• Une proposition de lecture - invitation aussi - de The Heart is a Lonely Hunter de Carson McCullers. Signé Q.

    Nous allons nous intéresser au premier roman de l’auteur américain Carson McCullers (1917-1967), de loin son œuvre la plus forte. D’emblée le titre -bien qu’il ne soit pas de l’invention de Carson, qui souhaitait intituler son roman The Mute- nous indique le thème principal du roman, puisqu’il juxtapose l’amour et la solitude : The Heart is a Lonely Hunter. En premier lieu, nous allons donner une lecture personnelle de l’oeuvre, basée sur la notion d’éléments, si chère à Gaston Bachelard. Nous expliquerons la construction de l’oeuvre, ainsi que la destruction qui y a lieu à partir des quatre éléments. Ensuite, nous soulignerons la place fondamentale de la main, organe majeur dans l’activité de tout écrivain, et tenterons d’en percer le symbolisme. Et enfin nous verrons comment Carson McCullers met en abîme la création littéraire dans son roman.

    Au risque de paraître simpliste, nous pouvons avancer que la structure du roman se résume à la révolution de quatre personnages autour d’un cinquième qui est assimilé à Dieu. En effet, Mick Kelly, Biff Brannon, Jake Blount et Docteur Copeland orbitent autour de l’énigmatique Singer. Chacun à son tour vient lui causer de ses ambitions, de ses désirs, de ses idéaux, sans attente de réponse puisqu’ironiquement, celui qui porte un prénom qui chante ne peut communiquer qu’avec ses mains.

    Le premier personnage qui vient rendre visite à Singer est l’adolescente Mick Kelly. Sa passion est la musique, comme le prouvent les passages enchantés où elle évoque Mozart et la troisième symphonie de Beethoven. Nous pensons notamment à la scène où elle escalade une maison abandonnée et où elle se remémore des petits fragments de musique. Nous l’associerons donc à l’élément air, qui symbolise ses activités physiques et musicales. D’ailleurs, Mozart, son compositeur préféré, en plus d’être du signe du verseau, est le compositeur le plus aérien que la terre ait connu. On raconte même qu’il aurait été inspiré, pour la composition du concerto n° 17 pour piano, par son animal de compagnie qui n’était autre qu’un canari. Nous ne sommes pas surpris de croiser l’oiseleur dans l’opéra Die Zauberflöte. Symbole de l’esprit, l’air est littéralement la source d’inspiration, celui qui insuffle la vie. Ce qui n’est guère étonnant puisque derrière les traits de Mick nous reconnaissons Carson elle-même.

    De même, nous attribuerons à Jake Blount une parenté avec l’élément feu, à cause de la veine qui traverse son front tout le long du roman, mais aussi vue son addiction à l’alcool -qui n’est pas sans rappeler l’intempérance de McCullers-. En effet, des phrases telles que : ’The red corded vein in Jake’s forehead swelled angrily.’ (p. 136), ou encore telles que : ’the vein in Jake’s forehead throbbed wildly’ (p. 141) ponctuent le roman, telles un leitmotiv. Nous faisons certes un raccourci entre le caractère sanguin, et l’élément feu, mais si nous pensons en plus à la nature inflammable de l’alcool, nous pouvons définitivement attribuer l’élément feu à Jake. L’alcool devient une métaphore de l’écriture, puisque, réveillant les désirs enfouis de Jake, il délie sa langue.

    L’élément eau est représenté par Docteur Copeland et sa fille, Portia, d’un côté à cause des crachats du père -atteint d’une maladie des poumons-, et d’un autre côté vue la fluidité de la langue de Portia. Quand Portia parlait, ’Copeland did not listen to the words but her voice had a rythm -a start, a middle, and an end-. Then when she was finished she began all over.’ (p. 225). La voix de Portia est décidément très chantante : ’there was a slow coloured song in her mind’ (p. 237). Une très belle image maritime confirme notre assertion, et que nous citons pour sa beauté :

    ’Portia spoke in a low voice, and she neither paused between words nor did the grief in her face soften. It was like a low song. She spoke and he could not understand. The sounds were distinct in his ear but they had no shape or meaning. It was as though his head were the prow of a boat and the sounds were water that broke on him and then flowed past. He felt he had to look behind to find the words already said’.

    Et tandis que Mick représente l’air, que Jake est le feu, et que les Copeland sont régis par l’eau, Biff Brannon est le terrien qui tient un bar et qui reçoit la visite des autres personnages.

    Or il s’avère que les quatre éléments viennent s’échouer sur Singer, le dieu silencieux. Une mise en scène d’un suicide s’opère. C’est le drame d’un monde qui s’écroule. Et l’on ne s’étonne guère que le sort de Singer lui-même soit le suicide. On peut même aller plus loin et stipuler que cette mise en scène est la projection de l’intériorité de McCullers, dont la psyché était quelque peu bancale. L’effondrement peut se lire entre les lignes, ainsi que de manière figurée, et nous citerons pour cela une description du ciel qui semble de mauvais augure : ’the sky was curved, like the inside of a huge glass ball, very dark blue with the sprinkles of bright stars’ (p. 108). A défaut de pouvoir parler de ’pathetic fallacy’, nous dirons plutôt que l’auteur procède ingénieusement à un ’displacement’ pour représenter l’enfermement grâce à l’image du ciel concave, rappelant la courbe d’un bol inversé qui enfermerait et condamnerait la cité.

    Le corps et l’esprit allant de paire, nous remarquerons que la représentation du corps chez McCullers trahit les problématiques qu’elle a pu avoir de son vivant. En effet, non seulement les genres ne sont ni précis ni précisés -nous pensons à la tirade de Biff Brannon où il nie toute différence entre les genres, puisque les hommes vieillissant ont la voix fluette et puisque les femmes ont de la moustache avec l’âge-, mais la main occupe en plus une place prépondérante dans ce premier roman, tout comme dans toutes ses autres œuvres. Notons l’avidité avec laquelle la jeune pianiste observe les mains de son professeur dans ’Wunderkind’, et relevons la juxtaposition des mots ’hunt’ et ’hand’, qui rend la main si proche du titre lui-même : ’when her hands hunted out these beautiful new sounds it was the best feeling she had ever known’ (p. 144). Mais ce qui voudrait dire aussi que l’écriture est une partie de chasse.
    La main est un symbole de frustration, que ce soit dans le cas de Harry Minowitz qui donne des coups de mains à l’air, croyant que les Nazis y sont, ou dans le cas de Brannon qui réfrène l’envie de toucher Mick : Biff Bannon ’He wanted to reach out his hand and touch her sunburned, tousled hair’ (p. 109). Ou encore dans le cas du belliqueux Jake Blount, qui n’a pas la main dans sa poche -l’anglais dirait ’handy with the mits-, mais qui finit par se ronger les ongles par dépit : ’[Jake] sat on the edge of the unmade bed and gnawed savagely at the broken, dirty ends of his fingernails’ (p. 137). Mais c’est aussi le moyen de communication entre Singer et son bien-aimé Antanapoulos. Même si Singer ne pouvait être sûr de rien : ’Singer never knew just how much his friend understood of all the things he told him. But it did not matter’ (p. 8). Mais dès qu’Antanapoulos n’est plus là, la main de Singer devient un fardeau : ’His hands were a torment to him. They would not rest. They twitched in his sleep, and sometimes he awoke to find them shaping the words in his dreams before his face [..] then when he realized he was like a man caught talking aloud to himself. It was almost as though he had done some moral wrong’ (p. 182). De même sa langue s’engourdit, à tel point qu’il a l’impression d’avoir une baleine dans la bouche, image qu’on retrouve plus tard dans la bouche de Portia : ’our tongues rot in our mouths from lack of use’ (p. 171). La main, outil de communication, devient l’interprète d’un problème de communication.

    Cela-dit, la main est aussi l’instrument de la masturbation, comme c’est le cas pour Antanapoulos, qui est taxé d’indécence à plusieurs reprises. En effet, son comportement régressif et infantile comprend ’a certain secret solitary pleasure’. Dès lors la masturbation deviendra métaphore de l’écriture, puisqu’au sens figuré, les quatre personnages viennent tour à tour se masturber devant Singer, et non communiquer avec lui. Nous n’oublierons pas de mentionner la main de Brannon qui va souvent rejoindre ses parties génitales.

    Une main invisible mais que l’on devine aisément si on n’écoute le texte, est celle qui orchestre les voix. Véritable chef-d’orchestre, la main de McCullers compose une véritable symphonie des éléments, et où un quatuor sublime en ’free indirect speech’ s’élève, du point de vue de Singer, grâce à un narrateur omniprésent qui nous livre les pensées du muet. ’he watched the words shape on their lips’. La voix de Copeland s’élève en premier, sans prévenir : ’We Negroes want a chance to be free at last. And freedom is only the right to contribute. [..] But you are the only white man I have ever encountered who realizes this terrible need of my people’. Aussitôt, la voix de Kelly prend le relais : ’You see mister Singer ? I got this music in me all the time. I got to be a real musician. [..] I mean to travel in a foreign country where there’s snow’. L’enchaînement est immédiat, avec la voix de Jake : ’Let’s finish up the bottle’. Pour Brannon, l’auteur change de ton et de voix : ’The last one rubbed his nose. He did not come often and he did not say much’. Ce passage, d’une forte musicalité, offre non seulement la preuve que Singer comprenait tout ce que les autres lui disaient mais qu’il faisait seulement semblant de ne pas saisir, mais aussi une apogée de la narration qui annonce en quelque sorte l’effondrement à venir.

    La main invisible de l’auteur ou du chef-d’orchestre laisse des traces dans le roman, et symbolise le processus d’écriture lui-même. Par le truchement de Mick qui écrit sur les murs d’une maison abandonnée par exemple, McCullers nous livre le malaise de Mick, qui n’est autre que le mal-être de McCullers elle-même. En enffet, on apprend que Mick trace sur un mur les trois noms d’Edison, Dick Tracy et de Mussolini, et qu’ensuite, sur le mur opposé, elle écrit avec de la craie de couleur un mot très vilain, à savoir ’Pussy’. L’écriture sur le mur est un classique de la littérature, qu’on peut retrouver dans le cinquième livre de Daniel, lorsqu’une main coupée trace les mots ’mene mene tekel upharsin’ que le prophète Daniel déchiffre ensuite. Il s’agit ici de cette même main. Elle signe des messages bibliques anonymes, dont Jake tente de retrouver l’auteur. ’On the wall a message was written in bright red chalk. No one was in sight. Then on Friday there was a long, slow winter rain. The wall was sodden and the messages streaked so that no word could be read. The rain continued, grey, bitter and cold’. Curieusement, ces mots s’effacent, vont rejoindre le néant. Ce qui semble confirmer notre hypothèse de l’écroulement et de la désintégration de la psyché que nous avons défendue dans notre première partie. Par le biais de la main invisible, c’est tout le processus de l’écriture, qui est très liée à la masturbation, qui est mis en scène. Jake lui même se met à l’oeuvre, ce qui donne une très belle mise en abîme où on croirait presque entendre les procédés de McCullers elle-même : ’he wrote brief sentences. He tried to word them so that a passer-by would stop and ponder over the meaning. So that a man would wonder. So that a man would think’. Ce der,nier rythme ternaire confirme la musicalité de son écriture, ainsi que sa grande inspiration biblique. Singer est non seulement une figure divine, mais aussi une figure christique : il meurt à trente-trois ans, sans noter l’allusion ’Jesus wept’.

    La musicalité est mise en avant, de façon à ce que le sens cède la place au rythme. La question d’herméneutique est abordée, puisque la langue est utilisée pour sa beauté, et non à dessein de communiquer : ’of course he didn’t know what all the sentences meant, but she didn’t say them for the sense they made, anyway’ (p. 94). La communication s’avère stérile, et seule la musique compte.

    Nous aurons donc tenté une approche ’élémentaire’ de The Heart is a Lonely Hunter, afin d’illustrer la mort de la psyché qui se met en place dans une oeuvre où l’écriture elle-même est mise en scène, ainsi que l’art de manière générale. Il suffit pour cela de se remémorer la composition artistique de Biff Brannon, trompe-l’oeil qui amène à des questions plus générales sur la nature et le but de l’art.

    Bibliographie

    Carson McCullers, The Mortgaged Heart, Penguin Classics, 2008.
    Carson McCullers, The Heart is a Lonely Hunter, Penguin Books, 2008.
    Carson McCullers, Illumination and Night Glare, University of Wisconsin Press, 1999.


  • Le monde selon Lowbrow

    The Psychedelic World Of #Lowbrow And Spotlight On Tom “Bigtoe” Laura - RodAuthority.com
    http://www.rodauthority.com/news/the-psychedelic-world-of-lowbrow-and-spotlight-on-tom-bigtoe-laura
    http://cdn.speednik.com/files/2013/07/ToddSchorrTribute.jpg

    Lowbrow art, commonly referred to as lowbrow, is an underground movement of visual art that sprang out of Los Angeles, California in the late 1970s. Like all sub genres lowbrow encompasses a wide variety of styles even within itself, but in general the art form is rooted in renditions of pop culture, vintage comics, hot rods, and punk rock.
    ...
    There has always been a direct correlation to lowbrow and the rise of Kustom Kulture. Partly due to the fact that a few of lowbrow’s forefathers happened to also be involved in Southern California’s hot rod revival. Another reason is that it mirrors the principles associated with classic customs. In both cultures praise is given for the untraditional, anti-kitsch, and disregard for the soft-eyed highbrow population.

    A consommer en écoutant Nobody Knows de Destroy all Monsters
    http://soundcloud.com/erie-lake2/destroy-all-monsters-nobody

    That’s for your bad manners par Niagara
    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/This_Is_For_Your_Bad_Manners%2C_Niagara.jpg
    http://en.wikipedia.org/wiki/Niagara_%28artist%29#Dark_Carnival

    Comme chaque école d’art Lowbrow aussi a son père fondateur
    Robert Williams - Father of Lowbrow
    http://www.ihlet.com/blog/robert-williams-father-of-lowbrow
    http://2.bp.blogspot.com/-kF1W31CVVjA/TcNanNf0KII/AAAAAAAACdE/cG2o4Xytopw/s1600/robt+williams+1+0001.jpg

    From Dusk Till Dawn de Rodriguez/Tarantino est inspiré par le genre.
    http://www.youtube.com/watch?v=z-nvhCgXr3Y

    #art #low-rider #usa #hot_rod #cars


  • CARSI et autres groupes Ultras dans #OccupyGezi :
    http://www.sofoot.com/istanbul-united-le-fantasme-d-une-alliance-des-ultras-turcs-170505.html

    Comme le souligne le journaliste Fehim Tastekin dans un article publié par Al Monitor « les ultras ont, en première ligne, joué un vrai rôle crucial (...) en Égypte en 2011. L’arrivée des supporters d’Al Ahli et de Zamalek a été un élément déterminant dans le soulèvement contre Hosni Moubarak. Quand les sbires de Moubarak ont lancé leur assaut à dos de chameau sur la place Tahrir le 2 février 2011, ce sont les Ultras Ahlawy qui ont protégé les manifestants. » L’apport de ces groupes de supporters en termes d’expérience de lutte contre la police antiémeute est immense. Ils expliquent aux manifestants, pour qui c’est souvent la première fois, comment réagir face au gaz lacrymogène. Ils construisent des barricades. Repoussent les assauts de la police. Apportent de nouveaux slogans, comme le célèbre « Policier, retire ton casque, laisse ta matraque, voyons voir qui est un homme ».

    #CARSI #istanbul #foot #ultra #taksim #gezi