• Kingdom to become renewable energy regional leader — PM | The Jordan Times
    http://jordantimes.com/kingdom-to-become-renewable-energy-regional-leader----pm

    The premier told the House during a meeting Sunday that a tender will be floated “this month or next month” for a project to generate 400 megawatt (MW) of electricity, the Jordan News Agency, Petra, reported.

    Ensour also announced that another 1000MW green energy project will be implemented in partnership with the UAE, starting the end of 2014.

    #Jordanie #électricité #énergie


  • Si le 14 Mars libanais le dit, pourquoi se demander si c’est vrai ?
    http://www.lemonde.fr/international/article/2014/06/02/syrie-une-election-pour-empecher-toute-transition_4430181_3210.html

    Enfin, la peur de représailles en cas d’abstention devrait suffire à garnir les bureaux de vote, comme l’ont prouvé les bousculades devant l’ambassade de Syrie au Liban, le jour du vote des Syriens de l’étranger.

    Ce qui est tout aussi « prouvé » par l’hystérie indignée qui s’est emparée des médias 14 Mars, et leur exigence de punir ces syriens qui sont allés voter à leur ambassade (il faut donc savoir : ils avaient peur des représailles ou bien il s’agit de pro-Bachar qu’il faut punir ?) :
    http://seenthis.net/messages/261515


  • La barbe qui cache la forêt - DEBATunisie
    http://www.debatunisie.com/archives/2014/06/01/29991767.html

    Une affaire qui sombre déjà dans l’oubli et qui mérite que l’on y prête attention :
    Un dénommé Anis Azizi a été poignardé et tué vendredi dernier près de chez lui à El Mourouj (voir ici) Ce jeune homme avait dénoncé deux mois auparavant sur internet, une sordide histoire de trafic de terrains citant les numéros des titres fonciers falsifiés. Lui-même travaillant au sein de la direction centrale de la propriété foncière, il avait de quoi mettre en fureur toute sa hiérarchie. Ce « fait divers » est une énième illustration du caractère mafieux de nos institutions étatiques. La corruption a atteint l’os au point que le système produit lui-même du terrorisme dès qu’est dévoilé son cancer...

    http://p6.storage.canalblog.com/65/69/346520/96604065.jpg
    #Tunisie #terrorisme #corruption #foncier


  • Otto Neurath et « l’orchestration » de la politique urbaine
    http://visionscarto.net/otto-neurath-orchestration-urbaine

    En 1923, la publication d’une série de figures montrant l’évolution de la construction de logements et la production de produits laitiers constitue le premier acte d’un projet que le philosophe et économiste Otto Neurath (1886-1945) mènera toute sa vie : trouver une manière efficace de représenter des données statistiques grâce à un langage visuel concis. Un demi-million de visiteurs se pressèrent à l’hôtel de ville de Vienne (Autriche) pour l’exposition « Aménagement urbain, quartiers communautaires et (...)

    #Billets


  • « C’est la fin du discours multiculturaliste en France »
    http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/05/29/c-est-la-fin-du-discours-multiculturaliste-en-france_4428420_3232.ht

    Pas toujours d’accord avec Olivier Roy, et par exemple, peu convaincu par l’affirmation suivante :

    Q° : La nouvelle droite s’est donc adaptée à la modernité ?

    Oui, elle cesse notamment d’être conservatrice sur les questions de famille et de sexualité. Le Front national compte aujourd’hui plus de partisans du mariage homosexuel parmi ses électeurs que l’UMP, si l’on en croit les derniers sondages. Tout simplement parce que ses électeurs sont plus jeunes. La gauche considère la percée de Le Pen comme l’arrivée du fascisme au pouvoir. Or, si le FN est né dans le fascisme, il ne l’est plus, son discours a changé quand la nouvelle droite est arrivée. Aujourd’hui, il n’est plus question du sang, de la terre et des cosmopolites, mais de la culture, des ancêtres et de l’immigration. C’est plus qu’un « relooking ».

    Mais dans le même entretiens, il soulève beaucoup de questions stimulantes et à rebours des idées reçues :

    Le passage à droite de la Seine-Saint-Denis et du quartier nord de Marseille est fascinant. Il y a deux explications : ou ce sont les jeunes Blancs qui votent à droite, ce qui suppose qu’ils sont majoritaires dans les quartiers et qu’ils ne les ont pas quittés, ou bien ce sont des secondes générations d’immigrés qui votent Front national, ce qui prouverait que l’intégration fonctionne.
    [...]
    Prenez ces jeunes d’origine maghrébine qui réussissent socialement. Ils sont profondément républicains et, ce qu’ils reprochent à la République, c’est d’avoir trahi son idéal d’égalité. La revendication religieuse ne vient qu’après et elle vient au nom de la liberté, pas de l’identité.
    [...]
    le Front national essaie de réinventer le communautarisme culturel autour du folklore et de l’apéro saucisson-vin rouge. Cette identité « laïque » ne se reconstruit pas sur la culture mais sur des marqueurs folkloriques. L’identité, c’est quand on a perdu la culture. On ne voit pas Proust parler d’identité. La montée du fondamentalisme religieux est partout l’expression d’une crise de la culture, pas d’une affirmation identitaire.
    [...]
    Vous n’êtes donc pas inquiet pour l’avenir ?

    Non, les Français sont des pleurnichards. Le modèle français d’intégration fonctionne bien mieux que celui de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède ou du Royaume-Uni, mais c’est vrai qu’il est plus conflictuel. La société est beaucoup plus mélangée, plus mixte. La France possède une législation plus favorable à l’intégration et un modèle républicain qui séduit les nouvelles classes montantes. Dans les autres pays, la situation est plus compliquée encore : l’Allemagne est confrontée à une crise démographique importante et les Pays-Bas ont un faible taux de mariages mixtes. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans des structures d’immigration mais dans des structures de circulation, en tout cas dans l’espace méditerranéen.

    #FN


  • Gilles RAVEAUD » Blog Archive » Augustin Landier, meilleur jeune économiste de France ?
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2014/05/27/augustin-landier-meilleur-jeune-economiste-de-france

    Augustin Landier, professeur à l’École d’économie de Toulouse, s’est vu attribuer le Prix du meilleur jeune économiste décerné par le Cercle des économistes et le quotidien Le Monde, pour “ses recherches sur les contrats financiers des entreprises, avec un accent sur leurs propriétés incitatives”.

    Pour mesurer la perspicacité du jury, il suffit de lire cet article d’Augustin Landier et David Thesmar, intitulé Le méga-krach n’aura pas lieu, et publié en juillet 2007, juste avant… le méga-krach.

    Un article que l’auteur “assume totalement”, ainsi que le rapporte Philippe Légé qui pointe l’incapacité de certains économistes à apprendre des crises qui se déroulent sous leurs yeux.

    On peut également se reporter à leur ouvrage, Le grand méchant marché, dont Bernard Guerrien avait livré une analyse à sa sortie.

    #pensée_unique


  • Chammas : Non à une économie qui doit supporter deux peuples - Rana ANDRAOS/ Dalal MEDAWAR - L’Orient-Le Jour
    http://www.lorientlejour.com/article/869440/chammas-non-a-une-economie-qui-doit-supporter-deux-peuples.html

    L’indice mesurant l’activité commerciale de détail, mis en place en septembre 2012 et conjointement publié par l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) et la Fransabank, a affiché une baisse de 7,2 % en glissement annuel pour le premier trimestre de 2014.
    Par rapport à l’indice de base 100 fixé au dernier trimestre de 2011, et en prenant en compte le taux trimestriel de l’inflation, de 1,3 % pour les trois premiers mois de 2014 selon les données de l’Administration centrale de la statistique (ACS), l’indice ACB-Fransabank pour le commerce de détail s’est donc établi à 58,90 points au premier trimestre – soit bien en dessous du seuil de base fixé.

    La seule explication crédible a un tel effondrement c’est l’explosion des transactions non déclarées. Par absence de contrôle fiscal comme par le développement du secteur informel... D’ailleurs, c’est la seule explication cohérente avec le fait que les importations ne semblent pas baisser voire même augmentent.
    #Liban #commerce #économie #marché_noir


  • Daech a exécuté le père Paolo Dall’Oglio, selon un dissident du groupe
    http://www.lorientlejour.com/article/869474/daech-a-execute-le-pere-paolo-dalloglio-selon-un-dissident-du-groupe.

    Le prêtre jésuite italien Paolo Dall’Oglio a été exécuté en prison, a annoncé cette semaine un communiqué de la Ligue syrienne de défense des droits de l’homme, diffusé par la chaîne al-Arabiya. Le communiqué cite un officier dissident de l’État islamique en Irak et à Damas (Daech), Abou Mohammad le Syrien. C’est l’un des hauts responsables de ce groupe à Raqqa qui a personnellement exécuté le prêtre jésuite, après son incarcération au siège du mohafazat, deux heures après son arrestation, le 29 juillet 2013, a précisé le témoin.


  • This Sea Is Mine : Sound Piece and Research Booklet on Beirut Coastline
    http://www.jadaliyya.com/pages/index/17826/this-sea-is-mine_sound-piece-and-research-booklet-n

    Un travail et un document exceptionnel, montrant la privatisation du littoral de Beyrouth

    Dictaphone Group announces the release of a sound piece based on their summer 2012 performance, This Sea Is Mine. The research-based and site-specific performance explored the concepts of public space and seafront access in Beirut through the city’s coastline. In the performance, the audience was invited to take part in a journey on a small boat going from the Ayn al-Mrayse fishing port to Daliyeh in Rawshe. The boat stopped at each of the different seafront properties exploring its land ownership history, the laws that govern it, and the practices of its users. The goal of this project is to reexamine our understanding of public space and to re-imagine the city.

    Research Booklet

    An English version of the This Sea Is Mine research booklet is now available for download (click here). Based on the original Arabic publication (click here), the booklet outlines the general history of Beirut coastal properties, and provides detailed information on the ownership history of the major beaches (e.g., Sporting Beach) and resorts (e.g., Movenpik Hotel Resort) of the city.


  • #Piketty et les #inégalités en #Egypte
    http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/3/131/6039/Piketty-et-les-inégalités-en-Egypte.aspx

    Un ouvrage qui vient d’être publié par la #Banque_Mondiale (BM) et intitulé A l’intérieur des inégalités en Egypte soulève un vif débat. La couverture de l’ouvrage montre les grands immeubles au bord du Nil face à un petit bateau de pêcheur. Le bateau est vide. Il ne montre pas la vie de ces milliers de personnes qui, privées de leur droit à un logement adéquat, sont obligés de vivre à 4 ou 5 personnes dans ce bateau de 3 ou 4 mètres carrés, sans toit, ni accès à l’eau potable ou installations sanitaires.

    (...)

    Le livre conclut que la révolution du 25 janvier n’a eu lieu qu’en raison d’une « impression d’inégalité sociale ». L’ouvrage soutient que les inégalités sociales ont reculé en Egypte lors des dernières années sous Moubarak, mais que les Egyptiens pensaient qu’ils « méritaient d’être plus riches », selon Paulo Verme, le leader de l’équipe des auteurs de cet ouvrage.

    (...)

    L’économiste Thomas Piketty (voir encadré), dans une note publiée par le Forum des recherches économiques, essaie d’expliquer pourquoi les inégalités en Egypte sont en hausse malgré les indicateurs de la BM. Il indique pourquoi ces chiffres sur les inégalités en Egypte — et plus généralement au Moyen-Orient— sont trompeurs. Tout d’abord, les sources des données sont insuffisantes pour tirer des conclusions fiables dans un pays comme l’Egypte (ou d’autres pays de la région MENA), ou pour établir des comparaisons précises avec d’autres pays émergents ou développés. « Ce genre d’informations est absent dans la région », lance Piketty.

    En fait, la recherche de la BM est basée sur des sondages qui se rapportent aux revenus, aux dépenses et à la consommation effectués par l’organe officiel de statistiques, CAPMAS. Celui-ci a refusé d’offrir toutes les données dont il dispose sur les années 2000 et 2009, comme l’avoue le leader de l’équipe de recherches. Mais aussi, comme le note Piketty, les revenus déclarés par les Egyptiens les plus riches sont sous-estimés et constituent un outil imprécis pour mesurer les inégalités.

    Inside Inequality in the Arab Republic of Egypt: Facts and Perceptions
    http://www.worldbank.org/en/country/egypt/publication/inside-inequality-in-the-arab-republic-of-egypt


  • Statuts de SPC : usine à gaz | Histoires d’universités
    http://histoiresduniversites.wordpress.com/2014/05/27/spc-statuts-usine-a-gaz

    Mais il y a encore « mieux », je veux dire « pire » : la désignation / élection des membres du conseil d’administration de la COMUE pour les collèges 4 (16 enseignants sur 61 conseillers), 5 (8 non-enseignants), 6 (8 usagers). Mode de scrutin : scrutin indirect (doublement indirect !), à 1 tour, de liste à la proportionnelle au plus fort reste, listes paritaires (un homme / une femme ou l’inverse). Qui sont les électeurs ? Les conseillers d’administration en place dans chaque établissement vont élire des délégués (choisis parmi eux), qui vont eux-mêmes élire les membres du CA de la COMUE ! Si vous n’avez pas compris l’incompréhensible, il faut relire ou brûler le projet de statuts. Combien de délégués électeurs par établissement ? ça dépend de la taille de ceux-ci ! sur quelles bases vont pouvoir se constituer les listes de candidats qui vont s’affronter ?

    Mais qui a donc conçu cette usine à gaz ? C’est bien plus compliqué que l’organisation de l’Union européenne. Mais les conséquences seront les mêmes que pour les élections européennes successives : une abstention énorme des personnels et des étudiants quand les universités renouvelleront leurs conseils d’administration en 2016. Un coup de couteau mortel contre la démocratie dans les universités.

    Pécresse-Fioraso : même politique
    #université #recherche #démocratie #bureaucratie


  • Sur l’importance prêtée aux milices étrangères qui soutiennent le régime syrien
    –-

    L’article du 26 mai publié par Orient XXI prétend exposer « le rôle joué par les combattants étrangers soutenant le régime [syrien] », ce qui est résumé par le titre : « Ces milices qui se battent aux côtés de Bachar al-Assad ». Le sujet est présenté comme « moins documenté » que du côté rebelle, car son « importance est parfois mésestimée » :
    http://orientxxi.info/magazine/ces-milices-qui-se-battent-aux,0596

    Le texte est constitué de trois parties qui illustrent différentes lubies et fantaisies véhiculées par les propagandistes de la rébellion armée :
    – l’armée du régime se serait déjà effondrée, et le régime ne survivrait plus que par l’afflux massif de combattants étrangers ;
    – la force combattante principale permettant la survie du régime serait le Hezbollah libanais ;
    – même ce soutien du Hezbollah serait condamné par les dissensions internes.

    –-
    1. LE RÉGIME RAPIDEMENT DÉPASSÉ
    –-

    L’idée centrale est que « les troupes syriennes, mal formées et mal équipées, se sont […] effondrées, dévastées par les défections […], les morts et les blessés. » Après cet effondrement de l’armée, c’est donc le recours à des combattants étrangers, organisé par la Russie et l’Iran, qui permettrait au régime de tenir : « le régime syrien ne peut survivre sans la présence du Hezbollah ».

    Il y a plusieurs difficultés avec une telle thèse.

    La première, c’est que cette théorie a déjà été formulée, mot pour mot, par le porte-parole de l’Armée syrienne libre en… novembre 2011 (« Syria rebels : Assad regime recruiting Iranian, Hezbollah mercenaries Israel News », Jack Khoury & Associated Press)
    http://www.haaretz.com/news/middle-east/syria-rebels-assad-regime-recruiting-iranian-hezbollah-mercenaries-1.398010

    The Syrian regime is beginning to lose control over its security forces and is thus forced to hire mercenaries from Iran, Iraq and Lebanon, the Free Syrian Army spokesman told the Saudi newspaper Asharq Alawsat Newspaper on Sunday.

    The spokesman, Ammar al-Wawi, said that in recent months many army and police officers defected, a fact that “requires the regime to make internal changes in the military ranks.”

    Al-Wawi added that the mercenaries include members of Iraqi Shiite militias, the Iranian Revolutionary Guard and Hezbollah, and are being deployed in military operations against rebel forces.

    Or, à l’époque le nombre de morts de l’armée syrienne était encore très faible. Robert Fisk citait le chiffre de 1.150 soldats tués (« Assad’s army remains defiant as it buries its dead », 26 octobre 2011) :
    http://www.independent.co.uk/voices/commentators/fisk/robert-fisk-assads-army-remains-defiant-as-it-buries-its-dead-2375963

    Une récente lettre du Centre de doctrine d’emploi des forces (« L’armée syrienne (2/2) - Dans la guerre civile (2011-2013) », par Stéphane Mantoux, septembre 2013) indique :
    http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/content/download/4883/67608/file/armee_syrienne_2-2.pdf

    Ce qui veut dire que le régime peut compter sur un corps de bataille solide de 65 à 75.000 hommes. Les déserteurs ont peut-être représenté 20 à 30 % de l’effectif total de l’armée. Les services de sécurité ont prévenu les défections et la 4e division blindée, par exemple, pourtant unité d’élite, a dû fusiller 10 soldats qui menaçaient de le faire. Les éléments peu sûrs sont emprisonnés ou maintenus dans les casernes. Les pertes commencent à augmenter sérieusement à partir de la mi-2012. De 500 soldats tués en novembre 2011, on passe à 2.300 morts en juin 2012.

    L’analyse sur l’« effondrement » de l’armée et son remplacement par des supplétifs étrangers remonte donc à une époque où l’armée syrienne avait perdu entre 500 et 1.150 soldats selon diverses estimations, alors que les estimations basses du nombre de soldats fidèles étaient au-delà de 60.000 hommes. Si ces chiffres constituent à l’époque un changement de paradigme important (la militarisation de la rébellion apparaît alors clairement), ils ne permettaient évidemment pas de prétendre que le régime « perdait le contrôle » de ses forces de sécurité, et qu’il ne lui restait plus que des miliciens étrangers pour tenir.

    Cette thèse apparaît alors pour ce qu’elle est : un vœu pieux (ou, plus certainement, un élément de langage central de la propagande guerrière) qui a accompagné toutes les étapes de la militarisation de la révolte syrienne. De la mi-2011 jusqu’à maintenant, on n’a cessé d’annoncer l’effondrement du régime (si ce n’est aujourd’hui, au pire dans quelques semaines) pour justifier toujours plus de soutien en armes et en hommes à la rébellion armée, ou une intervention étrangères (bénigne et légitime à défaut de légale, puisque le régime serait déjà prêt à tomber comme un fruit mûr – de toute façon uniquement soutenu par des ingérences étrangères elles-mêmes illégales).

    Une seconde difficulté est de continuer à présenter les troupes syriennes sur la base de l’image du soldat syrien aux chaussures usées, mal armé, mal entraîné, pas motivé, occupant une maison au Liban sans chauffage ni électricité ni sanitaires. L’armée syrienne combat depuis plusieurs années contre la guérilla, il serait donc temps de considérer que ses troupes sont désormais réorganisées, bien mieux financées, armées et entraînées, et qu’une bonne partie de ses hommes et de son encadrement ont autant, sinon plus, d’expérience au feu que les combattants du Hezbollah (la guerre de 2006 au Liban a duré exactement un mois).

    La troisième difficulté de la thèse de cet article est qu’elle repose sur l’occultation d’une des principales forces loyalistes en Syrie. L’article ne fait aucune mention des Forces de défense nationale, cette force paramilitaire organisée par le régime syrien, et forte de plusieurs dizaines de milliers de combattants (le chiffre de 60.000 combattants circule régulièrement). Ce n’est même pas une milice occulte, son existence est tout à fait officielle depuis janvier 2013 : « Assad forme une nouvelle force paramilitaire pour seconder l’armée »
    http://www.france24.com/fr/20130123-assad-syrie-milices-baas-femmes-force-paramilitaire-seconder-arme

    La nouvelle n’a pas fait grand bruit, et pourtant, le président syrien Bachar al-Assad a annoncé en fin de semaine dernière la création d’une force paramilitaire pour seconder l’armée dans sa lutte contre les rebelles. Le régime baasiste fait face à un conflit ouvert avec une opposition armée qui a fait plus de 60.000 morts en 22 mois.

    Sous le nom de Forces de défense nationale, cette nouvelle formation regrouperait les divers Comités populaires, des civils favorables au régime qui ont pris les armes pour défendre leurs quartiers contre l’incursion de rebelles.

    La quatrième et principale difficulté, c’est que cette théorie ne peut pas du tout expliquer les proportions de combattants tués. Les dernières estimations livrées par l’OSDH sont les suivantes (« Syria Death Toll Reported to Rise By 10,000 in Less Than 2 Months », 20 mai 2014)
    http://www.nytimes.com/2014/05/20/world/middleeast/syria.html

    Mr. Abdul Rahman claims to have contacts among government supporters and the security forces, and has provided rare estimates of the toll among pro-government forces: currently 61,170 Syrians, including 37,685 from the military and 23,485 from pro-government militias.

    The Syrian Observatory also said that it had tallied 438 dead from Hezbollah, the Lebanese militia fighting on the government side, which has not cited a figure for its own losses. And the group said that 1,224 non-Syrian, pro-government fighters had also died. Iraqi and other foreign fighters, most of them Shiite Muslims, have flocked to the government side, much as foreign Sunnis have joined the insurgents.

    The group also said that 42,701 antigovernment fighters had been killed, including more than 13,500 from jihadist groups like the Nusra Front and the Islamic State of Iraq and Syria, both of which are affiliated with Al Qaeda. It has also documented more than 2,000 deaths of people whose names and affiliations could not be determined.

    J’ai réalisé un graphique à partir de ces chiffres, et il est très parlant :
    http://i.imgur.com/1LxCQvH.jpg

    En haut à droite, le nombre de tués de l’armée syrienne régulière (37.685) ; en bas à droite, les tués parmi les milices pro-régime (23.485), très largement regroupées depuis début 2013 sous la bannière des Forces de défense nationale. L’OSDH souligne qu’il s’agit là de Syriens.

    Les tués parmi les milices étrangères pro-régime sont indiqués, en bas, par les deux toutes petites tranches (438 morts pour le Hezbollah, 1.224 pour les autres miliciens). C’est-à-dire, ensemble, moins de 3% des morts du côté du régime. Visiblement, le nombre de miliciens étrangers pro-régime tués est à la limite de l’anecdotique.

    Face à cela, il n’y a que 3 options :
    – décréter que les chiffres de l’OSDH sont totalement farfelus, non seulement en nombre mais aussi en proportions (et attention : il faut qu’ils soient vraiment très faux – par exemple si l’on considérait, au pifomètre, que l’OSDH triple le nombre de soldats loyalistes tués pour maintenir le morale des rebelles, les étrangers représenteraient encore moins de 10% des morts côté régime) ;
    – considérer que les combattants étrangers pro-régime, ces « autres djihadistes » de l’article, sont des combattants surhumains particulièrement difficiles à tuer ;
    – plus certainement : admettre que les forces loyalistes syriennes subissent 97% des pertes parce qu’elles constituent toujours l’essentiel des combattants, et que la thèse de la prépondérance des miliciens étrangers est fausse. Prétendre que les miliciens irakiens seraient jusqu’à 40.000 (c’est-à-dire à peine moins que l’estimation habituelle des FDN) et que le Hezbollah serait « une véritable force de substitution » est totalement indéfendable.

    Le rôle des milices étrangères est certainement important. Que ces forces permettent de faire la différence dans certaines situations spécifiques est également probable. Mais en faire l’élément fondamental de la survie du régime ne correspond pas à la réalité.

    De fait, il faut s’interroger sur l’intérêt de répandre de telles élucubrations.

    – Cette littérature repose fondamentalement sur le rejet de toute forme de « realpolitik » en Syrie, depuis 3 ans, au nom d’une posture totalement moralisatrice invoquant les grandes figures de la lutte du bien contre le mal. Cette partie du texte est d’ailleurs truffée de petites mentions typiques des prétentions moralisatrices du genre : « ces autres djihadistes », « notamment des snipers » (accompagné d’une note bien mystérieuse : « le parti chiite semble disposer d’une véritable expertise dans ce domaine »), l’affirmation curieuse selon laquelle « les blessés ne reçoivent pas de traitement adapté, quelle que soit la blessure », « Israël, ennemi qu’elle n’osait jamais attaquer »…

    Cette base morale a systématiquement été utilisée pour soutenir toutes les options de la rébellion armée, et éloigner tous ceux qui en ont, très tôt, dénoncé les dérives et la prévisible conclusion catastrophique. Lire par exemple : « Haytham Manna : “Catalogués malgré eux !” »
    http://cpa.hypotheses.org/5004

    Quotidiennement, on nous répétait : « Deux semaines et tout sera fini. » Nous répondions que ce serait long. Les accusations pleuvaient sur nous, nous accusant de toutes les trahisons possibles, alors que ce sont eux qui ont prêté l’oreille à l’étranger, qui ont trahi tous les espoirs. Le jour où nous avons lancé les slogans réclamant la chute du régime dictatorial accompagné des trois « non » (non au confessionnalisme, non à la violence et non à l’intervention militaire étrangère), le porte-parole des Frères musulmans a expliqué qu’il n’y avait pas de tabous.

    Nikolaos van Dam explique cette politique basée sur des vœux pieux : « Syria : The West Should Stop Raising False Expectations », 19 mai 2014
    http://www.joshualandis.com/blog/syria-west-stop-raising-false-expectations-nikolaos-van-dam

    The Western approach to the Syrian uprising has from the very beginning been dominated by an overdose of wishful thinking, because precedence was given to supposedly democratic and moralistic ideals over realpolitik. Many Western politicians based their positions on their day-to-day domestic political reflexes, rather than on the long-term vision and result-oriented pragmatism that is needed to work towards genuinely helping to solve the conflict. Most Western politicians became fixated on the idea that the conflict could only be resolved if al-Asad was removed from power. They had clear thoughts about what they did not want, but no realistic ideas of what they wanted in al-Asad’s place. Yes, they wanted a democracy, but a violent deposal of al-Asad could not realistically have been expected to result in such a desired peaceful democracy.

    Or, l’échec de cette politique est désormais tellement patent que Juan Cole peut écrire un jugement aussi explicite que celui-ci (« Is the Fall of Homs a turning point in Regime’s Quest to Recapture Syria ? », 8 mai 2014) :
    http://www.juancole.com/2014/05/turning-regimes-recapture.html

    The opposition’s decision to militarize was a serious error.

    On est là, très clairement, à l’opposé de ce qui pouvait se publier ouvertement en France il n’y a pas si longtemps. Ce genre de positions vous valait d’être rapidement traité d’« idiot utile du bacharisme », de « conspirationniste » et d’« ennemi du peuple syrien ». Et en tout état de cause, il était impossible d’être progressiste, de gauche, et de ne pas adhérer aux charmes d’une révolution armée soutenue par l’OTAN, les pétromonarchies et le 14 Mars libanais.

    Prétendre au rôle fondamental des milices étrangères en faveur du régime apparaît comme une justification à un choix stratégique catastrophique. Rendez-vous compte : sans le soutien russe, sans le soutien iranien, sans le Hezbollah, sans les milices irakiennes, ce serait déjà terminé puisque l’armée s’est déjà effondrée (et on mettrait Paris en bouteille). Mais on reste toujours dans l’argument purement moralisateur, alors que la question n’est pas là : même si tout cela était vrai, le problème reste que les soutiens étrangers au régime syrien ont toujours été connus et que l’importance stratégique de la Syrie pour ses alliés régionaux était notoire. À nouveau, il s’agirait d’avancer un jugement purement moral pour justifier les errements d’une politique fondée sur une « overdose of wishful thinking ».

    – La seconde utilité de ce genre de texte, c’est de justifier les dérives sectaires de l’opposition. Ces derniers temps, il est très fréquent d’entendre qu’il y aurait « plus de jihadistes étrangers chiites pro-régime que de jihadiste sunnites dans l’opposition ». C’est un des éléments de langage à la mode. C’est le genre d’excuse moraliste (basée sur de chiffres approximatifs) qui permet de distiller l’idée qu’il y aurait en Syrie un ignoble confessionnalisme chiite parfaitement illégitime, et un gentil confessionnalisme sunnite tout à fait légitime.

    – La troisième utilité est plus grave : c’est encore et toujours le même accompagnement des politiques de changement de régime de l’OTAN sur des base prétendument humanitaires et morales. On gagnera à lire le texte d’Edward S. Herman (le co-auteur, avec Chomsky, de l’ouvrage de référence La fabrication du consentement) : « Manufacturing Failed States », 27 août 2012 :
    http://zcomm.org/zmagazine/manufacturing-failed-states-by-edward-s-herman

    This is helped still further by the fact that the atrocity claims and pictures of grieving widows and refugees, the seemingly compelling evidence on atrocities, and an establishment consensus on the “responsibility to protect” the victim populations, also affect liberal and left elements in the West, causing some to join the mainstream throng in denouncing the targeted regime and demanding humanitarian intervention, and many others to lapse into silence because of confusion and an unwillingness to be accused of “supporting the dictators.”

    The argument of the interventionists is that while we may seem to be supporting an expanding imperialism, exceptions must be made where exceptionally bad things are happening and the home public is aroused and wants action, but we may show our progressive credentials by trying to micro-manage and contain the imperial attack, as in insisting on adherence to a no-fly zone intervention in Libya (see Gilbert Achcar, “A legitimate and necessary debate from an anti-imperialist perspective,” ZNet, March 25, 2011; and my reply in “Gilbert Achcar’s Defense of Humanitarian Intervention,” MRZine, April 8, 2011, which refers to the “imperialist fine-tuning left”).

    –-
    2. LE HEZBOLLAH À L’AVANT-GARDE DES COMBATS
    –-

    Si le texte d’Orient XXI prétend présenter « ces milices » et « les combattants étrangers », « l’engagement du Hezbollah, des pasdarans et des chiites irakiens », en pratique le texte est presque entièrement consacré au cas du Hezbollah.

    Hors Hezbollah, le lecteur a droit à deux phrases : la première au sujet d’une « mission de conseil » iranienne afin de coordonner l’arrivée des forces étrangères » et une rapide évocation des « miliciens irakiens », estimés par le Guardian à 10.000 hommes, et par Al Ahram Weekly à 40.000. (Le paragraphe suivant évoque des éléments totalement anecdotiques.)

    Rien sur le PSNS :
    http://english.al-akhbar.com/content/ssnp-‘hurricane’-syrian-conflict-syria-and-south-lebanon-are-same

    Rien sur les Nationalistes arabes :
    http://english.al-akhbar.com/content/arab-nationalists-take-arms-battle-syria

    Rien sur les Palestiniens du FPLP-CG :
    http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/03/les-palestiniens-de-syrie-dechires-par-les-combats_1812428_3210.html

    Rien (heureusement ?) sur les réfugiés afghans envoyés par l’Iran récemment introduits par le Wall Street Journal (affirmation récemment moquée par Angry Arab) :
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304908304579564161508613846

    Une statistique éclairante : sur les 11.000 caractères du texte, 8.000 ne concernent que le Hezbollah. C’est donc une attaque frontale contre le Hezbollah, publiée par Orient XXI le lendemain même de l’anniversaire de la Libération du Liban le 25 mai 2000. C’est le genre d’élégance qui met donc Orient XXI au niveau de pertinence du site Now Lebanon, et de son magnifique « Resistance…What Resistance ? » :
    https://now.mmedia.me/lb/en/lebanon/548646-resistancewhat-resistance

    Toute la seconde partie prétend démontrer que « la branche militaire du parti chiite s’est rapidement transformée en véritable force de substitution ». Voir précédemment : avec moins de 1% des morts au combat, il n’est pas possible de parler ainsi de « substitution », ni de prétendre que « les régime syrien ne peut survivre sans la présence du Hezbollah ».

    Un aspect intéressant est le chiffre de 4.000 combattants du Hezbollah envoyés combattre à Qusayr. Cette information n’est pas sourcée. Je pense qu’il faut s’y attarder.

    Le 23 mai, l’AFP cite une estimation entre 800 et 1200 combattants : « AFP : ’75 Hezbollah fighters killed in Syria so far’ »
    http://www.arabnews.com/news/452647

    Le 29 mai 2013, sur la base des agences, Al Jazeera annonce 1700 combattants : « Syria and Hezbollah bolster forces in Qusayr »
    http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2013/05/2013529105510937115.html

    Le WINEP, le 31 mai, s’arrête sur le chiffre de 2000 combattants (et cinq à six mille troupes gouvernementales) : « The Qusayr Rules : The Syrian Regime’s Changing Way of War »
    http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/the-qusayr-rules-the-syrian-regimes-changing-way-of-war

    At present, around five to six thousand government troops are involved in the battle, along with some two thousand Hizballah fighters. Each of these contingents has been reinforced in the past few days, reflecting the stubbornness of rebel resistance and the regime’s need for a clear victory. Unconfirmed opposition reports have also claimed that Iranian fighters are involved in the fighting.

    Toujours le 29 mai, la théorie est la suivante : les combattants étaient chiffrés à 1700, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port : « AFP (édité par LCI) : De 3.000 à 4.000 combattants du Hezbollah en Syrie »
    http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/de-3-000-a-4-000-combattants-du-hezbollah-en-syrie-7978352.html

    Le chiffre de 1.700 combattants du Hezbollah lancés dans l’offensive contre Qousseir était jusqu’à présent évoqué, mais l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG syrienne, a fait état mercredi [29 mai] de l’envoi de renforts du Hezbollah et des forces spéciales syriennes pour prendre le dernier carré de cette ville.

    Le 24 mai, le porte-parole de l’Armée syrienne libre estime le chiffre à 3.000 et annonce que 1.200 renforts sont prêts à arriver : « Hizbullah leading the fight in Qusayr : Syrian activists »
    http://al-shorfa.com/en_GB/articles/meii/features/2013/05/24/feature-01

    En fait de prompt renfort, c’est surtout une « Audition du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale » qui fixe la fourchette autorisée :
    http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/vues/Kiosque/FranceDiplomatie/index.php?fichier=bafr2013-05-31.html

    Et en ce qui concerne le Hezbollah, puisqu’une question m’a été posée sur l’estimation qui peut être faite des chiffres des militants Hezbollah présents dans la bataille, les chiffres hésitent entre 3.000 et 10.000. Notre estimation est autour de 3 à 4.000, mais quand vous avez des combattants très solidement armés, qui sont prêts à mourir et qui sont plusieurs milliers, cela fait une différence importante.

    Pourtant, le 19 mars, Aurélie Daher faisait déjà remarquer que le chiffre de 3000 combattants n’était « pas crédible » (« En Syrie, le Hezbollah se bat d’abord pour préserver ses propres intérêts ») :
    http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/en-syrie-hezbollah-se-bat-d-abord-preserver-propres-interets-10603

    Il est difficile d’avancer des chiffres fiables. Certains sont exagérés, quand on parle par exemple de plus de 3000 combattants lors de la bataille de Qusayr. Ce n’est pas crédible. A titre comparatif, durant l’offensive israélienne contre le Liban de l’été 2006, le nombre de ses combattants oscillait entre 2500 et 5000, selon les sources. Or, il est très peu probable que la RIL dégarnisse largement ses rangs au profit de la Syrie, en abandonnant largement le territoire libanais.

    Habituellement, les estimations du nombre de combattants du Hezbollah engagés en 2006 contre Israël montent à 4.000 ou 5.000 combattants, alors qu’il s’agissait d’une guerre plutôt longue sur le sol libanais lui-même, et dans toutes les villes et tous les villages envahis par les Israéliens.

    En juillet 2013, on trouve une estimation plus récente, et plutôt élevée : Le Liban dans la crainte d’une nouvelle guerre civile
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/07/11/le-liban-dans-la-crainte-d-une-nouvelle-guerre-civile_3445096_3218.html

    L’avantage militaire et stratégique du Hezbollah au Liban freine encore les velléités des uns et des autres. « C’est une véritable armée conventionnelle et confessionnelle, qui dispose de 5000 à 7 000 combattants et d’une réserve de jeunes chiites formés dans ses camps, ainsi que d’un arsenal important. C’est un élement de neutralisation des forces en présence, même s’il n’est pas une garantie de paix et de stabilité », souligne Vincent Geisser.

    De fait, 4.000 combattants du Hezbollah à Qusayr signifierait que le parti aurait engagé toutes ses troupes d’active en Syrie. Plus loin, l’affirmation qu’« entre 5.000 et 10.000 hommes du Hezbollah y seraient présents en permanence » pose le même problème logique : il n’y aurait plus aucun combattant du Hezbollah sur le sol libanais.

    La reprise du chiffre de 4.000 combattants est ici intéressante : elle se base sur l’estimation haute fournie par Laurent Fabius le 29 mars 2013. À l’époque, personne ne doute que la déclaration de Fabius s’inscrit dans un agenda politique : « Faustine Vincent : Quel rôle joue le Hezbollah libanais en Syrie ? », le 29 mars :
    http://www.20minutes.fr/monde/syrie/1164279-20130529-role-joue-hezbollah-libanais-syrie

    Cette implication inquiète les Etats-Unis, la Turquie et le Qatar, qui ont déposé un projet de résolution débattu ce mercredi pour condamner « l’intervention de combattants étrangers » à Qousseir. Le projet vise, sans le nommer, le Hezbollah. Présenté au cours d’un débat en urgence devant le Conseil des droits de l’Homme, ses résolutions n’ont toutefois pas de caractère contraignant.

    En Europe, où l’on partage ces craintes sur le rôle croissant du Hezbollah, les pressions se multiplient pour classer le mouvement sur la liste européenne des organisations terroristes, comme c’est le cas aux Etats-Unis. « L’Europe cherche la position à adopter face à lui, mais sanctionner est délicat, parce que [la branche politique] du Hezbollah fait partie de la coalition au pouvoir au Liban », confie à 20 Minutes une source proche du dossier.

    La déclaration de Fabius est ici immédiatement associée à un projet de résolution au Conseil de sécurité, et au classement du Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes (ce qui a finalement été obtenu le 22 juillet 2013).

    Quel est donc, à nouveau, l’intérêt de reprendre des informations approximatives sur l’implication du Hezbollah sur la base de chiffres non sourcés ? Comment prétendre que « l’importance [de ces “autres djihadistes”] est parfois mésestimée », alors que ces chiffres et ces événements ont déjà été très largement exploités par le Quai d’Orsay pour obtenir le classement du Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes européennes ? « Le Hezbollah classé organisation terroriste par l’UE », 23 juillet 2013
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/07/23/le-hezbollah-classe-organisation-terroriste-par-l-ue_3451432_3214.html

    Mais la décision de l’UE constitue aussi et surtout la riposte de Bruxelles à l’enrôlement croissant des combattants du Hezbollah dans les rangs des forces favorables au président syrien, Bachar Al-Assad. “Le lien est indirect, mais rien n’aurait changé dans le débat européen sans le contexte syrien”, indiquent des diplomates à Bruxelles. Certains Etats, à commencer par la France et l’Espagne, ont revu leur position il y a quelques semaines. Il est probable à cet égard que la chute de Qousseir, une place forte de la rébellion syrienne, reconquise début juin par le régime et ses alliés libanais, ait constitué un tournant.

    Par ailleurs, il s’agit d’une des obsessions des propagandistes de la rébellion armée, et notamment du 14 Mars libanais et ses soutiens du Golfe. Le Akhbar a encore rappelé, le 22 mai 2014, qu’une partie de l’opposition, proche du 14 Mars libanais, avait très tôt attaqué le Hezbollah : « Syria : The ‘comforting’ narratives of the conflict »
    http://english.al-akhbar.com/content/syria-‘comforting’-narratives-conflict

    It was also natural for these factions to desire a clash between the Syrian uprising and Hezbollah (at the first week of the protests, Maamoun al-Homsi, a Syrian dissident close to the Future Movement, claimed that Hezbollah was behind the crackdown on protesters in Daraa).

    Le même était complaisament relayé par al-Arabiya en mai 2011 : « Analysis : Nasrallah comes to the rescue of Assad »
    http://www.jpost.com/Middle-East/Analysis-Nasrallah-comes-to-the-rescue-of-Assad

    On May 20 [2011], Al-Arabbiya interviewed Syrian oppositionist Mamoun Al-Homsi who accused Hezbollah of direct involvement in repressing the Syrian revolution.
    “Today thousands of men from Hezbollah entered the grand Bani Umayyah mosque [in Damascus] and beat the youngsters inside, sending dozens to the hospital,” Al-Homsi said. “What are Lebanese doing in the middle of the mosque with batons and knives? What is this brutality?”

    Hezbollah spokesman Ibrahim Al-Musawi denied Al-Homsi’s claims, but Nasrallah accused the station of broadcasting the denial only once while broadcasting the fallacious allegations “around the clock”.

    En fait, la focalisation très précoce sur le rôle supposé sur Hezbollah est une des raisons principales de la méfiance des gauches arabes et anti-impérialistes envers cette partie de la « révolution » organisée autour des Frères musulmans et soutenue par les dictatures du Golfe et le 14 Mars libanais. Il s’agit d’un axe fondamental de l’agitation organisée au Liban contre le parti de la Résistance. Je l’avais d’ailleurs indiqué en conclusion de mon article sur le cablegate au Liban :
    http://blog.mondediplo.net/2013-06-24-Au-Liban-ce-que-devoilent-les-cables-de-Wikileaks

    Sous couvert de soutien militaire à la révolution syrienne, c’est un étrange mélange des genres entre fondamentalisme religieux, haine confessionnelle contre les chiites et les alaouites, récupération des slogans des révolutions arabes, et volonté de « revanche » contre le Hezbollah, qui finit d’enterrer le sunnisme politique, néolibéral et pro-occidental, que prétendait incarner le camp de M. Hariri.

    D’ailleurs, le magazine Time, avec toujours une longueur d’avance dans le traitement du sujet-qui-intéresse-l’OTAN et la promotion du wishful thinking, s’interrogeait déjà lourdement en décembre 2011 (un an et demi avant Qusayr) : est-ce que le soutien du Hezbollah à la Syrie va provoquer sa chute ? L’article concluait avec l’introduction d’un jeu de mot élégant et pas du tout sectaire : « Hezb al-Shaitan » (le parti du diable) : « Will Hizballah’s Support for Syria Lead To Its Downfall ? »
    http://world.time.com/2011/12/08/will-hizballahs-support-for-syria-lead-to-its-downfall

    With Mubarak gone, and a new Israel policy in flux, Hizballah could find that it no longer dominates the anti-Israel space. “Hizballah is not the only game in town anymore,” says Cambanis. “As a result of the Arab Spring we now have authentic indigenous groups that oppose Israel. Egypt might be moving to a model where they challenge Israel politically without trying to start a war, where they can offer an alternative to armed resistance.”

    For Syrians of course, the betrayal is even more sharply felt. During the wars with Israel, Hizballah members and their families sought refuge among Syrians across the border with Lebanon. In many cases they are the same Syrians who are now suffering so acutely from the regime crackdown. To see Hizballah repudiate the anti-Assad resistance is the worst kind of betrayal, says Ahmed Moussa, a spokesman for Syrian refugees in Lebanon. “Hizballah means ‘Party of God,’ but we don’t call them that any more. What Hizballah is doing now is Satan’s work, so now we call them Hezb-e-Shaitan [party of the devil].”

    On est donc dans la vieille lubie, lancée dès les tous débuts de la révolution, mise en avant de manière systématique dans tous les médias internationaux depuis 3 ans, bien avant l’intervention du parti, et présentée ici comme « mésestimée ». De façon totalement transparente, il s’agit d’un axe central de la campagne de délégitimation de la Résistance libanaise.

    Le fait que le Hezbollah, avec les événements de Syrie, serait forcé de choisir entre deux (très) mauvaises solutions apparaissait comme inéluctable. Placé devant le même choix, le Hamas palestinien a opté pour la solution inverse, personne ne saurait dire aujourd’hui ce qu’il y a gagné.

    –-
    3. TENSION INTERNES AU CONDITIONNEL
    –-

    La dernière partie tente de broder sur les difficultés de la « cohabitation » entre le Hezbollah et l’armée syrienne. Il n’y a pas grand chose à discuter, vraiment, parce que l’intégralité de cette partie est rédigée au conditionnel de précaution.

    J’en ai fait une petite compilation (authentique) :

    […] semblent avoir contribué […] auraient été tués […] aurait même poussé […] auraient entraîné la mort […] tiendraient notamment […]

    […] elle serait tombée […] il est évidemment difficile de connaître les détails […] bien des interprétations […] aurait interdit […] auraient ainsi été tués […] Si… excessive et… mal documentée, elle souligne… qui pourraient…

    […] aurait tiré […] Qu’il s’agisse… ou… l’acte aurait apparemment […]

    […] pourraient, à terme, poser des difficulés […] pourrait conduire, sous peu…

    Je ne vois pas comment un site avec un minimum de sérieux peu publier quelque chose d’aussi invraisemblable. Ce qui donne une phrase qui devrait figurer dans les manuels de formation des journalistes (en tant que contre-exemple) :

    Si une telle interprétation apparaît comme sans doute excessive et en tout cas faiblement documentée, elle souligne néanmoins le développement de logiques qui pourraient à terme devenir conflictuelles.

    J’ignore comment on peut accepter qu’une interprétation présentée comme fausse et fondée sur rien pourrait souligner un « développement de logiques » qui pourraient… blah blah blah.

    Si l’on arrive cependant à supporter tous ces conditionnels, il semble que l’auteur affirme (peut-être et sous conditions) que l’armée syrienne serait en train de tuer des gens d’Al Manar et du Hezbollah au motif que ce dernier serait trop efficace dans sa façon de mener les combats (et donc de sauver le régime). À ce jour, c’est la théorie du complot la plus stupide que j’ai entendue au sujet du conflit syrien.

    Et évidemment, la toute dernière phrase de la conclusion est écrite au conditionnel :

    Cette situation pourrait conduire (ou pas) à aggraver les tensions… »

    –-
    4. ET UN PETIT MOT GENTIL POUR NOS AMIS
    –-

    J’aurais dû commencer par la fin :

    Mais d’autre part, le parti chiite, sous pression de la coalition libanaise du 14-mars (anti-syrienne et dirigée par Saad Hariri), n’envisage pas de rester indéfiniment en Syrie.

    Ah, c’est donc de ce genre comique qu’il s’agit…

    • Parfait ! Un reproche tout de même : la qualité de la réponse pourrait faire penser que l’article possède un minimum de sérieux, ce qui n’est vraiment pas le cas. Un petit exemple : "L’histoire retiendra la présence hallucinante de membres du gang californien Sureños, de combattants yéménites issus de la rébellion « houthiste » ou encore la « folle histoire » de ces mercenaires russes projetés pour reprendre les champs pétrolifères des mains des groupes djihadistes, avant d’être finalement rapatriés dans l’urgence."
      Comme j’aime bien ce genre d’histoires, je suis allé fouiller du côté des "membres du gang californien Sureños" en me disant que j’avais dû rater un truc passionnant. Il y a peut-être mieux comme source, mais ce que j’ai trouvé c’était ça !!!
      “I’m pretty sure that they’re in Syria ; I have no reason to believe they’re lying,” said Rafael Green, a researcher at the MEMRI, in comments to FoxNews.com.
      http://english.alarabiya.net/en/News/middle-east/2014/03/04/Video-Los-Angeles-gang-members-fighting-in-Syria.html
      Pour ceux qui l’ignorent encore, le MEMRI est une officine de propagande israélienne aux USA (qui fait par ailleurs un énorme travail, mais ils doivent avoir la foi des convaincus...) Quant à FoxNews, disons que c’est du niveau de l’article !

    • Sujet traité de manière à peine moins subtile hier dans le Financial Times :
      http://www.ft.com/intl/cms/s/0/b6f93e4e-e584-11e3-8b90-00144feabdc0.html

      http://im.ft-static.com/content/images/b477373e-e5bb-11e3-a7f5-00144feabdc0.img?.jpg

      The war this time generally pits three increasingly allied Shia-dominated governments in Syria, Iraq and Lebanon against Sunni rebels who appear to be learning tactics from each other and sharing resources. The governments are also taking varied levels of direction from Ayatollah Ali Khamenei’s regime in Iran. Weaponry supporting the Syrian regime comes from Russia, which with China provides cover from the UN Security Council.

      Shia-dominated government in Lebanon ?

    • Romain Caillet a aimé qu’on parle du sujet dont on ne parle jamais :
      https://twitter.com/romaincaillet/status/471690960213000192

      #Syrie : le jihadisme internationaliste chiite dont on ne parle jamais. http://orientxxi.info/magazine/ces-milices-qui-se-battent-aux,0596 …

      Ennasri Nabil aussi :
      https://twitter.com/ennasrinabil/status/471037192601485312

      De ces « jihadistes » qui soutiennent le massacre de Bashar et dont on parle peu : le « Hezbollah » notamment : http://orientxxi.info/magazine/ces-milices-qui-se-battent-aux,0596 … @Alkanz

      Et Leverrier Ignace a retweeté :
      https://twitter.com/orientxxi/status/471679951302057984

      #Syrie Le sujet est moins évoqué que les #djihadistes : qui sont ces étrangers qui se battent pour #AlAssad ? http://orientxxi.info/magazine/ces-milices-qui-se-battent-aux,0596 …

    • Peut-être Angry Arab devrait-il un peu moins « moquer » cette histoire de combattants afghans. Une explication alternative pour ces images des ces miliciens Hazaras dans les montagnes de Lattaquié ? A partir de 6:36, on peut les entendre converser en Dari et se présenter comme « Afghans ».

    • – Vous avez trouvé une vidéo avec deux Afghans. L’article du WSJ commence par cette phrase :

      Iran has been recruiting thousands of Afghan refugees to fight in Syria…

      Il y a de la marge.

      – C’est moi qui signale l’affirmation de la présence d’Afghans par le WJS, affirmation que je minore par la mention d’Angry Arab. L’article d’Orient XXI que je commente, en revanche, ne parle pas des Afghans (ni du PSNS, ni des nationalistes, ni de grand monde en fait).

      – L’article que vous indiquez va tout à fait dans le sens de ce que je dis : oui il y a 250 combattants du Hezbollah, et plein d’autres gens, tous Syriens :

      Predictably, they abandoned their positions in Zahra when the fighting began, leaving the other overstretched formations, the army, the Ba’ath Brigades, a Hezbollah detachment, Air Force Intelligence personnel and the Al-Quds Brigades to stand alone against an overwhelming number of attackers.

    • Plein d’autres gens qui, de leur propre aveu, auraient été incapables de tenir leurs positions sans le bataillon du Hezb (« Without them, I don’t think we could have held on »).

      Je ne crois pas à la thèse de la « substitution », mais au fait que les combattants étrangers chiites ont joué un rôle clé dans la quasi-totalité des victoires remportées par le régime depuis un an. Sans eux, le régime n’aurait sans doute pas repris al-Qusayr, et donc Homs. Sans eux, il n’aurait pas pu affamer les banlieues sud de Damas et conclure les trêves qui en ont résulté. Le Hezb s’est suffisamment vanté de ses « exploits » dans le Qalamoun pour que l’on considère sa participation comme essentielle dans cette campagne. Et à en croire l’article cité plus haut, les rebelles auraient peut-être enfoncé le front de Jam’iyyat al-Zahra’ à Alep sans la présence de ces combattants étrangers (notons que la présence de bataillons irakiens est également attestée à Alep-Ouest, not. Harakat al-Nujaba’, établi à l’Académie Militaire). Bref, sans ces derniers, le régime syrien serait dans une situation catastrophique.

    • Je ne vois pas bien de quoi on discute, là. Très clairement, je n’ai pas écrit qu’il n’y a pas de combattants étrangers côté régime (au contraire, je signale qu’il « en manque » dans l’article), et je ne dis pas non plus qu’ils ne sont pas importants.

      J’ai écrit :

      – plus certainement : admettre que les forces loyalistes syriennes subissent 97% des pertes parce qu’elles constituent toujours l’essentiel des combattants, et que la thèse de la prépondérance des miliciens étrangers est fausse. Prétendre que les miliciens irakiens seraient jusqu’à 40.000 (c’est-à-dire à peine moins que l’estimation habituelle des FDN) et que le Hezbollah serait « une véritable force de substitution » est totalement indéfendable.

      Le rôle des milices étrangères est certainement important. Que ces forces permettent de faire la différence dans certaines situations spécifiques est également probable. Mais en faire l’élément fondamental de la survie du régime ne correspond pas à la réalité.

    • Historicoblog (3) : Les autres combattants étrangers du conflit syrien. Quelques réflexions sur un débat
      http://historicoblog3.blogspot.fr/2014/06/les-autres-combattants-etrangers-du.html

      Quelques jours plus tard, un auteur écrivant sous le pseudonyme de Nidal publie un article en forme de réponse au précédent, qu’il massacre pour ainsi dire en règle avec des arguments plus ou moins fondés, le tout desservi par un ton très polémique3. Comme je suis cité dans l’argumentaire de Nidal par l’intermédiaire de mes travaux, je souhaite réagir à ce sujet, en particulier sur les point sur lesquels je suis en désaccord, assez brièvement, en renvoyant aussi vers mes précédents billets.

    • Sur l’effondrement supposé de l’armée syrienne, Fabrice Balanche, Insurrection et contre-insurrection en Syrie, juin 2014
      https://www.academia.edu/7311706/Insurrection_et_contre_insurrection_en_Syrie_insurgency_and_counterinsurge

      L’armée syrienne était estimée à 325.000 hommes avant la crise, elle semble aujourd’hui réduite à 235.000 hommes. Une partie des désertions et les pertes ont été comblées par l’appel des réservistes. La moitié des troupes est constituée de conscrits qui effectuent un service militaire de deux ans et demi. […]

      Bachar el Assad, tout comme son père, contrôle personnellement les mutations et les promotions d’officiers. Il veillait notamment à ce que les officiers sunnites ne soient pas placés à des postes stratégiques et concentrés dans une même garnison pour éviter que des régiments entiers ne se mutinent. Aucun régiment complet n’a fait défection depuis le début de la crise, les désertions furent toujours individuelles ou en petits groupes.


  • Egypt business pushes Sisi for energy subsidy cuts | Reuters
    http://www.reuters.com/article/2014/05/21/us-egypt-election-subsidies-idUSBREA4K05620140521
    intéressant article sur l’enjeu de l’énergie en Egypte. Sur ce sujet, je suis preneur d’illustrations et en particulier de caricatures si vous en trouvez, chers followers ! Merci d’avance

    Former army chief Abdel Fattah al-Sisi has kept Egyptians guessing about how he will handle energy subsidies, one of the most explosive issues coming his way if, as seems certain, he is elected president next week.

    Cautious campaign language shows he is well aware subsidy cuts that would help repair ruinous government finances might also spark the kind of unrest that helped topple two presidents in three years. Yet he may find his resolve to stem the expense stiffened from an unlikely quarter - some of Egypt’s wealthiest, whose businesses have benefited greatly from state largesse.

    Several leading business figures, including in the energy sector and in energy-intensive manufacturing industries, have told Reuters they hope Sisi grasps the nettle and reins in subsidies on fuel and electricity even at the risk of anger on the street, in order to avert a collapse in public finances.

    As a long-standing bulwark of the 30-year rule of Hosni Mubarak, during which the subsidy regime was entrenched, Egypt’s big business establishment has a voice that is likely to count with Sisi, whose probable victory in a vote to be held on Monday and Tuesday will restore a military man to Cairo’s presidential palace after the brief hiatus of Islamist control.

    The political and economic turmoil since Mubarak fell in 2011 and last year’s removal by Sisi of President Mohamed Mursi of the Muslim Brotherhood has exacerbated problems for a state budget, a whopping 13 percent of which is spent on letting businesses and consumers buy energy at well below market prices.

    #Egypte #subvention #pénurie #électricité #énergie
    Sur ce sujet, je renvoie au travail effectué par Jimmy Markoum sous ma supervision :
    Le développement du réseau de gaz naturel au Caire : une réforme qui pénalise les quartiers informels
    Markoum J., Verdeil E.
    Dans Quartiers informels d’un monde arabe en transition. réflexions et perspectives pour l’action urbaine - « Printemps arabes » et fabrique urbaine : enjeux relatifs aux quartiers informels et nouvelles perspectives d’action, séminaire Served, Paris : France (2011) - http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00857531
    ainsi qu’à son mémoire : Enjeux de la réforme des services urbains. La mise en place d‟un réseau de gaz naturel dans la région du Grand Caire http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00660868



  • La Ville bidon, film de Jacques Baratier
    https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Ville_bidon

    La Ville bidon est un film français réalisé par Jacques Baratier, sorti en 19761. Il s’agit de la reprise du téléfilm La Décharge, tourné en 1968 et 1970, réalisé en 1971 mais censuré et donc non diffusé sous ce format. Le fim a été réédité en DVD en 2008 par Doriane Films2. Ce film satirique est une critique de l’urbanisme des villes nouvelles dans la banlieue parisienne, dont il stigmatise l’affairisme et l’idéalisme hypocrite, tout en soulignant la violence du démantèlement des bidonvilles et l’absurdité de vie dans les grands ensembles, dans un contexte de montée de la société de consommation. La réception du film a été contrastée.

    J’ai vu hier ce film en DVD. Grand plaisir filmique. Un film à montrer aux apprentis urbanistes et aux architectes. A notre époque caractérisée par de nouveaux bidonvilles que nous écrasons aux bulldozers exactement comme en 1970 - mais sans proposer aux Rroms qui les habitent les sinistres cités de transit ou les HLM mises en scène dans le film, il y a des parallèles intéressants à tirer sur la violence que constitue toujours l’urbanisme, le déni de liberté qu’il opère et l’imposition de normes arbitraires qu’il met en œuvre - au nom du bonheur. Scène extraordinaire vue dans le film : le sociologue qui demande à l’épaviste rebelle : pourquoi refusez vous le bonheur ? Et l’on voit ces scènes merveilleuses où les trois casseurs font des courses en se faisant tirer sur des capots de voiture accrochés à de vieilles bagnoles, dans une recherche de la jouissance sans entrave ni limite. La scène finale où l’un des héros se renverse et meurt évoque James Dean dans la La Fureur de vivre.
    Une flopée de sites en parle et fournissent des éléments sur la réception du film. J’ai mis à jour la fiche wikipedia du film pour rassembler tout cela.
    En bonus sur le DVD se trouve un documentaire de 1956 dont le ton tranche complètement avec ce film. Basé sur des rapports officiels, il dresse un état des lieux de la situation dramatique du logement au moment même du lancement de l’appel de l’abbé Pierre. Le ton est misérabiliste, et le document est un appel technocratique et moralisateur à démolir le vieux Paris insalubre et les bidonvilles de France et de Navarre pour les remplacer par un urbanisme propret (on voit un exemple de cité jardin) perçu comme une voie régénération de la France. La seule fois qu’une voix d’habitant se fait entendre, c’est une lettre dramatique d’une femme adressée à l’abbé Pierre justement, mais on complètement dans le pathos. Bref, le contraste entre les deux documents, à quinze ans d’écart, est saisissant...
    #urbanisme #France #1970 #1956 #Abbé_Pierre



  • Fin de la politique de la porte ouverte aux réfugiés syriens - Fady NOUN - L’Orient-Le Jour
    http://www.lorientlejour.com/article/868752/fin-de-la-politique-de-la-porte-ouverte-aux-refugies-syriens.html

    Par contre, les ministres ont réussi à s’entendre sur les grandes lignes d’un début de règlement du drame des réfugiés syriens, et d’abord sur la fin de « la politique de la porte ouverte » et la nécessité de contenir désormais l’afflux de réfugiés, chaque fois que cela est possible. Une cellule de crise présidée par le Premier ministre et comprenant en outre Gebran Bassil (AE), Rachid Derbas (Affaires sociales) et Nouhad Machnouk (Intérieur) a été formée pour superviser la mise en place de la nouvelle politique et en parler de façon unifiée à la communauté internationale.

    Il faut inciter les réfugiés qui le peuvent à regagner la Syrie, sinon leurs régions d’origine, du moins des camps de réfugiés qui seraient installés en territoire sûr syrien, ont ainsi décidé les ministres. Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a été chargé de réfléchir à cet aspect des choses en coordination avec le gouvernement syrien et divers pays, organisations et ONG concernés.

    #Liban #Syrie #réfugiés


  • Echec du projet de titularisation des centaines d’enseignants contractuels qui font tourner l’Université Libanaise au quotidien
    Fin de la politique de la porte ouverte aux réfugiés syriens - Fady NOUN - L’Orient-Le Jour
    http://www.lorientlejour.com/article/868752/fin-de-la-politique-de-la-porte-ouverte-aux-refugies-syriens.html

    La tentative était audacieuse : prendre par surprise le Conseil des ministres et régler d’un coup, au finish, un contentieux qui traîne depuis dix ans au moins. Hélas, pour le ministre de l’Éducation nationale Élias Bou Saab, le miracle n’a pas eu lieu. À la veille du départ du chef de l’État, et de l’ouverture d’une période d’incertitude où le CPL semble vouloir changer les règles du jeu gouvernemental, l’ambitieux projet portant sur la nomination du conseil des doyens de l’Université libanaise et la titularisation d’un millier de professeurs contractuels a été renvoyé pour complément d’étude. M. Bou Saab, il est vrai, avait imposé son examen sans qu’il soit inscrit à l’ordre du jour, ce qui a agacé M. Salam et beaucoup de ministres, placés devant un projet de grande envergure qu’ils ont estimé de leur droit de vouloir vérifier.

    Selon des sources informées, c’est l’adjonction, à la dernière minute, de trois cents noms de professeurs contractuels qui a compromis le projet. À l’origine, le nombre des contractuels à titulariser n’était que de 700. C’est le président du Conseil, Tammam Salam, qui a rejeté le projet, proposant au ministre de l’Éducation de nommer, en un premier temps, le conseil des doyens, et de revenir plus tard sur les titularisations, ce que M. Abou Saab a refusé.

    Le ministre a eu beau expliquer, une heure trente durant, que le projet était vital pour la bonne santé de l’Université libanaise, menacée de se vider progressivement de ses cerveaux, il n’a pas réussi à convaincre. Pourtant, il avait bien expliqué aux ministres présents qu’il y a quelque chose d’anormal dans le fait que les trois quarts des professeurs de l’Université libanaise sont toujours contractuels, et que certains attendent depuis dix ans que leur situation soit régularisée. Peine perdue. C’est la routine, la méfiance, le clientélisme, bref le bazar qui semblent avoir pris le dessus, à la profonde déception du ministre, choqué de voir un si lourd dossier traité avec tant de légèreté. Le chef de l’État n’était pas loin de partager ce sentiment.

    #Université #recherche #Liban #fuite_des_cerveaux (tous ceux qui peuvent se barrent)


  • JEPCO striking employees, administration reach compromise | The Jordan Times
    http://jordantimes.com/jepco-striking--employees-administration-reach-compromise

    The Labour Ministry on Tuesday managed to resolve the dispute between the Electricity Workers Union (EWU) and the Jordanian Electric Power Company (JEPCO), ending a work stoppage that began last Wednesday.

    #Jordanie #grève #électricité #énergie


  • Zones de non-droit - L’Orient-Le Jour
    http://www.lorientlejour.com/article/867632/zones-de-non-droit.html

    Reconsidérons le Liban qui n’est pas seulement une mosaïque de communautés, mais également et, suivant les régions, une mosaïque de régimes de droit où la « pression juridique » s’exerce selon une certaine casuistique, c’est-à-dire au cas par cas. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a égalité devant la loi entre Achrafieh et la banlieue sud, entre le Metn et le Hermel, etc. Et je ne fais pas seulement allusion à la perception des factures d’électricité ; je fais référence au sentiment général qui prévaut quand deux autorités (l’étatique et la milicienne) cohabitent de manière adultérine dans un même district. Ainsi dans le Chouf comme la région de Zghorta, il y a une telle « démocratie de proximité » que le contentieux des administrés peut être réglé par médiation ou par un arbitrage rendu par une cour de justice informelle relevant des divers potentats locaux.
    C’est qu’il y a des loyautés verticales... et des solidarités verticales qui unissent des individus autour d’une communauté ou d’un chef providentiel et qui, quand cela les arrange, font fi de l’État central légitime et récusent son autorité dans la sphère publique.
    Il faut faire avec le non-droit ; c’est ainsi. On s’accommode des zones où l’on ne sent pas chez soi, on évite de s’y rendre. Question de tact, de mesure, dirions-nous. Mais souvenons-nous quand même des camps palestiniens et de l’immunité de fait que s’octroyaient ceux qui y résidaient ou qui s’y réfugiaient. La suite de l’histoire est pour le moins édifiante.

    L’auteur (Youssef Mouawad, un avocat) oublie juste Solidere et la fabrication d’un droit spécifique aux puissants en régime néolibéral
    #Liban #droit


  • On Erdogan’s ‘Ordinary Things’: The Soma Massacre, the Spine Tower, and the Corporate-State’s Fitrat in Turkey
    http://www.jadaliyya.com/pages/index/17742/on-erdogan%25E2%2580%2599s-%25E2%2580%2598ordinary-things%25E2%2580%2599_

    This “Labor Massacre,” and not “work accident,” illustrates the deadly and despicable effects of the “high pace of development” enshrined in the fitrat of Erdoğan’s corporate-state. Further, it reflects how that “development” produces and depends upon a variety of disasters in the cities and the hinterland. The Soma Massacre is not a calamity that has befallen the Soma miners, but a massacre committed against an entire town under the increasingly reckless and callous subcontractor (taseron) capitalism of Erdoğan’s “corporate-state.” Among the elements that constitute the particularity of the Erdoğan form is that the disposability of these particular bodies, all 321 of them and counting, is expected to be cloaked over in a language of takdir-i ilahi (divine predestination) and fitrat (genesis).

    The particular form that capitalist destruction takes under Erdoğan—and the scale and pace of the plunder economy it forms and performs—is reflected in the connections between the depths of the Soma mine and the heights of the Spine Tower, the luxury residence tower that looms imposingly over Istanbul’s Little Dubai in Maslak (Image). The Soma Group that “rents” the coal mine in Soma also happens to be the force behind the “Spine Tower.” With luxury flats for sale starting at 3.4 million USD in the Tower, the Soma Group has registered a 250 percent increase in production over the course of the last six months alone. At the same time, construction workers were faced with lowered wages, deteriorating working conditions, and a complete lack of emergency safety infrastructure in Soma. As a short article on Diken has put it: the cost of twenty safety rooms to ensure the possibility of evacuation for up to eight hundred miners in Soma would have been the equivalent of the cumulative price of four of these luxury flats in Maslak. This fact alone is maddening enough in the aftermath of the Soma Massacre to inspire a mass movement demanding that the Soma Group and its state-level beneficiaries be brought to justice and held accountable for the man-made catastrophe they have wrought.

    #Turquie #capitalisme #travail


  • Les #réfugiés syriens du #Liban au centre des préoccupations diplomatiques

    « À #Chebaa, le nombre des réfugiés n’est plus loin du nombre de la moyenne des habitants de cette ville. » C’est ce qu’a déclaré hier le coordinateur spécial pour le Liban, Derek Plumbly, lors d’une visite dans la région de Chebaa qui l’a conduit à effectuer une tournée tout le long de la ligne bleue.
    Le responsable onusien s’est également rendu aux camps des réfugiés de la région et dans les écoles de la localité qui accueillent les enfants des réfugiés au même pied d’égalité que les écoliers libanais.
    Il a rencontré cette occasion les représentants du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et des organisations humanitaires, saluant au passage la « générosité dont a fait preuve le peuple libanais à l’égard des déplacés syriens ».
    Le responsable onusien a assuré l’engagement des Nations unies à poursuivre ses efforts en vue d’aider le Liban à faire face à « cet énorme défi humanitaire », invitant une fois de plus la communauté internationale à répondre aux besoins des réfugiés.

    http://www.lorientlejour.com/storage/attachments/868/p01-4--------4_981569_large.jpg

    http://www.lorientlejour.com/article/867312/les-refugies-syriens-du-liban-au-centre-des-preoccupations-diplomatiq

    #Syrie #migration #asile #visualisation #carte #guerre


  • Can T-Wall Murals Really Beautify the Fragmented Baghdad?
    http://www.jadaliyya.com/pages/index/17704/can-t-wall-murals-really-beautify-the-fragmented-b

    Since April 2007, Baghdad has been experiencing a walling strategy designed by the US-led Multi-National Forces (MNF) occupying Iraq then. Between 2005 and 2008, kidnappings, assassinations and population displacements became the main tactics used by the Sunni insurgency and Shiite militias in their struggle to delimit newly homogenized areas over which they could gain spatial control and power. The MNF justified their strategy of surrounding some neighborhoods with concrete blast walls (also known as “T-walls”) as a way of protecting city residents from the urban violence severely affecting daily life in Baghdad. By preventing hostile groups from penetrating neighborhoods, kidnapping people or using car-bombs and suicide-bombers, these security walls brought a limited and temporary solution to the effects of the sectarian violence, but did not address its causes. With time, they progressively became the physical manifestations of a spatial reordering of the city along the same ethnic/sectarian and politicized dividing lines that have transformed Baghdadi society (see Damluji 2010, musingsoniraq, and Iraq green). In 2008, the US army, the Iraqi government, and some foreign associations commissioned a 100,000 dollars budget beautification campaign to subsidize murals on the recently built T-walls, as to mask the “ugliness” of the barriers. This resulted in the creation of a whole series of paintings all over Baghdad, led by the local municipalities.

    http://www.jadaliyya.com/content_images/3/ScreenShot2014-05-17at11.06.04PM.png
    #Irak #Bagdad #art


  • Il y a une difficulté avec tous ces articles consacrés aux réfugiés syriens au Liban : ils se focalisent presque systématiquement sur ceux qui sont dans des camps de fortune (près de la frontière syrienne), alors qu’il ne s’agit que d’une minorité des réfugiés au Liban. La grande majorité (les trois quarts, les deux tiers ?) des réfugiés syriens sont logés dans les villes et villages libanais. La carte de l’UNHCR qui circule en ce moment (voir @cdb_77) montre d’ailleurs que la répartition des réfugiés est la même que celle de la population libanaise, sur l’ensemble du territoire du pays :
    http://www.lorientlejour.com/storage/attachments/868/p01-4--------4_981569_large.jpg

    C’est quasiment l’exact opposé de la Jordanie et ses immenses camps.

    En décembre, cet article indique que 80.000 des 800.000 réfugiés au Liban vivaient dans des tentes :
    http://www.lorientlejour.com/article/846406/au-liban-80000-refugies-syriens-vivent-sous-des-tentes-de-fortune-bal
    C’est certes affreux, mais cela signifie que 720.000 ne vivaient pas dans des tentes. Ce qui est assez remarquable : essayer d’imaginer un million de réfugiés arrivant en France en deux ans, et se demander quel pourcentage se retrouverait enfermé dans un camp de tentes et de préfabriqués avec des barbelés autour.

    Par ailleurs, ces articles consacrés aux petits camps au Liban plutôt qu’aux autres réfugiés syriens semblent se multiplier dans les médias ayant un certain agenda politique. Articles qui, tous, regrettent qu’il n’y ait pas de grands camps (façon Zaatari), avec généralement une mise en accusation du gouvernement précédent. Pourtant d’autres commentateurs, comme George Corm, déclarent très clairement qu’ils préfèrent qu’il n’y ait pas de camps syriens au Liban.

    Un aspect pas inintéressant tout de même, c’est que dans les témoignages qui circulent, les Syriens au Liban survivent (survivaient ?) en s’intégrant dans le bas de l’échelle des boulots. Une fois dans un camp, c’est clair, ils seraient parfaitement exclus de la vie sociale et de toute possibilité d’activité économique (même peu reluisante).

    Je ne suis pas choqué que les organisations humanitaires se focalisent sur les camps : ce sont certainement les situations les plus graves, et par ailleurs (surtout ?) c’est là de manière quasi exclusive qu’ils savent (peuvent) intervenir. Les familles syriennes logées chez l’habitant dans une petit village, je suppose que c’est un peu moins grave qu’un camp dépourvu d’eau, mais surtout je suspecte que les humanitaires étrangers sont totalement incapables d’intervenir de façon aussi diffuse sur tout le territoire libanais.

    Quelques questions auxquelles je ne trouve pas de réponses :
    – les nouveaux arrivants se répartissent-ils toujours de la même façon (très grosse majorité en dehors de camps de fortune), ou bien est-ce que désormais ils se retrouvent obligés de se regrouper dans des camps de fortune ? Si c’est le cas : pourquoi ?
    – comme évolue la situation des Syriens présents depuis plusieurs mois (ceux qui vivent avec les Libanais) ? Est-ce qu’ils survivent de manière vaguement stable, ou est-ce qu’ils s’effondrent dans la misère après quelques mois, une fois que leurs économies sont épuisées ? par exemple : est-ce qu’ils parviennent encore à payer un loyer ?
    – est-ce que la concurrence économique entre plus pauvres s’applique désormais entre anciens et nouveaux réfugiés, rendant la situation plus difficile pour les réfugiés eux-mêmes (dans un article, une dame irakienne raconte qu’elle n’arrive même plus à se faire embaucher pour faire la vaisselle) ? est-ce que le fait que les réfugiés soient répartis sur l’ensemble du territoire ne dilue pas ces phénomènes de concurrence ?
    – Zaatari, c’est au mieux 150.000 personnes ; il y a déjà plus d’un million de Syriens au Liban. Quand on évoque l’idée de camps de réfugiés, on parle de combien de camps monstrueux façon Zaatari ?

    • Pour l’imagination, on peut faire un petit retour en arrière à l’année 1962 en France.

      Pieds-Noirs — Wikipédia
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieds-Noirs#Guerre_d'Algérie_(1954-1962)

      Les historiens distinguent trois grands groupes sociaux constituant les rapatriés d’Algérie :

      • les Européens rapatriés d’Algérie : communément appelés Pieds-Noirs, ils sont de loin les plus nombreux. En 1962, environ 800 000 Pieds-Noirs quittent l’Algérie dont 512 000 entre le mois de mai et le mois d’août.
      • les Juifs rapatriés d’Algérie : souvent associés aux Pieds-Noirs, estimés a 120 000 en 1962, environ 110 000 s’installent en France en 1962.
      • les Français musulmans rapatriés (FMR), aussi appelés FSNA (Français de souche nord-africaine) avant l’indépendance, puis souvent englobé sous le terme générique de « harkis », ils sont constitués de plusieurs groupes différents : anciens membres des forces supplétives (Harkis, Moghaznis, GMS…), militaires engagés ou appelés au côté de l’armée française et élites francisées (hauts fonctionnaires, membres du « double collège », députés, sénateurs…) . Ils sont au nombre de 138 458 au recensement de 1968.

      Ça fait plus d’un million en un an.

      Avec la sollicitude bien connue du gouvernement français.

      Le gouvernement avait estimé à 200 000 ou 300 000 le nombre de rapatriés temporaires en France qu’il qualifiait de « vacanciers ». Aussi, rien n’était prévu pour leur arrivée. Beaucoup durent dormir dans les rues à leur arrivée en France, où la majorité n’avait jamais mis les pieds et n’avait ni famille, ni soutien. Certains souffrirent également du ressentiment des métropolitains qui n’étaient généralement pas favorables à la guerre et avaient souffert des appelés morts ou blessés en Algérie. Ils bénéficièrent cependant d’aides à l’installation (qui par contrecoup générèrent des jalousies en Corse qui aida au décollage du nationalisme corse), sauf pour les pieds noirs d’origine corse.

    • Je me permets d’ajouter une question qui me trotte depuis quelques jours et à laquelle je n’ai pas encore trouvé de réponse : j’imagine que, proximité géographique aidant, une partie non-négligeable des réfugiés était originaire de Homs et sa région, non ? Du coup, sait-on si l’on a déjà assisté à des « retours » voire à un reflux du nombre de réfugiés depuis l’arrêt des combats ?

    • oui, il y a certainement des mouvements de cette nature. Cela a été évoqué pour le cas de la Jordanie par Cyrille Roussel dans le billet cité plus haut. Dans le cas des réfugiés syriens au Liban, près de 40% proviennent du gouvernorat de Homs : cf doc ci dessous :
      https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/ref-syr-gov-of-orig.JPG (source : UNHCR 15 mau 2014, lien cité ci dessus)
      Et j’ajoute une intéressante carte qui représente les différentes populations par mohafazats, toutes considérées comme des « targets ». Il semble que bcp d’ONG cherchent à ne pas trop distinguer et séparer les groupes cibles, autrement dit lorsqu’elles aident des Syriens dans un village, elles s’efforcent aussi d’aider les Libanais qui sont dans une sitaution similaire :
      https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/pop-leb-syr.JPG
      source : http://data.unhcr.org/syrianrefugees/download.php?id=5707

    • – Aspect économique à prendre en compte, plus que sécuritaire, si l’on suit Charbel Nahas :
      http://seenthis.net/messages/244728

      – Plus gênant, une rumeur entendue plusieurs fois. Les déplacés de l’intérieur pourraient être considérés par le régime comme bienvenus (fidèles au régime), les réfugiés expatriés pourraient être considérés comme plus ou moins indésirables (hostiles au régime). (Il y a 6,5 millions de déplacés à l’intérieur du pays, et 2,7 millions de réfugiés à l’étranger.) Que ce soit vrai ou que ce soit faux, si les expatriés croient qu’ils ne sont pas les bienvenus et qu’ils risquent de subir un dangereux « background-checking » à leur retour infligé par les services de renseignement, il y a des chances que beaucoup restent à l’étranger.

      (Je vous fais l’économie des spéculations sur l’opinion politique pro ou anti-régime des réfugiés eux-mêmes, spéculations qui circulent largement, mais qui sont à la fois totalement impossibles à déterminer, relèvent de la police de la pensée, et sont totalement injustes – des familles de réfugiés sont des familles de réfugiés…)


  • Quelques éléments pour répondre aux remarques de @nidal (http://seenthis.net/messages/257959). Je suis d’accord sur le constat que cette arrivée massive correspondant à un cinquième ou à un quart de la population libanaise résidente se passe dans des conditions finalement pour l’instant assez remarquables. Deuxièmement, en effet, les réfugiés syriens sont largement logés en appartement (53% en mars), mais aussi dans toute une série de situations et de locaux précaires, même s’ils ne sont pas des tentes (je suppose que les tentes correspondent, dans le camembert suivant, aux collective shelters ainsi que aux informal settlements, soit 3=15%=18%, d’un total de 1 M, soit 180.000). Le chiffre est différent de celui de l’article, mais il doit y avoir des recensements plus précis par type de shelters).
    https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/logt-ref-syr-march2014.JPG
    (source : http://data.unhcr.org/syrianrefugees/download.php?id=5452)
    Troisièmement, il faut quand même corriger l’idée d’une répartition identique à celle de la population libanaise mais si on effectivement une impressionnante diffusion dans toutes les régions, y compris les plus éloignées de la Syrie, comme le Sud.
    Selon le tableau ci dessous on observe que la Bekaa rassemble un peu plus d’un tiers des réfugiés syriens fin avril, suivi non par le Nord mais par Beyrouth et surtout Baabda, Aley et le Metn cad la banlieue de Beyrouth (d’abord banlieue sud, puis banlieue est. Le Chouf est également en bonne position. En revanche, Jbeil et Kesrouane sont nettement en retrait pour l’accueil.
    Globalement, ce n’est pas la même structure régionale que celle de la population libanaise.
    https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/ref-syr-leb-gov-may2014.JPG
    Le tableau détaillé par caza :
    https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/ref-syr-leb-caza-may2014.JPG
    (source : http://data.unhcr.org/syrianrefugees/download.php?id=5571)
    Structure régionale de la population libanaise en 2007 (eh oui, pas de données plus récentes...)
    https://dl.dropboxusercontent.com/u/17206670/pop%20leb%202007%20gov.JPG
    (source : http://cas.gov.lb/images/PDFs/Demographic2007-ar.pdf)

    Je n’ai pas encore trouvé les éléments permettant de savoir si la population en abris et sous tente et en installation informelle augmente, même si c’est probable. Il y avait un stock important de logements et de structures vides que les premiers arrivés ont pu utilisés. Par la suite, j’ai entendu parler d’un mouvement de construction mais j’imagine que cela est cher pour les réfugiés. Peut être certains réfugiés, trop paupérisés, sont ils conduits à quitter des logements où ils ne peuvent plus payer les loyers.
    Sur les aspects économiques, il est certain que cette population créée une demande, et que par ailleurs, il y a beaucoup d’argent de l’aide (même si pas assez) qui solvabilise cette demande, d’où des créations d’emplois. Mais certainement avec pour conséquence, en raison de l’informalité et de la pauvreté, une concurrence salariale à la baisse entre Syriens et Libanais et entre Syriens.
    Pour ce qui est de l’action des ONG, je pense qu’elle est très diversifiée et qu’elle ne s’arrête pas du tout aux camps. De ce fait, les ONG sont très actives dans les villes et villages, dans l’enseignement, la formation, l’assistance alimentaire, médicale et sanitaire.
    Voir par exemple ce témoignage sur Jadaliyya :
    The Everyday Experience of Humanitarianism in Akkar Villages http://www.jadaliyya.com/pages/index/17438/the-everyday-experience-of-humanitarianism-in-akka
    Pour ce qui est de la comparaison avec la Jordanie, je renvoie au billet de novembre synthétisant une intervention de Cyrille Roussel (http://crisyr.hypotheses.org/40). Certes, il existe en Jordanie un grand camp, et un deuxième vient d’être ouvert (Azraq) mais la population dans les camps reste de l’ordre de 25%, cad que comme au Liban, l’essentiel de la population réside dans les villes et villages (au nord principalement mais aussi de plus en plus, à Amman et vers le Sud). Autrement dit, si l’expérience de Zaatari constitue une situation radicalement opposée à celle qu’on rencontre au Liban, est n’est pas l’expérience majoritaire.
    Un étudiant que je suis vient de rentrer de Jordanie. Je vais voir avec lui pour savoir comment se débrouillent ceux qui vivent hors des camps.

    Sur le fond, totalement d’accord avec Nidal sur la question des camps, il est bien préférable que les deux populations se mêlent, sans ériger de barrières physiques qui viendraient s’ajouter aux barrières nationales qui malgré tout vont peser de plus en plus.
    #SYrie #Liban #Jordanie #réfugiés #camps

    • Merci @rumor, c’est très éclairant. Il y a un autre aspect sur lequel je n’ai pas de détails, et je profite donc de tes lumières : quel est la répartition du « niveau de vie » des réfugiés (sans aides, avec aides) par rapport à la population libanaise pauvre ?

      Il ne faut jamais perdre de vue qu’un tiers de la population libanaise vit avec moins de 120 dollars par mois, 8% avec moins de 70 dollars (chiffres d’octobre 2011) :
      http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/PAYSEXTN/MENAINFRENCHEXT/0,,contentMDK:23035833~pagePK:146736~piPK:226340~theSitePK:488784,00.

      Même si de telles conditions de vie ne sont pas censées exister à grande échelle dans un pays à revenu intermédiaire comme le Liban, les dernières statistiques en date montrent qu’environ un million de Libanais, soit 28,5% de la population, continuent de vivre sous le seuil de pauvreté supérieur, fixé à 4 dollars par personne et par jour. Quelque 300.000 personnes, c’est-à-dire 8% de la population, vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins de 2,4 dollars par personne et par jour, et ne peuvent pas satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires les plus essentiels.

      Dans un des sujets vidéo de l’UNHCR, une femme réfugiée se plaint de ne pas avoir l’eau courante et l’électricité plus que quelques heures par jour. C’est certes indigne, mais un aspect central du problème, c’est que c’est déjà le lot quotidien d’une grande proportion des Libanais.

      Ce qui pose beaucoup de questions extrêmement pénibles : quand on parle de concurrence entre réfugiés et Libanais pauvres, on est vraiment dans une question particulièrement aiguë (y compris, c’est assez épouvantable, dans la répartition de l’aide caritative – il y a beaucoup d’associations caritatives au Liban, sont-elles en train de « réorienter » leur activité ?).

      Avec plus d’un million de Libanais sous le seuil de pauvreté, auxquels on ajoute les réfugiés syriens, et on arrive à 40% de la population du Liban qui vit en dessous du seuil de pauvreté (très grossièrement : 2 millions sur 5 millions – vraiment grossièrement, puisque le revenu médian qui détermine les seuils varie également).

      Le problème humanitaire devient alors, avant tout, un problème politico-économique de développement et de répartition des richesses (dans un pays extrêmement inégalitaire). Je suspecte qu’on va assister de plus en plus à une approche limitée aux aspects humanitaires et au détournement confessionnel de ces questions, selon la méthode usuelle (l’agitation confessionnelle servant à préserver les inégalités et à justifier le pillage économique).

    • @nidal : c’est une manière très intéressante et pertinente de poser le problème, même si cela va à l’encontre des représentations politiques dominantes. Dans la banlieue sud de Beyrouth, les populations syriennes sont mêlées aux Libanais (et cela fait longtemps que cela dure) : ils en partagent les conditions de travail, la précarité du logement, etc. avec la précarité du statut en plus.
      Sur ce sujet voire le livre de J. Chalcraft et le CR par E. Longuenesse, par ex. : Chalcraft John, The invisible cage, Syrian migrant workers in Lebanon, Stanford, California, Stanford University Press, 2009, 310 p. http://remmm.revues.org/6530
      Je vais chercher pour voir s’il existe des références plus précises, notamment pour répondre à ta question sur le niveau de vie