"La guerre en Irak s’est faite essentiellement à cause du pétrole", a écrit Alan Greenspan dans ses mémoires The Age of Turbulence (2007). "Je suis attristé qu’il soit politiquement inopportun de reconnaître ce que chacun sait." Il peut en effet être évident que les Etats-Unis ont envahi l’Irak en 2003, comme l’a dit l’ancien président de la Réserve fédérale, à cause du pétrole. Mais que signifie cette proposition ? La réponse n’est pas si évidente.
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Greenspan, cependant, semblait avoir quelque chose d’autre en tête quand il a affirmé que "il était essentiel" pour les Etats-Unis de "sortir" le régime de Saddam Hussein. Le golfe Persique, avait-t-il noté, est "un espace qui abrite une ressource indispensable pour le bon fonctionnement de l’économie mondiale."
Ici le banquier vétéran ressort un argument bien connu des planificateurs des politiques des États-Unis (et aux lecteurs de ce magazine) : Le pétrole est autant un produit stratégique que d’ordre commercial. (...) Tout pouvoir qui influence et façonne le flux de combustibles fossiles du Golfe aura une influence démesurée dans les affaires mondiales. (...)
La grande stratégie et l’accaparement des revenus pétroliers, buts qui obscurcissent la distinction entre les prérogatives géopolitiques et celles des entreprises, sont au cœur de l’« intérêt national » dans le Golfe. Il y a discorde au sein de l’establishment de politique étrangère sur la façon d’atteindre ces objectifs, mais pas sur les objectifs eux-mêmes.
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Voici donc une question alternative et une réponse suggérée : Alan Greenspan a-t-il raison ? Était-il « indispensable » pour la préservation du statut de superpuissance américain d’envahir l’Irak en 2003 ?
Non.
Bien que les sanctions s’affaiblissaient, et que le consensus international en leur faveur s’écroulait, l’armée irakienne était vétuste et ne représentait aucune menace pour les champs de pétrole hors des frontières irakiennes. Le pétrole irakien aurait pu être ramené sur le marché par d’autres moyens. La cause immédiate de la guerre a été un méchant accident historique : Les attaques terroristes du 11 Septembre 2001 ont donné libre cours aux néo-conservateurs et leurs maîtres pour adopter leur vision distincte de perpétuation de l’hégémonie américaine, un projet pour lequel la chute de Saddam Hussein devait être un essai. Mais la guerre en Irak a été en effet "en grande partie pour le pétrole," en ce que le pétrole créait les conditions de possibilité de guerre.
Comprendre la relation entre le pétrole et la guerre est crucial pour tous ceux qui cherchent à éviter une répétition de l’invasion de 2003, qui, bien plus qu’une erreur, a été et reste un énorme et odieux crime.