Le « débat inné/acquis » est-il vraiment dépassé ?

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  • Le « débat inné/acquis » est-il vraiment dépassé ? (Le Monde)
    http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/05/30/debat-inne-acquis

    Pierre-Henri Gouyon :« En fait, d’ailleurs, c’est ce que j’ai dit à des enseignants, ça les a horrifiés, c’est que si on arrivait à faire un système éducatif parfait, parfaitement égalitaire, eh bien comme il n’y aurait plus aucune variation environnementale, il ne resterait plus que les variations génétiques. […] Il suffit de comprendre que même s’il y a des gènes, l’environnement change tout, et donc effectivement, même si vous êtes de gauche, vous pouvez accepter qu’il y ait des gènes, vous aurez le droit de changer l’environnement pour changer les résultats. »

    À partir de là, le « débat #inné/#acquis » tel qu’il se pose dans l’espace public du fait de ses implications politiques correspond à la question de savoir si ces différences sont au moins en partie dues à des facteurs biologiques innés, et le cas échéant de savoir :
    – si ces facteurs sont héritables, c’est-à-dire transmissibles sans modification, selon une certaine probabilité, des parents aux enfants, ce qui expliquerait en partie certains phénomènes de reproduction sociale ;
    – dans quelle mesure ces facteurs eux-mêmes ou leurs effets sont façonnables.
    […]
    Nul besoin de connaissances en génétique, en effet, pour savoir que sans gènes (comme sans nutriments), on ne développe ni cerveau ni dispositions psychiques, ou plus sérieusement que les gènes ne « programment » pas le fonctionnement mental indépendamment de l’influence de l’environnement
    […]
    De manière plus générale, on sait depuis longtemps que notre cerveau est plastique, et comme le formulait le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux en 1970, la plasticité cérébrale, associée dans notre espèce à une longue période de maturation postnatale, nous confère « la propriété d’échapper au déterminisme génétique absolu », car le cerveau se développe et se remanie tout au long de la vie dans une « interaction structurante » avec notre environnement physique et social. L’invocation de l’ « évidence » d’un rôle des gènes vise en fait à induire la confusion classique entre la question de la genèse d’une caractéristique chez un individu d’une part, et celle de l’origine des différences entre individus dans cette caractéristique d’autre part , qui est celle que j’ai formulée plus haut et qui fait véritablement l’objet du débat idéologique.
    […] les estimations d’héritabilité génétique du #QI calculées depuis des décennies sur la base d’études familiales, d’études de jumeaux et d’études d’adoption, et plus récemment sur la base d’études moléculaires (études de liaison ou études d’association pangénomiques) ne font qu’estimer un effet statistique de la variabilité génétique sur celle du QI. Or cela ne permet pas d’inférer qu’il existe une chaîne de causalité biologique entre les variantes génétiques concernées et la genèse du substrat biologique qui serait responsable de la variabilité du QI.
    […] les gènes peuvent modifier l’environnement. Par exemple, typiquement, le fait d’avoir une paire de chromosomes sexuels XX ou XY, autrement dit d’être une fille ou un garçon, induit dans notre culture des différences d’attitudes de l’entourage, de vécu, de modèles d’identification disponibles et culturellement imposés qui influent sur le développement psychologique d’un enfant.

    #genre


  • Le « débat inné/acquis » est-il vraiment dépassé ? | Odile Fillod (Allodoxia)
    http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/05/30/debat-inne-acquis

    C’est devenu un lieu commun de la vulgarisation scientifique : en ce qui concerne les dispositions psychiques humaines, la science a permis de dépasser le débat entre « inné » (de droite) et « acquis » (de gauche). Mais de quel débat parle-t-on exactement, et sur quelles données scientifiques cette affirmation est-elle fondée ? Source : Allodoxia

    • L’invocation de l’ « évidence » d’un rôle des gènes vise en fait à induire la confusion classique entre la question de la genèse d’une caractéristique chez un individu d’une part, et celle de l’origine des différences entre individus dans cette caractéristique d’autre part , qui est celle que j’ai formulée plus haut et qui fait véritablement l’objet du débat idéologique. Or dire que le patrimoine génétique d’un individu est un facteur déterminant dans la genèse de ses dispositions psychiques ne permet nullement de conclure que la variabilité des dispositions psychiques entre individus de patrimoines génétiques normaux est en partie déterminée par la variabilité de ceux-ci.

      Excellent article démontant « l’évidence » que ce serait toujours à la fois les gênes et l’environnement qui compteraient. Et là comparaison avec les recettes de crêpes est super pédagogique, je trouve !

      Pour illustrer cette notion d’interaction gènes/environnement, revenons aux crêpes. Imaginons que les recettes indiquant qu’il faut deux pincées de sel au lieu d’une se trouvent plus souvent avoir été transmises dans des familles où on a également l’habitude de manger les crêpes particulièrement cuites. Si on faisait une étude équivalente à celles mentionnées ci-dessus, mettant en relation la variabilité du gène « quantité de sel indiquée dans la recette » et celle de la couleur des crêpes cuisinées dans les différentes familles, ont trouverait qu’il y a un effet statistique de ce gène sur la couleur. Pourtant, la variabilité de la couleur serait en fait ici causée par le fait de plus ou moins cuire les crêpes.

      À noter qu’est critiqué aussi au passage les propos récents de #Nancy-Huston lors de la promo de son dernier livre.