Intéressante interview par le Nouvel Obs de F. Balanche, universitaire spécialiste de la Syrie, sur la guerre en cours et notamment la bataille d’Alep :
►http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120928.OBS3937/syrie-un-dernier-baroud-d-honneur-des-rebelles-a-alep.html
Les rebelles affirment avoir lancé une offensive décisive à Alep. Vont-ils vers une conquête de la seconde ville du pays ?
– Non, bien au contraire. Les rebelles sont sur le départ. « Offensive décisive », c’est un effet d’annonce qui ne traduit pas du tout la réalité sur le terrain. Ils ne sont ni assez bien armés ni assez bien organisés pour conquérir la ville où ils n’avaient réussi à prendre pied que dans les quartiers sunnites. Ils ont bien lancé des offensives sur les quartiers centraux mais sans pouvoir s’y installer. Je pense notamment au quartier arménien, où la population a utilisé les armes fournies par le régime pour empêcher l’insurrection de s’implanter.
Il y a une stratégie très claire du régime de contre-insurrection, qui prend son temps, et procède comme suit : identification des zones tenues par les rebelles, encerclement puis expulsion des rebelles, et enfin, passage au quartier suivant. C’est une stratégie qui prend du temps mais qui aboutit en ce moment à Alep. On est donc face à un dernier baroud d’honneur des rebelles dans la ville avant, probablement un repli stratégique.
Et sur la guerre en général et à plus long terme :
On est donc toujours dans une perspective de règlement du conflit à long terme ?
– Si on s’en réfère au discours de Laurent Fabius, les pays occidentaux sont beaucoup plus sur la réserve quant à une chute rapide de Bachar al-Assad. De leur côté, les pays du Golfe sont toujours très anti-Bachar, c’est une question stratégique pour eux quant à l’axe pro-iranien, et il n’est pas envisageable de perdre la face en acceptant un maintien au pouvoir d’Assad. Mais s’ils peuvent soutenir longtemps l’opposition syrienne – ils ont suffisamment d’argent – ils ne peuvent les soutenir de manière décisive en leur fournissant du matériel qui puisse venir à bout des avions syriens. Tant que les rebelles n’auront pas l’équivalent des missiles Stinger que les Américains avaient fournis aux moudjahidin afghans, il sera difficile pour eux de libérer la moindre zone, comme ce fut le cas en Libye autour de Benghazi.