• "Free Angela And All Political Prisoners" de Shola Lynch

    http://aboutportant.files.wordpress.com/2012/10/free_angela_and_all_political_prisoners.jpg

    « Issue d’une famille d’intellectuels afro-américains, Angela Davis s’est inscrite comme une figure historique de son pays dès la fin des années 60. Jeune professeure de philosophie, militante communiste, féministe convaincue, proche du parti des Black Panthers, elle est traquée par le FBI dans les années 70 et accusée d’avoir organisé la tentative d’évasion de trois prisonniers noirs qui s’est soldée par la mort d’un juge. Libérée, elle s’impose comme le symbole de la lutte contre toute forme de soumission et d’oppression, à la fois vigoureuse égérie d’un mouvement révolutionnaire d’une période charnière de son pays et première vraie star noire internationale... »

    http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Free-Angela-And-All-Political-Prisoners-VOST

    http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Free-Angela-And-All-Political-Prisoners-Extrait-1-VOST

    http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Free-Angela-And-All-Political-Prisoners-Extrait-2-VOST

    http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Free-Angela-And-All-Political-Prisoners-Extrait-3-VOST

    #Angela_Davis
    #Black_Panthers
    #Black_Power


  • http://www.history.pitt.edu/inc/images/RedikerSlaveShipFrench_000.jpg

    "Dès l’introduction, Marcus Rediker ne cache pas combien la confrontation directe avec les archives manuscrites l’a traumatisé, le conduisant à une réflexion longue et profonde sur la nature humaine : tout homme condamne la traite négrière et ne peut ressentir qu’un sentiment de dégoût à lecture de tant d’horreurs : enfants, femmes et hommes enchaînés, battus, amputés, torturés, marqués au fer rouge, jetés par-dessus bord, échangés comme du bétail. Si beaucoup de livres et d’articles ont été publiés ces dernières années sur la traite et l’esclavage, avec The Slave Ship. A Human History nous avons l’un des premiers sinon le premier livre dont le navire négrier est l’objet central et quasi exclusif ; pas un navire ou un voyage en particulier, mais l’univers de ces milliers de navires qui transportèrent des millions d’êtres humains entre les littoraux d’Afrique et d’Amérique. Le singulier du titre, The Slave Ship [Le Navire négrier], n’est pas qu’un effet de rhétorique ; il traduit la volonté de décrire l’horreur depuis l’intérieur du navire et à partir de ses « locataires », de mettre des noms sur des visages de marins et d’esclaves, de situer et de nommer afin d’humaniser ces millions de victimes noires oubliées dont il ne reste aujourd’hui qu’une brève mention manuscrite, quand il en existe une."

    http://www.revuedeslivres.onoma6.com/articles.php?idArt=121&PHPSESSID=f48c7caa02962e6fcffef6d51b47

    #Esclavage
    #traite_atlantique
    #Marcus_Rediker


  • Stuart Hall : Entretien avec Mark Alizart - Centre Pompidou

    http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-1db2521ad1fd8b35be4a6339bdf2f82e&param

    « Stuart Hall, parangon la nouvelle gauche britannique, vient de nous quitter à l’âge de 82 ans. Longtemps inconnu en France, ses travaux ont gagné en audience notamment à la suite de l’effort de traduction réalisé par les éditions Amsterdam à partir de 2007. Hall a pourtant joué un rôle pionnier, tant d’un point de vue théorique que politique, dans l’histoire du marxisme anglophone.
    Dès la fin des années 1950, il se lance dans le projet qui verra naître, en 1960, la New Left Review. Il contribue ainsi à l’élaboration d’un espace de débat et de confrontation théorique marxiste, dont la résilience et la richesse n’ont jamais fait défaut jusqu’à aujourd’hui. En 1968, Stuart Hall prend la direction du Center for Contemporary Cultural Studies de Birmingham. Son programme de recherche propulse alors une génération de jeunes marxistes autour d’une problématique neuve et originale, associant la sociologie des médias et de la culture, l’analyse politique néo-gramscienne et une méthodologie inspirée des meilleures productions de l’althussérisme français (Louis Althusser et Nicos Poulantzas en particulier).

    Loin de toute affiliation dogmatique, Hall développe un cadre théorique nouveau pour aborder la question raciale et le racisme des années 1970, afin de saisir les nouveaux phénomènes à l’œuvre dans la progression des droites radicales et des mouvements anti-immigration en Grande-Bretagne. Il propose une théorisation inédite de l’idéologie, saisie à la fois comme expérience pratique, modalité à travers laquelle la classe est habitée, co-construite, investie par les agents sociaux, mais aussi comme ciment des rapports sociaux, reflétant ces derniers tout en les légitimant, leur donnant une apparence d’éternité.

    Fidèle à un héritage néo-gramscien, Hall a toujours été travaillé par la question politique et stratégique. Au début des années 1980, armé des concepts et des outils théoriques qu’il a lui-même forgés dans la décennie précédente, il produit une intervention décisive dans les colonnes de Marxism Today, à l’époque revue du Parti communiste de Grande-Bretagne, dans laquelle ont écrits d’autres figures comme Eric Hobsbawm. Dans des textes qui feront date, il élabore la notion de thatchérisme, enjoignant la gauche radicale à comprendre la nouveauté du phénomène Thatcher, son originalité par delà les stratégies classiques du parti conservateur et des classes dominantes. Par là, il assumait une rupture avec la gauche du parti travailliste, à laquelle il reprochait de demeurer impuissante face à l’ampleur du thatchérisme et à l’incapacité du mouvement ouvrier à apporter une réponse syndicale classique aux offensives néolibérales. Cette prise de distance polémique lui a été beaucoup reprochée, parfois pour le meilleur quand elle a suscité des débats stratégiques sur les perspectives du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, et pour le pire quand les commentateurs ont voulu faire injustement de Hall un précurseur du New Labour et du blairisme.

    Si Stuart Hall a pu développer un cadre d’analyse théorique en dissonance avec le marxisme, introduisant une méthodologie pluraliste que d’aucuns qualifieront de postmarxiste, son travail laissera surtout la trace d’une recherche menée sur le long terme autour d’objets délaissés par le marxisme classique : la communication médiatique dans sa matérialité et son économie, la culture populaire comme terrain de la luttes d’hégémonies, la race et l’ethnicité en tant que formations sociales semi-autonomes et historiquement spécifiées. »

    http://www.contretemps.eu/lectures/stuart-hall-%C2%AB%C2%A0pour-ceux-qui-en-ont-d%C3%A9sir-tout-reste-accom

    #Stuart_Hall


  • https://www.al-kanz.org/wp-content/uploads/2014/02/Le-Monde-votation-suisse.png

    « Je dirais que les médias et les arts en général, et le cinéma et la télévision en particulier, occupent une place centrale dans la circulation des images et, dans une certaine mesure, dans la circulation des stéréotypes concernant la race, les rapports de race et ce que l’ethnicité veut dire dans une société donnée. D’une certaine manière, ce qu’une société sait et pense de la race n’existe pas en dehors de ses modes de représentation médiatique. Les médias sont en effet constitutifs de ce que nous connaissons et pensons, de ce que nous ressentons à propos de nous-même. En regardant, les manières dont la race émerge et est traitée dans les médias à un moment donné, il est ainsi possible d’obtenir une vision approfondie des transformations en cours dans les rapports de race et d’ethnicité. »

    [Stuart Hall , Race et cinéma]

    #Race
    #CulturalStudies
    #Medias
    #Stuart_Hall
    #Image
    #Iconographie


  • http://www.lesinrocks.com/wp-content/thumbnails/uploads/2014/02/stuart-tt-width-604-height-406.jpg

    Figure intellectuelle majeure de la gauche marxiste anglaise des trente dernières années (la New Left ), sociologue dont l’œuvre porte la marque des “cultural studies”, Stuart Hall vient de disparaître à l’âge de 84 ans. Moins connu en France que dans les pays anglo-saxons, où son travail a marqué des générations de chercheurs travaillant sur les cultures populaires ou les études postcoloniales, il est considéré comme l’inspirateur majeur du multiculturalisme dans les sciences sociales.

    Premier éditeur de la New Left Review , de 1960 à 1961, et co-auteur de Popular Arts, en 1964, Hall a été directeur du Centre for Contemporary Cultural Studies de l’université de Birmingham de 1967 à 1979, où il travailla notamment auprès du célèbre sociologue Richard Hoggart, spécialiste des cultures populaires. Il passa son temps à réfléchir à des thèmes divers tels que l’immigration, la politique identitaire et la société multiculturelle, avec d’autres chercheurs politiquement engagés, parmi lesquels Ralph Miliband, le défunt père d’Ed Miliband, actuel chef du Parti travailliste.

    Parallèlement à son enseignement, ses articles et prises de position engagées contre le “thatchérisme” – expression dont il est l’auteur – ont fait de lui la figure dominante d’un groupe d’auteurs subversifs associés au magazine Marxism Today , critiquant radicalement la crise de l’Etat social et des formes instituées de la lutte des classes. Il s’attachait surtout ces dernières années aux questions d’identité et d’ethnicité.

    Né en 1932 à Kingston, en Jamaïque, d’un père jamaïcain et d’une mère d’origine européenne, Stuart Hall laisse derrière lui une œuvre dont l’influence n’a cessé de s’amplifier dans le monde des sciences sociales, en dialogue constant avec d’autres traditions intellectuelles, comme celles de Gramsci, Barthes, Foucault ou Bourdieu par exemple. Son modèle “encodage/décodage” est resté comme un manifeste fondateur des Cultural Studies, en avançant que les cultures populaires ont des systèmes de valeurs et des univers de sens propres. La culture est d’abord un lieu de conflits et il n’existe pas, selon lui, de correspondance absolue entre le moment de la production (l’encodage) et celui de la réception (le décodage).

    En France, les éditions Amsterdam ont publié certains de ses textes, comme Identités et cultures, en 2007, recueil de pièces maîtresses de ce champ d’études anglo-saxon qui place la culture au cœur même du processus de construction identitaire. De la formation des cultures diasporiques aux politiques noires britanniques, des situations postcoloniales au concept de multiculturalisme, Stuart Hall a éclairé certains enjeux centraux de la scène politique contemporaine.

    Un portrait intellectuel de Stuart Hall coécrit par Eric Macé, Eric Maigret et Mark Alizart est également paru aux éditions Amsterdam, ainsi qu’un autre texte de Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme (2008).

    http://www.lesinrocks.com/2014/02/12/livres/disparition-de-stuart-hall-penseur-des-11472154

    #Stuart_Hall



  • Racisme et articulation

    « Peut-être est-il effectivement impossible d’expliquer la race dans les seuls termes des rapports économiques, mais il est aussi fallacieux d’expliquer les structures raciales sans prendre en compte le cadre spécifique des rapports économiques dans lesquels ces structures prennent place. À moins d’attribuer à la race un caractère unique, unifié et transhistorique - de telle sorte que, quels que soient le lieu ou l’époque, elle manifeste toujours les mêmes caractéristiques autonome ce que l’on pourrait peut-être expliquer par une sorte de théorie générale des préjugés dans la nature humaine (argument essentialiste extrêmement classique) -, il faut accepter d’affronter la spécificité historique de la race dans le monde moderne. Nous sommes alors bien obliger d’admettre que les rapports de race sont directement liés aux processus économiques : difficile d’oublier que sont passées par là la conquête, la colonisation et la domination commerciale, ou bien que se déploient aujourd’hui les « échanges inégaux » qui caractérisent dans l’économie mondiale les relations qu’entretiennent les régions métropolitaines développées et les régions satellites « sous-développées ». Le problème ici, n’est donc pas de savoir si la prise en compte des structures économiques est pertinente pour la compréhension des divisions raciales, mais de comprendre la manière dont ces deux réalités sont théoriquement connectées. »

    « Principe de spécificité historique : il ne nous faut pas traiter le racisme comme une caractéristique générale des sociétés humaines, mais le considérer à chaque fois dans sa spécificité historique. Il nous faut partir de l’hypothèse de la différence et de la spécificité plutôt que de celle d’une «  structure  » unique, transhistorique et universelle du racisme. »

    « La question n’est pas de savoir si l’homme-en-général perçoit distinctement les groupes dotés de caractéristiques raciales ou ethniques différentes, mais bien plutôt de comprendre quelles sont les conditions spécifiques qui rendent cette forme de distinction socialement pertinente et historiquement active. Qu’est-ce qui confère son effectivité, en tant que force matérielle concrète, à cette potentialité humaine abstraite  ? »

    « Il faut comprendre le racisme comme un ensemble de pratiques économiques, politiques et idéologiques d’un genre particulier et concrètement articulé à d’autres pratiques au sein d’une formation sociale donnée. Ces pratiques attribuent une position aux différents groupes sociaux conformément aux structures élémentaires de la société  ; elles fixent et attribuent ces positions via des pratiques sociales  ; et, enfin, elles légitiment les positions qu’elles ont ainsi attribuées. En un mot, ce sont des pratiques qui garantissent l’hégémonie d’un groupe dominant sur une série de groupes subordonnés, mais de manière à ce qu’il domine l’ensemble de la formation sociale sous une forme favorable au développement de sa base économique productive sur le long terme. »

    « Au niveau économique, il est clair que l’on doit accorder à la race sa propre effectivité, une effectivité «  relativement autonome  ». Cela ne signifie pas que le niveau économique serait suffisant pour fonder une explication de la manière dont ces relations fonctionnent concrètement. Il est nécessaire de comprendre la manière dont les différents groupes raciaux et ethniques ont été politiquement insérés, ainsi que les relations entre ces différents groupes qui ont eu tendance à transformer, éroder, ou au contraire préserver ces distinctions à travers le temps – non seulement comme des traces ou des résidus des modes précédents, mais également comme des principes actifs et structurants de l’organisation actuelle de la société. Les catégories raciales sont incapables à elles seules de rendre compte de ce phénomène. »

    « Le racisme n’est pas seulement un problème pour les Noirs qui en font les frais, ni ne concerne seulement les sections de la classe ouvrière blanche et les organisations souillées par son empreinte. Il ne peut pas non plus être surmonté tel un virus qui infecterait le corps social, en lui injectant une dose massive de libéralisme politique. Le capital reproduit la classe comme un tout, y compris ses contradictions internes – comme un tout structuré par la race. Il domine en partie ces classes divisées grâce à ces divisions internes dont le racisme est l’un des effets. Il contient et désamorce les institutions de représentation des classes, en les neutralisant, c’est-à-dire en les confinant à des stratégies et à des luttes axées sur la race et en les rendant incapables de surmonter les barrières raciales. Le racisme rend le capital capable de briser toute tentative de construire des moyens alternatifs de représentation qui pourraient être capables de représenter plus adéquatement la classe en tant que tout – contre le capitalisme, et contre le racisme. Les luttes sectorielles articulées par la race continuent au contraire d’apparaître comme les seules luttes défensives possibles pour une classe divisée en elle-même, dans son face-à-face avec le capital. Ces luttes sont donc également le terrain à partir duquel se déploie l’hégémonie du capital. Je précise qu’il ne s’agit absolument pas de dire que le racisme serait simplement le produit d’un tour de passe-passe idéologique. »

    «   Nous devons commencer à enquêter sur les diverses manières dont les idéologies racistes ont été construites et rendues opératoires dans différentes conditions historiques  : les racismes du capitalisme marchand et de l’esclavage dans lequel les esclaves sont des marchandises  ; celui des conquêtes et du colonialisme  ; celui du commerce et du «  haut impérialisme  », de l’«  impérialisme populaire  » et du prétendu «  post-impérialisme  ». Dans chaque cas, et pour chaque formation sociale spécifique, le racisme en tant que configuration idéologique a été reconstitué par les relations de la classe dominante et profondément retravaillé. »

    « Si le racisme se révèle particulièrement puissant et son inscription dans la conscience populaire particulièrement profonde, c’est que, grâce aux caractéristiques comme la couleur de peau, les origines ethniques ou les origines géographiques, il a «  découvert  » ce que les autres idéologies ont été obligées de construire  : un fondement en apparence «  naturel  » et universel, inscrit dans la nature même. Mais, il a beau être apparemment fondé sur un donné biologique, le racisme a des effets sur les autres formations idéologiques d’une société, et son développement entraîne la transformation de l’ensemble du champ idéologique sur lequel il opère. »

    « Les racismes déshistoricisent, c’est-à-dire traduisent des structures historiquement spécifiques dans la langue intemporelle de la «  nature  »  ; ils décomposent la classe en individus pour les recomposer en ces nouveaux «  sujets  » idéologiques d’une grande cohérence  : traduisent les «  classes  » en «  Noirs  » et «  Blancs  », les groupes économiques en «  peuples  », et les forces matérielles en «  races  ». Ce processus constitue de nouveaux «  sujets historiques  » des discours idéologiques – c’est-à-dire, comme nous l’avons déjà vu, crée de nouvelles structures d’interpellation. Ce processus produit les «  sujets racistes  » naturalisés, en tant qu’ils sont les «  auteurs  » d’une forme spontanée de perception raciale. »

    « Pourtant les processus (de racialisation ) ne sont eux-mêmes jamais indemnes de la lutte des classes idéologique. En effet, les interpellations racistes peuvent elles-mêmes devenir les sites et les enjeux de la lutte idéologique, elles peuvent être occupées et redéfinies pour devenir les formes élémentaires d’une formation d’opposition – là où, par exemple, les inversions symboliques du «  black power  » contestent violemment le «  racisme blanc  ». Les idéologies du racisme restent donc des structures contradictoires qui peuvent à la fois fonctionner comme les véhicules de l’imposition des idéologies dominantes et comme les formes élémentaires de cultures de la résistance. Toute tentative de circonscrire les politiques et les idéologies du racisme qui omettrait ces luttes et ces contradictions est condamnée, si elle veut donner l’illusion de son adéquation, à embrasser un réductionnisme destructeur. »

    [Stuart Hall, "Race, articulation et sociétés structurées ’à dominante’"]

    http://www.contretemps.eu/lectures/lire-stuart-hall-race-articulation-soci%C3%A9t%C3%A9s-structur%C3%A9es-d

    #Stuart_Hall
    #Racisme
    #Race
    #Capitalisme
    #Marxisme


  • La stratégie de la bouffonisation

    http://www.ungrandmoment.be/wp-content/uploads/2011/06/Case-D%C3%A9part-Laffiche.jpg

    "Malgré leur diversité, les codes, les lignes de conduite proposées aux personnes affligées d’un certain stigmate s’accordent très généralement sur quelques thèmes, d’ailleurs contradictoires. L’individu stigmatisé est presque toujours prévenu contre la tentation du faux-semblant intégral. (Il est vrai que l’on voit mal comment quiconque, si ce n’est le confesseur anonyme, pourrait s’en faire l’avocat public.) On l’avertit de ne pas trop reprendre à son compte les attitudes dépréciatives des autres à son égard. On s’efforce en outre de le détourner de toute « bouffonisation » qui l’amènerait à danser complaisamment devant les normaux la ronde des défauts attribués à ses semblables, figeant ainsi une situation vécue en un rôle clownesque :

    J’ai appris aussi que l’infirme doit prendre garde à ne pas agir différemment de ce que les autres attendent. Et, par-dessus tout, ils attendent de lui qu’il soit infirme : invalide et impuissant ; leur inférieur ; et, s’il ne répond pas à leur attente, leur malaise les rend soupçonneux. C’est assez étrange à dire, mais l’infirme est obligé de jouer le rôle de l’infirme, de la même façon que beaucoup de femmes doivent se contenter d’être ce que les hommes veulent qu’elles soient, rien que des femmes ; et les Noirs ont souvent à jouer les clowns devant la race blanche « supérieure », afin que la vue de son frère noir n’effraie pas l’homme blanc. J’ai connu une naine qui constituait un exemple réellement pathétique de cette réalité. Elle était très petite, environ un mètre vingt, et d’une éducation raffinée. Malgré cela, devant les gens, elle prenait grand soin de n’être rien d’autre que « la naine », et elle jouait le rôle du bouffon avec ce rire moqueur et ces gestes vifs et comiques qui n’ont cessé d’être le propre de ses pareils depuis les cours du Moyen Age. Ce n’est que lorsqu’elle se trouvait avec des amis qu’elle osait enfin rejeter son capuchon et ses clochettes et se montrer la femme qu’elle était en réalité : intelligente, triste et très seule .... "

    [Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps]

    #goffman
    #stigmate



  • #Jacques-Rancière. «  Nos gouvernements sont oligarchiques  » • Les idées, Démocratie, Rancière, Gouvernement, Oligarchie • Philosophie magazine
    http://www.philomag.com/les-idees/jacques-ranciere-nos-gouvernements-sont-oligarchiques-2194

    Le philosophe Jacques Rancière n’a eu de cesse d’explorer toutes les facettes de l’idée d’égalité. La démocratie, à ses yeux, c’est d’abord la négation de l’idée que certains citoyens seraient plus compétents que d’autres pour gouverner.

    #démocratie #peuple #intellectuels


  • Du « populisme liquide »

    http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/4/5/9/9782845974722FS.gif

    Le « populisme liquide » est le terme qu’emploie Raphaël Liogier pour définir le populisme des temps modernes. Il diffère du populisme de l’entre-deux-guerres utilisé par les dictateurs d’Europe. Il ne faut pas tant craindre un effondrement des démocraties comme dans les années 1930 mais davantage une « dissolution ou une liquéfaction progressive de l’Etat de droit qui a déjà commencé » (p 54). Le populisme ronge les principes sur lesquels sont fondées nos démocraties : nos lois, nos principes et notre constitution qui sont les garants de nos libertés fondamentales et individuelles. L’Etat de droit se dissout avec le populisme parce que nous sommes dans l’urgence et nous devons réagir face aux menaces. L’urgence est le pire ennemi de la démocratie, car elle permet de prendre n’importe quelle décision au nom de nos valeurs républicaines ou démocratiques, décisions qui peuvent pourtant aller à l’encontre de nos libertés et qui témoignent surtout d’une « réaction de défense puisque nous serions attaqués les premiers » (p 55). Ce « délire narcissique » amène par exemple à vouloir des lois plus sévères à l’encontre du voile. La laïcité – qui est le produit de nos libertés fondamentales - ne désigne plus la neutralité des représentants de l’Etat mais la « neutralisation » avec l’apparition du concept de « nouvelle laïcité » qui restreint la liberté d’expression des citoyens, parce que nous serions en guerre. « Le président dit même que, finalement, la neutralité ne peut plus s’arrêter à l’espace public, mas doit pénétrer les espaces privés […]. Pourtant, dans l’Etat de droit, l’espace public n’a jamais été cet espace de neutralité,mais au contraire le lieu où l’’individu peut exprimer ses convictions, y compris religieuses » (p 61). Le populisme liquide est une défense culturelle, celle de la « culture occidentale ». Seulement, il est très difficile de définir la culture occidentale qui « englobe tout et son contraire » : il s’agit d’une notion « fluides et rétractable ». Il se développe « l’essentialisme » de la culture où seul le contenant importe. La chrétienté se mêle à tous nos principes comme république, universalisme, laïcité ne deviennent alors qu’un patrimoine ou « des morceaux fantasmés de notre culture » que les populistes exploitent (mariage pour tous, Identité nationale). Si bien que « les rôles sont fluides, interchangeables, et les ennemis d’hier peuvent devenir des alliés d’aujourd’hui ». Le populisme fluide est pernicieux. La « manif pour tous » ne serait pas homophobe car elle respecte les pratiques sexuelles des homosexuelles mais vise davantage la « culture homosexuelle ». Les musulmans et homosexuels qui manifestent à leur côté sont désormais des amis. Marianne est mobilisée ainsi que les symboles à la fois pacifiques et révolutionnaires comme le « Printemps arabe ». Mais il ne faut pas se leurrer : les ennemis appartiennent à n’importent quelle minorité.

    Le populisme liquide a d’autant plus le vent en poupe que nous vivons sous la « politique du signe ». L’important n’est pas tant pour un homme politique de résoudre un problème que de montrer qu’il agit, qu’il fait « signe » au Peuple (p 77). Pour cela, il existe des spécialistes des opinions ou « opinionlogues » qui construisent des édifices liquides, des « châteaux de sable » à base d’opinions hétéroclites et mouvantes » (p 78). Nicolas Sarkozy est l’exemple type du populisme liquide. Il n’y a pas de véritable construction idéologique puisqu’il emprunte à gauche et à droite, parle comme tout le monde, les yeux rivés sur les sondages, n’écoute que les spécialistes de l’opinion. C’est le modèle du réactionnaire-progressiste, politiquement incorrect sur la forme, qui s’écrit devant les caméras au lieu d’agir et lorsqu’il agit, il vise des communautés (mesures discriminatoire, « visant à contrôler les modes de vie ») au lieu d’agir sur les véritables causes des problèmes (p 81). « Toutes les contradictions sont possibles, pour donner naissance à des édifices opiniologiques aussi absurdes qu’éphémères » (p 81). Le but de ces agitations est toujours de défendre la culture du Vrai peuple, peu importe si les explications n’ont aucune cohérence : elles cachent souvent une vision complotiste comme le lien qui existerait entre la GPA le mariage pour tous et la dictature des minorités. « Le seul élément stable est le sentiment du complot des minorités et le rejet de la mondialisation » (p 82). Les partis ou mouvements européens qui partagent cette forme de populisme sont de plus en plus nombreux et ont en commun de « limiter la liberté au nom de la défense de la liberté du vrai peuple ». Leur stratégie est de diffuser le populisme dans l’ensemble des partis politiques, alors que dans les années 1930, les partis traditionnels étaient réticents, refusaient l’idée de l’existence d’un « vrai » peuple et d’avoir recours à l’appel au peuple.

    Quel est le Vrai Peuple, celui dont parlent les populistes et les opinionlogues ? Si le Peuple manifeste par exemple contre le mariage pour tous, il « peut aussi redevenir le Blanc persécuté, et même poursuivi par les minorités ethnos-culturelles » qui les chasseraient des banlieues vers la campagne. En face, se dresse les traîtres : « bobo » ou « soixante-huitard » multiculturalistes « aux commandent de la mondialisation néolibérale » (p 76) possédant les moyens économiques et politiques et qui habitent dans les centres villes. C’est la thèse du géographe Christophe Guilluy qui a inspiré tant la gauche, (la « Gauche Populaire ») que la droite (Sarkozy, « Droite Forte » ou « Populaire ») (p 74). L’idée sous-jacente de son analyse est la « guerre culturelle ». Raphaël Liogier rappelle que le « Manifeste de la Gauche populaire » « en appelle à une laïcité qui serait « inscrite dans le réel », ce fameux ’réel’ qui est l’âme du peuple, le bon sens » (p 75). Le bon sens du Peuple ressemble beaucoup à la common decency du philosophe Jean-Claude Michéa, reprenant le terme de George Orwell. « Elle est équivalente au Réel, une sorte d’honnêteté spontanée de l’homme du peuple qui sait intuitivement quelles sont les limites à ne pas dépasser, qui sait comment l’on doit décemment vivre et se comporter » (p 97). En plus d’être facilement manipulable, cette common decency amène à contrôler des communautés et à leur soumettre un « mode de vie » conforme à « notre » culture (p 95). Jean Claude Michéat fait aussi l’erreur de mettre en rapport le libéralisme économique et la liberté des mœurs. « Ce genre d’attitude masque la vraie critique du capitalisme en tant que système économique d’aliénation et nous empêche de repérer les vraies communautés qui peuvent être sources de violence » (p 99). Pour terminer, Raphaël Liogier soutient que le libéralisme politique (l’émancipation des individus) n’amène pas au libéralisme économique qui peut être vecteur d’aliénation. D’ailleurs, le terme libéralisme a perdu son véritable sens, partout il est discrédité. C’est la liberté qui est menacée au nom de la subjectivité du Peuple qui amène à contrôler « l’intimité individuelle, les sentiments, les émotions, la vie privée » (p 102) vers un totalitarisme liquide, plus « insidieux » que le totalitarisme nazi car dans ce type de régime qui menace nos libertés individuelles, il n’existe plus de corps intermédiaires ni de contre-pouvoir. Il faut, selon lui, accepter le métissage culturel qui va accomplir notre « aspiration moderne à une société universelle » car « hier comme aujourd’hui, c’est la liberté qui est en jeu » (p 105).

    http://blogs.mediapart.fr/blog/remy-p/271213/ce-populisme-qui-vient-de-raphael-liogier-ou-les-dangers-du-populism

    • concernant Michéa il a donné dans deux de ses bouquins une explication à peu-près claire de cette fameuse common decency http://seenthis.net/messages/154210#message166422, à partir de laquelle on pourrait préciser une définition

      L’Empire du moindre mal (2007) : « Valeurs partagées et solidarité collective effectivement pratiquée. »

      La double pensée (2008) : « Vertus humaines élémentaires que sont, par exemple, la loyauté, l’honnêteté, la bienveillance ou la générosité. Or ces vertus, qui s’enracinent depuis des millénaires dans ce que Mauss nommait la logique du don, ne sauraient être confondues avec les constructions métaphysiques des fanatiques du « Bien » — que ces dernières trouvent leur principe officiel dans la volonté divine, l’ordre naturel ou le sens de l’Histoire. »

      En gros cette common decency c’est un peu l’opposé du #narcissisme, c’est l’ensemble des valeurs qui font qu’un collectif peut fonctionner : honnêteté, entraide, sens du bien commun et du partage, respect de la parole donnée, bienveillance. ça m’a pas l’air bien mystérieux à définir, mais Michéa semble malgré ça rester dans le flou quant à cette notion, et la résume souvent dans ses entretiens comme « l’intuition qu’il y a des choses qui ne se font pas », ce qui laisse la porte très ouverte à des interprétations relevant plus de l’ordre moral que des solidarités paysannes ou ouvrières.
      edit : exemple parmi d’autres il y a quelques mois, les « antigones » dont causait @monolecte http://seenthis.net/messages/156020


  • http://www.nouslisons.fr/Couv/D/debord,guy-commentaires%20sur%20la%20societe%20du%20spectacle.jpg

    « La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux , qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel.

    Le mouvement d’innovation technologique dure depuis longtemps, et il est constitutif de la société capitaliste, dite parfois industrielle ou post-industrielle. Mais depuis qu’il a pris sa plus récente accélération (au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale), il renforce d’autant mieux l’autorité spectaculaire, puisque par lui chacun se découvre entièrement livré à l’ensemble des spécialistes, à leurs calculs et à leurs jugements toujours satisfaits sur ces calculs. La fusion économico-étatique est la tendance la plus manifeste de ce siècle ; et elle y est pour le moins devenue le moteur du développement économique le plus récent. L’alliance défensive et offensive conclue entre ces deux puissances, l’économie et l’État, leur a assuré les plus grands bénéfices communs, dans tous les domaines : on peut dire de chacune qu’elle possède l’autre ; il est absurde de les opposer, ou de distinguer leurs raisons et leurs déraisons. Cette union s’est aussi montrée extrêmement favorable au développement de la domination spectaculaire, qui précisément, dès sa formation, n’était pas autre chose. Les trois derniers traits sont les effets directs de cette domination, à son stade intégré.

    Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu’il montre et, si l’on descend au fond des choses, comme sa plus importante opération.

    Le seul fait d’être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faux sans réplique a achevé de faire disparaître l’opinion publique, qui d’abord s’était trouvée incapable de se faire entendre ; puis, très vite par la suite, de seulement se former. Cela entraîne évidemment d’importantes conséquences dans la politique, les sciences appliquées, la justice, la connaissance artistique.

    La construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son auto-destruction programmée. »

    [Guy E. Debord, Commentaires sur la Société du spectacle]

    #Debord
    #société_du_spectacle


  • The Black Power Mixtape

    « Images surgies d’un passé enfoui qui vit naître, aux Etats-Unis, le mouvement des Black Panthers. Exhumées par le documentariste Göran Hugo Olsson, filmées entre 1967 et 1975, elles proviennent des archives de la télévision suédoise, dont les journalistes étaient alors ouvertement engagés contre la guerre du Vietnam. Elles ont le grain épais, si doux, du 16 mm, qui intensifie le romantisme de la parole révolutionnaire, magnifie les corps et les visages de ceux qui la portent.... »
    http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/15/black-power-mixtape-un-suedois-devient-l-archeologue-des-black-panthers_1603

    http://www.youtube.com/watch?v=5L4f28f4wY0

    #Black_power
    #Black_panthers
    #Afro_Américains
    #Angela_Davis


  • Ce que les nounous disent de nous, et de notre monde
    http://www.slate.fr/monde/82749/nounous-disparite-enfants-photos

    En France, « la nounou noire et le bébé blanc » est également un élément habituel du paysage offert par les squares. C’est d’ailleurs sur ce trio que Caroline Ibos, a enquêté pendant 8 ans.

    Tellement implanté que tu ne peux pas faire des cabrioles avec ton filleul, neveu clair etc. dans un parc sans te prendre des regards assassins... sauf si tu précises ton lien avec le gamin. Les nounous noires ont le droit de faire certaines choses, mais pas d’autres. (ndlr)

    Inside the Lives of New York Nannies
    http://www.slate.com/blogs/behold/2014/01/14/ellen_jacob_photographs_new_york_nannies_in_her_series_substitutes.html
    http://www.slate.com/content/dam/slate/blogs/behold/2013/12/Substitutes/05_%c2%a9Ellen%20Jacob_Boblin%20in%20New%20Jersey.jpg.CROP.original-original.jpg

    Ellen Jacobs’ substitue project
    http://ellenjacob.com/projects-/substitutes
    http://d3zr9vspdnjxi.cloudfront.net/artistInfo/ellenjac/big/1209.jpg?1380055653
    http://d3zr9vspdnjxi.cloudfront.net/artistInfo/ellenjac/biggest/1203.jpg?1380104791

    Les mères et leurs nounous, je t’aime moi non plus
    Une poignée de femmes noires, dans un square, serrées à trois ou quatre par banc, surveillent des enfants blancs. Personne ne les remarque, la scène est, à Paris, d’une absolue banalité. Caroline Ibos, elle, a pris le temps de les voir. Cette enseignante en sociologie politique à l’université Rennes-II a mené une enquête inédite sur les nounous africaines qui viennent garder à domicile les enfants des couples bi-actifs parisiens. Durant trois ans, fréquentant jour après jour le même square, elle a gagné la confiance d’une douzaine de femmes ivoiriennes qui se sont confiées, puis elle est passée de l’autre côté du miroir, rencontrant quelques dizaines d’employeurs français. http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/31/les-meres-et-leurs-nounous-je-t-aime-moi-non-plus_1636844_3224.html

    http://ecx.images-amazon.com/images/I/51G8YTd9%2BrL._SY445_.jpg
    La sociologue Caroline Ibos, auteur de « Qui gardera nos enfants ? » a enquêté sur ce qui se joue dans la relation entre les mères et les nounous : inégalités des sexes dans la sphère familiale, étanchéité des classes sociales et persistance de préjugés raciaux.

    La mondialisation du care. Délégation des tâches domestiques et rapports de domination
    http://www.metropolitiques.eu/La-mondialisation-du-care.html

    #photographie #sociologie #famille #enfants #femmes #travail #rapports_nord_sud #classe #care #economie #inégalités

    • Caroline Ibos racontait également comme ces mères employeuses, souvent politiquement libérales, se sentent autorisées, à cause de cette relation complexe à formuler, sans la moindre gêne, des préjugés franchement racistes : « l’Africaine est maternelle mais ne fait pas bien le ménage », l’« Asiatique est propre mais pas assez chaleureuse »…

      Paroles qui sont parfois prononcées devant la nounou elle-même, pilier indispensable à l’harmonie, mais pilier invisible...

      #racisme

    • Le propos me semble plus proche pour les « nourrices à domicile » (employée de maison salariée d’une seule famille), que pour les assistantes maternelles, où c’est plus compliqué. Pour ces dernières, j’ai l’impression qu’il y a plus de diversité, autant dans les salarié⋅e⋅s que dans les familles employeuses (du fait que ce type de garde est promu comme les crèches, et que donc il y a des aides, et que donc il y a plein de familles pauvres ou peu argentées qui font aussi garder leurs enfants par des assistantes maternelles pour travailler).

      C’est différent, mais ça pose quand même des problèmes (en tout cas pour moi).

      Quand on pourra tou⋅te⋅s élever nos propres enfants (je parle du bas âge et je parle de ceux pour qui avoir ces enfants était un choix) sans devoir les donner 90% de leur temps éveillé à d’autres personnes inconnues…

    • Je pense qu’il y a des différences, en effet, déjà entre les situations françaises et américaines, mais aussi entre le personnel de crèche, les nounous au domicile des parents, les assistantes maternelles qui reçoivent plusieurs enfants chez elles, notamment dans le système de rémunération, le rapport affectif à la famille et surtout comme tu le dis concernant qui fait appel à leur service. Les nounous c’est bien plus upper class que les crèches dont un plus large éventail social peut « bénéficier » en effet. Y compris les travailleuses du care elles-mêmes (je pense au personnel de crèche qui doit lui-même faire garder ses propres enfants). Le cas des nounous à domicile — tout comme les femmes de ménage — est différent. Tu ne peux par exemple pas travailler en crèche sans avoir de papiers... Mais les populations décrites ici sont assez claires dans le propos de la sociologue. Elle ne parle pas de tout le secteur.

    • Il y a aussi, dans le @vacarme n°25 (automne 2003) l’excellent « Le kiosque », de Carine Eff avec le collectif Précipité
      http://www.vacarme.org/article420.html

      rencontres, derrière les haies bien taillées d’une banlieue chic de l’ouest parisien, de bourgeoises cherchant une main d’oeuvre domestique à bas prix, et de femmes, étrangères pour la plupart, souvent sans papiers, cherchant, à tout prix, un travail. un marché inégal.

      Il y avait un montage audio aussi, mais pas dispo en ligne.

    • Ah voila @intempestive, ça ressemblait plus à cela ;) et je me souviens que cela insistait aussi sur l’aberration féministe (mais la faute à qui ?) qui consiste à employer une autre femme, mais de classe sociale inférieure bien évidemment, pour être libre …


  • Anthropologie Élyséenne

    http://www.sudinfo.be/sites/default/files/imagecache/pagallery_450x300/2014/01/17/1601827192_B971813665Z.1_20140117120736_000_G1C1PTUAF.1-0.jpg

    "Il est parfois difficile de distinguer entre mariage et concubinage. Cette dernière forme d’union peut n’être pas exempte d’une certaine légitimité, si l’on entend par là une officialisation par notoriété, associée ou non à l’existence de droits reconnus aux enfants. D’autres distinctions sont plus subtiles à établir, ainsi entre des premiers mariages, qui mettent en jeu l’ensemble des rituels et des prestations socialement reconnus, et des mariages secondaires qui procèdent de conditions d’instauration de l’union moins contraignantes que celles qui sont associées aux premiers mariages. Pour l’un des deux partenaires matrimoniaux, les mariages secondaires peuvent concerner des conjoints de moindre rang que le conjoint du premier mariage, ou encore ne pouvoir intervenir qu’après la dissolution d’un premier mariage, qui laisse une grande latitude aux anciens conjoints en matière de choix d’un nouveau partenaire. Relevant de la catégorie générale du mariage secondaire, le « mariage par enlèvement » suppose un certain consentement de la femme - c’est l’homme qui « enlève » -, au contraire du « mariage par rapt », encore que, là encore, les distinctions qu’opère le langage ne sauraient rendre compte de l’extrême diversité des formes de mariage caractérisées par le rôle déterminant que joue dans l’établissement du lien matrimonial la volonté de l’homme seul ou celle des deux partenaires..."

    Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie (PUF), entrée " Mariage "


  • L’embarras de la #SNCF après des actes racistes parmi ses agents
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/24/l-embarras-de-la-sncf-apres-des-actes-racistes-parmi-ses-agents_4353862_3224

    Plus particulièrement au sein d’une antenne de la sécurité ferroviaire appelée à la SNCF « sûreté générale » – ou #SUGE. (…) L’un de ces actes est un SMS envoyé par un agent à plusieurs de ses collègues de la SUGE. Un texto qui parodiait une publicité Citroën en se félicitant de la mort de plusieurs Arabes dans des accidents de la route. « Vous n’imaginez pas tout ce que Citroën peut faire pour vous », disait le SMS. L’autre dérapage a consisté en la diffusion de musique d’un groupe néonazi au sein même du bureau de la gare.

    #paywall

    … le #racisme est lié au fonctionnement d’un Etat qui est obligé de se servir de la race, de l’élimination des races et de la purification de la race, pour exercer son pouvoir souverain. La juxtaposition, ou plutôt le fonctionnement d’un Etat, à travers le #bio-pouvoir, du vieux pouvoir souverain du droit de mort implique le fonctionnement, la mise en place et l’activation du racisme. »
    (Michel #Foucault, « Il faut défendre la société »)

    http://seenthis.net/messages/195477



  • De l’alliance judéo-noire

    http://2.bp.blogspot.com/-ghpB27veUO4/UuAiIVMmD9I/AAAAAAAAD_8/UvVtkBlQz5E/s1600/jazz+singer.jpg

    "Il existe, sur le rapport entre racisme et antisémitisme, un vaste débat : les uns ont vu dans les génocides coloniaux le paradigme de l’Holocauste, les autres ont souligné la différence entre le pillage d’un continent et l’extermination conçue comme une fin en soi, comme un « massacre ontologique ». Pour Fanon, qui défend une vision sartrienne du juif et du Noir comme images négatives fabriquées par l’antisémite et le raciste, reste néanmoins un clivage lié à la couleur. L’antisémite et le raciste peuvent pareillement biologiser le juif et le Noir, en les renvoyant à des essences, mais le juif peut essayer de pénétrer le monde des gentils par l’assimilation alors que le Noir ne peut pas échapper à sa couleur. C’est pourquoi, selon Fanon, « le nègre représente le danger biologique ; le juif, le danger intellectuel » (Fanon). Et c’est pourquoi la « color-line » a joué un rôle si important dans les relations judéo-noires. Nicole Lapierre a analysé le phénomène de la « mimesis noire », rendue célèbre dans la culture de masse par The Jazz Singer, le premier film parlant réalisé en 1927 par Alan Crosland, produit par les frères Warner et interprété par Al Jolson (AsaJoelsen, d’origine judéo-lituanienne). Ce film s’inscrit dans la tradition du Minstrel, un spectacle extrêmement populaire au tournant du XXe siècle mettant en scène des Blancs qui, déguisés en Noirs, se produisaient dans un répertoire de musique et de danse nègres. Très prisé par les acteurs juifs depuis la fin du XIXe siècle, ce genre comique a été interprété tantôt comme l’expression d’une adhésion aux stéréotypes racistes de l’époque, tantôt comme le révélateur d’une solidarité judéo-noire fondée sur l’identification d’une minorité opprimée à une autre. Le blackface, suggère Nicole Lapierre, a favorisé l’américanisation des migrants juifs qui, « en noircissant, se faisaient plus blancs » (Lapierre). Lorsqu’ils étaient encore victimes de discriminations, les Minstrels les aidaient à se situer du bon côté de la « color-line », parmi les Blancs. Ce procédé mimétique consistant à se mettre dans la peau de l’ Autre est à l’origine des transferts culturels judéo-noirs du XXe siècle (qui poursuivront ensuite d’autres buts et d’autres stratégies).

    C’est par un effort emphatique poussant ses acteurs à franchir la « ligne de couleur » que la Negro-Jewish Alliance a pu voir Je jour. Par le déplacement qu’elle implique, cette empathie rend possible une remise en cause de soi-même tout à fait fructueuse. C’est un détour par lequel des juifs et des Noirs ont élargi leurs horizons, en inscrivant leur réflexion et leur combat dans une perspective plus large, en découvrant des affinités et en nouant des alliances. En 1949, la visite des ruines du ghetto de Varsovie avait aidé l’historien afro-américain W.E.B. Du Bois à comprendre que le racisme ne se réduisait pas à la « color-line » , donc à « sortir d’un certain provincialisme vers une conception plus large des manières dont la lutte contre la ségrégation raciale, contre la discrimination religieuse et l’oppression des pauvres devait évoluer » (Du Bois).

    La « ligne de couleur » renvoie donc à une question historique plus large qui est au cœur du combat de Frantz Fanon, tout en restant absente ou cachée dans ses réflexions sur l’antisémitisme : la question coloniale. Les juifs ont été, pendant des siècles, le paradigme de l’altérité au sein du monde occidental, au cœur de l’Europe et de sa culture, en devenant un marqueur négatif dans le processus de construction des identités nationales ; les colonisés ont été le paradigme d’une altérité située en dehors de la « civilisation, une altérité dont l’Europe avait besoin afin de légitimer sa domination et de dessiner son autoportrait de culture et de race supérieures. Ces deux paradigmes ont été complémentaires mais ils étaient dissociables. Les juifs émancipés pouvaient s’assimiler et franchir la « ligne de couleur ». Ainsi, Cesare Lombroso pouvait apporter sa contribution aux doctrines du racisme fin-de-siècle, dans un ouvrage intitulé L’Homme blanc et l’Homme de couleur (Lombroso, 1892), et Theodor Herzl, quelques années plus tard, mettre en avant les bienfaits du sionisme en Palestine : « Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un avant-poste contre l’Asie, nous serions l’avant-garde de la civilisation contre la barbarie » (Herzl).

    L’adhésion des juifs au racisme rencontrait l’obstacle puissant de l’antisémitisme qui, en dépit de leur culture et de leurs choix, les renvoyait dans le camp des dominés ou les faisait apparaître comme des intrus dans le camp dominant. Cela avait créé les conditions d’une rencontre entre les juifs et les colonisés, dans une sorte d’osmose d’antifascisme et d’anticolonialisme. Pendant la guerre d’Algérie, en faisant écho à La Question d’Henri Alleg, Jean Améry voyait dans la torture plutôt que dans les chambres à gaz l’essence du nazisme, et le photographe Adolfo Kaminsky expliquait pourquoi il s’était mis à fabriquer des faux papiers pour les militants du FLN : la chasse aux Algériens et les contrôles au faciès dans les rues de Paris étaient intolérables pour un homme qui, seulement quelques années plus tôt, avait connu les mêmes pratiques mises en œuvre par la Gestapo contre les juifs."

    Enzo Traverso

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2014/01/de-lalliance-judeo-noire.html


  • http://efap3.files.wordpress.com/2012/02/geolocalisation.png

    « Selon le New York Times, des SMS d’avertissement ont été envoyés sur les mobiles se trouvant à proximité des événements, grâce à la géolocalisation.

    Selon le quotidien américain, le message envoyé aux usagers est le suivant : “c her abonné, vous êtes enregistré comment participant à un trouble massif”. Il n’est pas clair si cet avertissement est prévu par la nouvelle législation votée par le parlement ukrainien ou s’il s’agit d’une initiative basée sur une interprétation extensive des nouvelles prérogatives désormais accordées par la loi.

    Interrogés par le journal ukrainien Ukrainskaya Pravda, les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile du pays (Kyivstar, MTS et Life) ont nié avoir fourni des données de géolocalisation au gouvernement ou envoyé des SMS d’avertissement aux manifestants. Pour Kyivstar, il est possible qu’il s’agisse d’un piratage d’une antenne-relais située à proximité.

    La réception de ce texto de mise en garde n’a toutefois pas dissuadé les protestataires d’abandonner leurs barricades. Le New York Times a relevé qu’un nouvel affrontement a eu lieu entre les manifestants et la police anti-émeute, trois heures après l’arrivée des premiers messages. De là à dire que cette menace à peine voilée a galvanisé certains Ukrainiens, il n’y a qu’un pas...

    L’usage combiné des smartphones et de la géolocalisation pour surveiller ou mettre en garde des manifestants n’est pas tout à fait nouveau. Cela s’est produit en Égypte au moment du printemps arabe. Dans un tout autre genre, cette piste a été suggérée pour compter les participants à un cortège, comme celui de La Manif’ pour tous, afin d’éviter les écarts de calcul entre la police et les organisateurs. »

    http://www.numerama.com/magazine/28135-en-ukraine-des-sms-d-avertissement-envoyes-aux-manifestants-pro-euro

    #société_du_contrôle
    #dispositif_de_surveilance


  • http://images.telerama.fr/medias/2014/01/media_107237/lecture-vers-la-cohabitation-judeide-et-critique-du-sionisme-de-judith-butler,M137571.jpg

    "Je suis une intellectuelle qui a été introduite à la philosophie par la pensée juive et je me perçois comme celle qui défend et poursuit une tradition éthique juive qui comprend des figures comme Martin Buber et Hannah Arendt. J’ai reçu une une éducation juive à Cleveland, Ohio, au Temple sous la tutelle du Rabbin Daniel Silver où j’ai acquis des vues éthiques fortes sur la base de la pensée philosophique juive. J’ai appris et m’y suis conformée, que si d’autres font appel à nous et que grâce à nous, il doit être répondu à leur souffrance et en la soulageant. Mais pour agir ainsi, nous devons entendre l’appel, trouver les moyens de répondre et parfois subir les conséquences pour avoir parlé comme nous le faisons. J’ai été instruite à chaque moment de mon éducation juive du fait qu’il n’est pas acceptable de rester silencieux face à l’injustice. Une telle injonction est difficile à suivre, puisqu’elle ne nous dit pas exactement quand et comment parler, ou comment parler dans une voie qui n’engendre pas de nouvelles injustices, ou comment parler d’une manière que l’on entendra et qui sera comprise de façon juste. Ces détracteurs n’entendent pas ma position réelle et peut-être que je ne devrais pas m’en étonner, puisque leur tactique est de détruire les conditions d’audibilité.

    J’ai étudié la philosophie à l’Université de Yale et là j’ai continué à prendre en compte les questions de l’éthique juive dans mon enseignement. Je reste reconnaissante à cet apport éthique, pour la formation que j’ai reçue et qui m’anime toujours. C’est faux, absurde et douloureux que n’importe qui puisse affirmer que ceux qui formulent une critique de l’État Israël soient anitisémites ou, si vous êtes juif, en proie à la haine de soi. De telles accusations cherchent à rendre démoniaque la personne qui énonce un point de vue critique et disqualifie le point de vue à l’avance. C’est une tactique d’étouffement : cette personne n’a pas le droit à la parole et quoi qu’elle dise cela doit être écarté à l’avance ou déformé de telle manière que l’on nie toute validité à son propos. L’accusation est non seulement une attaque sur les personnes qui soutiennent des points de vue que certains jugent répréhensibles, mais c’est une attaque contre l’échange raisonnable, sur la possibilité d’écoute elle-même et de dialogue, dans une situation dans laquelle on pourrait en réalité prendre en compte ce que l’autre dit. Quand un groupe de Juifs étiquette un autre groupe de Juifs comme des “antisémites”, ils essayent de monopoliser le droit de parler au nom des Juifs. Donc l’allégation d’antisémitisme est en réalité une couverture à une querelle entre juifs."

    Judith Butler


  • Des intellectuels

    http://www.russieinfo.com/sites/default/files/imagecache/article_full/articles/30758/mais_ou_sont_passes_les_intellectuels_russes_.jpg

    "La politique est partout. On ne peut lui échapper en se réfugiant dans le royaume de l’art pour l’art et de la pensée pure, pas plus d’ailleurs que dans celui de l’objectivité désintéressée ou de la théorie transcendantale. Les intellectuels sont de leur temps, dans le troupeau des hommes menés par la politique de représentation de masse qu’incarne l’industrie de l’information ou des médias ; ils ne peuvent lui résister qu’en contestant les images, les comptes rendus officiels ainsi que les justifications émanant du pouvoir et mises en circulation par des médias de plus en plus puissants – et pas seulement par des médias, mais par des courants entiers de pensée qui entretiennent et maintiennent le consensus sur l’actualité au sein d’une perspective acceptable. L’intellectuel doit, pour y parvenir, fournir ce que Wright Mills appelle des « démasquages » ou encore des versions de rechange, à travers lesquelles il s’efforcera, au mieux de ses capacités, de dire la vérité. (...) L’intellectuel, au sens où je l’entends, n’est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels. Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public. (...) Le choix majeur auquel l’intellectuel est confronté est le suivant : soit s’allier à la stabilité des vainqueurs et des dominateurs, soit – et c’est le chemin le plus difficile – considérer cette stabilité comme alarmante, une situation qui menace les faibles et les perdants de totale extinction, et prendre en compte l’expérience de leur subordination ainsi que le souvenir des voix et personnes oubliées."

    [Edward Saïd , Des intellectuels et du pouvoir]

    #Edward_Said
    #intellectuels


  • http://lorraine.france3.fr/sites/regions_france3/files/styles/top_big/public/assets/images/2013/10/28/doc_salaries.jpg?itok=mqUv9tyx

    "Pour information, Figurez-vous que juste après le documentaire « Les nouveaux chiens de garde », j’ai eu l’occasion de réaliser un documentaire pour France 5, intitulé « Salariés sans frontières » . Figurez-vous que ce documentaire a été livré en septembre 2012 et que depuis, France 5 l’avait « oublié » dans des tiroirs. Il faut dire que les rapports avec France 5 avaient été très tendus lors du montage au printemps 2012, à l’époque où des dizaines de milliers de spectateurs se précipitaient dans les salles pour voir justement Les Nouveaux chiens de garde. Alors, imaginer qu’il peut y avoir un rapport entre cette censure et le film qui a fait plus de 240 000 entrées au cinéma. Non, quand même pas !! Bon, il est vrai qu’Yves Calvi, un des chouchous de France5, est plutôt bousculé dans Les Nouveaux chiens de garde... Mais, non il ne faut pas voir le mal partout !! Officiellement, c’était donc la musique du film et son compositeur, le talentueux et indocile Dick Annegarn, qui ne plaisait pas à la chaîne... Officiellement vous dis-je... Toujours est-il que je viens par hasard de m’apercevoir cet après-midi en surfant sur le Net que France 5 s’est enfin décidé de diffuser « Salariés sans frontières » jeudi qui arrive, le 16 janvier à... zéro heure dix. Honteusement, en catimini, histoire de préserver l’illusion de démocratie. Le film n’a bien entendu bénéficié d’aucune promotion de presse de la part de France 5. Résultat, aucun article, aucun reportage, aucun son. Un lien avec Les Nouveaux chiens de garde ? Non vous dis-je !!! Alors, pour que l’omerta ne soit pas complète, reste à vous tous de diffuser ce message, d’inciter tout un chacun de regarder sur France 5 ce jeudi 16 janvier à zéro heure dix, « Salariés sans frontières », de l’enregistrer et de le montrer autour de vous. Merci à vous

    (En résumé, le film porte sur la destruction du travail ouvrier dans la Grande région (Lorraine, Wallonie, Sarre) qui entoure le Luxembourg et le remplacement des ouvriers de la sidérurgie et des mines de fer par des salariés des services qui tous les matins partent dans le 2ème PIB par habitant du monde nettoyer les bureaux, garder les banques, servir les cafés des golden boys... Une force sociale relativement structurée autour de syndicats, de partis de gauche, organisée collectivement, a été ainsi supprimée et remplacée par une autre, celle-ci atomisée, seule, explosée dans ce coin d’Europe. Au bénéfice comme d’habitude de ceux, qui comme les De Wendel, ont toujours été soutenu politiquement pour amplifier encore et toujours plus leurs intérêts et leurs profits.)"

    Gilles Balbastre , réalisateur du documentaire " Les nouveaux chiens de garde"

    http://lorraine.france3.fr/emissions/les-documentaires/actu/salaries-sans-frontieres.html


  • Du privilège invisible

    « Les spécialistes de la whiteness montrent en fait que c’est bien le premier privilège des “Blancs” que de ne pas avoir à penser la race. La whiteness est ainsi un “marqueur non-marqué” ( unmarked marker ), c’est-à-dire une référence implicite, universelle, indéfinie, une norme contre laquelle se définit la différence (tout comme la norme est le masculin). Suivant une sorte de cercle vicieux, cette appropriation de l’universel permet de masquer les “privilèges” dont bénéficient les Blancs et elle contribue dans le même temps à les renforcer. La whiteness, malgré son omniprésence dans la vie des personnes (qu’elles soient blanches ou non), est rendue invisible et elle est construite comme signe de la normalité. »

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2014/01/xenophobie-et-blanchite-en-france-dans.html#links

    • Lire par exemple : Out of Whiteness, de Vron Ware & Les Back
      http://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/O/bo3641103.html

      What happens when people in societies stratified by race refuse to accept the privileges inherent in whiteness? What difference does it make when whites act in a manner that contradicts their designated racial identity? Out of Whiteness considers these questions and argues passionately for an imaginative and radical politics against all forms of racism.

      Vron Ware and Les Back look at key points in recent American and British culture where the “color line” has been blurred. Through probing accounts of racial masquerades in popular literature, the growth of the white power music scene on the Internet, the meteoric rise of big band jazz during the Second World War, and the pivotal role of white session players in crafting rhythm and blues classics by black artists, Ware and Back upset the idea of race as a symbol of inherent human attributes. Their book gives us a timely reckoning of the forces that continue to make people “white,” and reveals to us the polyglot potential of identities and cultures.


  • Judith Butler : judéité et sionisme
    http://blogs.mediapart.fr/edition/bookclub/article/261213/judith-butler-judeite-et-sionisme

    S’il s’agit, pour #Judith_Butler, de penser une #judéité distincte du #sionisme (...), il s’agit aussi de montrer en quoi les termes du conflit israélo-palestinien renvoient à des questions et problèmes constitutifs de la judéité qui permettraient de penser ce conflit et la légitimité de la cohabitation : la question du rapport à l’autre, la question de la frontière, celle de l’identité ou de la cohabitation, ainsi que la reconnaissance des obligations éthiques et des droits et devoirs politiques impliqués par la judéité, font partie de ce que, selon Butler, signifie être Juif. Vouloir penser ce conflit en occultant ce que la judéité implique comme éthique de l’altérité et comme politique inclusive est au contraire le propre du sionisme nationaliste de l’Etat israélien : penser que la judéité et les conditions de l’identité juive ne sont possibles qu’à la condition de nier l’autre, de l’exclure, voire de l’opprimer – comme cela est le cas dans la violence politique, sociale, économique et militaire subie par les Palestiniens – revient non seulement à imposer à l’autre une souffrance que l’on espère ainsi, mais en vain, s’épargner, mais aussi à confisquer les termes de la judéité pour les rabattre sur ceux d’un Etat-nation militaire et guerrier, niant par là même, de manière violente, l’histoire juive et ses implications éthiques, politiques et subjectives. Pour Butler, il s’agit au contraire de « défaire l’association […] entre l’Etat d’#Israël et le peuple juif, voire les valeurs juives », de remettre « en cause le droit de l’Etat d’Israël à parler au nom des valeurs juives, voire du peuple juif » – cette dissociation étant non seulement une condition d’une critique juive de l’Etat israélien mais surtout de la paix.

    Butler trouve chez les auteurs qu’elle mobilise les moyens de développer toutes ces questions et perspectives ainsi que leurs implications. C’est le cas, par exemple, avec Hannah Arendt, dont le rapport à Israël et la position critique à l’égard du sionisme sont longuement analysés : « Pour Arendt […] nous n’avons pas le droit de choisir avec qui cohabiter sur terre. La population de la Terre, par sa diversité, nous précède toujours […]. Il n’est pas de fraction de la population qui puisse, pour elle-même, revendiquer la Terre. Revendiquer cela équivaut à initier une politique génocidaire. Cela signifie que la proximité non voulue et la cohabitation non choisie sont les conditions préalables à notre existence politique, ce qui fonde la critique arendtienne de l’Etat-nation (qui suppose une nation homogène) et implique l’obligation de vivre sur terre dans le cadre d’un régime politique qui établisse des formes d’égalité pour une population nécessairement hétérogène ».

    #livre


  • http://3.bp.blogspot.com/_OniWxpf0Nxw/TOqS0FyWo6I/AAAAAAAACiA/WBrazLblryU/s320/encyclop%25C3%25A9die.jpg

    Les conséquences du succès sioniste pour le « problème juif »

    L’attitude sioniste consiste aussi à faire l’apologie du succès du mouvement en montrant ses conséquences bienfaisantes pour la situation des Juifs dans leur ensemble.

    Certaines de ces conséquences sont indéniables. Les succès économiques et militaires israéliens tendent à faire disparaître l’image traditionnelle du Juif comme être malingre, incapable d’effort physique et de vigueur constructive, rejeté par là vers un intellectualisme désincarné ou des activités sournoises, interlopes, malfaisantes.

    L’amélioration de leur image tend à liquider certaines angoisses, certains complexes des Juifs. Sur un plan plus concret, l’État d’Israël offre un refuge sûr (sauf en cas d’une concrétisation plus poussée de l’inimitié arabe) pour les Juifs persécutés ou brimés.

    Cependant, ces conséquences ne sont pas les seules. Le mouvement sioniste, créé par une poignée de Juifs et n’en ayant mobilisé qu’une minorité, a forcé, à partir d’un certain seuil, l’ensemble des Juifs à se déterminer par rapport à lui. La création de l’État d’Israël les a contraints à prendre parti, volens nolens, sur des problèmes de politique internationale moyen-orientale qui normalement les auraient peu intéressés. Les dangers qu’ont courus ou qu’ont cru courir les Juifs de Palestine les ont orientés, en grande partie, vers un sentiment de solidarité que les autorités sionistes et israéliennes se sont attachées à élargir et à utiliser. La propagande sioniste, dès le début, leur avait d’ailleurs présenté l’option sioniste comme un devoir, comme l’aboutissement normal de tendances latentes chez tout Juif. Israël, en maintes occasions, se proclame leur représentant. Dès lors, l’ensemble des Juifs a tendu à paraître aux yeux des autres comme un groupe de type national, ce qui semblait confirmer la dénonciation traditionnelle des antisémites.

    Cela a eu de graves inconvénients, en premier lieu pour les Juifs des pays arabes, auparavant communauté religieuse de langue arabe parmi d’autres, méprisée et brimée dans les pays les plus retardataires, mais sans graves problèmes, par exemple, dans les pays de l’Orient arabe. Dans l’atmosphère de la lutte israélo-arabe, il était inévitable qu’on les soupçonnât de complicité avec l’ennemi, et la plupart ont dû quitter leur pays. De même, cela a fait naître des soupçons à l’égard des ressortissants juifs des États communistes qui avaient pris une position vigoureuse en faveur des Arabes. Ces soupçons nouveaux ont été utilisés par certains politiciens, tout comme les restes vivaces de l’antisémitisme populaire, dans des buts de politique intérieure et ont abouti, en Pologne, à un véritable regain antisémitisme organisé.

    En dehors même de ces cas, dans les pays où le « problème juif » était en voie de liquidation, l’identité juive a été maintenue pour beaucoup de Juifs qui ne le désiraient nullement : ceux qui jugeaient qu’une ascendance plus ou moins commune, des vestiges culturels très souvent fort minces et en voie de dépérissement, surtout une situation commune à l’égard des attaques antisémites et des efforts de séduction du sionisme (les unes en décroissance pour le moins et les autres souvent repoussées) ne justifiaient pas l’adhésion à une communauté spécifique de type ethnico-national. Les conséquences du succès d’Israël entravaient ainsi fortement les efforts d’assimilation en voie de réussite globale.

    Pour les Juifs même, en nombre réduit, qui, dans ces pays, étaient attachés au judaïsme religieux et à lui seul, et désiraient une assimilation sur tous les autres plans, cette situation aboutissait à donner une coloration nationale à leur option communautaire ou existentielle. Cela d’autant plus que le succès d’Israël revivifiait tous les éléments ethniques de la vieille religion juive, écartant celle-ci des tendances universalistes, elles aussi vivaces depuis l’époque des prophètes. Le judaïsme religieux, longtemps opposé au sionisme, s’y était rallié peu à peu.

    Éléments de jugement éthique

    L’ensemble de ces éléments de fait ne saurait suffire à asseoir un jugement éthique qui implique forcément aussi une référence à des valeurs choisies. Le sionisme est un cas très particulier de nationalisme. Si une critique de type purement nationaliste est désarmée devant lui, par contre une critique universaliste est intellectuellement plus fondée. Par définition, elle ne peut se borner à mettre en balance les avantages et les inconvénients du sionisme pour les Juifs. Elle soulignerait surtout, en dehors des conséquences générales de la définition nationaliste de l’ensemble juif, le tort considérable fait au monde arabe par le projet réalisé du sionisme politique centré sur la Palestine : aliénation d’un territoire arabe, cycle de conséquences conduisant à la subordination et à l’expulsion d’une partie très importante de la population palestinienne (on voit mal comment le projet sioniste aurait pu réussir autrement), à une lutte nationale détournant beaucoup d’énergies et de ressources du monde arabe de tâches plus constructives, ce qui paraît avoir été inévitable à une époque de nationalismes exacerbés et de lutte violente contre toute espèce d’entreprise coloniale.

    Une critique des méthodes du sionisme est inopérante et insuffisante en elle-même. L’analyse objective ne peut que renvoyer dos à dos l’idéalisation intempérante du mouvement par les sionistes et leurs sympathisants et la « diabolisation » non moins forcenée à laquelle se livrent souvent leurs adversaires. Le mouvement sioniste, divisé en nombreuses branches divergentes, a les caractéristiques normales de tout mouvement idéologique de ce type. Elles évoquent souvent celles, notamment, du communisme. Les organisations sionistes ont employé les méthodes habituelles, certains groupes et certains hommes agissant avec plus de scrupules que d’autres pour atteindre leurs visées. On peut trouver des cas d’abnégation et d’exploitation personnelle de l’idéologie, des exemples de brutalité et d’humanité, des cas de totalitarisme entièrement axé sur l’efficacité et d’autres où les facteurs humains ont été pris en ligne de compte.

    Naturellement, toute critique universaliste du nationalisme en général vise aussi le sionisme. On y retrouve toutes les caractéristiques déplaisantes du nationalisme et d’abord le mépris du droit des autres, déclaré et cynique chez les uns, masqué chez les autres, souvent transfiguré par l’idéologie et rendu ainsi inconscient chez beaucoup, déguisé à leurs propres yeux sous des justifications morales secondaires.

    Maxime Rodinson

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2010/11/quest-ce-que-le-sionisme.html