Interview de Bernard Stiegler pour Atlantico
http://www.atlantico.fr/decryptage/voila-pourquoi-marine-pen-sera-probablement-au-gouvernement-en-2017-bernar
Quant à la gauche, sa responsabilité est grande. Mais avant d’être celle des hommes politiques, c’est d’abord la responsabilité des « intellectuels de gauche ». Cela fait 30 ans que le monde intellectuel a cessé de penser et de critiquer tout cela. Une sorte de complicité moite et parfois même poisseuse s’est installée.
Un parti de gauche, en principe, s’appuie sur « l’héritage des Lumières ». Sauf que cet héritage a été remis en cause – par exemple par Adorno et Horkheimer dans La dialectique de la raison, puis par une époque fastueuse de la pensée française entre 1950 à 1980, avec des gens comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, etc. Cette époque a remis en question nombre d’idées des Lumières. Le problème est que cette tâche n’a été menée qu’à moitié, et c’est ainsi que toute la critique du pouvoir d’Etat conduite par Michel Foucault a été récupérée par les néo-libéraux, est devenue une critique de l’action publique, et a empêché de penser et de critiquer le nouveau pouvoir véritable, qui n’est plus l’Etat depuis bien longtemps, mais le pouvoir économique des multinationales qui ont remplacé l’action publique par le marketing – sous la houlette de Milton Friedman. Cela ne pourra pas durer : même les multinaitonales deviendront impuissantes quand elles auront tout à fait détruit la société. « Il faut défendre la société » comme disait Foucault, mais il faut le faire contre le nouveau pouvoir, et par un nouveau savoir.



