Une première notice biographique sur Lavalette à partir des informations déjà recueillies
Lavalette est un communard sur lequel nous avions jusque-là très peu d’informations. Certains lui attribuent le prénom de Charles. Il est enterré sous celui de Gilbert. Probablement né le 15 février 1829, il avait 42 ans pendant la Commune, et mourut en le 4 janvier 1905 à l’âge de 75 ans.
Lavalette est plombier gazier. Il vit, avant la Commune, à Belleville, quartier très populaire du nord-est de Paris. Durant la guerre franco-allemande, il s’engage dans la garde nationale, à l’instar de nombreux parisiens. La garde nationale est une milice civile distincte de l’armée, constituée pour sa part de militaires. En grande partie formée d’ouvriers et de petits artisans et commerçants, elle est suspecte pour le gouvernement qui craint de voir des armes distribuées à une population très contestataire.
Fin 1870, les bataillons de la garde nationale de Belleville sont dirigés par le révolutionnaire Gustave Flourens. Dans un Paris en pleine effervescence, Flourens tente de prendre l’hôtel de ville avec ses gardes nationaux, le 31 octobre 1870. L’aventure échoue et il finit en prison. Mais, dans la nuit du 20 au 21 janvier 1871, il est libéré par un commando auquel Lavalette dit avoir participé. (cf. http://seenthis.net/messages/59256)
Le lendemain, 22 janvier, Flourens et quelques autres tentent une seconde insurrection place de l’hôtel de ville à laquelle se serait joint Lavalette. Cinq insurgés meurent et beaucoup sont blessés.
Lavalette devient commandant de l’un des bataillons de la garde nationale de Belleville, le 159e. Refusant l’autorité du gouvernement d’Adolphe Thiers qui veut les désarmer, les bataillons se constituent en fédération et élisent un Comité central dont Lavalette est membre. Le lendemain de l’insurrection du 18 mars 1871, le Comité central se réunit dans la précipitation. Seuls vingt personnes sur une trentaine peuvent assister à la première réunion. Lavalette est parmi eux. Le 19 mars, le Comité central annonce depuis l’hôtel de ville que le peuple a renversé le joug du gouvernement et que des élections communales seront organisées dans les prochains jours. Cette affiche est les suivantes portent entre autres la signature de Lavalette.
Plusieurs membres du Comité central se présentent aux élections. Certains sont élus. Lavalette ne se présente pas directement, mais son nom est sur les listes proposées par deux journaux : celle du Père Duchêne et celle de La Caricature. Il ne recueille cependant que 600 voix dans son arrondissement, le XIXe.
Au début de l’insurrection, le général Chanzy, républicain modéré, est confondu avec un autre et arrêté et menacé de mort. Au sein du Comité central, Lavalette milite pour sa libération. Chanzy est finalement libéré en échange de sa promesse de ne pas prendre les armes contre la Commune. À Versailles, Thiers lui demande de diriger des troupes contre Paris, mais il tient parole et refuse.
Lavalette, qui n’est pas élu de l’assemblée communaliste, ne prend pas part à l’activité législative. Ouvrier et non intellectuel, on ne l’entend pas non plus dans les journaux. Il est par contre très actif dans la défense de la ville contre les versaillais. Tout le mois d’avril, il se bat avec son bataillon dans l’ouest de Paris : à Asnières, Neuilly, Issy. Il semble cependant avoir des difficultés à mener ses troupes au combat : manque d’autorité ou absence de discipline des combattants ? Au Comité central, il tente en vain de prendre des mesures contre l’ivrognerie au sein de la garde nationale. Au ministère de la guerre, il fait partie de la commission de l’habillement et de l’équipement.
Proche de Versailles, le clergé est surveillé et parfois attaqué. Plusieurs églises sont pillées. Le 8 avril, Lavalette quitte en précipitation une réunion à l’hôtel de ville pour s’opposer au pillage de la basilique Notre-Dame. À partir du 17 mai, c’est l’église Notre-Dame-des-Victoire qui est pillée, en premier lieu par des gardes nationaux du 159e bataillon. Lavalette, qui en est le commandant, n’est cependant pas à leur tête. Les opérations sont dirigées par Le Moussu, un représentant de la préfecture de police. Plusieurs personnes, dont des ecclésiastiques, sont arrêtées dans l’église et menacées d’être fusillées. Le soir du 18 mai, Lavalette se rend sur place et fait discrètement libérer trois prisonniers.
Du 22 au 28 mai, Paris est repris militairement par les versaillais au cours de la Semaine sanglante. Des édifices publics sont brûlés. Un informateur de la police dira plus tard que Lavalette, aidé de quelques hommes du 135e bataillon, aurait mis le feu au ministère des Finances, le 25 mai. L’armée de Versailles est entrée par le sud-ouest de Paris et remonte jusqu’au nord-est, fusillant les prisonniers sur son passage. Lavalette se replie avec des élus de la Commune et du Comité central à la mairie du 11e arrondissement, place Voltaire. Il fait installer les batteries du Père Lachaise et en dirige le tir.
Il parvient à fuir du Père Lachaise. Beaucoup de ses camarades n’auront pas sa chance et seront exécutés devant ce qui deviendra le « mur des fédérés ». Dans Paris occupé par les versaillais, il réussit à rejoindre l’hôpital Saint-Louis où il demande l’aide du médecin qu’il a fait libérer de l’église Notre-Dame-des-Victoire. Grâce à lui et au vicaire de Saint-Augustin, qu’il a libéré en même temps, il parvient à quitter Paris sous une autre identité. Recommandé par l’ecclésiastique à l’évêque de Bellay, près de la frontière Suisse, il finit par atteindre Genève où se réfugient nombre de communards. Ironie de l’histoire, l’évêque de Bellay, monseigneur Richard, deviendra par la suite archevêque de Paris et consacrera la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, édifiée en expiation des pêchés de la Commune.
À Genève, une Société des proscrits, La Solidarité, se constitue. Un restaurant coopératif, La Marmite sociale, est mis en place afin de donner à manger aux exilés en difficulté. Lavalette en est l’un des administrateurs.
De Londres à Genève, en passant par Bruxelles, de violents conflits traversent le milieu des révolutionnaires et par conséquent celui des exilés. L’Association internationale des travailleurs (AIT), la « Première Internationale », est divisée entre marxistes et anarchistes. Le courant anarchiste se constitue en Suisse sous le nom de Fédération jurassienne. La Société des proscrits, divisée, disparaît, semble-t-il fin 1872. La Marmite sociale ne tient pas plus longtemps.
Plusieurs affaires éclatent où Lavalette est accusé d’être un « mouchard » de la police suisse. Il reconnaît publiquement avoir indiqué au commissaire de Ferney les noms des vrais communards parmi les candidats au statut de réfugié et avoir reçu de l’argent pour ce service. Mais d’autres personnes l’accusent de faire des rapports réguliers au commissaire de Ferney. Vers avril 1872, un informateur de la police française, Florent Nicolet, est démasqué par les exilés qui découvrent une correspondance avec le cabinet du préfet de Paris. Florent Nicolet venait d’arriver à Genève et avait été présenté aux exilés par Lavalette qui habitait le même immeuble que lui à Belleville. Les doutes se tournent encore vers Lavalette. En mai 1873, il est impliqué dans une affaire de bombes sur laquelle nous avons peu d’informations. Elle semble avoir été organisée par un agent provocateur, Louis Blampignon, qui logeait chez Lavalette. Ce dernier est arrêté par la police pour participation à une société secrète, puis libéré. D’autres militants seront, eux, expulsés de Suisse et arrêtés en France. (Cf. http://seenthis.net/messages/60360) Au sein des exilés, Lavalette est considéré comme un traitre. Il devient proscrit parmi les proscrits.
Des bagarres éclatent entre exilés. Lavalette se bat à plusieurs reprises. Il est attaqué et laissé en sang sur le pavé par un exilé qui le traite de « mouchard ». Lavalette s’en sort et lui intente un procès, qu’il perd, des témoins évoquant son mauvais caractère et son agressivité. Dans le milieu des exilés, certains parlent de « se débarrasser de lui ». En mai 1874, il est grièvement brûlé. Son état semble désespéré. Vengeance ou conséquence de son métier de gazier ?
Pendant toutes ses années d’exil, il vit dans une grande misère avec sa compagne, Anna, et leurs deux enfants. Début 1872, il a une liaison avec Mina Pucinelli, une flamboyante communarde qui fait des conférences à travers l’Europe et mourra bientôt aux côtés des républicains espagnols. En février 1873, le fils de Lavalette est baptisé civilement au vin blanc dans le Temple unique, où se réunissent internationaux et francs-maçons. On le nomme Louis, Michel.
En 1879, une amnistie partielle des communards est votée. Elle deviendra totale en 1880. Lavalette, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par un tribunal militaire, obtient sa grâce en mai 1879. Il peut enfin rentrer à Paris avec sa famille.
Dans les années 1880, on le retrouve parmi les militants qui s’inspirent d’Auguste Blanqui décédé en 1881. Il est cependant toujours considéré comme un informateur de la police et dénoncé à plusieurs reprises. En juin 1881, lors de l’enterrement au Père Lachaise de la femme d’Emile Eudes, un autre communard exilé à Genève, Lavalette est traité de « mouchard » par le journaliste Henri Rochefort. Il publie un démenti dans un journal. Mais une vingtaine d’exilés de Genève font à leur tour paraître une dénonciation commune. Il tente de s’expliquer dans une réunion qu’il convoque au mois de juin. Son étiquette de « mouchard » ne le quittera cependant pas. En mars 1884, il essayera encore de se justifier au cours d’une réunion anarchiste. On le voit par la suite défendre publiquement la mémoire de la Commune, comme en 1885 où il préside une commémoration du 18 mars.
Le 5 janvier 1905, lors de son enterrement, une couronne est offerte par une organisation blanquiste, le Parti socialiste révolutionnaire du 7e arrondissement. Les obsèques sont suivies par quelques quatre-vingts personnes… dont plusieurs informateurs de la préfecture de police qui envoient des télégrammes pour indiquer que le cortège ne donne pas lieu à des débordements révolutionnaires.
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