Le cancer de l’industrie :: Pices et Main d’Oeuvre

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  • Le cancer de l’industrie | Pièces et main d’œuvre
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    Nous devons une autocritique et des excuses à nos lecteurs : nous avons commis un crime de lèse-prolétariat. Dans deux libelles récents sur la défense du cancer français (ici et ici), nous nous sommes permis, avec notre arrogance d’intellectuels et de déserteurs coupés des masses, d’attaquer l’emploi, la croissance et le PVC, un magnifique produit universellement répandu dans les objets de notre vie quotidienne ; et si précieux pour les salariés, les consommateurs, leurs familles – et bien sûr l’industrie du cancer. Heureusement, la classe ouvrière, comme toutes les catégories opprimées, a des ventriloques, des souteneurs qui savent la faire parler et parler en son nom : hauts-parleurs du Front de Gauche, hauts-parleurs médiatiques, stratèges du « Retour à l’usine » et de « L’industrie, socle de la puissance » (Le Monde diplomatique, mars 2012). Leur discours ? Les ouvriers n’ont pas le choix, ce sont des victimes, en particulier du chômage de masse et de la précarité, des irresponsables, il est indécent de leur parler des nuisances de leur activité salariée sans leur proposer d’alternative. Les souteneurs font leur pelote sur le dos de leurs protégés et de leur cause qu’ils prostituent, c’est la règle. Parce que nous voulons conserver une autre idée de la classe ouvrière, parce que nous croyons ses membres doués de libre-arbitre, de dignité, de volonté (qu’ils savent manifester pour défendre les pires secteurs d’activité), de capacité de révolte et d’aspiration (...)

    #Nécrotechnologies


  • PMO à l’attaque des ouvriers qui produisent des PVC... Ou plutôt : comment l’attaque de la volonté de préserver des emplois dans les secteurs industriels particulièrement dangereux est ressentie comme une attaque contre les ouvriers eux-mêmes.

    La réponse du syndicaliste CGT est particulièrement frappante. On y perçoit cette partition assez classique : l’emploi, positif à la fois pour celui qui l’occupe et la société, s’oppose à ce qui le dénature, à savoir l’exploitation. C’est la volonté de profit qui fait que les conditions de travail sont mauvaises, autrement dit, si les ouvriers géraient eux-mêmes l’usine, il en serait tout autrement. De ce point de vue, la lutte pour la reconnaissance de la classification « amiante » d’une usine est une lutte contre l’exploitation, c’est-à-dire une lutte en faveur de la maîtrise ouvrière de l’emploi. L’enjeu de la reconnaissance n’est pas d’arrêter les productions en question (on ne s’en prend pas au travail lui-même) mais d’obtenir des compensations salariales (on se situe bien au niveau de l’emploi, c’est-à-dire du travail tel qu’il est contractualisé, comme forme d’échange induisant des contreparties). La maîtrise ouvrière de l’emploi, c’est donc la capacité des ouvriers à décider non du travail lui-même mais des contreparties qui sont légitimes. Autrement dit, dans un cadre industriel, la maîtrise ouvrière de l’emploi, c’est la capacité, le pouvoir, de décider combien vaut le sang qui est versé, de décider quelle est la contrepartie du risque industriel qu’elle prend.

    En obtenant des compensations salariales, le syndicaliste CGT espère influer sur le taux de profit et ainsi gouverner son activité par le biais de ce qui l’oriente. Il accepte les règles : c’est toujours l’argent qui détermine l’activité. C’est, en définitive, cette médiation que refuse PMO. Dans le jeu infini des compensations salariales, aucune maîtrise collective de l’activité sociale n’est pensable. On n’évitera ni la pollution, ni les cancers. Le syndicaliste CGT pense qu’en raisonnant à travers la vieille logique (il faut taper sur le portefeuille), on peut arriver au même résultat que celui que promeut PMO. Cependant, quand l’on voit la durée des luttes qui sont en jeu (90 ans pour l’amiante, par exemple) on peut constater que la stratégie CGT ne tient pas du réformisme mais de l’absurdité. Si à un niveau individuel il est important de se battre pour de meilleure condition de travail, cela ne peut constituer un discours collectif, une perspective générale. Il y a une distorsion, ici, entre la perspective syndicaliste qui part de multiples situations individuelles pour construire des revendications générales et une perspective de maîtrise de l’activité sociale qui se doit de refuser, inconditionnellement, le risque industriel.

    Bref, si les luttes locales pour la reconnaissance des risques doivent être soutenues, on ne peut rentrer dans les discours, politiques cette fois, qui parlent de réindustrialisation et de multiplication des emplois sans préciser leur substance et leurs fins. Le passage du point de vue syndical au point de vue politique n’est pas logique : il est électoraliste et défie tout bon sens qui tiendrait compte du désastre écologique et humain en cours.

    Une dernière précision : je ne sais si la saine pauvreté choisie, « responsable », est bien ce que tous les libertaires et tous les luddites promeuvent. C’est bien d’ailleurs ce qui me dérange chez PMO. Pour ma part, je dirai qu’il faut bien prendre acte des difficultés qu’il y a à effectuer de tels choix. PMO relève l’omniprésence, chez les syndicalistes, d’une critique des marginaux. Mais il me semble que ce n’est pas seulement en débarrassant les syndicats de cette critique que plus de choix de rupture se feront.

    Défense du cancer français : séquelles - paris.indymedia.org
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