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  • Une vraie femme - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/03/Une-vraie-femme

    L’originale. Il faut avoir vécu dans certains cercles pour bien comprendre ce qu’il y a de péjoratif et condescendant dans ce simple mot. Et puis surtout, il faut imaginer quelle force et quel courage il a fallu à Renée pour prendre son destin en main. Imaginer ce que signifie pour une jeune mère de 23 ans, dans la cambrousse de 1953, pour refuser le joug d’un bonhomme pas très vaillant, comme elle dit. Elle m’a fait penser à ma grand-mère, avec le même corps meurtri par des années de labeur, l’amertume en moins. Parce que ma grand-mère, elle aussi, avait eu un sale bonhomme comme mari, mais comme beaucoup trop d’autres femmes, elle l’avait subi toute sa vie durant. Toute sa vie à servir un parfait égoïste, seulement soucieux de son petit confort et de son bon plaisir, laissant à la femme le soin de faire tourner le ménage et de nourrir les gosses quand il préfère aller s’amuser avec les potes ou courir la gueuse.

    • Généralement, je ne m’en sors pas trop mal pour tenir le crachoir et distraire les invités.

      Je crois que de ce point de vue, y’a pas de souci à se faire :)

      Elle m’a fait penser à ma grand-mère, avec le même corps meurtri par des années de labeur, l’amertume en moins. Parce que ma grand-mère, elle aussi, avait eu un sale bonhomme comme mari, mais comme beaucoup trop d’autres femmes, elle l’avait subi toute sa vie durant.

      La mienne, pareil. Et comme pour Renée, ma tante est arrivée un peu après son mariage. Puis mon oncle et enfin mon père. Mon grand-père était alcolo et coureur de jupons et ma grand-mère se prenait des coups quand il rentrait bourré. Un jour il est parti avec une copine, ça lui a fait de l’air. Son entourage la pressait de divorcer mais elle ne voulait pas, tout simplement parce que, selon elle, ça ne se faisait pas. Il est revenu deux ans plus tard et elle l’a de nouveau supporté sans moufeter. Pourtant elle aurait pu, elle avait des revenus, elle travaillait comme cuisinière à l’école de pilote d’Air France. Elle avait un potager et quelques poules. C’était une bosseuse et une dure à cuire mais elle a du attendre que son mari soit emporté par la cirrhose pour en être débarrassée.

    • Oui, ma grand-mère aussi a l’air d’avoir un peu pris sur la gueule. Mon grand père s’est tiré au STO... oui, faut le faire : il a devancé l’appel ! Je n’ai jamais trop su pourquoi : ne plus être emmerdé avec les histoires de gosses et de guerre, peut-être aussi échapper à une histoire de contrebande dans laquelle il revendait au black des trucs qu’il piquait à la très moribonde armée française et puis aussi aller repeupler la Teutonnie de plein de petits bâtards à la gueule de Titi parisien. Mais lui, aussi, il a fini par rentrer et a fait chier ma grand-mère jusqu’au bout.
      Je pense aussi que ses excuses de logement, c’était pour cacher le fait que les femmes avaient bien intégré que se taper un connard toute sa vie sous prétexte qu’il lui avait filé son nom de famille était normal et que de prétendre à autre chose était un truc de pute. D’ailleurs, les femmes qui refusaient la domination patriarcale étaient globalement pour elle des putes.
      Je pense qu’elle a dû se demander longtemps ce qu’elle avait raté dans mon éducation...



  • Le grand soir - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/13/Le-grand-soir

    C’est marrant, c’est exactement cette ambiance foutraque que le duo Délépine/kervern, les deux clowns les plus déprimés de l’histoire de la contestation sociale, a si bien décrite dans son film Le Grand Soir. La désespérance des déchus, des jamais soumis, des marginaux qui se heurte de plein fouet avec la résignation consumériste de ceux qui sont encore dans la matrice et s’offrent des indignations à bon compte avant d’aller s’acheter au prix du sang et de la sueur le dernier gadget à la pomme totalement hors de prix et de propos.



    • Je dirais plutôt « la crise, comme horizon politique ». Je crois sincèrement que la crise est mal vécue par la grande majorité des capitalistes (bien entendu, les plus prédateurs, eux se délectent), mais la grande majorité des capitalistes benêts, réactionnaires montre les dents car la crise les menace, et surtout la crise menace leurs rentes habituelles. Cette crise est nouvelle, elle est inéluctable : le monde sature, la croissance économique globale appartient au passé, les revenus du capital ne sont donc plus garantis. Cela n’a plus rien à voir avec les crises récurrentes d’ajustement périodique de l’’économie spéculative sur l’économie réelle qu’on connait depuis l’origine du capitalisme. Cette crise est nouvelle. Elle assombrit l’horizon des capitalistes qui n’a plus d’autres solutions que de demander une nouvelle hausse de productivité « financière » des travailleurs : non pas en terme d’efficacité de production, on produit déjà trop pour cette planète, mais en terme de coût financier.
      Travailler pour moins cher, pour garantir les marges des capitalistes. Tel est le message de tous ceux qui parlent aujourd’hui de compétitivité.


  • Prime de notoriété - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2006/03/30/194-prime-de-notoriete
    Ce n’est pas un papier récent et pourtant, il est terriblement d’actualité en ce temps de soit-disant renégociation des dépassements d’honoraires...

    Au-delà de la question de l’#éthique médicale ou de la valeur réelle de l’acte d’un médecin, même de renom, cette histoire pose toujours la même question que pratiquement toutes les autres histoires de ce blog : celle du modèle de société que l’on nous impose, que l’on nous amène à trouver naturel.
    Celui-qui-ne-doit-plus-avoir-de-prostate-à-l’heure-qu’il-est, en acceptant de payer cette sorte de dessous-de-table officiel, accepte implicitement la mise en place d’une médecine à plusieurs vitesse, où on en a pour son argent. Il y a ceux qui peuvent sortir 1000 € euros au débotté en une seule journée et les autres.

    #santé #argent

    • Lien trouvé sur la page : http://droitsdesmalades.fr/documentation-sur-les-droits-des-malades/codes-de-deontologie

      http://www.conseil-national.medecin.fr/article/article-7-non-discrimination-231#1
      j’ai retenu que

      L’équité veut que le médecin traite de la même façon, quelle que soit la condition du patient. Jadis le médecin proportionnait ses honoraires aux possibilités financières des malades et de leurs familles, ce qui lui permettait d’en soigner certains gratuitement. De nos jours, l’assurance maladie a estompé ces inégalités ; le médecin ne peut réduire le prix d’un acte mais il reste libre de ne pas se faire honorer ( art. 67 ). Le médecin sera particulièrement attentif pour des patients privés de moyens financiers ou de liberté ( art. 10 ). Il en ira de même pour des malades médecins ou de familles de médecins : il est recommandé d’être vigilant pour leur éviter aussi bien des faveurs illégitimes ( art. 50 ) ou qui se montreraient secondairement préjudiciables, que des mesures de sécurité renforcées mais excessives.

      J’ai posté une réponse sur ton blog détaillant tout ça mais comme une grosse truffe, je n’ai pas vu que ton article « Prime de notoriété » datait de mars 2006. Le temps que ça remonte aux yeux du public ...

    • Oui, c’est bien le modèle de société qui continue de muter...

      La santé, la justice et l’éducation étaient dans notre beau pays des pans entiers de l’économie qui étaient « protégés », règlementés par l’intérêt général, car considérés comme incompatibles avec la logique de marché, avec la logique de profit... Plus encore qu’une éducation et une justice à deux vitesses entre les riches et les pauvres, la médecine a ceci de sensible qu’un humain est prêt à tout donner pour survivre... Tout ceci semble désormais un peu loin. On vit dans un monde qui récompensent ceux qui sont au bon endroit, au bon moment, et au diable la morale... Peut être un jour autorisera-t-on les secouristes à dépouiller les bijoux des victimes qu’ils secourent ?

      Ce qui est sûr, c’est que les médecins, profs et les juges étaient des professions « nobles » dans le temps et sont aujourd’hui banalisées vis à vis d’autres carrières du secteur privé marchand.
      Vient le discours débile sur les « talents » : la nécessité d’être rétribué selon son talent, qui veut presque à dégouter les jeunes qui auraient une vocation de médecin, prof ou juge de faire ces métiers car les salaires ne seraient pas à la hauteur de leur « talent », bref un bon lavage de cerveau destiné aux futurs cerveaux...

      Et juste derrière, toujours le mythe du footbaleur, toujours le même chantage du fort sur le faible : si on ne donne pas plus d’argent aux forts (les talentueux), ils partiront qui à l’étranger, qui faire un autre boulot, et donc les individus ordinaires en pâtiront... Saignons-nous pour les riches, les puissants, les entrepreneurs, les chirurgiens... sinon ils ne voudront plus nous soigner...


  • Intimités - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/10/23/Intimites
    http://www.flickr.com/photos/monolecte/6280850544

    Flickr

    « Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté »

    Ce que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l’expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c’est la naissance de l’intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu’un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu’une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu’à la psychose généralisée.


    • Désolée, mais faudrait aussi admettre que côté médecins, y a vachement de déconnades. Le corporatisme jusqu’au boutisme, y compris en protégeant les brebis galeuses est assez contre-productif.

      Déjà, il est faux d’affirmer que les tarifs n’ont pas été revalorisés depuis 30 ans : tant qu’à argumenter, autant le faire avec des bonnes cartouches. S’il est vrai que les politiques de déremboursement et le transfert aux mutuelles qui n’ont de mutuelles que le nom est une forme de privatisation rampante, il faut aussi ne pas hésiter à balancer les petits copains qui font de la consult’ à l’abattage, non pas pour boucler pếniblement leur fin de mois, mais bien pour engranger le fric nécessaire à ce qui est estimé être le train de vie conforme à leur statut social. Parce que les mecs qui vont en médecine juste pour le statut social et qui en ont rien à secouer de la santé publique ou même de soigner correctement les gens tant seule la rentabilité les intéresse, désolée, j’en croise pas mal.

      Pour être crédibles, faut aussi parler de ceux qui prescrivent des analyses méga-coûteuses à la pelle, plutôt que de se cogner 15 mn d’examens cliniques nécessaires mais qui pourraient bien faire chuter leur moyenne horaire, de ceux qui racolent les patients paniqués à l’hosto avant de les réorienter habilement vers le privé et la clinique privée avec des facturations abracadabrantesques, ceux qui soignent à la tête et surtout au statut social du client, ceux qui sont juste incompétents et/ou imbus d’eux-mêmes, ceux qui pensent que d’avoir marner quelques années en fac les place au-dessus du commun des mortels et permet de mépriser tout et tout le monde.

    • @monolecte je me doutais bien que ça trollerai sur un sujet comme celui-là ;-) Tu n’es pas tendre mais c’est ton vécu, le mien est différent.

      Mon opinion et que, comme dans la plupart des domaines de la vie, les humains essayent de faire de leur mieux pour accomplir au mieux ce qu’ils pensent devoir faire.
      Que cette appréciation est différente selon la culture que l’on a du métier. Les médecins Français ont une culture qui leur fait privilégier l’individu au détriment de la communauté : c’est ce qui fait leur défaut vis-à-vis de la sécurité sociale et ce qui est souvent apprécié par les patients (ne pas être traité selon un algorythme absolu mais faire parfois figure d’exception à la règle).

      Il y a bien sûr de « bons » ou de « mauvais » médecins selon les critères de jugement de chacun mais cela ne justifie pas que l’on stigmatise toute une profession au prétexte de trouver des moyens de faire des économies.

      La question actuelle est quel dépassement est tolérable ?
      La réponse logique est aucun.
      Si le tarif sécu paye l’acte effectué, alors je ne vois pas comment un dépassement d’un centime d’un médecin en convention avec la sécu est tolérable.
      D’ailleurs, moins de 25% des médecins ont le droit de faire des dépassements (secteur 2) et 90% d’entre eux font un dépassement que la ministre qualifie de modéré car entre +50 et +100% (elle estime que c’est au-delà de 250% le vilain). Encore une fois : que l’on supprime ce secteur à dépassements autorisés !

      Mais le problème, c’est qu’au tarif sécurité sociale, beaucoup de ces interventions (cela concerne surtout la chirurgie) sont tout simplement irréalisables car payées moins chères que le coût réel, même en faisant du rendement (que tu regrettes dans ton message).

      Bref, on ne va pas faire ici la réforme de la santé Française. Elle passera, si elle est possible, par une modification des rôles, des responsabilités des différents acteurs (patients, soignants, structures de santé) et de leurs statuts (salariés, libéraux, mixtes) mais ce message s’il ne visait pas à te convertir voulait simplement te montrer un point de vue d’un médecin (pas le mien) dans son secteur professionnel. Un simple témoignage (qui te révulse certes mais un témoignage tout de même).

      bises

    • Ça ne me révulse pas, ça m’énerve, parce que c’est partial. Ça m’énerve parce que, comme d’habitude, ce sont les patients qui règlent la note en fin de parcours, et dans tous les sens du terme. L’individualisme n’est pas une attitude envers les patients mais bien une manière de gérer sa carrière.
      Je vis dans un désert médical. Il reste juste les généralistes sur le front. Les plus malins se sont regroupés en cabinet pour pouvoir avoir des vacances, des soirées, des jours de récup sans sabrer dans le fait qu’être malade n’est pas forcément une affaire d’heures ouvrables. Cela dit, une plateforme d’appel a été mise en place le soir et le WE, un machin basé à 70 km et où les interlocuteurs n’ont aucune idée de la situation dans mon secteur. Je suis pour que l’on trie les appels hors heures ouvrables, mais de manière intelligente et le seul qui puisse le faire, c’est le médecin traitant ou au moins son cabinet. Il connaît ses ouailles, il sait qui va faire un crise de solitude un samedi soir, qui prend les toubibs pour des livreurs de pizza et qui n’appellera qu’en dernier recours. Le WE, il n’est pas rare de devoir faire 40km A/R pour atteindre la pharmacie de garde, ce genre de truc.

      Côté spécialistes, c’est risible. Rien à moins de 70km, et des listes d’attente de 6 mois à un an. Là, je vois mal et je me tape de migraine ophtalmiques assez velues parce qu’il me faut patienter un an avant de voir un ophtalmo. J’aurais pu faire descendre à 3 mois (comme quoi, il y a de la place), mais là, c’était en secteur 2 et la notion de tact et de mesure, je l’attends toujours.

      J’ai croisé des bons toubibs, consciencieux, qui tentent de réduire la longueur des ordonnances, qui ne zappent pas un entretien exploratoire ou un examen clinique pour aire tourner le compteur, mais j’ai aussi croisé des caisses enregistreuses sur pattes, des arnaqueurs à la petite semaine, des types qui foutent vraiment la honte à toute la profession.

      Déjà, le paiement à l’acte, ça me semble être n’importe quoi. Comment tu sais quand tu prends un patient le temps que tu vas y passer, quelque soit ton domaine ou ta spécialité ? Pareil pour une opération : un coup ça se passe bien, un autre, ça chie partout et tu n’y consacres pas les mêmes ressources.

      Ensuite, les systèmes bâtards devraient être revus : les mandarins qui tapinent dans le public avec le matos et les salariés du public pour harponner des patients juteux pour la clinique privée, ça me dégoûte profondément. Les mecs gonflent les tarifs, sont quand même payés par la Sécu sur des bases qui frisent la facturation fictive et en plus, ils viennent réclamer leur enveloppe à la fin.

      Je suis d’accord avec le médecin qui disait que les types à prime de notoriété et autres sont des connards qui insultent l’ensemble de la profession en laissant penser que les autres sont des baltringues et des bras cassés.

      http://blog.monolecte.fr/post/2006/03/30/194-prime-de-notoriete

    • Tu le vois côté patient, le témoignage du médecin au-dessus c’est son vécu, honnête sans langue de bois mais sa vision (tronquée, comme la tienne) du système dans lequel il est :
      – ses parents et lui ont trimé pour qu’il fasse de longues études parce que c’était SON truc la médecine.
      – il n’a connu que l’hôpital durant ses études et il y est la cheville ouvrière travaillant réellement plus de 80h/semaine avec des entubages en règle par la direction de l’hôpital sur les repos, les primes tout ça.
      – on lui propose à 32 ans, quand il a fini ses études de s’installer en libéral ou de trouver un poste salarié.
      – en salarié il aura 35h + rtt + retraite et vacances : aujourd’hui c’est ce que demandent tous les médecins. Pourquoi ?
      – en libéral : tu dois créer une société, tu dois la rendre rentable, en assurer la gestion et la comptabilité et les tarifs de tes prestations te sont imposés quels que soient tes coûts à toi. Tu n’as pas de congé payé, pas d’arrêt de travail, pas de chômage, une carence de prise en charge en cas de grave maladie de 90 jours. Tu dois t’endetter sur 15 ans au moins pour acheter ton outil de travail, hypothéquer ta maison pour cela ou trouver une caution (bonjour pour les enfants d’ouvrier !) et accepter de travailler les deux à trois premières années de ta vie professionnelle à perte. Effectivement, si tu acceptes tout ça, il est probable qu’au bout d’une dizaine d’année d’installation tu gagneras bien ta vie et si ton relationnel est bon, ton sens de la communication et que tu es apprécié de tes patients : ton planning sera bien rempli et t’assurera une relative quiétude (en dehors du stress du manager en plus de celui de ton boulot de médecin). Aujourd’hui je suis dans cette tranche d’âge et je vois autour de moi ceux qui n’ont pas su, pas pu, gérer leur entreprise libérale : aigris, surendettés, rêvant d’un poste salarié difficile à obtenir. Ils ne sont pas moins bon médecins que moi, moins bons managers peut-être, moins bon communicants peut-être aussi. De nombreux autres ont « réussi » et même dans ceux-là j’en connais qui partent en médecine salarié : deux autours de moi cette année sur une cinquantaine de praticiens dans ma spécialité. L’une sera médecin du travail, l’autre médecin conseil. Je comprends qu’ils choisissent le salariat, moi je l’ai été (urgentiste à l’hôpital) et je ne pourrai pas y retourner (Kafka 2, le retour).

      Bref, ce n’est pas une plainte pour dire : « on est malheureux nous les médecins » ; c’est juste qu’aujourd’hui aucun médecin ou non médecin, ne veut travailler dans ces conditions là avec les « avantages » proposés donc une réforme qui ne propose pas de modifier en profondeur tout ça va laisser la pénurie s’aggraver.

    • Ts, ts, ts : je suis le chaman, un pied dans chaque camps. Belle-famille de médecins (spécialistes et généraliste, tous secteurs !), ça fait des années que j’ai aussi le point de vue du toubib. Sans compter des amis en dernière année d’internat.

      Je commence par un bref rappel : aucun apprenti médecin en France ne paie ses études de sa poche. Oui, il faut payer le reste, les livres, la bouffe, le logement et tout le bordel, tout comme pour les étudiants en sciences humaines comme moi, mais en aucun cas, ils ne se retrouvent à débarquer dans la vie active avec l’endettement faramineux du coût réel de la formation, parce que celui-là, il est pris en charge collectivement et c’est très bien comme ça. Pour comprendre ce que signifie réellement payer le prix de ses études de médecine, il ne faut pas hésiter à aller voir ce que ça donne aux USA où des mecs entrent dans la vie active avec des dettes complètement hallucinantes. En gros, c’est de l’esclavage pour dette et les gars se retrouvent à faire de la médecine hors de prix rien que pour rembourser les banques. Ça, ce n’est pas un modèle !

      Donc, chez nous, les études de médecine sont financées par la collectivité et je ne trouve pas déraisonnable que la collectivité demande une contrepartie en terme de santé publique, un peu comme l’Armée qui offre des formations de qualité en échange d’un certain engagement. Donnant-donnant et ce n’est que pour quelques années, pas pour toute la vie (on n’est pas à Cuba, non plus !).

      Sur les modes de paiement : oui, je ne vois pas où est le problème à envisager une pratique salariée de la médecine. Voilà qui réglerait pas mal de problèmes en terme de pratiques d’abattage, d’horaires, de qualité de vie et d’équité des rémunérations. Aux urgences, je suis tombée sur un médecin qui venait de passer au salariat après des années de libéral où il ne faisait pas spécialement de gras. Il travaille pour un groupe privé, avec un bon niveau de salaire, des avantages sociaux et tout. Il est affecté régulièrement à des gardes dans des déserts médicaux... comme le mien. Si on arrêtait avec la logique débile de la T2A dans les hostos, je ne vois pas pourquoi le secteur public ne pourrait pas non plus correctement employer des médecins tout en assurant ses missions de santé publique. En gros, je ne vois pas pourquoi le salariat serait le mal dans la santé.

      L’exercice libéral, c’est pareil pour toutes les professions : tout le monde n’est pas un super gestionnaire, tout le monde n’a pas envie de fonctionner sans filet. Le truc que je ne comprends pas, c’est que tu dis que tous les médecins rêvent de salariat et qu’en même temps ils réclament plus de liberté de tarification : franchement, on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

      Oui, c’est très coûteux dans notre système de s’installer en libéral. La question est : pourquoi s’installer en libéral ? Tu me parles des gosses d’ouvriers qui vont avoir du mal à s’endetter pour monter leur cabinet : heureusement pour eux, comme ils sont pratiquement totalement absents des cursus médicaux (tiens et si on parlait de la sociologie du corps médical, pour rigoler un peu ?), ça ne les emmerde pas trop à l’arrivée... et oui, pour les quelques uns qui passeraient quand même les barrages sociaux, c’est plutôt salariat à l’hosto que libéral à Nice.

      Dans mon coin, on bosse sur des maisons médicales pour pallier aux défauts de soins. Ça peut être pas mal : des cabinets collectifs, plus ou moins équipés, avec regroupement de spécialités et de paramédicaux, mutualisation administrative, répartition des charges de travail et meilleure coordination entre praticiens. Si c’est fait dans cet esprit, on devrait encourager l’installation de jeunes médecins (on pourrait parler de la connerie du numerus clausus, de la doctrine de limiter la demande en limitant l’offre, comme si les patients gaspillaient de la santé...) qui ne viendraient pas d’une dynastie de toubibs (franchement, la sociologie des facs de médecine me semble indispensable dans ce débat !). Après, si c’est fait dans l’idée de réduire l’offre de soin, on va au tas.

    • Quelques nuances :
      – TOUTES les études sont partiellement prises en charge par l’état. La médecine pas plus qu’une autre et justement, c’est la raison qui fait que les étudiants en médecine, à compter de la 4e année, travaillent à l’hôpital contre une indemnité a minima. Beaucoup, je l’ai fait, travaillent la nuit et les week-end en maison de retraite, clinique ou MacDo pour payer leurs études : comme les autres professions. Les sociologue, les psychologues, les programmeurs, les ingénieurs, les pharmaciens, les chomeurs doivent-ils eux aussi rendre à la collectivité ce dont ils ont bénéficié par une formation universitaire sponsorisée ? Si ton mari est ingénieur et toi sociologue et que la société a besoin de l’un en Corrèze et de l’autre à Brest tu vas gérer ça comment ? Les médecins c’est pareil : à 30 ans passé ils ont une vie (installation moyenne à 35 ans actuellement).
      – Pourquoi la sécu ne salarie pas les médecins si c’est plus intéressant pour tout le monde ? Parce que ça ne l’est pas pour elle. Les médecins salariés sont beaucoup moins rentables (produisent moins de soin à temps égal) pour la sécu que les médecins libéraux (qui ne sont pas de vrais libéraux puisque leur tarif est opposable en secteur 1). Le blocage ne vient pas là des médecins.
      – L’offre de soin va se réduire drastiquement dans les 10 ans. En 1968 : Suppression du numerus clausus, les médecins s’installent en masse avec des générations x5 les effectifs habituels. En 1974 rétablissement du numerus clausus puis durcissement progressif jusqu’en 1984 où il était à son extrême. 1990 : la sécu veut virer 30.000 médecins pour dépenser moins (moins de médecins = moins de prescription…) : mise à la retraite anticipée (mica) dans des conditions exceptionnelles. Aujourd’hui, on sait que dans dix ans 1/3 des effectifs (génération 68) part à la retraite et que les médecins actuels ne pourront pas payer leur retraite (la caisse des médecins excédentaire jusque là a reversé l’excédent dans le régime général) : dépôt de bilan assuré. Donc, dans dix ans, il n’y aura plus beaucoup de médecins, le libéral sera du suicide pour un jeune installé (charges trop élevées au départ). Cette diminution du nombre d’installés sera encore accentué par la féminisation de la profession avec des femmes qui soient décident de ne pas exercer, soit d’être salariées, soit d’être à temps partiel (les hommes peuvent faire de même mais culturellement, pour l’instant, non.).

      Bref, je trouve ton analyse peu réaliste pour quelqu’un qui connait le métier.


  • Le cimetière des éléphants - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/10/08/Le-cimetiere-des-elephants

    J’avais un peu relâché le service ces derniers temps. Ça, comme le reste : je fais rarement dans le détail. Pas envie de montrer ma face obscure. Et puis, plus de voiture, ça aide beaucoup à distendre les relations intervillages dans mon coin de planète de grande ruralité. Ce qui aboutit toujours à des arbitrages à la con : se chauffer ou se déplacer. Que la question se soit imposée à moi en plein mois d’août ne change rien à la logique du choix final. Quand j’aurais brûlé la dernière goutte de fuel de la cuve, non seulement j’aurais froid, mais en plus je serais toujours à pied, ce qui compromet grandement ma capacité à gagner l’argent de la cuve suivante. Tandis que là, je vais peut-être me peler le cul dès la fin de l’été indien, mais au moins je pourrai continuer à quadriller la cambrousse. En attendant de résoudre mes problèmes de baignoire à mazout, je fais donc le plein de chaleur humaine.



  • La voie de son maître - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/La-voie-de-son-maitre

    Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les yeux pour lui dire :

    « Maintenant, tu comprends bien que je vais être obligée de porter plainte. »

    Et là, c’est le drame !
    Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me balance d’une voix totalement méconnaissable :

    « Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c’est ce que tu cherchais. Je le savais. C’est ce que tu voulais. J’ai toujours su que tu étais une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout à l’heure, ils m’ont dit qu’ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver ! »


  • Pédale avec les loups - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups

    “Vous savez, je suis une victime collatérale des lois #Bachelot. Avant, j’étais #généraliste dans le Mercantour.”
    « Ah, on vous appelait pédale-avec-les-loups ? C’est encore plus paumé que par chez nous. Vous deviez passer plus de temps dans la voiture qu’en consult’, non ? »
    “Oui, quelque chose comme ça. C’est surtout que je pratiquais la #propharmacie.”
    « Gné ? »
    “Dans les hameaux isolés, je délivrais aussi les #médicaments, cela complétait mon activité et rendait bien service à mes patients.”
    « Oui, je comprends, c’est plus rationnel quand tout est loin que vous soyez deux-en-un. »
    “Oui, grâce à ça, je ne faisais pas de gras, mais j’étais à l’équilibre. Mais les lois Bachelot ont bien organisé les déserts médicaux et ont donc restreint l’usage de la propharmacie. Du coup, je me suis mis à perdre de l’argent et j’ai dû quitter le Mercantour.”
    « Et un désert médical de plus ! »


  • Pédale avec les loups - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups

    C’est la voix jeune qui m’interpelle. J’espère qu’il n’est pas médecin. Non pas que je le trouve trop jeune pour être compétent, mais juste parce que confier ma santé à un médecin qui a la moitié de mon âge me renvoie inévitablement au temps qui passe et ne revient pas. Je le suis docilement jusqu’en salle d’examen tout en me sentant un peu gênée d’être là. Pour moi, les urgences, c’est civière ou rien. C’est au moins une fracture ouverte avec 10 bons centimètres d’os qui ont perforé la peau. C’est du sang, des larmes et de la douleur. Je me fais l’effet d’une touriste. J’ai presque envie de m’excuser d’être là. Mais le service est calme. Je me dis qu’au moins, je ne prends la place de personne.


  • De si gentils chiens - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens

    Quand je le vois débouler à l’autre bout de la route, là aussi, je me dis qu’en pédalant fort et dur, je devrais avoir le temps de tourner vers chez moi avant qu’il ne me rattrape, mais le chien est lancé comme une fusée et il m’a dans le collimateur depuis assez longtemps pour ne pas laisser passer son tour. Je ne suis même pas à moitié chemin de mon objectif qu’il est déjà sur moi, babines retroussées, poil hérissé dans une belle démonstration de domination. Je suis en train de freiner sec pour ne pas prendre le risque d’être déséquilibrée en pleine course, mais là aussi, je suis trop courte, je n’ai pas le temps de m’arrêter qu’il a déjà fait volte-face et que sa gueule se referme sans hésiter sur mon mollet droit.


  • C’est l’été, la saison des saloperies (T’as honte d’avoir voté PS, hein ?) - Le(s) suiveur(s) des choses.
    http://aldebaran.eu.org/index.php?2012/08/17/601-c-est-l-ete-les-vacances-la-saison-des-saloperies

    Le ministre des expulsions s’est fendu d’un communiqué. On y relève : Les décisions administratives de concours de la force publique et d’évacuation seront prises à chaque fois qu’elles s’imposeront, et avec fermeté. Elles le seront en considération des circonstances et difficultés locales et tout particulièrement des risques sanitaires. Les campements insalubres sont inacceptables. Souvent situés au cœur de quartiers populaires, ils sont aussi un défi au « vivre-ensemble » qui ne doit échapper à personne.

    C’est marrant, l’argument sanitaire : c’est le même qui est utilisé pour flanquer les gens sur le trottoir que pour cadenasser les poubelles aux crève-la-dalle... http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee


  • La crise délibérée | Agnès Maillard (Le Monolecte)
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee

    Deux petites informations de rien qui se télescopent dans l’indifférence paresseuse des fausses vacances : d’un côté, une ville espagnole qui va équiper de cadenas les poubelles des supermarchés, de l’autre une ville de Belgique qui entend forcer les mêmes supermarchés à aider les démunis. Deux villes de notre temps, deux visions de l’action politique diamétralement opposées : l’une qui se couche et accompagne toutes les régressions, l’autre qui se dresse et utilise son pouvoir pour changer les choses, même petitement, même à sa seule échelle locale, l’échelle de l’action politique de la soumission ou du refus. Source : Le Monolecte


  • La #crise délibérée - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee
    http://farm2.staticflickr.com/1027/1168226361_1748501a56.jpg

    Deux petites informations de rien qui se télescopent dans l’indifférence paresseuse des fausses vacances : d’un côté, une ville espagnole qui va équiper de cadenas les poubelles des supermarchés, de l’autre une ville de Belgique qui entend forcer les mêmes supermarchés à aider les démunis. Deux villes de notre temps, deux visions de l’action politique diamétralement opposées : l’une qui se couche et accompagne toutes les régressions, l’autre qui se dresse et utilise son pouvoir pour changer les choses, même petitement, même à sa seule échelle locale, l’échelle de l’action politique de la soumission ou du refus.

    #économie #récession #paupérisation


  • Killing Descartes - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/06/Killing-Descartes

    L’homme-machine de Descartes devient le machin de la prouesse technologique, pense qu’il est noble de chercher à repousser ses limites alors qu’il ne parvient même pas à suffisamment se penser lui-même pour parvenir à les tracer. Nous rêvons nous-mêmes de devenir des moutons électriques parce que nous avons renoncé à interroger notre propre humanité et que nous croyons sincèrement nous améliorer en l’aliénant à la technologie.


  • Panne d’horizon - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/07/30/Panne-d-horizon

    Ils sont comme un quatuor de poussins tombés du nid, étrangement décalés dans la magnificence du décor de géants. Je leur demande de loin s’ils veulent de l’aide, ils se rétractent à l’intérieur de leurs t-shirts comme l’escargot devant le court-bouillon. Non, non, ça va, ils ne font que passer. Ils font front, ne se dérident pas et poursuivent leur route d’un pas pressé et quelque peu anxieux, comme s’ils avaient senti peser une menace dans mon interpellation. Ils n’ont ni sacs, ni chaussures de marche. Je comprends alors qu’ils ne font vraiment que passer, qu’ils ne sont même pas là, qu’ils ont dû pousser leur voiture climatisée le plus loin possible sur le chemin forestier pour se payer un échantillon de montagne, tout comme ils se nourrissent au Drive In. Consommateurs et donc pas participants. Inquiets, méfiants.
    Ils ne font que passer.
    Tout le temps.


  • Holy cars - Le Monolecte
    http://blog.monolecte.fr/post/2012/07/16/Holy-cars
    http://farm4.staticflickr.com/3315/3447182536_7ca90666e2.jpg

    Prenons au hasard l’industrie automobile, ce fleuron de l’économie française, sous perfusion étatique depuis des années, à coup de primes à la noix qui sont autant d’incitation à gaspiller des véhicules en parfait état de marche à l’usage de consommateurs testostéronés du ciboulot qui, de toute manière, avaient déjà les moyens de conduire une voiture neuve à vie. Bref, un immonde gâchis de ressources précieuses, alors que tant de petits salariés peinent à maintenir en état leur poubelle à roulette pourtant indispensable pour se rendre à leurs miettes de boulot à l’heure où les transports en commun se font anémiques.
    Je rappelle que les constructeurs automobiles ont déjà bénéficié d’une somptuaire rallonge de l’État, lequel s’est empressé de ne surtout rien leur demander en échange. Rien. Que dalle. Même pas une petite garantie de rien du tout. Même pas une clause de sauvegarde de l’emploi. Surtout pas un plan stratégique : l’État actionnaire, c’est sale ! Il est juste bon à allonger l’oseille et à regarder ailleurs une fois que c’est fait.