La question syrienne | Revue du Mauss permanente

?article923

  • La question syrienne | Revue du Mauss permanente
    http://www.journaldumauss.net/spip.php?article923
    par Akram Kachee et Jérôme Maucourant
    Excellent papier qui se donne pour but de relire et dépasser Seurat, en allant au delà d’une fascination pour le Proche-Orient pensé trop exclusivement en termes confessionnels au détriment d’une lecture des changements dans ces structures.

    Ce récit devenu canonique sur la Syrie n’est certes pas sans intérêt, mais il reste évidemment prisonnier du préjugé selon lequel le présent de ce pays serait un long passé, et dans lequel la vérité politique serait à chercher dans la géohistoire des confessions. Tout se passe comme si, depuis vingt ans, la mondialisation avait ignoré la Syrie, et comme si l’élite politique était restée une simple élite militaire. Or, la bourgeoisie sunnite s’est, pour l’essentiel, mêlée aux intérêts dominants. L’analyse du pouvoir de la classe dominante selon une grille confessionnelle est ainsi devenue obsolète. Le récit de Seurat et de ses épigones ne rend donc pas compte du fait que le régime défend les intérêts de ceux qui se sont enrichis, toutes communautés confondues. Tout se passe comme si l’analyse confessionnelle avait pour vertu de masquer le simple fait de la lutte des classes. L’heureux intérêt de cette occultation permet aux orientalistes et aux commentateurs de ramener la conflictualité sociale en Syrie comme en Orient à un différend essentiellement culturel et religieux, ce qui permet à certains de valoriser la spécificité de leur objet d’étude et à d’autres de se perdre dans l’exotisme.


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    Que faire, donc, avec cette Syrie nouvelle ?

    – Refuser, d’abord, les prétendues ressemblances entre la Libye et la Syrie justifiant le soutien exclusif à un Conseil National Syrien, imprégné de l’idéologie des Frères Musulmans et composé d’opposants exilés depuis trente ans.

    – Refuser, ensuite, une intervention qui pourrait fédérer les Syriens, dans un sentiment de cohésion et de fierté nationales retrouvées, autour d’un Bacher Al-Assad, devenu le héros anti-impérialiste.

    – Convoquer, enfin, réunion de toute l’opposition, afin de construire un interlocuteur qui sera soutenu dans un dialogue avec la Russie ; la France doit alors veiller à n’entretenir de relations qu’avec des opposants apportant des garanties de leurs intentions démocratiques et laïques ou, au minimum, de respect du pluralisme.

    Akram Kachee est diplômé de Sciences Politiques, Université Lumière Lyon 2.
    Jérôme Maucourant est coauteur de Peut-on critiquer le capitalisme ?, La Dispute, 2008.

    Un long texte que j’ai à peine survolé.