D’abord, je suis certainement moins ultra que d’autres ici sur ce sujet : personnellement je ne vote pas, je ne suis pas inscrit et je baille copieusement à l’évocation de la comptabilisation des votes blancs ; mais si d’autres pensent que voter peut leur servir, qu’ils votent (je vais pas pleurer à chaque élection).
Quelques remarques qui ne sont pas dans le texte que tu signales…
1. Je trouve que vos arguments en faveur du vote ressemblent plus au Pari de Pascal qu’à autre chose : si le vote sert à quelque chose, alors il vaut mieux voter ; si le vote ne sert à rien, on ne perd pas grand chose à voter quand même. Pourquoi pas, mais pas très motivant non plus.
2. Ne jamais perdre de vue cette très belle motivation : le mépris absolu et rigolard qu’inspirent ces affreux baveux et ceux qui leur tiennent le crachoir. Ne pas voter est tout de même une chouette activité récréative et réjouissante.
3. Le problème de la participation n’est pas qu’elle « cautionnerait » le résultat du vote : le problème est plus fondamentalement qu’elle cautionne l’idée que le pouvoir se trouve réellement à cet endroit. Je ne crois pas que « le pouvoir » soit élu et siège à l’Élysée ou à l’Assemblée nationale.
4. La question liée à la précédente, c’est que ça pousse les gens à croire que leur influence politique principale se concrétise dans cette action de voter. C’est là que je diverge assez largement avec le texte que tu référence (« les gens qui votent feraient mieux… ») : je pense que le gens exercent déjà largement d’autres formes d’influence politique, et que le combat politique se mène largement dans cet ailleurs. Ce même pouvoir intégralement diffusé dans le société, les gens y sont confrontés dès l’école (même les parents sont confrontés au pouvoir qui s’impose à leurs enfants), à l’armée (ah non, ça c’est fini), quand ils pointent au chômedu, dans leur boulot ou même dans leur rapport à la clientèle. Et je pense que les gens font déjà beaucoup plus là, chaque jour, que lorsqu’ils votent. (Et nombreux ont une action/influence politique strictement opposée à la mienne dans leur vie quotidienne, hein… c’est pas parce que les gens ont des opinions qui ne sont pas les miennes qu’ils n’effectuent pas déjà un véritable travail politique quotidien.)
Plutôt que de poser que les gens devraient ceci ou devraient cela, je pense que la vie des gens est déjà un ensemble de pratiques qui ont un sens politique. Il ne faut sans doute pas surdéterminer la praxis (tout le monde agirait toujours par logique de classe, ou par post-colonialisme, ou par rapports de genre…), mais le travail politique me semble pourtant bien là : empowerment, discours sur la pratique, explicitation et prise de conscience. Je trouve déjà le vote totalement anecdotique à côté de ce que nous pouvons faire pour l’empowerment (et de ce qui se fait déjà).