La question syrienne | Revue du Mauss permanente
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par Akram Kachee et Jérôme Maucourant
Excellent papier qui se donne pour but de relire et dépasser Seurat, en allant au delà d’une fascination pour le Proche-Orient pensé trop exclusivement en termes confessionnels au détriment d’une lecture des changements dans ces structures.
Ce récit devenu canonique sur la Syrie n’est certes pas sans intérêt, mais il reste évidemment prisonnier du préjugé selon lequel le présent de ce pays serait un long passé, et dans lequel la vérité politique serait à chercher dans la géohistoire des confessions. Tout se passe comme si, depuis vingt ans, la mondialisation avait ignoré la Syrie, et comme si l’élite politique était restée une simple élite militaire. Or, la bourgeoisie sunnite s’est, pour l’essentiel, mêlée aux intérêts dominants. L’analyse du pouvoir de la classe dominante selon une grille confessionnelle est ainsi devenue obsolète. Le récit de Seurat et de ses épigones ne rend donc pas compte du fait que le régime défend les intérêts de ceux qui se sont enrichis, toutes communautés confondues. Tout se passe comme si l’analyse confessionnelle avait pour vertu de masquer le simple fait de la lutte des classes. L’heureux intérêt de cette occultation permet aux orientalistes et aux commentateurs de ramener la conflictualité sociale en Syrie comme en Orient à un différend essentiellement culturel et religieux, ce qui permet à certains de valoriser la spécificité de leur objet d’étude et à d’autres de se perdre dans l’exotisme.


