Article11 - Abondance de la critique, paralysie de l’action

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    • C’est mignon tout plein - bien propre et consensuel... On y croirait presque si on n’avait pas vu les mêmes Coréens charger en mettant des coups de tranche de bouclier métallique à travers la tronche des manifestants (qui sont tout aussi loin d’être innocents - le bâton et le cocktail Molotov y sont des accessoires très courants). Ceci dit il y a un côté rituel dans les manifestations où chacun jouant son rôle conventionnel dans une représentation formatée - cette caricature de manifestation ne fait que forcer le trait pour en faire une épure stylisée.

    • Trop mignon !
      C’est visiblement un entrainement.
      – ils font ça sur un parking : aucun dégagement à gauche ou à droite. En face de la caméra, c’est l’entrée du parking. Sans doute, celui de la Seoul Metropolitan Police Agency.
      – les bus des policiers sont entassés au fond à droite sur plusieurs rangs, FACE à la manifestation. Désastre assuré en cas de débordement.
      – d’ailleurs, personne, jamais, n’essaie de déborder.
      – les « violents » lattent sagement le bouclier réglementaire, chacun séparément.
      – les « meneurs » qui sont interpelés courent sagement vers l’arrière. D’ailleurs, vers 1’20" et après, ceux du haut terminent tout à fait séparés de leurs interpellateurs.
      – le brave garçon qui garde la bonbonne de gaz sous son pied (ils sont drôlement équipés les manifestants locaux…) attend sagement à côté de sa bonbonne que les policiers viennent le récupérer.
      etc.

    • @mariasfat Les coups de tranche de bouclier métallique dans la tronche, j’ai tendance à être passionnément contre. La police suffisamment compétente et organisée pour policer sans violence excessive même face aux provocations, je suis tout à fait pour - tant que le contrôle des foules ne sert pas de substitut au dialogue politique. Quand au rituel de la manif’ c’est une forme de communication alors ce n’est ni bon ni mauvais - c’est juste un outil qui peut être pertinent ou non. Certains argueront que les coups de tranche de bouclier métallique dans la tronche sont aussi une forme de communication, mais j’espère ne pas avoir un jour affaire à ceux pour qui la violence délibérée est légitime.

    • @liotier « La police suffisamment compétente et organisée pour policer sans violence excessive même face aux provocations, je suis tout à fait pour - tant que le contrôle des foules ne sert pas de substitut au dialogue politique. »
      Bah je considère que c’est plus le dialogue politique qui est un moyen de contrôle des foules donc bon...

      La violence délibérée n’est pas forcément légitime mais elle est clairement un moyen d’expression oui.

    • @mariasfat Dans un monde idéal, il n’y a même pas de dialogue politique entre l’état et les citoyens - gouvernants et gouvernés ne font qu’un et sont tous d’accord entre eux. Évidemment nous n’en sommes pas là et nous devons utiliser la communication pour ajuster nos différences - pas de problème si tout le monde est rationnel, de bonne foi et que la communication ne rencontre pas d’obstacles... Là aussi on n’y est pas encore, alors inévitablement il y a des frustrations et des frictions, parfois violentes - qui font bien partie de la communication. Mais comme nous vivons ensemble et que, comme le souligne la philosophie des arts martiaux Japonais, l’adversaire et le partenaire sont un seul et même individu, il est nécessaire de nous protéger contre nous même et d’éviter que les ébullitions passagères se transforment en dégâts durables... A mon avis, c’est le rôle de forces anti-émeute bien élevées. Le problème est que, comme tout outil et comme toute force, celle-ci peut-être utilisée à des fins néfastes - en l’occurrence la répression pure et simple de l’expression populaire, bien pratique lorsqu’un gouvernement n’est pas d’humeur à discuter. Mais abusus non tollit usus - tout est dans l’encadrement strict de l’usage de la force par ceux qui en ont le monopole légal et dans le contrôle de ce cadre légal par le peuple.

    • @liotier A partir du moment où il y’a un monopole légal, il y’a forcément une notion de majorité. Donc de conflit. Le peuple n’est qu’un agrégat d’individus, qui je l’espère ont tous des aspirations qui leur sont propres. L’intérêt commun est je pense vite limité quand il est question de contrôle légal. D’où la notion d’opposition.
      Je ne pense pas qu’un jour une société puisser échapper au conflit, que ce soit entre individus ou groupes d’individus.
      La mise en commun inhibe toujours une part de l’individualité, c’est comme ça.
      La violence délibérée doit certainement s’intégrer dans un mouvement perpétuel.

    • J’avoue que ma manière de présenter le modèle ignore les aspirations infiniment variées et contradictoires des individus en les fondant dans une hypothétique et impossible aspiration collective consensuelle. Mais même à l’échelle individuelle et même si la violence est inévitable, sa gestion est un problème social fondamental - et si on développe ce fil de discussion on en revient très rapidement à la question du contrôle politique des forces contrôlant la violence... Et donc à la question de la légitimité d’un gouvernement représentatif où se diluent sans espoir mais non sans soubresauts les individualités au nom de la raison pragmatique.

    • @mariasfat @liotier
      Que nenni, la discussion n’est pas finie !
      Tout d’abord, une petite vidéo plus ancienne, mettant la police anti-émeutes sud-coréenne aux prises avec de véritables manifestants (bien que membres de l’armée...) usant de techniques similaires.
      http://www.youtube.com/watch?v=kMi7Jkay0fY


      Pour poursuivre, un petit lien sur un article quant à la pertinence de la violence : http://www.article11.info/?Abondance-de-la-critique-paralysie.
      Et enfin, le renvoi à la théorie de la zone d’autonomie temporaire, théorie qui me semble réalisée lorsque nous tenons la rue ne serait-ce que quelques dizaines de minutes contre les milices du capital : http://www.lyber-eclat.net/lyber/taz.html.


  • Abondance de la critique, paralysie de l’action | Cédric Cagnat (Article11)
    http://www.article11.info/?Abondance-de-la-critique-paralysie

    « Le sentiment d’injustice et la colère elle-même qu’il inspire ne trouvent pas ou refusent les débouchés qui leur seraient adéquats », écrivait George Labica en 2007 dans « Théorie de la violence ». Il exprimait alors une constance de nos démocraties contemporaines : la connaissance détaillée des méfaits du système mondialisée couplée à une paralysie de l’action. Analyse. (...) Source : Article11

    • Ah, qu’il est bon de retrouver la prose des camarades d’Article11 !

      Bien conditionnés, nous ne ferons pas non plus ce cadeau à nos maîtres d’abdiquer notre dignité en cédant à quelque fureur destructrice : « La violence, née des souffrances, qui s’exercerait à l’encontre de la violence systémique ou structurelle, n’est même pas envisagée, au titre d’hypothèse ». Nous resterons honorables dans notre misère. Et responsables. Car férus d’histoire, nous n’ignorons pas combien pour la démocratie la violence émancipatrice peut s’avérer dangereuse : cette dernière « s’en trouve disqualifiée, au nom des dégâts qu’elle a occasionnés dans un passé proche et des risques considérables qu’elle ferait courir, quelques doctrinaires persévérant à affirmer que la violence est le fait des faibles. Tout le monde en conséquence se retrouve dans l’acquiescement au nouvel ordre établi, qu’il soit celui d’une soumission résignée ou d’un consensus satisfait. Pour les dominants, l’affaire est on ne peut meilleure. »

    • Le partage idéologique de la violence obéit de nos jours à une configuration tout autre : « Dans les conditions de la démocratie du public contemporaine, toute espèce de violence, politique ou non, doit être vue par tous et chacun avec les yeux de la police. » Un vaste travail de requalification sémantique a en effet été opéré depuis un peu plus de trente ans par les détenteurs de la parole officielle. Les catégories de la violence et de la non-violence ne sont plus distribuées en fonction du code politique mais se mesurent à l’aune exclusive du signifiant juridique : quel que soit le dessein poursuivi par telle activité critique, indépendamment de son contenu revendicatif, elle sera mesurée et sanctionnée, négativement ou positivement, selon qu’elle se subsumera dans l’ordre du légal ou de l’illégal, préalablement déterminé par les ayants droit de la gestion sécuritaire du monde : « Une émeute embrasant une banlieue à la suite d’une “bavure” policière est violente et même ultra-violente, mais pas ladite “bavure”, quand bien même elle a été homicide. De même, […] une occupation d’usine accompagnée de saccages sera exhibée comme un spectacle de violence, pas l’action de délocalisation brutale qui l’a entraînée. »

      Bref, excellent article !


  • Article11 - Abondance de la critique, paralysie de l’action - Cédric Cagnat
    http://www.article11.info/?Abondance-de-la-critique-paralysie

    C’est qu’il demeure inconvenant de confronter les profuses bravades de la résistance réglementaire à la fâcheuse paralysie de l’action qui en est devenue le corrélat obligé : « Le sentiment d’injustice et la colère elle-même qu’il inspire ne trouvent pas ou refusent les débouchés qui leur seraient adéquats ». Car de la connaissance dans laquelle nous sommes, grâce à la latitude dont dispose le journalisme militant, des conditions insoutenables qu’endure l’immense multitude des damnés de l’ultralibéralisme, nous ne devons nous dédommager qu’au travers de ce droit gracieusement octroyé de la lamentation à haute voix. Davantage : nous sommes priés de nous montrer reconnaissants et bénir le hasard qui nous a fait naître sous les cieux de la libre parole. Passer outre serait faire preuve d’ingratitude.

    La contestation, autorisée et valorisée, vient donc occuper, en tant que simulacre d’action, la place laissée vacante, dans le domaine de la décision politique efficiente, par le déplacement de la souveraineté étatique vers les organismes transnationaux de l’économie mégamachinique. En 2006, lors d’un entretien radiophonique, Joseph Stiglitz déplorait « que la mondialisation n’était pas démocratique, car les peuples n’y avaient nulle part, qu’elle était entre les mains du FMI et autres instances et répondait à une question concernant son passage à la Maison Blanche que le fait de se trouver dans les plus hautes sphères du pouvoir ne signifiait pas que l’on disposait du pouvoir ». Qu’à cela ne tienne ! Puisque ni le peuple, ni ses représentants élus ne peuvent se targuer d’une consistance même minimale face aux réquisits de l’Argent ; que la grande pompe républicaine a conformé ses belles devises prometteuses au diktat de l’actionnariat ; que les destins individuels sont désormais scellés par les conseils d’administration et le savoir-faire des banquiers, il ne sera pas dit que nous n’avons pas gardé la tête haute et que notre impuissance sera restée muette !

    Bien conditionnés, nous ne ferons pas non plus ce cadeau à nos maîtres d’abdiquer notre dignité en cédant à quelque fureur destructrice : « La violence, née des souffrances, qui s’exercerait à l’encontre de la violence systémique ou structurelle, n’est même pas envisagée, au titre d’hypothèse ». Nous resterons honorables dans notre misère. Et responsables. Car férus d’histoire, nous n’ignorons pas combien pour la démocratie la violence émancipatrice peut s’avérer dangereuse : cette dernière « s’en trouve disqualifiée, au nom des dégâts qu’elle a occasionnés dans un passé proche et des risques considérables qu’elle ferait courir, quelques doctrinaires persévérant à affirmer que la violence est le fait des faibles. Tout le monde en conséquence se retrouve dans l’acquiescement au nouvel ordre établi, qu’il soit celui d’une soumission résignée ou d’un consensus satisfait. Pour les dominants, l’affaire est on ne peut meilleure. »

    #militantisme #critique #mondialisation #capitalisme