UN HOMARD, UN MASTARD, les pinces Monseigneur,
S’apprêtait à ouvrir, pour son petit quatre-heures,
Une huître, une creuse, genre numéro trois,
Mais encore en deçà, faute de quelques mois.
L’huître lui susurra, de son filet de voix :
“J’attendrais encore un peu, moi, si j’étais toi.
J’ai reçu un cadeau de ma bonne marraine,
Dans mes replis nacrés, une petite graine
Que je sens s’arrondir, se polir et mûrir.
Une perle, en un mot, en train de s’épanouir.”
« Que veux-tu que je fasse d’un tel ornement
Sur mon ciré de pêche ou sur mon vieux caban ?
Les promesses, tu sais, j’en ai trop entendues !
Cocu des utopies, on ne m’y prendra plus.
Aux travailleurs, on dit que demain chantera.
Aux pauvres, on promet : Ça ira ! Ça ira !
Farceuse escroquerie que la révolution.
Où de nouveaux messies, issus des convulsions,
S’emparent du pouvoir et promettent sans rire :
“Demain sera meilleur puisqu’aujourd’hui est pire.”
Au chaudron de l’histoire, la classe ouvrière
Quand elle vire au rouge, est cuite la première.
Quel honneur, pour toi, de servir de casse-croûte
À un vieux militant syndical en déroute.
Au moins une huître que les bourgeois n’auront pas !
Satisfaction de classe à l’heure du trépas !
Le prolétaire est prêt à tous les sacrifices
Pour que le grand chambard du grand soir s’accomplisse. »
Et il se la mangea, sans plus ample discours,
Pour ne pas, cette fois, décevoir Billancourt.
Moralité
Pour vivre son destin, l’homme a besoin d’y croire.
L’escroc lui vend du vent. Il se paie de l’espoir.