Le périple de Mohamed Merah en Afghanistan et au Pakistan, une story telling sans base réelle ?
Des sources anonymes relayées par Le Monde racontent que Mohamed Merah était « un membre actif de la mouvance djihadiste internationale ». Tandis qu’une source officielle américaine affirme n’avoir « aucune information sur son éventuelle détention par l’Isaf » en Afghanistan et que les autorités afghane et pakistanaise disent n’avoir « pas d’information sur la présence de Marah », qui est « un nom inconnu de nos services ».
« Mohamed Merah, un membre actif de la mouvance djihadiste internationale », par Yves Bordenave et Jacques Follorou, Le Monde , 22 mars 2012.
►http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/03/22/mohamed-merah-un-membre-actif-de-la-mouvance-djihadiste-internationale_16740
La justice et la police françaises sont formelles : le parcours de Mohamed Merah, principal suspect des attentats perpétrés contre des militaires et l’école juive de Toulouse, était le fruit d’une dérive solitaire. Son « profil d’autoradicalisation salafiste atypique » en faisait un individu indépendant de toute « organisation structurée connue », selon une déclaration de François Molins, le procureur de Paris, lors d’une conférence de presse, à Toulouse, mercredi 21 mars.
Pourtant, de nombreux éléments, non révélés à ce jour, permettent de questionner la véritable dimension de ce tueur présumé et de s’interroger sur les moyens dont il a pu bénéficier lors d’un grand nombre de voyages effectués à l’étranger.
Le 22 novembre 2010, lors d’un séjour à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, région à forte activité insurrectionnelle, Mohamed Merah avait attiré l’attention de la police afghane qui l’interpellait. A son hôtel, les policiers avaient fouillé sa chambre avant de le remettre aux forces de l’OTAN qui ne confirmaient pas, mercredi au Monde, l’avoir remis ensuite dans un avion pour la France.
ISRAËL, PUIS SYRIE, IRAK, JORDANIE
En revanche, un officier supérieur américain, en poste à Kandahar, a assuré au Monde, mercredi, que sur le passeport de l’intéressé figurait un certain nombre de tampons révélant ses derniers déplacements. Le plus ancien mentionnait sa présence en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. Avant d’être arrêté, il se serait rendu au consulat d’Inde à Kandahar en vue d’obtenir un visa pour se rendre dans ce pays.
Aucune précision n’a pu être obtenue sur l’objet de son voyage en Israël mais la même source évoque, au regard des réponses fournies lors de son audition à Kandahar, que Mohamed Merah « aurait pu ou tenté » de se rendre dans les territoires palestiniens. Des repérages pour commettre d’éventuelles attaques n’ont pas été non plus exclus. [...]
Un autre élément troublant sur les déplacements de Mohamed Merah reste à éclaircir : sa présence en Iran « à deux reprises » d’après une source militaire française en Afghanistan. Interrogée par Le Monde, mercredi, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, a démenti ce séjour.
On en sait également davantage sur son passage dans les zones tribales pakistanaises en 2011. Il a séjourné dans les deux agences tribales du nord et sud Waziristan, à la frontière avec l’Afghanistan, zone escarpée, véritable carrefour de l’insurrection talibane et djihadiste dans la région. [...]
Si le procureur de Paris admet que Mohamed Merah a été formé par les réseaux djihadistes lors de ce séjour, il a minimisé son activité en affirmant qu’il avait souffert d’une hépatite A, le contraignant à rentrer en France. Selon nos informations, la vie n’a pas été de tout repos pour Mohamed Merah dans les zones tribales. « S’il a bien reçu un entraînement militaire et s’il a combattu sur le sol afghan, relate un membre des services secrets français, il a été plutôt maltraité par ses camarades djihadistes. »
Les éléments détenus par les services spécialisés montrent donc des liens entre le tueur présumé de Toulouse, le MIO et le TTP qui lui ont permis d’accéder à cette zone dangereuse, l’ont formé et encadré. Ces connexions avec des structures terroristes reconnues remettent en cause le statut de « personnage solitaire » de Mohamed Merah. [...]
Interrogé par Le Monde, mercredi, l’un des hauts responsables des services de renseignement militaire pakistanais (ISI) a indiqué que « le nom de Mohamed Merah n’existe pas dans les fichiers de [notre] organisation et nous n’avons pas eu connaissance de sa venue dans notre pays ».
Les sources de Yves Bordenave et Jacques Follorou pour Le Monde : « un officier supérieur américain, en poste à Kandahar », « une source militaire française en Afghanistan », « selon nos informations », « un membre des services secrets français », « les services spécialisés », « l’un des hauts responsables des services de renseignement militaire pakistanais (ISI) ». Autant de sources anonymes donnent « de nombreux éléments, non révélés à ce jour ».
« Pakistan : pas de trace officielle de Merah », AFP citée par Le Figaro, 22 mars 2012.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/03/22/97001-20120322FILWWW00592-pakistan-pas-de-trace-officielle-de-merah.php
L’Afghanistan et les forces américaines et de l’Otan dans ce pays, mais aussi le Pakistan assurent n’avoir aucune trace des séjours de Mohamed Merah, le jeune soupçonné d’avoir assassiné sept personnes en France, malgré les déclarations dans ce sens des autorités françaises. Hier, le procureur de la République de Paris, François Molins, avait évoqué un séjour en Afghanistan - en 2010 selon des sources proches de l’enquête -, et au Pakistan, sanctuaire d’Al-Qaïda, pour deux mois en 2011.
Intercepté lors d’un contrôle routier par la police afghane, il avait été remis aux militaires Américains qui l’avaient renvoyé en France par le premier avion, selon lui. “De la mi-août à la mi-octobre 2011”, il s’est rendu, au Pakistan cette fois, un séjour écourté car il a contracté l’hépatite A. Selon des sources proches de l’enquête, la brève détention en Afghanistan a eu lieu à Kandahar (sud) en novembre ou décembre 2010.
“Un nom inconnu des services pakistanais”
« Nous cherchons davantage d’informations sur cet individu avec nos partenaires militaires français et le gouvernement afghan, mais pour l’heure, nous n’avons aucune information sur son éventuelle détention par l’Isaf (la Force internationale de l’Otan) ou l’armée américaine », qui en compose plus des deux tiers, a déclaré Jimmie Cummings, porte-parole de l’Isaf. Les autorités et le renseignement afghans ont également assuré n’avoir pas d’information sur la présence de Marah.
Au Pakistan, plusieurs hauts responsables des forces de sécurité et des services de renseignements, l’ISI (Inter-Services Intelligence), ont affirmé à l’AFP n’avoir aucune trace de son passage dans leur pays, estimant toutefois plausible qu’il soit passé au travers de leurs contrôles. “C’est un nom inconnu de nos services, toutes les informations dont nous disposons sont celles livrées par le ministre français de l’Intérieur”, assure un de ces officiers supérieurs, sous couvert de l’anonymat.
Les sources de l’AFP : « Jimmie Cummings, porte-parole de l’Isaf », « les autorités et le renseignement afghans », « au Pakistan, plusieurs hauts responsables des forces de sécurité et des services de renseignements ». Et l’AFP précise que l’histoire du séjour en Afghanistan vient de « sources proches de l’enquête ».
C’est ballot, j’y croyais, moi, à cette histoire de terroriste international. Il y avait plein de détails. L’histoire était bien racontée.
Sur une impossibilité du « périple de djihadiste », voir aussi :
http://seenthis.net/messages/62475
#Mohamed_Merah #Merah #terrorisme #islamisme #toulouse