#émancipation

  • Très bonne Préface à l’édition Brésilienne du « Maitre ignorant » de Jacques Rancière http://strassdelaphilosophie.blogspot.fr/2013/05/le-maitre-ignorant-jacques-ranciere.html

    Toutes les deux surtout sont enfermées dans le cercle de la société pédagogisée. Elles attribuent à l’Ecole le pouvoir fantasmatique de réaliser l’égalité sociale ou, à tout le moins, de réduire la « fracture sociale ». Mais ce fantasme repose lui-même sur une vision de la société où l’inégalité est assimilée à la situation des enfants en retard. Les sociétés du temps de Jacotot avouaient l’inégalité et la division en classes. L’instruction était pour elles un moyen d’instituer quelques médiations entre le haut et le bas : de donner aux pauvres la possibilité d’améliorer individuellement leur condition et de donner à tous le sentiment d’appartenir, chacun à sa place, à une même communauté. Nos sociétés sont loin de cette franchise. Elles se représentent comme des sociétés homogènes où le rythme vif et commun de la multiplication des marchandises et des échanges a aplani les vieilles divisions de classes et fait participer tout le monde aux mêmes jouissances et aux mêmes libertés. Plus de prolétaires mais seulement des nouveaux venus qui n’ont pas encore pris le rythme de la modernité ou des attardés qui, à l’inverse, n’ont pas su s’adapter aux accélérations de ce rythme. La société se représente ainsi à la manière d’une vaste école ayant ses sauvages à civiliser et ses élèves en difficulté à rattraper. Dans ces conditions, l’institution scolaire est de plus en plus chargée de la tâche fantasmatique de combler l’écart entre l’égalité proclamée des conditions et l’inégalité existante, de plus en plus sommée de réduire des inégalités posées comme résiduelles. Mais le rôle dernier de ce surinvestissement pédagogique est finalement de conforter la vision oligarchique d’une société-école où le gouvernement n’est plus que l’autorité des meilleurs de la classe. A ces « meilleurs de la classe » qui nous gouvernent se trouve alors reproposée la vieille alternative : les uns leur demandent de s’adapter, par une bonne pédagogie communicative, aux intelligences modestes et aux problèmes quotidiens des moins doués que nous sommes ; d’autres leur demandent à l’inverse de gérer, depuis la distance indispensable à toute bonne progression de la classe, les intérêts de la communauté.

    #Education #pedagogie #Autonomie #philosophie


  • Appel à contribution : Colloque “Penser l’émancipation” | Théories, pratiques et conflits autour de l’#émancipation humaine

    Deuxième édition, Paris-Ouest, 19-22 février 2014 |
    http://sophiapol.hypotheses.org/12053

    Le site : http://www.penserlemancipation.net

    cc @shaber33 @prac_6 @pguilli @mona

    Chaque dimension du monde social, et des luttes qui le traversent, fait ainsi l’objet d’analyses renouvelées. A l’asservissement croissant du travail par le #capitalisme répondent des tentatives de réappropriation collective de l’activité et un retour de la #critique du salariat. La généralisation de la précarité, qui conduit au délitement des solidarités « traditionnelles », suppose ainsi de repenser la centralité du #travail, de l’#aliénation qu’il génère, mais aussi la place des acteurs-actrices qui luttent pour s’en émanciper. Face aux politiques racistes et à l’#islamophobie, de nouvelles dynamiques émergent dans les mouvements de l’immigration et des quartiers populaires, ainsi que dans le champ des études postcoloniales et décoloniales. Les transformations de l’exploitation du travail féminin à l’échelle mondiale, les formes renouvelées d’oppressions sexuelles, et toutes les expressions recomposées du #patriarcat, posent la question d’un agenda féministe, queer et LGBT pour le 21e siècle. L’urgence écologique suscite une réflexion globale pour comprendre les désordres systémiques et penser un métabolisme durable entre les sociétés humaines et la nature. La généralisation de politiques inégalitaires et autoritaires appelle la construction d’alliances radicalement démocratiques travaillant ensemble à redessiner les contours d’un horizon post-capitaliste.

    A cette fin, le retour en force de questions liées aux #communs – dans leurs dimensions historiques, environnementales, sociales, économiques, politiques, juridiques, culturelles, etc. – demande une attention particulière.

    Le site de la première édition avec les vidéos des interventions :
    http://www3.unil.ch/wpmu/ple/call-for-paper

    • #livre « Emancipation, les métamorphoses de la critique sociale » (introduction)
      http://www.contretemps.eu/lectures/lire-emancipation-m%C3%A9tamorphoses-critique-sociale-introduction

      Tjs le crew de Nanterre

      L’émancipation demeure au centre des préoccupations des citoyens et des luttes sociales actuelles, que ce soit dans les processus révolutionnaires récents dans le monde arabe, les mouvements Occupy ou Indignés, l’émergence de fronts syndicaux et politiques contre les politiques d’austérité de l’Union européenne, mais aussi dans les résistances locales et expériences alternatives dans l’espace public ou les quartiers. La diversité de ces luttes en multiplie les usages et la signification, ce dont témoigne également son réinvestissement comme référent majeur de la critique sociale. À la fois discours académiques et contestations citoyennes et militantes, les critiques sociales connaissent depuis une quinzaine d’années des transformations décisives et renouvellent leurs approches de l’exploitation, de la précarité, de la domination de genre, de classe, de race. Ces discours et pratiques multiples contribuent à redéfinir le contenu et l’horizon de l’émancipation. Cet ouvrage propose d’interroger ces métamorphoses de la critique sociale contemporaine, et leur portée pour les luttes politiques, les théories de la société et la question de l’émancipation sociale.


  • Ana Igluka / Cécile Liège / Delphine Coutant
    spectacle | Autour de Beauvoir | TRICOTEUSES !
    le 9 mars au Pannonica Nantes, pour les 20 ans de l’espace Simone de Beauvoir : une page, véritable malle aux trésors, à découvrir avant :
    http://anaigluka.wix.com/ana-igluka#!autour-de-beauvoir/cvb6

    photos (c) Val K.
    http://valkphotos.free.fr

    #féminisme #antisexisme #femme #travail #émancipation


  • L’"#empowerment", nouvel horizon de la politique de la ville - LeMonde.fr
    http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2013/02/07/l-empowerment-nouvel-horizon-de-la-politique-de-la-ville_1827820_322

    La participation des habitants est-elle le nouvel horizon de la politique de la ville ? C’est en tout cas ce que défend la sociologue Marie-Hélène Bacqué dans sont livre « L’Empowerment, une pratique émancipatrice » ainsi que les sociologues Didier Lapeyronnie et Michel Kokoreff dans leur livre « Refaire la cité » parue dans la collection La République des idées. Il y a urgence à favoriser la constitution de collectifs s’érigeant en interlocuteurs incontournables et avisés afin d’arrêter la (...)

    #innovationsociale #capacitation #villelegere #citelabo #politiquespubliques


  • La querelle des modernes et des modernes : réponse aux critiques et développement de l’argumentaire de l’Appel des 451 sur les métiers du livre

    http://les451.noblogs.org/post/2012/11/22/la-querelle-des-modernes-et-des-modernes

    Dans notre société, à l’inverse, il devient peu à peu impossible de choisir d’utiliser internet ou non : c’est à travers lui que se font les démarches administratives, les commandes de marchandise, les recherches d’emploi, les déclarations d’impôt, les recherches de logement, les rencontres amoureuses, l’achat de produits de consommation, etc.

    Se détourner d’internet reviendrait donc à se marginaliser, un peu comme ne pas avoir de téléphone (et que dire du portable ?), ou comme ne pas avoir de vêtement pour sortir dans la rue. Et qui voudrait se marginaliser, s’extraire des relations symboliques et affectives qui font que nous nous sentons appartenir à une communauté humaine ? Ainsi internet est-il devenu une forme d’organisation sociale plutôt qu’un simple outil ; c’est-à-dire une manière d’être au monde et d’être avec les autres. Structurellement, ce n’est donc pas un espace de liberté à l’extérieur de notre société, mais une de ses dimensions instituée, avec, à l’intérieur d’elle-même quelques rares zones où l’on peut se sentir plus à l’aise, moins épié, moins contraint que dans d’autres. (...)

    Aussi, n’en déplaise à ceux qui ont cherché à pointer notre manque de cohérence en recourant à un site en ligne pour présenter notre texte, tout en dénonçant les travers d’internet, nous ne sommes pas des hommes et des femmes habillé.e.s de peaux de bête, massue à la main. Nous faisons partie de ce monde, et nos critiques sont tout autant modernes que l’adhésion généralisée au web. Au même titre que le capitalisme est devenu une forme-de-vie totalisante, et de la même manière que certaines technologies sont devenues hégémoniques au point de définir nos rapports sociaux, comme le nucléaire ou le pétrole, il n’existe pas d’extériorité viable à partir de laquelle on pourrait adopter une critique pure d’internet. C’est notre condition moderne : nous sommes tous dans le même bain et il serait vain d’opposer anciens et modernes. En revanche, si l’on veut trouver des pistes d’émancipation vis-à-vis de ces états de fait étouffants, il faut bien commencer quelque part et ne pas avoir peur de critiquer l’informatique, l’effet de serre ou le CAC 40 au prétexte que c’est comme ça mon petit monsieur et qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse.

    Nous rejetons par conséquent les critiques qui prennent pour seul argument « Le futur c’est mieux que le présent », non seulement parce que le futur n’est pas préétabli et qu’il dépend de notre capacité à critiquer le présent, mais aussi parce que la temporalité n’est pas une valeur, pas plus que ne l’est l’idée de progrès. Nous avons voulu placer notre critique sur une vision du monde que nous partagions, en nous posant la question de ce que deviennent nos corps, nos sens et notre pensée lorsqu’ils sont plongés dans l’océan informatique ; et tout cela n’est pas une question de progressisme ou de passéisme, mais plutôt de manières d’être et de penser la question sociale.

    Or, pour contourner par exemple l’épineuse question du contrôle accéléré par internet, certains spécialistes ont argué qu’il est du ressort de chacun de se munir de connaissances techniques appropriées pour se défendre des mécanismes de pouvoir induits par le web. Qu’avec certains systèmes élaborés de protection informatiques et de bonnes pratiques, on peut échapper aux travers du net en matière de violation de la vie privée, de surveillance policière ou de traçage publicitaire. À quel prix ? Les migrants obligés de passer des contrôles biométriques doivent-ils se réjouir de se cramer les doigts pour effacer leurs empreintes digitales, sous prétexte que le progrès libère l’humanité ? Devons-nous éluder la transparence de nos activités sur internet au prétexte qu’il suffirait de devenir des experts informatiques pour se rendre opaques aux yeux du pouvoir ? Soyons francs : le fait de passer des jours et des jours d’autoformation pour plus d’autonomie face à internet, dans cette position d’individu courbé aspiré par son écran n’est pas quelque chose qui nous fait rêver. Par ailleurs, nous pensons qu’il y a déjà tant de formes plus simples d’autonomie à nous réapproprier avant celle du codage informatique, que nous ne pouvons nous résoudre à investir tout notre désir révolutionnaire dans la vie assistée par ordinateur.

    Les formes de communauté, de rencontres ou d’échanges que propose internet ont coïncidé avec la gueule de bois des révoltes esquissées dans les années 1960-70, autrement dit après l’affaiblissement d’autres manières d’être ensemble et d’avoir un engagement politique qui ne sont pas si vieilles que cela. Nous constatons qu’en même temps qu’il est devenu de plus en plus facile de se parler et de se rencontrer par écrans interposés, il est devenu de plus en plus compliqué de se réunir et de se confronter à l’autre dans l’espace public.

    Pris dans la rapidité des innovations technologiques, au sein de nos métiers comme dans la vie de tous les jours, nous avons l’impression de ne pas avoir le temps de considérer ce qui nous arrive, et de devoir justifier le fait accompli des formes de sociabilité qu’internet et autres plans marketing mettent en place, sans vraiment songer à ce qu’il est possible de faire sans écran. Il est d’autant plus délicat de déjouer le consensus concernant internet que beaucoup de militants de gauche y participent activement, comme l’exploration d’un nouveau territoire d’émancipation, et que nous sommes nous-mêmes attirés par certaines commodités indéniables que la mise en réseau des informations permet.

    Il est de bon ton de voir dans internet la manifestation du virtuel ; un univers immatériel où la pensée et les fantasmes s’ébroueraient innocemment. Il y a là un effet tabou que nous souhaitons briser. Par ailleurs, même si quelques sites indépendants font un travail aussi salutaire qu’admirable, il ne faudrait pas oublier qu’internet facilite avant tout la mise en concurrence mondialisée des productions et des services, accélérant donc les nuisances du capitalisme.

    Internet ne supprime pas les injustices, il ne fait que les déplacer et les invisibiliser.

    Le fil que nous tirons avec le livre nous sert de témoin pour parler des bouleversements anthropologiques en cours. L’automatisme du recours à l’informatique dès le réveil et jusqu’à l’endormissement, les pratiques compulsives sur écran ou plus simplement la transformation de nos manières de penser liée aux modifications de lecture ont des conséquences sur ce que nous devenons, tant en ce qui concerne nos aptitudes physiologiques et neurologiques que notre être social. En analysant cette nouvelle manière d’être au monde imposée par l’informatique et le management, couplée avec celle plus ancienne du libéralisme existentiel, nous sommes parvenus à une autre question qui nous semble envelopper notre réflexion : celle du temps.
    C’est parce que nous voulons prendre le temps d’affiner notre critique, mais aussi le temps de rire et de rêver, que nous avons décidé d’avancer pas à pas, sans céder à la réaction. En même temps que nous écrivons ces lignes, nous continuons à imaginer les prémisses de ce que pourraient être des organisations concrètes comme autant de propositions positives face à la situation actuelle : syndicats, coopératives, mutuelles, espaces transversaux, etc. Pour préciser ces idées vagues, en plus de temps, en plus de nouveaux mots, nous avons besoin de rencontres.

    #appeldes451 #livre #informatique #internet #autonomie #aliénation #émancipation


  • Vitruve : une école (hors) du Commun (écoRev)
    http://ecorev.org/spip.php?article912

    Un entretien avec avec Gérard Delbet paru dans le dossier Le #Commun ou la relocalisation du politique, Revue critique d’écologie politique n°39, juillet 2012.

    Gérard Delbet, dit Gégé, est instit à l’école Vitruve depuis 1976. On est venu le chercher à l’époque pour « remplacer quelqu’un qui craquait ». Il faut dire que l’école Vitruve, c’est particulier, ça ne correspond par aux schémas mentaux dominants, ça ne rentre pas bien dans les cases de l’administration, bref ça dérange. Pourtant, il y a tout lieu de penser que l’école Vitruve produit du commun : avant tout une école que les instits, enfants, et même parents gèrent et
    fabriquent ensemble. D’où ça vient, qu’est-ce que c’est, comment ça survit dans le système, quel genre d’enfants en sortent... ?

    Est-ce que Vitruve fabrique du commun, du « vivre ensemble » ?

    Les encadrants de Vitruve ne sont pas partis de cette idée de « fabriquer du vivre ensemble ». Ils ont, à partir de 62, investi un territoire, un lieu, un écosystème, plus ou moins servis par les hasards de l’histoire. Dans ce lieu, ils ont inventé, fabriqué des choses qui sont du commun avec les enfants, entre les #enfants, et pour eux. On dit de nous qu’on est une école « pas comme les autres ». Mais en fait pour nous ce sont les autres qui ne sont pas des écoles ! Pour le dire autrement, on a mis en place un lieu où vivent ensemble plus de 240 gosses et une quinzaine d’#adultes (instits, profs de musique, de dessin, personnes qui font le ménage, s’occupent des repas...) et les #parents, qui sont aussi partie prenante de ce lieu.
    On a réussi à fonder une école qui se démarque totalement des autres. On porte le même nom, « école », mais les autres ne sont en réalité qu’une juxtaposition de propriétaires de classes, de sections. L’institution parle d’ « école » en général, mais ce mot est ambigüe et désigne plutôt le bâtiment, géré par la commune, tandis que le personnel et les « proies » que sont les enfants, sont la propriété de
    l’Éducation nationale ! Le vrai langage de l’institution, d’ailleurs, ce n’est pas « école » c’est « classes administratives ». « École », ça ne correspond à rien pour eux. On le voit quand on se confronte à l’administration et à ses règles, qui par exemple ne peut concevoir ni comprendre qu’on fasse travailler ensemble des enfants de niveaux différents.

    Comment ce commun, cette école, s’est-elle mise en place ?

    L’école Vitruve existe depuis une cinquantaine d’années. À la base, ce sont des militants pédagogiques, dans les années 60, pour la plupart issus du #GFEN, qui cherchent à mettre en œuvre leurs idées, issues de la résistance, notamment les méthodes actives inventées dans le cadre de l’Éducation Populaire. Ces gens ont cherché à investir des lieux et Robert Gloton, un inspecteur de l’Éducation Nationale, militant du GFEN lui-même, un type formidable, a su ruser avec le système en proposant à sa hiérarchie de lancer une #pédagogie nouvelle dans 40 classes expérimentales. Il n’a pas parlé d’école ! Mais il les a regroupées sur 4 lieux géographiques car il avait bien l’idée d’aller vers la fabrication d’écoles. Il dit dans un texte de la fin des années 60 : "En réaction contre l’isolement traditionnel des classes au sein de l’établissement, tout est mis en œuvre pour traduire dans les faits ce principe fondamental : l’unité pédagogique n’est pas la classe, mais
    l’école." Il a pris avec lui des instits volontaires avec l’assentiment de la droite française gaulliste de l’époque, à condition « que ça ne devienne pas les folies bergères ». Vitruve est née dans un quartier défavorisé en voie de réhabilitation accélérée, haut lieu d’immigration, dans un contexte difficile, où l’échec scolaire était important. On est parti d’une école primaire de garçons de réputation violente dont personne ne voulait. Ce fut, paradoxalement, une facilité. Par ailleurs, cette école primaire était gérée en même temps qu’un collège municipal, par un seul directeur. Ce hasard de l’histoire nous a été bénéfique car avec le hiatus croissant entre l’école primaire « différente » et le collège « classique », la prise en charge par directeur unique est vite devenue impossible : cela nous a permis de créer la #coordination. Et elle a tout de suite été une fonction tournante entre nous. Dans les 3 autres écoles créées par Gloton, il y a eu des directeurs militants, mais ça s’est écroulé dès qu’ils sont partis, alors qu’à Vitruve la coordination a permis que le système se reproduise. C’est une gestion collégiale
    avec un coordinateur tournant d’année en année, qui est un instit de l’équipe. Il/elle ne prend pas de classe, mais reste néanmoins en contact avec les enfants.
    Après 50 ans d’expérience, on peut affirmer aujourd’hui que ce format de gestion et d’organisation est clairement un format viable et reproductible.

    Quel est le projet politique de Vitruve ?

    Le projet de départ c’est de réfléchir et d’agir ensemble au niveau de l’école sur deux points : comment lutter contre l’échec scolaire et comment considérer l’enfant dans son rapport au monde adulte, c’est-à-dire produire des pratiques sociales qui vont faciliter sa conquête des savoirs, son indépendance, son émancipation.
    L’idée politique, le projet politique n’ont pas été réellement prédéfinis. Il sont apparus en marchant. Encore une fois, pour filer la métaphore, cet organisme vivant s’est installé dans un milieu, s’est adapté à son écosystème et s’en est nourri (tout en le protégeant) pour se transformer lui-même. On a agi sur lui et il a agi sur nous pour nous rendre mieux réactif, plus réceptif, plus malin.
    Le projet politique est donc apparu au fur et à mesure. Au fur et à mesure des rencontres, des contacts, des recherches, des ramifications possibles. Il a incorporé des événements, inattendus ou provoqués, qui sont devenus, dans un processus évolutif, des bagages-ressources. Il y a eu, comme dirait le biologiste Thierry Lodé, un avantage évolutif par l’équilibre des échanges avec le milieu.
    Le vrai projet politique pour cette école est finalement de « faire école ».
    Bien sûr, au départ, il y avait, chez les instits, l’énonciation de pistes, de questionnements, de souhaits, de valeurs, mais je considère que ce sont des prétextes, qui ont induit la nécessité de produire ce commun qu’est l’école, car on ne peut pas, pour répondre à ces questions, se contenter d’agir 6 heures par jour à destination de groupes d’enfants disjoints : il est nécessaire de globaliser, de #mutualiser, à travers des #rencontres d’enfants, de recourir à des « brisures de segments » (intervention ponctuelle de parents sur leurs domaines de compétence,
    d’enfants entre eux...).
    Les #apprentissages se déroulent de manière globale à travers un projet de production par les enfants d’un spectacle, d’une expo, d’un restaurant... L’écrire, le dire, le compter, le lire... se retrouvent dans ce projet global. Le meilleur moyen c’est d’avoir une vision commune en mettant aussi les enfants dans une #pratique sociale du commun.
    On doit alors nécessairement se poser le problème de la dimension de ce milieu. Il me semble que le changement est possible quand l’individu est dans un rapport simple au commun (un individu en rapport avec 250) mais dès qu’on est trop nombreux (des milliers de personnes...), ça devient compliqué. Comme dit l’adage, « small is beautiful » : les enfants doivent être capables d’aborder l’école dans sa totalité. De l’envisager. D’en connaître le plus possible.
    Alors l’école devient un bien commun qu’il faut porter, protéger, mais aussi pousser à la rencontre de l’extérieur pour une #pollinisation croisée qui va la fertiliser.

    Ce que tu dis sur l’échelle rejoint les constats d’Elinor Ostrom ...
    Peux-tu nous dire plus concrètement comment fonctionne cette gestion commune et comment ça tient dans le contexte sociétal actuel ?

    Quand je suis arrivé, en 1976 (dans cette école de réputation bizarre, où il « se passait des trucs » tout en étant à l’éducation nationale, comble de la bizarrerie !), la norme pour les instits de Vitruve était déjà de travailler en binôme, en mettant en commun les groupes d’enfants de même âge. Depuis 1974, tous les niveaux de l’école partaient chaque année en classe verte et comme il était plus économique de partir à plusieurs classes en même temps, ils avaient a appris à travailler ensemble et, au retour du voyage, avaient rapporté cette idée dans l’école.
    J’ai parlé tout à l’heure de la coordination. Ça n’a pas toujours été facile. Notamment avec le retour de la droite au pouvoir en 1986, on a voulu nous coller un « maître directeur », un patron, car ils voulaient redresser, à leur manière, la situation scolaire de la France. Alors on s’est bagarré. Quand Mitterrand a été réélu en 1988 et que Jospin est devenu ministre de l’éducation nationale, on l’a menacé de tout arrêter à Vitruve si un « maître directeur » était nommé. On a gagné,
    heureusement, et on a réussi à imposer la coordination, mais aussi le fait d’être pris en compte dans notre différence par l’éducation nationale.
    Après cela, on nous a fait déménager car le collège avait besoin d’une extension. On a réussi à participer un peu au projet architectural de notre nouveau lieu, une #architecture qui du coup tient compte du projet de l’école, avec notamment son amphithéâtre et des salles de travail qui sont, non pas en enfilade dans un couloir, mais regroupées autour d’espaces communs.
    Depuis les années 80-90, il existe bien une vision globale de l’école chez les instits y participant. C’est devenu un lieu appartenant à tous et dont tout le monde a la charge. Adultes comme enfants. Ce n’est pas forcément facile pour les nouveaux arrivants (les enfants de CP et ceux qui arrivent en cours de route), mais ils s’y font. Cet équilibre n’est jamais acquis. C’est un apprentissage constant, qui produit de l’imprévu, des nouvelles directions, des questions de recherche.
    Il est frappant de constater que récemment, l’inspecteur venant inspecter l’instit et la classe de CM2 a totalement occulté la séquence collective durant laquelle les CM2 ont été mis en commun avec les CP sur un problème de calcul : l’institution ne comprend toujours pas ce genre de démarche. Cela semble hors de son mode de pensée.
    Dans la fabrication du commun, je pense que le préalable n’est pas de faire des réunions pour se mettre d’accord sur des #valeurs communes (cela a été essayé, notamment par les groupes « Déclic », mais n’a pas abouti), mais d’investir un lieu.
    Le projet politique a posteriori pourrait être également que l’individu, en fin de compte, se développe dans cette école, améliore ses #compétences, amplifie sa pensée, sa #créativité et sa #conscience au monde. Le commun n’entre pas en concurrence avec lui, il devient une affaire personnelle. Ce n’est pas l’appartenance au groupe qui
    construit le commun, mais bien plutôt la gestion du lieu qui va amener une nouvelle réalité commune, et, étrange conséquence absolument pas préétablie : le commun vient « s’inscrire » dans le patrimoine de chacun. On est plus créatif, plus réactif, plus inventif, plus aimant. On gagne en liberté. Améliorant, par réaction en chaîne, le bien être général. Ce sens du « lieu commun » devient partie de l’individu, comme « un geste de plus ». Une utilisation de plus de son individualité. Une nouvelle possibilité d’existence. C’est une pensée prolongée, ramifiée, communicante, une capacité de plus pour chacun de se situer au monde, dans le monde et avec les autres. Moins parmi qu’avec. Le commun n’est pas seulement « plus que la somme des
    membres qui le composent » , il est bien plus, bien au-delà : producteur d’individus en extension.

    Les fêtes à Vitruve sont-elles un moyen de fabriquer du commun ?

    On pourrait parler de « fêtes révolutionnaires » : les révolutions sont des moments tragiques, souvent, ou de fêtes, et la fête peut être révolutionnaire en soit. Dans la « légende de Vitruve », il y a notamment la fête mythique de 1972. L’équipe d’instits décide de faire une fête, et plutôt que de la faire « dans les murs » comme le souhaitent enfants et parents, ils décident de faire « sortir l’école des murs » et de l’organiser sur la place de la Réunion, comme une sorte de carnaval, en invitant des artistes de rue et en créant une monnaie d’échange locale. Cette fête fait partie des moments fondateurs. L’école est allée au contact de l’extérieur, alors que les habitants du quartier avaient une image assez négative de l’école (c’est « l’école des fous » qui démonte les portes de classes et en fait des toboggans !). Vitruve va alors nouer des liens avec le « terrain d’aventure » (un lieu du quartier), avec une association qui s’occupe de vieux, avec le théâtre de l’est parisien. Des ramifications se créent, des pollinisations ont lieu, on apprend de l’extérieur, un lien avec le quartier se crée, qui va déboucher sur des rapports avec une radio parisienne, avec une imprimerie locale, et sur la création d’un restaurant associatif géré par l’école. Aujourd’hui, le contact de Vitruve avec le quartier c’est notamment la « Traviole », journée qui a lieu vers la fin de l’année
    scolaire et durant laquelle enfants, instits, parents déambulent par groupes selon des itinéraire définis qui se croisent dans le quartier, pour aller présenter des projets, des expos, dire des poèmes, chanter des chansons, danser, dans les jardins, sur les places. Quelque chose s’opère et se renouvelle, il y a une porosité, une osmose entre enfants, adultes, école, quartier.
    Autre moment festif et fondateur de commun au début de l’année scolaire, la grande braderie organisée par les enfants, les instits et les parents, au milieu du mois d’octobre, où tous s’investissent à fond pour gagner de quoi financer les classes vertes de tous les enfants de l’école. Cette braderie est aussi l’occasion de retrouver les habitants du quartier dans une grande fête de retrouvailles.
    Ces fêtes, organisées par des petits groupes, avec une #participation élargie, sont des occasions de rencontres et une mise en commun... de la joie !

    Peux-tu nous parler un peu plus de la mise en responsabilité des enfants dans la gestion de l’école ?

    En effet les enfants participent activement à la gestion de l’école. Entre autre, parallèlement à la coordination adulte, dont j’ai déjà parlé, il y a une coordination des enfants. Cela est apparu en 1978, en classes vertes : on a créé un groupe d’enfants (le « groupe 6 ») dont la mission était de gérer l’ensemble de la classe verte, puis en revenant on a investi cette expérience dans l’école.
    À côté de cette coordination il y a d’autres #responsabilités, par exemple les ludothécaires, qui sont chargés de sortir à chaque récré la « boîte à jeux » (cordes à sauter, etc.) et à gérer leur distribution, les gestionnaires de flux, qui font en sorte que les descentes et montées d’escalier se déroulent dans le calme, les médiateurs, qui sont chargés de faire la médiation entre des individus en conflit plus ou moins affiché. À Vitruve quand il y a un problème, si on n’arrive pas à le
    régler à l’amiable on peut « porter plainte ». Il y a 7 ou 8 médiateurs, renouvelés chaque mois (comme les autres responsabilités, l’idée étant que tous les enfants prennent des responsabilités), qui utilisent des techniques de médiation, telles que le fait de s’asseoir entre les belligérants, par terre, éventuellement sous une table, pour faire tomber la violence physique (comme parfois en Afrique l’arbre à
    Palabre). C’est géré par les enfants, jusqu’au point où ça ne suffit pas, et à ce moment les adultes interviennent. Et oui ! Le commun ne produit pas forcément que de la paix et de l’harmonie ! En tous les cas ça n’empêche pas les conflits de surgir.
    La désignation des porteurs de responsabilités et des délégués de classe peut se faire selon 4 modes différents : le hasard, le vote, la désignation par le bureau (car chaque classe a un bureau chargé de la gestion) ou bien par les adultes (pour mettre en avant par exemple un enfant qui n’aurait jamais pris de responsabilité, serait trop timide...). Le choix du mode de désignation est selon les cas discuté avec le bureau, ou alors laissé à la libre initiative des enfants. Les enfants
    aiment bien le vote, mais ceux qui ne sont pas élus peuvent le vivre comme un échec.

    Les enfants se réunissent régulièrement ?

    Oui, depuis le milieu des années 70, une fois par semaine, il y a le « Conseil d’école » qui rassemble les délégués de chaque classe et les coordinateurs, avec un adulte. Cette réunion est précédée d’une prévision d’ordre du jour. 90% des sujets concernent la gestion de la cour d’école, des couloirs, des toilettes mais parfois y sont aussi abordés aussi des problèmes relatifs à l’amitié, au racisme, au
    sexisme... ça dure environ 3/4 d’heures à une heure, chaque jeudi matin. Un compte-rendu est ensuite diffusé, affiché, lu, étudié.

    Peux-tu nous faire le portrait type d’un enfant qui sort de Vitruve ?

    Alors prenons un môme qui a fait toute sa scolarité à Vitruve, qui a pris ou observé les différentes responsabilités. Il sait qu’il va entrer dans un autre monde et il sait qu’il n’a pas appris comme ailleurs. Il a souvent une vision de son apprentissage scolaire quelque peu dévalorisée (faiblesses en orthographe, en règles de grammaire...) mais il sait qu’il a une capacité à s’adresser aux adultes et surtout à s’adapter, à s’organiser, à être à l’écoute. A Vitruve on essaye d’émanciper les enfants, dans le sens où on tâche de les sortir d’une dépendance à leur éventuelle ignorance, aux adultes et à leurs parents. Si cette #émancipation a bien eu lieu, l’enfant sait apprécier quand il y a une « fenêtre de tir », quand intervenir, même si c’est assez perturbateur pour eux d’arriver dans ce monde où on ne peut plus s’adresser aussi librement aux adultes, où on passe du tutoiement au vouvoiement, où existent des protocoles de #communication.
    Par ailleurs souvent les anciens de Vitruve ont la volonté d’être délégué (ce qui en fait au collège est un truc vraiment bidon car il suffit que le prof ne soit pas d’accord avec le résultat pour casser les élections !), car ils ont un rapport développé à la parole et à la #revendication. Ils découvrent au fur et à mesure qu’ils savent des choses, y compris sur le plan scolaire. Nous avons fait plusieurs évaluations, notamment en 1988 et les années suivantes. Puisqu’à Vitruve, on ne redouble pratiquement pas, le ministère nous avait demandé, à juste titre, de
    fournir des indications sur le devenir scolaire de nos élèves. Les résultats étudiés et validés sont tout à fait honorables.
    Un des acquis qu’il faut souligner néanmoins, c’est la capacité de clairvoyance de ces collégiens, passés par Vitruve. Ainsi j’ai été frappé récemment, par le témoignage d’un ancien de Vitruve disant « au collège, c’est super sévère, mais c’est le bordel ». Comme quoi ce n’est pas parce qu’on invoque l’ordre et la #discipline que le collectif est bien géré, de même que ce n’est pas parce qu’on a des rapports de confiance, humains et détendus, qu’il n’y a pas de règles de
    fonctionnement !
    On observe également une certaine nostalgie chez les anciens : au bout d’un moment ils sont nombreux à revenir à Vitruve, aux fêtes, à la braderie, à reprendre contact, probablement par ennui, car ils gardent le souvenir de moments forts qu’ils souhaitent reproduire, revivre sans doute.

    Quel est le rapport de Vitruve avec les autres communautés éducatives ? Pourquoi Vitruve ne fait pas tâche d’huile ?

    Il faut encore une fois réinterroger les mots pour le dire et, humblement, reconnaître que les « communautés éducatives », c’est plutôt rare. La plupart, pourtant nommées comme telles, ne sont que des lieux de savoirs séparés, segmentés, en matières ou en heures, avec des êtres vivants tout autant séparés les uns des autres, un grand étouffoir hiérarchique posé par-dessus.
    Nos rapports avec les autres s’améliorent néanmoins, notamment avec les profs du collège avec qui on essaye de travailler. On essaye d’entrer en contact, mais c’est difficile. Il y a énormément d’idées reçues, d’idées toutes faites, des torticolis conceptuels sur nous. Ils ne comprennent pas bien ce qu’on fait, ce qu’on est. Une école différente, c’est forcément une école qui n’apprend rien ou mal.
    Avec les Maternelles, c’est un peu plus facile. On se sent plus proche de leur façon de procéder. Encore qu’aujourd’hui, l’école maternelle est en train de perdre sa spécificité pour devenir l’antichambre du bachotage scolaire. Certains voudraient même que les enfants apprennent à lire à 4 ans.
    En fait, nous avons passé notre temps à chercher d’autres interlocuteurs pour mener des débats transversaux sur l’éducation : avec des parents (pas forcément les nôtres), avec des profs de collège ou lycée qui s’occupent des « décrocheurs » (FESPI), avec des profs de l’enseignement agricole, avec des chercheurs français ou étrangers...
    En 2008, avec les parents d’élèves, on a organisé des « petits déjeuners débats » autour de thème comme l’évaluation, les notes, le samedi matin ouvert aux parents, les devoirs à la maison...
    Notre longévité, si elle peut servir de tâche d’huile, de vinaigrette ou de
    tire-bouchon, rappelle qu’on peut résister à la dominance, ensemble, ici ou là. Il y a plein d’expériences à mener et à maintenir en choisissant bien son espace d’intervention et sa dimension humaine. En conclusion, je voulais rappeler notre formule célèbre : Vitruve ? Une expérience qui a de l’expérience !

    #éducation #école #ihaveadream #éducation_populaire #échec_scolaire #communauté_éducative


  • Les Indigènes du Royaume : La voix d’autres #femmes (de la rue)
    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2012/08/la-voix-dautres-femmes-de-la-rue.html

    Sait-elle que les « femmes actives » de ce quartier sont, tenez-vous bien, à près de 60% chômeuses ?

    Sait-elle que pour vivre, et faire vivre les leurs, elles doivent essuyer quotidiennement la pression et les discriminations sociales (institutionnelles et structurelles) ?

    Sait-elle la part de rejet, de stigmatisation et d’humiliation que subissent celles qui essayent de faire des études pour sortir du chaos, celles qui tentent de décrocher un emploi pour prétendre à l’#émancipation financière, celles qui cherchent à inscrire leurs enfants dans des écoles correctes, celles qui se mobilisent pour avoir accès à leurs droits fondamentaux ?

    Sait-elle le nombre de filles de ces quartiers qui sont exclues de l’enseignement pour le simple fait qu’elles portent un foulard ?

    Sait-elle aussi le nombre de propos vomis quotidiennement sur ces jeunes filles par leurs enseignants, prétendant à longueur de cours être payés pour leur « dévoiler le cerveau » ?

    Sait-elle le nombre de jeunes filles qui, après avoir fait leurs études, seront renvoyées à leur cuisine malgré tous leurs efforts pour intégrer le marché de l’emploi ?

    Sait-elle seulement le potentiel véritablement #féministe qu’ont ces femmes et qui reste gâché, pour le plus grand plaisir de notre société machiste ?


  • Une autre critique de #Michéa sous l’angle de la critique de la #valeur.

    « Les " anneaux du serpent " du #libéralisme culturel : Pour en finir avec la bonne conscience », par Maxime Ouellet - Critique radicale de la valeur
    http://palim-psao.over-blog.fr/article-les-anneaux-du-serpent-du-liberalisme-culturel-pour-en-

    Voici le plan que se propose de suivre #Maxime-Ouellet dans son article de fond : « Dans un premier temps, je retournerai à la question de l’#émancipation telle qu’étayée par #Marx dans La Question Juive. Marx y pose déjà les jalons d’une théorie critique de la dialectique entre les formes de pensée et de pratiques sociales qui visent l’émancipation de la domination des abstractions constitutives du #capitalisme et de l’une de ses formes idéologiques, le libéralisme. Ensuite, j’exposerai comment les mouvements sociaux associés à la nouvelle #gauche ont contribué à légitimer les mutations du capitalisme à l’époque post-fordiste. Dans un troisième temps, je présenterai les limites de la critique adressée à la nouvelle gauche par certains auteurs anti-libéraux qui se revendiquent d’une certaine forme de " #conservatisme de gauche " ».


  • biquerie autogérée et macédoine de fétiches
    http://lapetitemurene.over-blog.com/article-biquerie-autogeree-et-macedoine-de-fetiches-941203

    Bon, je n’ai toujours pas le courage d’écrire ce que je voudrais sur l’immense arnaque de la « #gratuité » et de son coût imposant, alors même que la relation et le cul sont, selon moi, en elles-mêmes des monnaies sociales et existentielles – et ce d’autant qu’elles se sont autonomisées sur notre dos depuis deux à trois siècles. Ni sur le fait que cette admirable « gratuité » concurrentielle à l’existence, non seulement ne s’est jamais révélée d’aucun secours contre la brutalité, mais a largement contribué à son intensification et à son invisibilisation. Une possible #émancipation pourrait passer par une rupture de la dépendance à l’existence sociale indexée sur la relation et la #sexualité. Mais ce n’est pas le programme de nos institutionnalistes, lesquelLEs cherchent au contraire à intensifier, à magnifier l’injonction relationniste tout en resserrant toujours plus son cadre, pour tenter de limiter les inévitables dégâts consécutifs à toute injonction totalisante.

    .

    Mais je trouve tout de même stupéfiant à quel point le néo-matérialisme déverse par toutes ses poches des flots d’essentialisme retrouvé. Et que, bien loin d’alerter personne, ça a l’air au contraire de réjouir tout le monde. De même que l’approche victimaire et fétichiste, où la remise en cause d’un système est remplacée par la recherche de coupables (et de leurs nécessaires alliées objectives, indispensables à tout ténébreux complot qui se respecte) ; le féminisme sombre avec ce cargo simplificateur où il s’est embarqué avec tous les indignéEs de la planète. Pour combattre un modèle de domination, nous n’avons pas trouvé d’autre solution que d’en promouvoir un autre, sans sujet, et de le mutualiser. C’est la chausse-trappe du « privé est politique » : pour échapper au cachot du privé, nous avons opté pour le panoptique du politique, « tout sera public par défaut » - mais celui-ci ne recèle en fin de compte pas non plus l’émancipation escomptée. Une Hannah Arendt, pour ne citer qu’elle, nous avait mis il y a des décennies en garde contre ce tour de passe-passe ; mais elle n’était sans doute pas assez déconstruite. Tant pis donc, on a investi, il faut désormais aller jusques au bout, jusqu’à l’autoconsommation, logique économique oblige.


  • Le souffle de Fanon (Contretemps)
    http://www.contretemps.eu/lectures/pr%C3%A9sentation-dossier-contretemps-n%C2%B0-10-frantz-fanon-aujourd%E2

    Un texte de Félix Boggio Éwanjé-Épée, Rafik Chekkat et Stella Magliani-Belkacem.

    Le verbe fanonien, c’est l’histoire en marche : une histoire ouverte, en mouvement, en particulier parce qu’il avait compris — avec d’autres assurément — que la bataille pour l’indépendance était une étape certes nécessaire mais pas suffisante. […]
    En effet, Fanon met à jour jusqu’où l’emprise coloniale a atteint le colonisateur, la nation colonisatrice et à quel point celle-ci a dû intégrer le racisme à sa propre formation sociale. Comme aimait à le répéter Fanon, on ne colonise jamais impunément. […]
    Car ce que porte également le souffle de Fanon, c’est un certain rapport à la violence […]. Il existe cette idée classique que la violence est une réponse défensive de l’opprimé.e mais on trouve aussi chez Fanon la violence destructrice pensée non seulement comme adjuvante mais, en elle-même, également émancipatrice : la violence se situe à la suspension de la légalité présente dans la situation d’oppression et construit un autre ordre, ouvre une possibilité. Sans détruire ou dissoudre l’ordre précédent, rien qui vient briser le cercle vicieux de la domination ne peut advenir. […]
    En effet, nous pensons notamment que Fanon pourrait en partie nous venir en aide pour régler un problème général de la gauche française avec les médiations. Cette gauche qui semble croire qu’elle verra un jour l’affrontement final avec le Capital, quasiment en chair et en os, souvent à l’invocation de la grève générale : un jugement dernier avec, d’un côté le monde du travail et ses alliés, et de l’autre, le Capital et ses alliés, sans se demander par quelles médiations ces alliances et ces rapports de force se jouent réellement. […]
    Toutes les expériences des classes sociales du capitalisme occidental sont médiées par cette forme coloniale qu’a pris le capitalisme et qui l’a structuré pendant des décennies. Pour une part, cela a défini et littéralement façonné durablement à la fois une position particulière du prolétariat associé à la métropole (qui a été obligé de se positionner, sommé qu’il était par la stratégie du capitalisme), et de l’autre côté, la position structurelle d’inclusion/exclusion de l’immigration issue des colonies. Si nous prenons donc la pleine mesure de l’héritage fanonien, nous comprenons que cette affirmation doit dès lors façonner nos analyses, nos revendications et nos mots d’ordre anticapitalistes.

    #anticapitalisme #colonisation #violence #émancipation #Fanon


  • Peut-on défendre l’école sans la critiquer ? (RdL)
    http://www.revuedeslivres.fr/peut-on-defendre-lecole-sans-la-critiquer-par-charlotte-nordmann-2

    Mais pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui et lutter contre des transformations aux effets catastrophiques, est-il vraiment secondaire de s’interroger sur ce qui posait déjà, auparavant, problème dans le fonctionnement de l’#école  ?
    Il nous semble au contraire qu’il faut partir du fait que l’autonomie de l’école a toujours été relative, que ses valeurs et ses finalités ont toujours été complexes et même contradictoires. Sans cela, il n’est pas sûr que l’on puisse comprendre la facilité avec laquelle une bonne partie des principes du #néolibéralisme a pu s’imposer dans le fonctionnement courant de l’école. Il n’est pas sûr non plus que l’on puisse lutter efficacement si l’on a des doutes sur ce que l’on défend, si l’on n’a pas démêlé ce qui, dans l’école, est potentiellement émancipateur, et doit être défendu, et ce qui en elle contribue au contraire à notre soumission à l’ordre existant.

    #éducation #émancipation


  • Pour un mois de congés en plus !

    Depuis l’ère industrielle, l’histoire sociale n’est faite que de ça, de ces batailles pour que les gains de productivité, les machines plus rapides, ne se transforment pas qu’en revenus pour le #capital – mais aussi en heures de liberté, de joie, d’#émancipation, loin de l’usine ou des bureaux. Et à chaque crise, le mouvement ouvrier a répondu par ce cri : « Partage du #travail ! » Voilà que la gauche se coupe de cette tradition – à l’heure où, paradoxe, jamais cette réduction du #temps de travail n’a autant relevé de l’urgence. Et de l’évidence : devant la chronique d’une catastrophe écologique annoncée, le « travailler plus pour produire plus pour consommer plus » témoigne d’une idiotie manifeste, et néanmoins mondialement proférée – à remplacer au plus vite par le « consommer moins, répartir mieux ».

    FAKIR | Presse alternative | Edition électronique
    http://www.fakirpresse.info/articles/382/pour-un-mois-de-conges-en-plus.html


  • Les bonnes résolutions 2011 : lire un peu de Frédéric Lordon chaque jour
    http://www.fredericlordon.fr

    #économie #penser #Internet #alternative #blog #crise #décryptage #émancipation #inspiration #jubilation #mondialisation #pense-bete #recherche #ressources #référence #veille #for:comitedesalutpublicgmail.com #for:etienne.pottiergmail.com #for:jluckinoks.org #for:luc.serisgmail.com #for:maxime.marviergmail.com #for:messepsgmail.com


  • Les Furies : Revue SexFem sur la sexualité féminine - Recueil de Campus féministe
    http://les-furies.blogspot.com/2010/04/revue-sexfem-sur-la-sexualite-feminine.html

    Il est temps d’accepter et de revendiquer notre droit à une sexualité plurielle, inventive, large et satisfaisante, et cela selon nos propres besoins, nos propres définitions, nos propres désirs. Un modèle unique n’incite pas à la découverte, la communication, la pluralité, la connaissance et l’écoute de soi et de l’autre. Une norme par définition nous limite. Pour être bien avec nous-mêmes et vivre pleinement notre sexualité, il faut briser cette vision unique de ce que devrait être LA sexualité et trouver les nôtres. Reconnaissons la multitude de comportements sexuels sains et la diversité de nos sexualités humaines.

    #sexe #sexualité #femmes #presse #journalisme #lutte #émancipation #for:twitter