L’éducation suffira-t-elle ?, par John Marsh (Le Monde diplomatique)

/47199

  • L’éducation suffira-t-elle ?, par John Marsh (Le Monde diplomatique)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/MARSH/47199

    Il semblerait donc que, en dehors de Dieu, les Américains — ou, pour mieux dire, ceux qui prétendent parler en leur nom — n’identifient pas de pouvoir plus éminent que l’éducation dans le domaine de la lutte contre les inégalités. Mais leur foi est-elle fondée ? L’éducation suffirait-elle, seule, à réduire le fossé socio-économique qui s’élargit au sein de la population ? Sur ce point, comme sur celui de l’existence divine, les preuves sont rares…
    […]
    Tout d’abord, rien n’indique qu’il soit possible de mettre tout le monde sur un pied d’égalité une fois franchies les portes de l’école. […] Identifier l’éducation comme le meilleur moyen de résorber les inégalités revient donc à limiter ses efforts à la partie la moins significative de ce qui détermine la réussite. Au contraire, rechercher l’efficacité dans la lutte contre les effets de la pauvreté sur l’école devrait conduire à ne pas se cantonner aux seuls facteurs liés à la salle de classe et à aller aux racines du problème : la question socio-économique, qui détermine plus largement le parcours des écoliers.
    […]
    Or un second obstacle barre le chemin qui devait conduire paisiblement de l’égalité scolaire à l’égalité socio-économique. Même si l’éducation parvenait à gommer les effets des origines sociales, donnant ainsi à tous les étudiants les mêmes chances d’obtenir un diplôme universitaire, elle ne pourrait modifier le marché du travail. […] Et la nature de ce marché n’est pas sans conséquences. […] Parce que, indépendamment de notre capacité — pour le moins hypothétique — à assurer une véritable égalité des chances à l’école, il y a de fortes chances pour qu’il y ait toujours quelqu’un pour passer vos produits à la caisse du supermarché, vous vendre les marchandises que vous consommez, prendre votre commande au restaurant rapide, noter vos réclamations ou vous répondre au téléphone. Et ce quelqu’un fera partie de la majorité des salariés américains : quelles que soient les réformes que nous parviendrons à mettre en œuvre au niveau du système éducatif, ce type d’emploi n’est pas près de disparaître. […] Dans ces conditions, plus d’éducation ne conduira pas nécessairement à de meilleurs salaires.
    […]
    En nous concentrant sur l’amélioration de l’éducation, il semble que nous oublions parfois une autre solution à la question des inégalités : mieux rémunérer les emplois mal payés — une injustice qui affecte des dizaines de millions de travailleurs durant toute leur vie.

    #éducation #travail #inégalités


  • L’éducation suffira-t-elle ? | John Marsh
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/MARSH/47199

    Les candidats à la présidentielle française multiplient les propositions visant à réformer le système éducatif. En France comme aux Etats-Unis, à gauche comme à droite, la salle de classe se voit parée des plus grandes vertus politiques. Mais l’école peut-elle vraiment tout ? / États-Unis, États-Unis (...) / États-Unis, États-Unis (affaires intérieures), #Droit, #Enfance, Éducation, #Idées, #Inégalités, Intégration sociale, #Jeunes, #Politique, #Travail - 2012/01

    #États-Unis #États-Unis_(affaires_intérieures) #Éducation #Intégration_sociale #2012/01


  • L’éducation suffira-t-elle ? | John Marsh (Le Monde diplomatique)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/MARSH/47199

    Dans le contexte du mouvement OWS, ce plaidoyer en faveur d’une meilleure éducation, susceptible d’arracher les pauvres à leur condition, avait de quoi surprendre. En effet, l’une des seules revendications concrètes des manifestants est l’obtention de remises pour les dettes contractées au cours de leurs études (qui s’élèvent à 1 000 milliards de dollars à l’échelle du pays). Bien que titulaires de diplômes leur ayant ouvert les portes de l’« ascenseur » cher à Kristof, ils se retrouvent au chômage, ou embauchés à un salaire insuffisant pour s’acquitter de leurs obligations. Mais la logique défendue par l’éditorialiste du New York Times compte d’autres prosélytes, parfois illustres. (...) Source : Le Monde diplomatique


  • À qui profitent les dépenses éducatives ?
    http://www.laviedesidees.fr/A-qui-profitent-les-depenses.html
    À creuser avant de se jeter sur l’os de la #réforme !

    Ensuite, ce mouvement anti-redistributif, croissant de 1986 à 2009, ne concerne pas n’importe quelle catégorie sociale. Toutes les recherches montrent que les scolarités les plus courtes sont réalisées principalement par les enfants des catégories populaires ; les plus longues par les enfants des catégories supérieures (Merle, 2009), dont les scolarités sont de surcroît les plus coûteuses. Dans les grandes écoles (Polytechnique, ENA, HEC, ENS), la part des enfants des catégories aisées a même augmenté depuis les années quatre-vingts (Albouy et Wanecq, 2003). Si les dépenses éducatives publiques profitent davantage à certaines catégories sociales, il serait logique que celles-ci fassent l’objet d’une fiscalité progressive plus forte. Or, sur la période 1986-2009, le mouvement contraire est constaté avec une moindre imposition du capital et des hauts revenus, tout particulièrement sur les dix dernières années, et une montée parallèle de la fiscalité indirecte qui ponctionne de façon relative davantage les bas revenus. Le système éducatif actuel est de moins en moins largement financé par les catégories aisées qui en bénéficient pourtant de plus en plus puisque. Le bilan serait-il si différent pour l’accès au système de soins spécialisés ou aux diverses infrastructures publiques notamment culturelles ? Une #société qui repose sur un tel déni des règles élémentaires d’équité et de justice n’est-elle pas une source intrinsèque de conflits, de violence et de radicalisation politique ?

    #éducation