« Campagnes à vendre. Le miroir aux illusions », par André Dréan (Apache éditions, 2002)
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Il faut donc aménager les régions désertifiées pour les transformer encore plus en parcs et en villages à la française, dans lesquels les ilotes épuisés des centres urbains pourront déguster de l’authenticité rurale de pacotille, et, pourquoi pas, y développer le télétravail. Dans les années 70, les révoltés qui désertaient les mégapoles espéraient au moins réaliser ailleurs des activités communautaires en rupture avec le monde de la marchandise. Les cadres transplantés, eux, viennent avec leur ordinateur portable et veulent disposer sur place de marchandises dernier cri.
Pour réaliser de tels objectifs, à côté de l’#agriculture high-tech ultraconcentrée et de l’utilisation de zones ravagées comme poubelles industrielles, la France subventionne l’agriculture et l’élevage de #terroir, source de prestige et de lucratifs bénéfices sur le marché mondial, dans lesquelles la #bio banalisée, déjà en partie industrialisée et financée par l’#agroalimentaire, jouera le rôle de la bergère. Voilà le sort réservé à la progéniture des derniers agriculteurs : jardiniers de la nature en kit, grooms de gîte d’étape, gardiens de dépôt d’ordures. Mais, dans les plans de répartition de la population, Paris n’a pas oublié celle des #mégapoles. Il compte confier la reconstruction de hameaux en ruine à des « désespérés » des banlieues casernes. Rien de tel que le travail au RMI, en plein air et au milieu des décombres, sous l’œil de la gendarmerie, pour calmer les esprits échauffés.


















