« L’INFÂME DIALECTIQUE » Le rejet de la dialectique dans la philosophie française de la seconde moitié du XXe siècle

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    Ces « aventures de la dialectique », pour reprendre le titre du livre de Merleau-Ponty, sont significatives d’un certain régime d’alliance entre théorie et politique, mais d’une alliance qui n’est pas analysée en tant que telle et qui se trouve déportée sur le terrain de la philosophie elle-même.

    Pour le dire autrement, alors que la dialectique était chez Marx une « méthode » de l’analyse historique -le terme de « méthode » restant à discuter-, du moins une théorie des contradictions du réel qui ouvre à l’intervention politique son champ propre, la dialectique devient ici l’enjeu politique d’un débat strictement théorique, qui ne prend plus en charge l’histoire réelle. Néanmoins la discussion autour de la dialectique conserve sa portée politique indirecte : elle va contribuer à littéralement interdire un certain type d’approche historique, du moins sur le terrain de la philosophie, mais assez largement aussi sur celui des sciences humaines.

    #Deleuze #Foucault #Marx #Hegel #Dialectique #Histoire


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    Pour définir la dialectique, Deleuze s’arrête en particulier sur une figure de la Phénoménologie de l’Esprit, celle de la mauvaise conscience, qu’il retourne contre son auteur, Hegel. Cessant d’être une figure transitoire de la dialectique, elle est, assure Deleuze, le portrait fidèle du dialecticien tourmenté : « la découverte chère à la dialectique est la conscience malheureuse, l’approfondissement de la conscience malheureuse, la solution de la conscience malheureuse, la glorification de la conscience malheureuse et de ses ressources. Ce sont les forces réactives qui s’expriment dans l’opposition, c’est la volonté de néant qui s’exprime dans le travail du négatif. La dialectique est l’idéologie naturelle du ressentiment, de la mauvaise conscience. Elle est la pensée dans la perspective du nihilisme et du point de vue des forces réactives. D’un bout à l’autre elle est pensée fondamentalement chrétienne » . Derrière cette série d’affirmation, on peut lire en filigrane que la dialectique est indissociable d’une philosophie idéaliste de l’histoire, philosophie qui est couramment imputée à Marx.
     On aurait tort de voir dans ces lignes péremptoires le produit d’une lecture un peu hâtive dans un livre somme toute consacré à un autre auteur que Hegel et qui, lui, pense en effet pis que pendre de la dialectique : il s’agit d’une opération bien plus élaborée, qui participe à la promotion collective d’un nouvel arsenal de références philosophiques, au travers desquelles se définit aussi un nouveau rapport à Marx et au marxisme.