• Une jeune blogueuse syrienne condamnée à 5 ans de prison
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/14/une-jeune-blogueuse-syrienne-condamnee-a-5-ans-de-prison_1480030_3218.html

    La jeune blogueuse syrienne Tal Al-Mallouhi a été condamnée, lundi 14 février, à cinq ans de prison par la haute cour de sûreté de l’Etat, à Damas, pour intelligence avec un pays étranger, a annoncé l’observatoire syrien des droits de l’homme, basé à Londres.

    #Syrie #Internet #netactivisme #répression

    • Procès à huis clos, évidemment scandaleux. Mais... la dépêche du Monde est floue : l’orientation est clairement d’évoquer le « procès secret » d’une « blogueuse ». Mais le Monde omet une info fournie par le site l’Al Jazeera :
      http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2011/02/201121514319413714.html

      In October, a Syrian official in said al-Mallouhi’s alleged spying had led to an attack against a Syrian army officer by agents of the foreign country she was spying for.

      Syria’s private Al-Watan newspaper alleged in October that al-Mallouhi had spied for the US embassy in Cairo, triggering a November 2009 assassination attempt against a Syrian security officer on a Cairo street. The attack left the officer disabled.

      Et Crowley, le porte-parole du Département d’État cité par ailleurs dans la dépêche du Monde, a dit autre chose d’intéressant (uniquement dans la page d’Al Jazeera) :

      PJ Crowley, the US state department spokesman, sharply criticised Syria’s handling of the case, rejecting what he called "baseless allegations of American connections that have resulted in a spurious accusation of espionage’’.

      Jamais entendu parler de cet attentat au Caire, perso. Mais bon, du coup :
      – ce pourrait donc être lié à un attentat, façon « élimination ciblée » (ou au moins, c’est le motif que fait circuler la Syrie) ; or la Syrie est victime régulièrement (pour de vrai) de ce genre de coups tordus ; dans n’importe quel pays, l’affaire serait considérée comme relevant du terrorisme ou de l’acte de guerre (et pas de la répression de la liberté d’expression) ;
      – dès lors qu’on est dans le cadre du « terrorisme », je crois malheureusement que toutes nos démocraties libérales ont des procédures spécifiques autorisant largement le secret, des lois d’exception et des juridictions discutables (quand ça n’est pas carrément la justification de la torture, l’extraodinary rendition ou Guantanamo...), sans réelle indépendance du pouvoir exécutif.

      Du coup, c’est important : il y aurait eu un attentat ciblé contre un responsable sécuritaire syrien au Caire.

      C’est peut-être vrai (parce que ça arrive souvent), c’est peut-être faux (mais c’est vérifiable), et/ou ça n’a peut-être aucun rapport avec la jeune femme condamnée (ce serait juste un alibi). Mais carrément occulter l’info dans la dépêche du Monde, je ne comprends pas comment c’est possible.

    • La dépêche du Monde.fr est peut-être mal faite, mais en ce qui me concerne, j’ai juste du mal à voir ce qu’une lycéenne peut espionner pour le compte de l’ambassade US en Égypte...

      Je constate au passage aussi que le discours du journal Al-Watan c’est exactement le contenus des accusations du pouvoir Syrien.

      Ceci étant dit, c’était juste « pour info », après, chacun fait ce que bon lui semble de cette info.

    • Je suis bien d’accord, Aris.

      En revanche, ces dépêches tronquées sont dommageables pour tout le monde, et avant tout pour les Syriens qui veulent la démocratie dans leur pays. Le régime baassiste se nourrit, fondamentalement, de cela : le « deux poids deux mesures » occidental sur à peu près tous les sujets offre un alibi d’une puissance phénoménale à la répression des aspirations légitimes des syriens.

      Les syriens savent que leurs médias sont contrôlés. Ils savent (c’est dans la rue) qu’il y a une histoire de tentative d’assassinat ciblé au Caire dans cette affaire. Ils peuvent y croire ou ne pas y croire, puisqu’ils savent que leurs médias sont contrôlés. Mais (il y a un gros MAIS) : ils voient aussi que, comme à chaque fois qu’on parle d’eux, les médias occidentaux occultent purement et simplement l’info (au lieu de simplement la publier en la réfutant). L’effet est dévastateur sur l’opinion syrienne.

    • Aujourd’hui, deux jours plus tard, le Monde publie une dépêche AFP dans laquelle les Syriens précisent les charges d’espionnage contre la jeune blogueuse.

      Selon elle, « à l’âge de 15 ans », Tal Al-Mallouhi, « avait été recrutée par un officier autrichien de la FNUOD (Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement sur le plateau du Golan) qui lui a demandé de partir avec sa famille au Caire ». Elle avait alors quitté la Syrie pour l’Egypte le 29 septembre 2006, a précisé Mme Kanafani. Sur place, « un officier des renseignements américains l’a présentée à des (diplomates) américains de l’ambassade des Etats-Unis ». Ces derniers avaient alors demandé à la jeune femme de leur « fournir des informations sur le travail de l’ambassade de Syrie au Caire, notamment sur le troisième secrétaire Samer Raboou », selon Mme Kanafani.

      En revanche, toujours pas de mention sur l’attentat contre le responsable syrien, évoqué dans le papier d’Al Jazeera.