sur une simple rancoeur fiscale : le "professeur" est un profiteur d’abord parce que c’est un salarié ("Mon pauvre Pierrot, tu ne connaissais pas ton bonheur quand tu étais salarié ») et puis parce qu’il ne déclare pas ses leçons particulières. Quant au technicien, c’est un sadique : sous la forme haïe du contrôleur, il torture le contribuable. Mais comme le poujadisme a cherché tout de suite à construire ses grands archétypes, l’intellectuel a bien vite été transporté de la catégorie fiscale dans celle des mythes.

    Comme tout être mythique, l’intellectuel participe d’un thème général, d’une substance, l’air, c’est-à-dire (bien que ce soit là une identité peu scientifique, le vide. Supérieur, l’intellectuel plane, il ne "colle" pas à la réalité (la réalité, c’est évidemment la terre, mythe ambigu qui signifie à la fois la race, la ruralité, la province, le bon sens, l’obscur innombrable, etc.). Un restaurateur, qui reçoit régulièrement des intellectuels, les appelle des "hélicoptères", image dépréciative qui retire au survol la puissance virile de l’avion : l’intellectuel se détache du réel, mais reste en l’air, sur place, à tourner en rond : son ascension est pusillanime, également éloignée du grand ciel religieux et de la terre solide du sens commun. Ce qui lui manque, ce sont des "racines" au coeur de la nation. Les intellectuels ne sont ni des idéalistes, ni des réalistes, ce sont des êtres embrumés, "abrutis". Leur altitude exacte est celle de la nuée, vieille rengaine aristophanesque (l’intellectuel, alors, c’était Socrate). Suspendus dans le vide supérieur, les intellectuels en sont tout emplis, ils sont "le tambour qui résonne avec du vent" : on voit ici apparaître le fondement inévitable de tout anti-intellectualisme : la suspicion du langage, la réduction de toute parole adverse à un bruit, conformément au procédé constant des polémiques petites-bourgeoises, qui consiste à démasquer chez autrui une infirmité complémentaire à celle que l’on ne voit pas en soi, à charger l’adversaire des effets de ses propres fautes, à appeler obscurité son propre aveuglement et dérèglement verbal sa propre surdité.

    L’altitude des esprits "supérieurs" est ici une fois de plus assimilée à l’abstraction, sans doute par l’intermédiaire d’un état commun à la hauteur et au concept et qui est la raréfaction. Il s’agit d’une abstraction mécanique, les intellectuels n’étant que des machines à penser (ce qui leur manque, ce n’est pas le "cœur", comme diraient les philosophies sentimentalistes, c’est la "roublardise", sorte de tactique alimentée par l’intuition). Ce thème de la pensée machinale est naturellement pourvu d’attributs pittoresques qui en renforcent le maléfice : d’abord le ricanement (les intellectuels sont sceptiques devant Poujade), ensuite la malignité, car la machine, dans son abstraction, est sadique : les fonctionnaires de la rue de Rivoli sont des "vicieux" qui prennent plaisir à faire souffrir le contribuable : suppôts du Système, ils en ont la froide complication, cette sorte d’invention stérile, de prolifération négative, qui déjà, à propos des jésuites, faisait pousser les hauts cris à Michelet. Les polytechniciens ont d’ailleurs, chez Poujade, à peu près le même rôle que les jésuites pour les libéraux d’autrefois : source de tous les maux fiscaux (par l’intermédiaire de la rue de Rivoli, désignation euphémique de l’Enfer), édificateurs du Système auquel ensuite ils obéissent comme des cadavres, perinde ac cadaver, selon le mot jésuite.

    C’est que la science, chez Poujade, est curieusement capable d’excès. Tout fait humain, même mental, n’existant qu’à titre de quantité, il suffit de comparer son volume à la capacité du poujadiste moyen pour le décréter excessif : il est probable que les excès de la science sont précisément ses vertus, et qu’elle commence très exactement là où Poujade la trouve inutile. Mais cette quantification est précieuse à la rhétorique poujadiste, puisqu’elle engendre des monstres, ces polytechniciens, tenants d’une science pure, abstraite, qui ne s’applique au réel que sous une forme punitive.

    Ce n’est pas que le jugement de Poujade sur les polytechniciens (et les intellectuels) soit désespérant : il sera possible, sans doute, de "redresser" "l’intellectuel de France". Ce dont il souffre, c’est une hypertrophie (on pourra donc l’opérer), c’est d’avoir apposé à la quantité normale d’intelligence du petit commerçant, un appendice d’une lourdeur excessive : cet appendice est curieusement constitué par la science même, à la fois objectivée et conceptualisée, sorte de matière pondéreuse qui s’accole à l’homme ou s’enlève de lui exactement comme la pomme mobile ou la parcelle de beurre que l’épicier ajoute ou retire pour obtenir une pesée juste. Que le polytechnicien soit abruti par les mathématiques, cela veut dire que, passé un certain taux de science, on aborde au monde qualitatif des poisons. Sortie des limites saines de la quantification, la science est discréditée dans la mesure où l’on ne peut plusla définir comme un travail. Les intellectuels, polytechniciens, professeurs, sorbonnards et fonctionnaires, ne font rien : ce sont des esthètes, ils fréquentent, non le bon bistrot de province, mais les bars chic de la rive gauche. Ici apparaît un thème cher à tous les régimes forts : l’assimilation de l’intellectualité à l’oisiveté ; l’intellectuel est par définition un paresseux, il faudrait le mettre une bonne fois au boulot, convertir une activité qui ne se laisse mesurer que dans son excès nocif en un travail concret, c’est-à-dire qui soit accessible à la mensuration poujadiste. On sait qu’à la limite il ne peut y avoir de travail plus quantifié - et donc plus bénéfique - que de creuser des trous ou d’entasser des pierres : cela, c’est le travail à l’état pur, et c’est d’ailleurs celui que tous les régimes post-poujadistes finissent logiquement par réserver à l’intellectuel oisif.

    Cette quantification du travail entraîne naturellement une promotion de la force physique, celle des muscles, de la poitrine, des bras ; inversement la tête est un lieu suspect dans la mesure même où ses produits sont qualitatifs, non quantitatifs. On retrouve ici l’ordinaire discrédit jeté sur le cerveau (le poisson pourrit par la tête, dit-on souvent chez Poujade), dont la disgrâce fatale est évidemment l’excentricité même de sa position, tout en haut du corps, près de la nue, loin des racines. On exploite à fond l’ambiguïté même de la supériorité ; toute une cosmogonie se construit, qui joue sans cesse sur de vagues similitudes entre le physique, le moral et le social : que le corps lutte contre la tête, c’est toute la lutte des petits, de l’obscur vital contre l’en-haut.

    Poujade lui-même a très vite développé la légende de sa force physique : pourvu d’un diplôme de moniteur, ancien de la R.A.F., rugbyman, ces antécédents répondent de sa valeur : le chef livre à ses troupes, en échange de leur adhésion, une force essentiellement mesurable, puisque c’est celle du corps. Aussi le premier prestige de Poujade (entendez le fondement de la confiance marchande que l’on peut avoir en lui), c’est sa résistance ("Poujade, c’est le diable en personne, il est increvable"). Ses premières campagnes ont été avant tout des performances physiques qui touchaient à la surhumanité ("C’est le diable en personne"). Cette force d’acier produit l’ubiquité (Poujade est partout à la fois), elle plie la matière même (Poujade crève toutes les voitures dont il se sert). Pourtant il y a en Poujade une autre valeur que la résistance, une sorte de charme physique, prodigué en sus de la force-marchandise, comme l’un de ces objets superfétatoires par lequel, dans des droits très anciens, l’acquéreur enchaînait le vendeur d’un bien immobilier ; ce "pourboire", qui fonde le chef et apparaît comme le génie de Poujade, la part réservée de la qualité dans cette économie de la pure computation, c’est sa voix. Sans doute est-elle issue d’un lieu privilégié du corps, lieu à la fois médian et musclé, le thorax, qui est dans toute cette mythologie corporelle l’antitête par excellence ; mais la voix, véhicule du verbe redresseur, échappe à la dure loi des quantités : au devenir de l’usure, sort des objets communs, elle substitue sa fragilité, risque glorieux des objets de luxe ; pour elle, ce n’est pas le mépris héroïque de la fatigue, l’implacable endurance, qui convient : c’est la délicate caresse du vaporisateur, l’aide moelleuse du micro : la voix de Poujade reçoit en transfert l’impondérable et prestigieuse valeur dévolue, dans d’autres mythologies, au cerveau de l’intellectuel.

    Il va de soi que le lieutenant de Poujade doit participer de la même prestance, plus grossière, moins diabolique toutefois, c’est le "costaud" : "le viril Launay, ancien joueur de rugby... avec ses avant-bras velus et puissants... n’a pas l’air d’un enfant de Marie", Cantalou, "grand, costaud, taillé dans la masse, a le regard droit, la poignée de main virile et franche". Car, selon une crase bien connue, la plénitude physique fonde une clarté morale : seul l’être fort peut être franc. On se doute que l’essence commune à tous ces prestiges, c’est la virilité, dont le substitut moral est le "caractère", rival de l’intelligence, qui, elle, n’est pas admise au ciel poujadiste : on l’y remplace par une vertu intellectuelle particulière, la roublardise ; le héros, chez Poujade, c’est un être doué à la fois d’agressivité et de malice ("C’est un gars futé"). Cette astuce, pour intellective qu’elle soit, ne réintroduit pas la raison abhorrée dans le panthéon poujadiste : les dieux petits-bourgeois la donnent ou la retirent à leur gré, selon un ordre pur de la chance : c’est d’ailleurs, tout compte fait, un don à peu près physique, comparable au flair animal ; elle n’est qu’une fleur rare de la force, un pouvoir tout nerveux de capter le vent ("Moi, je marche au radar").

    Inversement, c’est à travers sa disgrâce corporelle que l’intellectuel est condamné : Mendès est fichu comme l’as de pique, il a l’air d’une bouteille de Vichy (double mépris adressé à l’eau et à la dyspepsie). Réfugié dans l’hypertrophie d’une tête fragile et inutile, tout l’être intellectuel est atteint par la plus lourde des tares physiques, la fatigue (substitut corporel de la décadence : bien qu’oisif, il est congénitalement fatigué, tout comme le poujadiste, quoique laborieux, est toujours dispos. On touche ici à l’idée profonde de toute moralité du corps humain : l’idée de race. Les intellectuels sont une race, les poujadistes en sont une autre.

    Pourtant Poujade a une conception de la race, à première vue, paradoxale. Constatant que le Français moyen est le produit de mélanges multiples (air connu : la France, creuset des races), c’est cette variété d’origines que Poujade oppose superbement à la secte étroite de ceux qui ne se sont jamais croisés qu’entre eux (entendez, bien sûr, les Juifs). Il s’écrie en désignant Mendès-France : "C’est toi le raciste !" puis il commente : "De nous deux, c’est lui qui peut être raciste, car il a, lui, une race." Poujade pratique à fond ce que l’on pourrait appeler le racisme du mélange, sans risque d’ailleurs, puisque le "mélange" tant vanté n’a jamais brassé, selon Poujade lui-même, que des Dupont, des Durand et des Poujade, c’est-à-dire le même et le même. Evidemment, l’idée d’une "race" synthétique est précieuse, car elle permet de jouer tantôt sur le syncrétisme, tantôt sur la race. Dans le premier cas, Poujade dispose de la vieille idée, autrefois révolutionnaire, de nation, qui a alimenté tous les libéralismes français (Michelet contre Augustin Thierry, Gide contre Barrès, etc.) : "Mes aïeux, les Celtes, les Arvernes, tous se sont mélangés. Je suis le fruit du creuset des invasions et des exodes ». Dans le second cas, il retrouve sans peine l’objet raciste fondamental, le Sang (ici, c’est surtout le sang celte, celui de Le Pen, Breton solide séparé par un abîme racial des esthètes de la Nouvelle Gauche, ou le sang gaulois, dont est privé Mendès). Comme pour l’intelligence, on a affaire ici à une distribution arbitraire des valeurs : l’addition de certains sangs (celui des Dupont, des Durand et des Poujade) ne produit que du sang pur, et l’on peut rester dans l’ordre rassurant d’une sommation de quantités homogènes ; mais d’autres sangs (celui, notamment, des technocrates apatrides) sont des phénomènes purement qualificatifs, par là même discrédités dans l’univers poujadiste ; ils ne peuvent se mélanger, accéder au salut de la grosse quantité française, à ce "vulgaire", dont le triomphe numérique est opposé à la fatigue des intellectuels "distingués".

    Cette opposition raciale entre les forts et les fatigués, les Gaulois et les apatrides, le vulgaire et le distingué, c’est d’ailleurs tout simplement l’opposition de la province et de Paris. Paris résume tout le vice français : le Système, le sadisme, l’intellectualité, la fatigue : "Paris est un monstre, car la vie est désaxée c’est la vie trépidante, étourdissante, abrutissante, du matin au soir, etc.". Paris participe de ce même poison, substance essentiellement qualitative (ce que Poujade appelle ailleurs, ne croyant pas si bien dire : la dialectique), dont on a vu qu’elle s’opposait au monde quantitatif du bon sens. Affronter la "qualité" a été pour Poujade l’épreuve décisive, son Rubicon : monter sur Paris, y récupérer les députés modérés de province corrompus par la capitale, véritables renégats de leur race, attendus au village avec des fourches, ce saut a défini une grande migration raciale, plus encore qu’une extension politique.

    Face à une suspicion aussi constante, Poujade pouvait-il sauver quelque forme de l’intellectuel, donner de lui une image idéale, en un mot postuler un intellectuel poujadiste ? Poujade nous dit seulement que seuls entreront dans son Olympe "les intellectuels dignes de ce nom". Nous voici donc revenus, une fois de plus, à l’une de ces fameuses définitions par identité (A = A), que j’ai appelées ici même et à plusieurs reprises des tautologies, c’est-à-dire au néant. Tout anti-intellectualisme finit ainsi dans la mort du langage, c’est-à-dire dans la destruction de la sociabilité.

    La plupart de ces thèmes poujadistes, si paradoxal que cela puisse paraître, sont des thèmes romantiques dégradés. Lorsque Poujade veut définir le Peuple, c’est la préface de Ruy Blas qu’il cite longuement : et l’intellectuel vu par Poujade, c’est, à peu de chose près, le légiste et le jésuite de Michelet, l’homme sec, vain, stérile et ricaneur. C’est que la petite-bourgeoisie recueille aujourd’hui l’héritage idéologique de la bourgeoisie libérale d’hier, celle précisément qui a aidé à sa promotion sociale : le sentimentalisme de Michelet contenait bien des germes réactionnaires. Barrès le savait. N’était toute la distance du talent, Poujade pourrait encore signer certaines pages du Peuple, de Michelet (1846).

    C’est pourquoi, sur ce problème précis des intellectuels, le poujadisme déborde de beaucoup Poujade ; l’idéologie anti-intellectualiste saisit des milieux politiques variés, et il n’est pas nécessaire d’être poujadiste pour avoir la haine de l’idée. Car ce qui est ici visé, c’est toute forme de culture explicative, engagée, et ce qui est sauvé, c’est la culture "innocente", celle dont la naïveté laisse les mains libres au tyran. C’est pourquoi les écrivains, au sens propre, ne sont pas exclus de la famille poujadiste (certains, fort connus, ont envoyé à Poujade leurs œuvres munies de dédicaces flatteuses). Ce qui est condamné, c’est l’intellectuel, c’est-à-dire une conscience, ou mieux encore : un Regard (Poujade rappelle quelque part combien, jeune lycéen, il souffrait d’être regardé par ses condisciples). Que personne ne nous regarde, tel est le principe de l’anti intellectualisme poujadiste. Seulement, du point de vue de l’ethnologue, les conduites d’intégration et d’exclusion sont évidemment complémentaires, et, en un sens, qui n’est pas celui qu’il croit, Poujade a besoin des intellectuels, car s’il les condamne, c’est au titre de mal magique : dans la société poujadiste, l’intellectuel a la part maudite et nécessaire d’un sorcier dégradé."

    Roland #Barthes, Mythologies, 1957


  • "...« On a appelé par dérision cette interprétation hégélienne de l’histoire la marche de Dieu sur la terre, lequel Dieu n’a du reste été créé lui-même que par l’histoire. Ce dieu des historiens n’est arrivé à une claire compréhension de lui-même que dans les limites que lui tracent les cerveaux hégéliens ; il s’est déjà élevé par tous les degrés de son être possible, au point de vue dialectique, jusqu’à cette auto-révélation : en sorte que, pour Hegel, le point culminant et le point final du processus universel coïncideraient avec sa propre existence berlinoise. Hegel aurait même dû affirmer que toutes les choses qui viendraient après lui ne devraient être considérées exactement que comme une résonance musicale du rondeau universel, plus exactement encore comme quelque chose de superflu. Il n’a pas affirmé cela. Par contre, il a implanté dans les générations pénétrées de sa doctrine cette admiration pour la « puissance de l’histoire » qui, pratiquement, se transforme, à tout instant, en— une admiration toute nue du succès et qui conduit à l’idolâtrie des faits. Pour ce culte idolâtre, on a adopté maintenant cette expression très mythologique et de plus très allemande : « Tenir compte des faits. » Or, celui qui a appris à courber l’échine et à incliner la tête devant la « puissance de l’histoire », celui-là aura un geste approbateur et mécanique, un geste à la chinoise, devant toute espèce de puissance, que ce soit un gouvernement, ou l’opinion publique, ou encore le plus grand nombre. Il agitera ses membres d’après la mesure qu’adoptera à une « puissance » pour tirer ses ficelles. Si chaque succès porte en lui une nécessité raisonnable, si » tout évènement est la victoire de la logique ou de l’idée » — eh bien ! qu’on se mette vite à genoux et que l’on parcoure ainsi tous les degrés du « succès » ! Comment, il n’y aurait plus de mythologies souveraines ? Comment, les religions seraient en train de s’éteindre ? Voyez donc la religion de la puissance historique, prenez garde aux prêtres de la mythologie des idées et à leurs genoux meurtris ! Toutes les vertus ne forment-elles pas, elles aussi, un cortège à cette nouvelle foi ? Ou bien n’est-ce pas du désintéressement quand l’homme historique se laisse transformer en miroir historique ? N’est-ce pas de la générosité que de renoncer à toute puissance au ciel et sur la terre, en adorant dans toute puissance la puissance en soi ? N’est-ce pas de la justice que de tenir toujours dans la main la balance des forces, en observant de quel côté elle penche ? Et quelle école de bienséance est une pareille manière d’envisager l’histoire ! Envisager tout au point de vue objectif, ne se fâcher de rien, ne rien aimer, tout comprendre, comme cela rend doux et souple ! Et lors même que quelqu’un qui aurait été élevé à cette école s’irriterait une fois publiquement, ou se mettrait en colère, on ne ferait que s’en réjouir, car l’on sait qu’il ne s’agit que du point de vue artistique et que si c’est avec ira et studium, c’est pourtant complètement sine ira et studio...." (#Nietzsche, Seconde considération inactuelle)


  • Les mauvaises fréquentations de Caroline F.

    http://www.prochoix.org/cgi/blog/images/blo-RL.jpg

    " En mars 2012, deux membres actifs du site internet très lié à l’extrême-droite Riposte Laïque ont été condamnés en première instance par le Tribunal de Paris pour « provocation à la haine contre les musulmans ». Mais ces deux sinistres personnages ont un autre point commun.

    Le premier d’entre eux, Pascal Hilout, a été un contributeur pour la revue de Caroline Fourest Prochoix. Il y a écrit un article pour le numéro 26-27, ironiquement le numéro intitulé « Islamophobes ?... ou simplement laïcs ! »... Pour Pascal Hilout, il semble que la Justice ait donné la réponse à cette question.

    L’autre personne condamnée ce jour-là pour « provocation à la haine contre les musulmans » est un certain Pierre Cassen... qui a lui aussi collaboré avec Caroline Fourest. Caroline Fourest et Pierre Cassen ont même coécrit un texte ensemble, intitulé « Contre un nouvel obscurantisme », publié dans Libération le 28/04/2006.

    Parmi les autres membres actifs de Riposte Laïque (organisateur notamment du fameux « apéro saucisson-pinard » avec le Bloc Identitaire), on trouve aussi Anne Zelensky... Attendez, ne me dîtes pas que... eh si !... elle aussi est une ancienne contributrice pour la revue de Caroline Fourest Prochoix ; elle y a coécrit un article dans le numéro 25. Décidément, les grands esprits se rencontrent...."


  • « L’autre 11 septembre » et « l’École française »

    http://3.bp.blogspot.com/-F7EantgBsE8/UE-IVfLKw8I/AAAAAAAADFk/OXBxzS1nhVw/s320/ecole+fran%C3%A7aise.jpg

    "C’est un bien curieux savoir-faire que la France a exporté dans les années 1960 et 1970 en Amérique du Sud : techniques d’interrogation des prisonniers, torture, quadrillage de la population. Ce que les officiers français avaient appris sur le terrain, pendant la guerre d’Algérie, ils l’ont transmis aux militaires argentins, brésiliens et chiliens chargés de la lutte contre la "subversion". Le rôle des instructeurs nord-américains, en particulier ceux de l’Ecole des Amériques, installée dans la zone du canal de Panama, a souvent été raconté. Celui, peut-être aussi important, de leurs homologues français était resté dans l’ombre...."

    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2012/09/lautre-11-septembre-et-lecole-francaise.html


  •  Un tribunal israélien blanchit les meurtriers de Rachel Corrie
    http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12590

    Un tribunal israélien a rejeté mardi les accusations de négligence à propos de la mort, le 16 mars 2003, de la jeune militante américaine Rachel Corrie, écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

    La famille de Rachel Corrie avait déposé une plainte dans la ville israélienne de Haïfa en 2005, accusant Israël d’avoir tué intentionnellement et en toute illégalité leur fille, alors âgée de 23 ans, et de ne pas mené une enquête complète et crédible.

    Dans un long arrêt lu à l’audience, le juge a déclaré que l’État n’était pas responsable des « dommages causés » , vu qu’ils avaient eu lieu au cours de ce qu’il a appelé les actions ponctuelles de guerre. Il a qualifié la mort de Rachel Corrie « d’accident regrettable ».

    « Je rejette la plainte », a dit le juge. « Il n’existe aucune justification pour demander à l’État de verser des dommages et intérêts. »

    Il a ajouté que les soldats avaient fait tout leur possible pour éloigner les gens du site. « Elle (Corrie) ne s’est pas éloignée de la zone, comme toute personne sensée l’aurait fait. »

    La mort de Rachel Corrie a fait de cette jeune victime un symbole de la résistance, et alors que sa famille se battait avec les tribunaux pour établir qui était responsable de sa mort, son histoire a été présentée sur scène dans une douzaine de pays et racontée dans le livre Let Me Stand Alone - The Journals of Rachel Corrie.

    « Je suis profondément blessée », a déclaré Cindy, la mère de Rachel, aux journalistes après la lecture du verdict.

    Peu d’Israéliens ont montré de la sympathie pour la mort de Corrie, qui s’est produite alors que la répression contre l’Intifada palestinienne avait déjà fait des milliers de victimes.

    De hauts responsables américains avaient critiqué l’enquête militaire initiale, disant qu’elle n’avait été ni approfondie ni crédible. Mais le juge a déclaré que l’enquête avait été appropriée et qu’il n’y avait pas à critiquer l’armée.

    • Coïncidence: No charges in Afghanistan Quran burning
      http://www.aljazeera.com/news/asia/2012/08/2012828838548666.html

      Six US army soldiers and three marines have escaped criminal charges for burning copies of the Quran and urinating on the corpses of Taliban fighters in Afghanistan, but have received administrative punishments, according to US military officials.

      A military investigation concluded on Monday that miscommunications, poor guidance and soldiers’ decisions to take “the easy way instead of the right way” resulted in the burning of Quran copies and other religious books at a US base in Afghanistan early this year.

      US military leaders widely condemned both the Quran burning and the urination, which was captured on video.

    • Rachel Corrie’s Parents Denounce Israeli Military Exoneration for 2003 Killing in Gaza
      http://www.democracynow.org/2012/8/28/rachel_corries_parents_denounce_israeli_military

      CINDY CORRIE: We’ve had about six hours, you know, to sit with this latest development. We’ve been very busy talking to a lot of people since then, and a short amount of that time with our attorneys. It was shocking, of course, to sit in court and to hear—hear the verdict this morning. And it was deeply disturbing on a lot of levels, not only because of our quite lengthy journey to get to this point, but also because the judge chose to say that the Israeli military was engaged in a war operation, an act of war—and, by doing so, I think, made this day a very bad day for human rights, all of our human rights, for humanity and for the rule of law, basically disregarding the rights of civilians, the right of nonviolent activists under international law and Israeli law. We charged that Rachel’s right to life and to dignity were violated by what occurred that day. And the judge basically went to a place to say that what the Israeli military did, what militaries do in anything that they determine to be acts of war is legitimate. And so, that’s kind of where we’re left.


  • La justice norvégienne aura montré son efficacité jusqu’au bout. A peine le procès était-il terminé que tous les journalistes recevaient par courriel la totalité du jugement (un peu plus de cent pages) en norvégien. J’ai, comme promis, traduit les trois dernières pages qui me semblent être très représentatives de l’esprit, de l’atmosphère du procès et qui montrent comment la justice norvégienne essaye de trouver les règles de lois pour "éviter" que Breivik ne sorte trop tôt... Ce qui est évident pour nous, pour les victimes (qu’il ne sorte jamais) doit trouver un vrai fondement juridique pour être légitime. D’où les arguments qui peuvent nous paraître curieux, mais voilà, c’est l’application de la démocratie à la norvégienne...

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    Le tribunal a décidé, sur les bases des attendus contenus dans le jugement, que l’accusé est sain d’esprit et doit être condamné à une peine de prison. En cas de violation de l’article 147 du code pénal, la règle impose l’emprisonnement. La peine peut atteindre 21 ans de prison. L’accusé doit être théoriquement libéré lorsqu’il a effectué la totalité de sa peine [à moins qu’il ne bénéficie d’une remise]

    Si l’accusé est jugé très dangereux et que la prison n’est pas jugée suffisante pour protéger la société, en plus de ’l’emprisonnement’, il est possible d’imposer une ’période de sûreté’ (article 39c du code pénal). L’article présente plusieurs option, dont une est pertinente dans notre cas : il faut que le crime commis soit très grave, que le danger de récidive soit réel, c’est-à-dire que l’accusé soit prêt à commettre de nouveau un crime aussi grave. La cour n’a absolument aucun doute que ces deux conditions sont remplies.

    Il est clair que l’accusé est prêt à commette d’autres meurtres et crimes violents. La Cour souligne que l’accusé a déclaré que l’explosion de la bombe dans le quartier du gouvernement et le massacre sur Utøya étaient des actions légitimes, et que la violence extrême était un moyen "nécessaire" pour atteindre ses objectifs politiques. L’accusé a aussi expliqué qu’il avait des plans alternatifs, tels que faire sauter le Palais royal et de poser une bombe lors de la réunion annuelle de l’association des journalistes norvégiens pour les tuer tous.

    Tous les meurtres qu’il a commis à Oslo et sur Utøya, et les plans alternatifs qu’il avait préparé, montrent l’extrême violence de l’accusé, sa capacité et la volonté de l’exercer. L’accusé a aussi déclaré qu’il y aurait dans le futur d’autres attaques terroristes (information que l’on trouve aussi dans son manifeste). L’idée même de l’extrême violence et du meurtre ont l’air d’agir comme un stimulant sur l’accusé. Par exemple, il a dit devant le tribunal comment il avait projeté de tuer le Gro Harlem Brundtland (par décapitation filmée, avec vidéo postée sur Internet avec un commentaire lu par lui). L’accusé était très excité lorsqu’il a raconté cette histoire, on avait l’impression qu’il y prenait du plaisir.

    Le tribunal a également souligné que l’accusé a montré la capacité de planifier des actes terroristes sans être pour autant repéré par la police. Le tribunal note également que la deuxième équipe d’experts psychiatres, dans leur rapport, ont écrit qu’il existe « un risque élevé de violence grave à l’avenir ». Ils se réfèrent à une déclaration de l’accusé qui prétendait « que la violence et la terreur étaient nécessaires pour arriver à ses fins politiques et idéologiques ». Aussi, la première équipe d’experts psychiatres ont écrit dans leurs conclusions que « le risque de violence future était très élevé ».

    L’évaluation du danger que représente l’accusé pour la société est soumise au risque plus ou moins grand de récidive. Dans le cas présent, il ne fait aucun doute que l’accusé sera condamné à la peine maximale, soit 21 ans.

    L’accusé, après plusieurs années de planification, a mené une attaque à la bombe dirigé" contre le gouvernement, c’est-à-dire contre les institutions démocratiques du pays. Il a tué 77 personnes, pour la plupart des jeunes qui ont été impitoyablement abattus, la plupart d’une ou plusieurs balles dans la tête ou dans les parties vitales. De nombreuses personnes ont été touchées, ont été physiquement gravement blessées ou ont subi des traumatismes psychologiques profonds. Les survivants et leurs familles doivent maintenant se battre avec leur douleur, et vivre avec un chagrin qui ne finira jamais.

    Les dégâts matériels sont énormes. les atrocités commises par l’accusé sont sans précédent dans l’histoire norvégienne. Nous supposons que ce long emprisonnement [de 21 ans] ne sera pas suffisante pour protéger la société contre le danger que représente l’accusé.

    La peine de 21 ans de prison sans libération conditionnelle que l’accusé va purger lui permettrait en théorie d’être libéré quand il aura 53 ans. Bien que 21 ans soit une très longue peine, le tribunal estime qu’il est très probable que le moment venu de sa libération, la démocratie qu’il souhaite abolir existe toujours. La Norvège continuera d’avoir des gens provenant d’origines ethniques, de cultures et de religions différentes.

    L’accusé a déclaré à la cour qu’il continuerait son combat politique en prison. A la fin de sa peine, il est très probable que l’accusé aura gardé intacte son extrême violence et sa volonté de tuer. la deuxième équipe d’experts psychiatres pensent que l’accusé souffre de troubles de la personnalité, une pathologie de la personnalité pour laquelle il n’y a pas vraiment de traitement.

    Parmi les facteurs aggravant, il se trouve que l’accusé restera en contact étroit avec des groupes qui le soutiennent et se reconnaissent dans son idéologie de la violence. Cela signifie que l’accusé, même après avoir purgé 21 ans de prison, restera sans doute un homme très dangereux pour la société. La cour estime en conséquence que la ’période de sûreté’’ doit être imposée.

    La ’période de sûreté’ peut être prononcée pour une période qui ne doit pas dépasser 15 ans, et selon la loi, elle ne peut excéder 21 ans (article 39 du code pénal).

    En plus du délai maximum, la Cour a aussi fixé un délai minimum. La durée minimale pendant laquelle l’accusé ne peut bénéficier d’une libération conditionnelle est régi par l’article 39f du code pénal. La durée minimale ne peut excéder dix ans (article 39e du code pénal).

    L’accusation n’a pas complètement abandonné l’idée de réclamer les réparations financières, que le tribunal peut imposer lors de la condamnation, mais il fait remarquer que l’accusé n’aura ni aujourd’hui ni dans l’avenir la capacité de payer les compensations financières pour les victimes et pour tout ce qu’il a détruit [qui représentent des dizaines de milliards de couronnes]. L’emprisonnement de l’accusé limitera fortement sa capacité à avoir des revenus. Même s’il devait gagner de l’argent pendant son incarcération, ce serait beaucoup moins que ce qui est estimé pour les réparations. Cet aspect est donc abandonné (voir l’article 437 alinéa 3 du code de procédure pénale)

    [ce qui veut dire en clair que l’Etat assumera tous les coûts de reconstruction de d’indemnisation des victimes]

    –—

    Jugement

    Anders Behring Breivik, né le 13 février 1979, est condamné pour violation des articles 147, 148, 233 et 62 à une peine de prison de 21 ans avec une période de sûreté de 10 ans.


  • Deux siècles de rhétorique réactionnaire (Albert O. Hirschaman)

    "La pensée réactionnaire a pour caractéristique de ne jamais pouvoir s’opposer de front, et depuis une autre place, aux positions qu’elle récuse, puisqu’elle en dépend substantiellement. Ce que Hirschmann nomme « rhétorique réactionnaire », c’est alors l’ensemble des moyens destinés à tourner cette difficulté : moyens finalement peu nombreux, et répétés avec une régularité troublante de De Maistre à Hayek. L’auteur en dénombre trois - comptine que le français traduit lourdement par : effet pervers, inanité, mise en péril.

    1. La thèse de la perversity consiste à soutenir que la réforme (dont les intentions sont louables) va conduire à des conséquences directement contraires à celles qui sont prévues.

    2. La thèse de la futility affirme que la réforme (dont les principes sont abstraitement défendables) n’aura strictement aucun effet sur une situation que la soumission aux lois intangibles de la nature met hors de portée des efforts humains.

    3. La thèse de la jeopardy affirme que la réforme (certes animée d’un légitime souci) va mettre en danger les acquis des précédentes réformes. L’argument est à ce titre, cumulatif : ainsi, l’extension du suffrage aux masses met en péril les droits de l’homme ; mais les droits sociaux, eux, mettent en péril et la démocratie, et les droits de l’homme, et la tête, alouette.

    Ça va vous revenir dans la poire ; et d’ailleurs, ça ne changera rien ; et d’ailleurs, vous bradez ce que nous avons si chèrement arraché jusque là. "

    http://www.vacarme.org/article274.html


  • « Ceux qui veulent nous faire croire que la domination masculine appartiendrait au passé, ou à d’autres cultures (l’Afrique, l’islam…), ne font qu’alimenter un déni qui aggrave la domination – tout en faisant le jeu des xénophobes et des racistes. Il faut donc poser la domination comme un point de départ incontournable. On ne saurait pourtant s’arrêter là : il convient de la penser. Certes, la domination n’est pas effacée par le progrès ; toutefois, elle est traversée par l’histoire : elle ne disparaît pas, mais elle change.... » (#Eric #Fassin)

    http://www.egalite-infos.fr/2012/08/13/%C2%AB-il-ne-faudrait-pas-que-dans-le-feminisme-aussi-les-hommes-prenn


  • http://4.bp.blogspot.com/-uj-gFKx1-Hg/UCkMNb-aq5I/AAAAAAAADCo/SS0zGrutpp4/s1600/chester+himes.jpg

    « Les Nègres ! [....] je n’aurai jamais du employer un tel terme. Comment essayer de définir en quelques phrases les désirs, les opinions et les qualités de quinze millions d’individus tous différents les uns des autres par leur aspect physique, leur mentalité, leur caractère, leur âme ! » L’expression « les Nègres », prise comme un collectif, lui paraissait obscène. »

    Le marronnage idéologique et solitaire contenu dans le roman n’est sans doute pas étranger à la stupeur des critiques. A mesure que Lee Gordon, l’organisateur syndical, reconnaissait son incapacité à représenter, comprendre ou résumer ses semblables, c’est l’image des noirs comme groupe homogène que Himes brûlait. Il jetait au feu les images d’Épinal au profit de l’individualité noire. Il ruinait les espoirs des futurs bergers en proclamant qu’aucun parti, aucun groupe politique ne serait le réceptacle naturel des desideratas des noir-e-s : « Suppose que les nègres préfèrent s’efforcer de devenir capitalistes. » dira Lee, mi-provocateur, mi-sincère.

    Malgré des aliénations évidentes et un potentiel de soumission énorme, sa quête de dignité fait de Lee une figure de nègre incontrôlable ; pas souvent glorieux mais définitivement en marronnage. Or l’embauche de Lee comme organisateur syndical est sous-tendue par la prophétie incantatoire qui veut que les noir-e-s, en tant que sous-classe particulièrement exploitée de la classe ouvrière, doivent y jouer un rôle d’avant-garde. Lee doit donc leur montrer la voie :

    « ‘Lee, enfonce-toi bien dans la tête que le sort du prolétariat mondial dépend de toi dès aujourd’hui. En effet, à la fin de cette guerre, il calquera son attitude sur celle des ouvriers de chez nous ; les ouvriers américains suivront l’exemple de leurs camarades californiens ; ces derniers seront plus ou moins attachés à leurs syndicats selon que nous réussirons ou non à organiser les travailleurs de la Comstock.’
    Lee faillit éclater de rire. »

    S’il est évidemment problématique que les organisations progressistes restent majoritairement blanches, Himes montre que chercher à recruter « les noirs » comme une troupe par le biais de représentant-e-s noir-e-s l’est tout autant ; Gordon ou son double maléfique Luther Mc Gregor ont trop conscience qu’on les utilise pour se laisser dissoudre, intégrer. Au fond, nous dit aussi Himes, une organisation progressiste qui reproduit naturellement en ses rangs les mêmes exclusions que le reste de la société… n’est pas vraiment progressiste. Pourquoi Lee inviterait-il alors ses sœurs et frères dans cette galère ?

    Encore une fois certaines questions résonnent d’actualité :

    « Faut-il vraiment que nous reconnaissions nos amis ? S’ils étaient vraiment nos amis, ils n’auraient pas besoin de nous le dire. »

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2012/08/a-propos-de-la-croisade-de-lee-gordon.html


    • J’aime bien l’introduction du texte qui dit « On est ici loin des élucubrations d’un Jean-Claude Michéa », alors que sur ce point je le trouve plutôt clair :

      Et, de fait, le football est devenu en quelques décennies l’un des rouages les plus importants de l’industrie mondiale du divertissement, à la fois source de profits fabuleux et instrument efficace du soft power (puisque c’est ainsi que les théoriciens libéraux de la « gouvernance mondiale » ont rebaptisé le vieil « opium du peuple »).

      Tout en ne confondant pas tout :

      Pour autant, ce rappel indispensable du rôle joué par le spectacle footballistique (et le sport médiatisé en général) dans le fonctionnement du capitalisme moderne ne doit pas nous conduire à légitimer les analyses mécanistes d’un Jean-Marie Brohm (analyses qui ne constituent, pour l’essentiel, qu’une reprise des critiques que la « gauche culturelle » américaine dirigeait, dès les années cinquante et soixante, contre l’athlétisme et le baseball). Cela reviendrait à oublier, en effet, que l’industrie du divertissement a toujours fonctionné selon deux lignes stratégiques distinctes . D’un côté, il lui faut fabriquer sans cesse de nouveaux produits (par exemple la télé-réalité, les jeux vidéo, Twitter, ou la musique industrielle) qui, dans leur principe même, sont entièrement (ou presque entièrement) conçus et façonnés selon les codes de l’idéologie libérale.

      De l’autre, elle travaille à récupérer, c’est-à-dire à reconfigurer en fonction de ses seules exigences, toute une série d’éléments issus des différentes cultures populaires (mais également aristocratiques) et qui, à ce titre, relevaient à l’origine d’un tout autre système de valeurs. Tel est naturellement le cas de la logique du jeu - aussi ancienne que l’humanité - dont la dimension de plaisir et de gratuité constitutive est par définition irréductible à l’utilitarisme libéral et à son obsession permanente de rentabilité à tout prix (c’est précisément sur l’inutilité et la futilité du jeu - incompatibles avec le nouvel esprit industriel - que se sont d’abord concentrées les premières critiques bourgeoises du sport).

      –- Miroir du football, 2010

      Autrement dit, il ne confond pas le football-spectacle, ou les jeux olympiques (qui sont très récents), avec le jeu « inutile et sans conséquence » (fut-il parfois physique et défoulant).

    • Mauvais exemple que les jeux vidéos qui, s’ils peuvent certes représenter aujourd’hui la marchandise idéale du capitalisme, n’ont pas été originellement conçus par celui-ci (mais par des étudiants d’universités américaines qui testaient les capacités de nouvelles machines et ont tout de suite rendu disponible le code source).

    • Ah, voilà bien le genre de discours qui m’ulcère :-)

      L’activité physique régulière est nécessaire au corps de l’Homme au même titre que la respiration, la sexualité, l’alimentation et le travail intellectuel. Ce sont des besoins fondamentaux.

      Ce besoin d’activité physique, cette nécessité vitale, peut être encadrée dans des règles et devenir un sport.

      Spontanément de nombreux individus cherchent à être non pas « meilleurs » mais « le/la meilleur(e) » et c’est là où l’esprit de compétition, utile au dépassement de soi, peut se pervertir est devenir un outil de confrontation. Mais c’est un biais.

      J’ai une pratique régulière de sport.
      J’ai l’occasion de côtoyer énormément de sportifs.
      Ceux qui pratiquent l’activité pour la compétition pure (être le meilleur) sont minoritaires dans tous les sports que je connais bien (course, vélo, arts martiaux et même sports de combat). La majorité des pratiquants cherchent juste à reprendre le contrôle de leur corps, à faire un apprentissage psycho-moteur correct et à y prendre du plaisir.


  • Communiqué de l’Elysée
    Communiqué - Décès de Mouloud AOUNIT
    http://www.elysee.fr/president/les-actualites/communiques-de-presse/2012/communique-deces-de-mouloud-aounit.13761.html

    Avec Mouloud AOUNIT, disparait un dirigeant du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) pendant plus de vingt ans.

    Acteur essentiel de la marche pour l’Egalité de 1983, il aura fortement contribué au dialogue entre les cultures, au sein de la communauté nationale.

    A sa famille et à ses proches, j’adresse mes très sincères condoléances.

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    Seul le rapport de force comptera ! - Vidéo Dailymotion
    http://www.dailymotion.com/video/x6d00a_seul-le-rapport-de-force-comptera_webcam?search_algo=1


    06-08-2008

    Mouloud Aounit qui a été tête de liste de la « Gauche populaire » en Seine-Saint-Denis, aux dernières élections régionales. Réalisant un score exceptionnel, Mouloud Aounit a réussi à rassembler 14,3 % des suffrages (50 000 voix) dans ce département, faisant le meilleur score du Parti communiste à l’échelon national. Au mépris du suffrage universel, Mouloud Aounit été écarté des responsabilités de vice-président pour lesquelles il avait reçu, ainsi que Marie Georges Buffet, secrétaire national du Parti Communiste Français, des engagements formels de la part de François Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste.


  • Petite leçon de féminisme d’Angela Davis

    « Ma définition du féminisme n’est pas très conventionnelle. Je vois le féminisme comme un outil, pas seulement pour aborder les questions de femme mais pour aborder toutes les questions politiques sans être déterminé par les frontières idéologiques établies par le système capitaliste. Par exemple je n’ai aucune lutte ou analyse commune à développer avec Condolezza Rice qui est pourtant une femme noire comme moi. Pour moi, il faut penser ensemble le genre, la race, la sexualité et la classe. Il ne faut pas considérer comme séparés dans les luttes, les problèmes des hommes et ceux des femmes. Le féminisme est pour moi un outil d’analyse qui me permet, par exemple, de faire le lien entre la peine de mort aux USA et la guerre contre le terrorisme. De considérer le rôle des femmes comme le même que celui des hommes et surtout de nous sortir des schémas du système qui nous pousse à nous identifier à une catégorie sexuelle, raciale ou autre qui ne permet pas de résoudre la contradiction dans laquelle je suis face à Condolezza Rice. Logiquement, et c’est une bataille féroce dans le mouvement féministe, je suis contre les schémas du féminisme se réclamant de l’ “universel”, de la lutte dans l’intérêt de toutes les femmes. En effet, dans ces cas là, “universel” veut dire “blanche” et, cela n’est donc absolument pas universel. Je puise cette analyse dans le mouvement féministe historique et surtout dans le marxisme. Mon objectif est de construire le socialisme et le marxisme est l’outil qui permet cela dans la vie et les luttes de tous les jours. » (#AngelaDavis)


  • Les Indigènes du Royaume : La voix d’autres #femmes (de la rue)
    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2012/08/la-voix-dautres-femmes-de-la-rue.html

    Sait-elle que les « femmes actives » de ce quartier sont, tenez-vous bien, à près de 60% chômeuses ?

    Sait-elle que pour vivre, et faire vivre les leurs, elles doivent essuyer quotidiennement la pression et les discriminations sociales (institutionnelles et structurelles) ?

    Sait-elle la part de rejet, de stigmatisation et d’humiliation que subissent celles qui essayent de faire des études pour sortir du chaos, celles qui tentent de décrocher un emploi pour prétendre à l’#émancipation financière, celles qui cherchent à inscrire leurs enfants dans des écoles correctes, celles qui se mobilisent pour avoir accès à leurs droits fondamentaux ?

    Sait-elle le nombre de filles de ces quartiers qui sont exclues de l’enseignement pour le simple fait qu’elles portent un foulard ?

    Sait-elle aussi le nombre de propos vomis quotidiennement sur ces jeunes filles par leurs enseignants, prétendant à longueur de cours être payés pour leur « dévoiler le cerveau » ?

    Sait-elle le nombre de jeunes filles qui, après avoir fait leurs études, seront renvoyées à leur cuisine malgré tous leurs efforts pour intégrer le marché de l’emploi ?

    Sait-elle seulement le potentiel véritablement #féministe qu’ont ces femmes et qui reste gâché, pour le plus grand plaisir de notre société machiste ?