Le plus intéressant dans l’article se trouve pour une fois dans la trentaine de commentaires (impossibles à afficher chez moi sans mettre le « style de la page » sur « Aucun »).
Deux points rapides parmi d’autres qui mériteraient plus de discussions :
– Faire un point Godwin direct en évoquant un bracelet jaune, c’est très limite :
le marquage jaune (…) c’est une méthode de fascistes qui a justement été combattue par les résistants et les partisans
Le journaliste de RennesTV s’est retrouvé face à un problème récurrent dans tous les mouvements sociaux : la tentative de répondre collectivement à la question de la médiatisation d’un mouvement et d’arriver à contrôler un minimum l’image qui en est donnée. Les règles ou interdictions sont, de toute façon, toujours très mal vécues par les reporters, même quand ils sont « sympathisants ». Cette tension ne peut pas se résoudre : la volonté de savoir d’un côté comme le besoin de contrôler son image de l’autre seront toujours là ; mais on peut espérer de la part des journalistes sympathisants (comme se présente l’auteur de cet article) qu’ils la comprennent et acceptent les limites posées par les gens sur lesquels ils viennent faire un reportage.
– Il est difficile dans le contexte actuel de la presse de demander aux gens de ne pas généraliser :
tous les journalistes ne font pas le même métier, et tous les médias ne sont pas à mettre dans le même panier
alors qu’il n’existe pas – ou très peu – de dénonciation par des journalistes des pratiques des autres médias ou de leurs confrères, que les critiques sont maintenues hors champ, et que la solidarité de la corporation est l’une des choses les mieux partagées par les journalistes. Où sont les articles dénonçant la fabrication d’une grosse intox (qui rappelait la série télé « Engrenages » d’ailleurs) de prétendus barbares qui auraient hésité à cramer un vigile dans sa voiture ?
On peut demander aux militants de se questionner sur leurs pratiques, ou même sur leur stratégie sur le front de l’information, le boulot ne manque pas.
Mais il serait temps que les journalistes fassent aussi le ménage dans une corporation dont ils ne cessent de se réclamer, ou imaginent un moyen clair de se distinguer de pratiques intolérables. Il faudra sinon qu’ils acceptent de continuer à payer les pots cassés d’un système de production de l’information dont ils vivent (et leur faisant bénéficier de nombreux avantages symboliques), qui est loin de produire l’information dont nous avons besoin collectivement.
Bienveillance et compréhension intime des mouvements sociaux, réflexion sur l’information dont nous avons besoin pour changer le monde : deux axes qui permettraient d’engager un dialogue entre celles et ceux qui – journalistes ou pas – sont critiques du monde tel qu’il est et du système médiatique qui le soutient. Un travail à mener parallèlement à la conquête d’une véritable autonomie des acteurs des mouvements sociaux dans l’expression large et massive de leurs paroles et de leurs informations.