• Malbrunot et le (mauvais) storytelling libanais #TSL #Liban

    Georges #Malbrunot livre son article de la semaine, « à l’issue de [son] séjour au #Liban ». Il reproduit mot pour mot le nouveau story-telling diffusé par le clan Hariri, sans même chercher à paraître crédible :
    http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2010/12/assassinat-de-rafic-hariri-les.html

    1. L’article est construit clairement sur la dialectique suivante :
    – avant, l’enquête #Mehlis qui accusait la Syrie était instrumentalisée et politisée ;
    – maintenant, elle ne l’est plus et elle accuse le #Hezbollah.

    Cette partie du story-telling reprend exactement un des thèmes de la nouvelle histoire façon Hariri : avant, l’accusation contre la Syrie c’était politique, maintenant, ça ne l’est plus :
    http://seenthis.net/messages/6007
    "A un certain point, nous avons commis des erreurs et accusé la Syrie d’avoir assassiné le Premier ministre martyr. Il s’agissait d’une accusation politique, et c’en est fini de cette accusation à caractère politique."

    Cependant, l’article mentionne le rôle de #Bruguières pour « “vendre” cette piste chiite », mais pas ce que #Wikileaks dévoile de son rapport étonnant aux ambassades américaines :
    http://seenthis.net/messages/6077
    Le nouveau chef de l’enquête est Daniel #Bellemare, dont le #cablegate dévoile les étranges préoccupations politico-politiciennes :
    http://seenthis.net/messages/6006

    Enfin, la logique qui consiste à dire :
    – avant nous faisions une manipulation politique,
    – maintenant, nous-mêmes le reconnaissons,
    – ça prouve bien que maintenant nous sommes honnêtes...
    c’est une logique qui m’échappe.

    2. L’article reprend l’idée (déjà énoncée par la #CBC) d’un rebondissement dans l’enquête, arrivé « de l’extérieur ». D’un coup d’un seul, « à partir de mai 2007 », l’enquête s’intéresserait (enfin) aux communications de téléphones portables.

    Or c’est factuellement faux.

    Qifa Nabki a compilé toutes les mentions d’une analyse des communications de téléphones portables dans les rapports de la commission d’enquête, rapports Mehlis et #Brammertz :
    http://seenthis.net/messages/5725
    Dès les premiers rapports, et de manière constante, ces rapports font état de l’importance de cette piste dans le déroulement de l’enquête.

    Le tout premier rapport Mehlis indique :
    http://www.un.org/News/dh/docs/mehlisreport/pdf/report.pdf
    "Conclusion : The investigation of the prepaid telephone cards is one of the most important leads in this investigation in terms of who was actually on the ground executing the assassination. This is a line of investigation that needs to be pursued thoroughly."

    Le réseau de 6 cartes téléphoniques aurait déjà permis de remonter à une boutique de Tripoli, et à l’arrestation par les FSI, de "Raed Fakhreddin" :
    "On 14 September 2005, the ISF arrested Raed Fakhreddin, along with others involved in the transfer and sale of these calling cards. Raed Fakhreddin was subsequently interviewed as a suspect by the Commission."

    En juin 2006, Brammertz écrit :
    "Communications analysis is a major task, with the collection of up to 5 billion records by the Commission currently under way. All must be sifted, sorted, collated and analysed. This work is painstaking in its depth, with any linkage established almost exponentially generating further linkages. The Commission has devoted a project team of analysts and investigators to this task and is acquiring specialized software and hardware to accommodate the project requirements."

    Il a alors une équipe d’analystes et d’enquêteurs qui se consacrent uniquement à l’étude de 5 milliards de données de communications téléphoniques.

    3. Le « simple logiciel Excel » de #Wissam_Eid. Là, on tombe dans le grotesque, mais ça indique que Malbrunot s’est contenté de recopier les bêtises qui circulent au Liban sans prendre beaucoup de recul.

    Un « simple logiciel Excel », seul dans son coin, c’est objectivement aberrant. À la même époque, Brammertz a une équipe se travaille sur cinq milliards d’enregistrements !

    En réalité, cette mention est à usage populiste libano-libanais. Dans les journaux libanais, vous avez chaque semaine au moins un article sur un savant libanais qui vient de découvrir le vaccin contre le cancer et, en alternance, un record du monde inepte détenu par des libanais (le plus gros sandwich libanais de la planète, le plus grand drapeau libanais de tout l’univers...). Bref, surfer sur l’ego libanais, c’est un truc classique, mais, Georges, c’est à usage interne. Le coup du « génie libanais », ça, fallait pas le reproduire dans le Figaro, hein, c’est juste pour les journaux populaires d’ici. Là, ça fait pingouin.

    Alors, encore une fois : le premier rapport Mehlis, d’octobre 2005, fait déjà mention de l’importance qu’il donne à « 6 cartes téléphoniques pré-payées ». À partir de là, rien ne tient plus dans l’article de Georges Malbrunot.

    Ce qui induit un paradoxe auquel il faudrait peut-être répondre :
    – si l’enquête Mehlis était instrumentalisée et politisée, comme l’explique désormais le clan Hariri,
    – puisque c’est Mehlis lui-même qui, dès son premier rapport, à initié cette « piste » du « réseau de 6 téléphones portables » utilisés pour assassiner #Rafic_Hariri,
    – qu’est-ce qui soudainement rendrait cette info plus crédible que l’« accusation à caractère politique » contre la Syrie ?

    • Entre l’article de Malbrunot et le « documentaire » de la CBC, il y eu, en France, l’article de Jean-Pierre Perrin dans #Libération :
      http://www.liberation.fr/monde/01012305431-mort-d-hariri-la-piste-mene-au-hezbollah

      Le truc se base essentiellement sur les allégations (y compris les plus farfelues) de la CBC, complété par « nos sources ».

      Grosse découverte pendant les vacances à Byblos :
      "Depuis la fin de l’été 2010, Libération a appris que les téléphones des tueurs ont été achetés à Tripoli (nord du Liban), qu’ils ont beaucoup fonctionné le jour de l’attentat, entre 11 h 30 et 13 h 02, et que certains de leurs numéros ont aussi été repérés lors des quatre attentats qui ont suivi la mort de Rafic Hariri, dont ceux qui ont tué le journaliste franco-libanais Samir Kassir, le 2 juin 2005, et, un peu plus tard, l’ancien chef du Parti communiste libanais, Georges Hawi."

      Oui, Libération a appris à la mi-2010, ce que Mehlis avait écrit dans son premier rapport en octobre 2005.

      Et évidemment, le copier-coller du documentaire de la CBC par Libération devient la source pour le JDD :
      http://www.lejdd.fr/International/Proche-Orient/Actualite/Hariri-La-piste-sensible-du-Hezbollah-237624
      et le Monde :
      http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/12/01/assassinat-d-hariri-le-rapport-de-l-onu-impliquerait-le-hezbollah_1447239_32

    • Aujourd’hui, le Daily Star indique disposer de documents #Wikileaks encore confidentiels:
      http://dailystar.com.lb/article.asp?edition_id=1&categ_id=2&article_id=122189

      Où l’on voit que le nom d’Abdel-Majid Ghamloush n’est pas nouveau dans l’enquête, ni la «piste du Hezbollah», et où l’on voit mal comment tout cela aurait pu être «ignoré», puisque c’est évoqué en présence de l’ambassadeur Feltman, et commenté par lui.

      On voit aussi que la ‘découverte’ cet été de Libération sur le lien présumé avec les attentats contre Kassir et Hawi était connu des américains depuis 4 ans.

      ‘In a 2006 meeting with US representatives in Beirut, Internal Security Forces (ISF) chief Ashraf Rifi said Abdel-Majid Ghamloush killed Kassir and Hawi before fleeing Lebanon to live in Syria under Syrian protection. Ghamloush was also accused of the attempted killing of ISF deputy intelligence chief Samir Shehadeh.’

      ‘“General Rifi is convinced that Syrian authorities are directly responsible for all three crimes,” said a cable classified by US Secretary of State Jeremy Feltman and seen exclusively by The Daily Star. “Rifi said the investigation conclusively concluded that [Abdel-] Majid Ghamloush, a Lebanese citizen from the Shiite community in south Lebanon was responsible for the Hawi and Kassir assassinations.’

      ‘“General Rifi believes the successful identification of a culprit was the motive for the assassination attempt on the life of ISF’s Deputy Chief of Intelligence Samir Shehadeh on September 5, 2006 just outside of [Sidon],” Feltman wrote. “Before the suspect could be apprehended, however, he successfully fled to Syria and is currently believed to be living there under the protection of the Syrian regime.”’

      À noter que, cet été, 3 palestiniens ont été jugés pour la tentative d’assassinat contre Shehadeh:
      http://www.naharnet.com/domino/tn/NewsDesk.nsf/Lebanon/D24174C4B4FDC237C22577590055756A
      “A Lebanese military court on Wednesday sought the death penalty for three Palestinian fugitives over the attempted murder of the former police intelligence bureau chief, the National News Agency reported. ‘Prosecutor Fadi Sawwan is seeking to put Fadi Zeidan, Abdul Nasser al-Duwali and Oussama Shehabi on death row for a 2006 terrorist attack that aimed to kill Lieutenant Colonel Samir Shehadeh,’ the head of police intelligence at the time, the state-run agency reported.”

      Tout cela ne permet pas de savoir si l’implication du Hezbollah est avérée ou non, mais cela démontre que le storytelling que nous livre actuellement la presse est un pur bidonnage.

      Tous les éléments présentés comme de nouveaux développements sont connus dans le cadre de l’enquête depuis 2006: soit directement de la commission d’enquête internationale, soit de l’ambassade américaine à Beyrouth. Ainsi, le nom d’Abd al-Majid Ghamlush, qui n’est apparu dans la presse qu’avec l’article du Spiegel en 2009, était-il connu de l’ambassade américaine depuis 2006.


  • Qifa Nabki ressort les anciens rapports de l’enquête internationale sur le meutre de #Rafic_Hariri. Il démonte ainsi l’un des points-clés du reportage de la #CBC, qui prétend que le réseau de téléphones mobiles utilisés pour organiser l’attentat est une piste nouvelle (et « earth-shattering ») :
    http://qifanabki.com/2010/11/26/hariri-tribunal-reports-tell-a-different-story-than-cbc-account

    How does this explain the suggestion that the discovery of the red network by the UNIIIC was “earth-shattering”? After all, they had already discussed this network in eight different reports from 2005-2007!

    Mis à jour, le billet met en avant un commentaire très intéressant tiré de ses propres forums :

    However, the commission’s reports are clear that the Red team was identified at the initial stages of the investigation and that signal analysis was a key technique used by the commission.

    This contradiction with the documented historical record undercuts the report’s credibility. It is obviously trying to sell you something. And what I think what it is selling is the linkage between the Red team and HA [#Hezbollah].

    Et en particulier :

    I speculate that the attack on Wissam Hassan is to undermine the ISF’s work on Israeli spies and Israel’s penetration of the Lebanese telecom network. At Nahass’s conference this week, Wissam Hassan was specifically named as helping out in the investigation of Israel compromising HA phone lines. By labelling him an HA accomplice, the whole Israel angle can be explained away.


  • La #CBC prétend avoir une enquête « inédite » avec plein de morceaux de révélations dedans sur l’enquête de l’#ONU sur la mort de #Hariri.

    En gros : la science-fiction habituelle, connue de longue date (et aimablement distillée, ici, par Malbrunot). Et des ficelles tellement énormes que ça va finir par se voir (si l’enquête de l’ONU contient de tels éléments, ça va jaser).

    Donc, les habituelles lubies sur l’analyse de communications téléphoniques de membres du #Hezbollah (responsables de l’assassinat, mais ça on le savait déjà). Aucune mention :
    – du fait que le réseau de téléphonie mobile est lourdement infiltré par les services israéliens (plus de 100 espions arrêtés depuis quelques mois, un bon nombre bossant sur la téléphonie mobile) ; donc toute conclusion tirée de l’analyse d’un réseau compromis fait doucement rigoler au #Liban ;
    – du fait que le Hezbollah est doté de son propre réseau de communication, qu’il est totalement paranoïaque là-dessus (à juste titre, voir point précédent), et qu’il a d’ailleurs pris le contrôle de Beyrouth, par les armes, lorsque le gouvernement Saniora a voulu déclarer son réseau hors la loi. Et pour organiser l’attentat le plus grave au Liban, le Hezbollah utiliserait des téléphones portables non sécurisés.

    Grand moment de n’importe quoi :
    "Selon CBC, l’enquête de l’ONU vise également un autre suspect possible, Wissam al Hassan, l’actuel chef des services secrets libanais. À l’époque du meurtre, il était le chef de la sécurité de Rafic Hariri. Le jour de l’explosion, il était absent."

    Bien sûr, « les services secrets libanais », ça n’a pas beaucoup de sens. Lesquels ? Depuis la vague d’arrestation d’espions au Liban, tout le monde sait qu’il y a plusieurs « services secrets » au Liban.

    Wissam al Hassan est un des hommes-clés de Saad Hariri. Que vient-il faire dans un attentat qu’on prétend organisé par le Hezbollah ?

    La piste Wissam Eid, vieille rumeur balancée aux journalistes occidentaux pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes :
    "Déjà en 2006, un policier libanais, le capitaine Wissam Eid, avait remis à l’ONU un rapport aux Nations unies qui identifiait les réseaux téléphoniques et le Hezbollah."

    Mais tenez-vous bien :
    "L’ONU a perdu ce rapport."

    Donc CBC est en train de publier des « révélations » sur l’activité d’un capitaine mort, sur un rapport qui aurait disparu.

    "Des informations laissent croire que l’ONU serait enfin prête à porter des accusations contre les responsables du meurtre de Rafic Hariri."

    Hé ben ça promet.