9 février 2012 : 28 ans, cela suffit !
Libération immédiate
pour Georges Abdallah !
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Le SIA32/CNT-AIT demande la libération immédiate du détenu politique Georges Ibrahim Abdallah, en prison depuis 28 années. Cette détention arbitraire au regard même des délais de peine du droit bourgeois illustre à notre sens trois permanences de la pseudo-justice d’Etat :
–— Le premier est la Raison d’Etat qui prime toute considération légale ou juridique, avec cette duplicité de l’Etat à la fois source du droit et premier à le dénier. Pour le cas qui nous intéresse, quel marchandage géopolitique est donc à l’oeuvre pour qu’on retienne un détenu au-delà des peines requises par la Loi ?
–— Le deuxième est l’inégalité de traitement entre les personnes convaincues de crimes, traitées de manière très différentes. Ici un combattant d’une cause, issu d’un peuple maltraité, qui dirige une opération militaire contre des militaires il y a 28 ans (ce qui est compréhensible dans le contexte historique), là, des policiers français qui tuent neuf personnes au métro Charonne, des civils, sans aucune enquête, il y a 50 ans. La Cinquième République, éternelle jocrisse, nous apparaît sous son vrai visage, un masque de Goya grimaçant de la haine coloniale.
–— Le troisième élément, qui semble une permanence dans les régimes de pseudo-démocratie représentative, c’est le refus de libérer un prisonnier politique qui ne se repent pas, qui ne s’incline pas pour implorer la clémence. L’Etat libére toujours avant-terme les collaborateurs (Papon), les fascistes de l’OAS, ou plus simplement des opportunistes de droit commun, mais il ne libère jamais spontanément les combattants qui l’ont bravé. Et M. Abdallah, si nous ne partageons pas ses convictions, est de toute évidence de ceux-là, il faut le reconnaître.
Nous ne sommes pas nationalistes, ni léninistes, ni partisans d’un avant-gardisme prompt à des alliances dangereuses. Nous sommes par contre des opposants résolus de l’Etat, de ses prisons, et les fermes dénonciateurs de l’hypocrisie de la République bourgeoise, toujours colonialiste et inhumaine, toujours affairée à corseter la liberté. Pour ces raisons, nous demandons la libération de Georges Abdallah, sans défendre les moyens qu’il choisit un jour pour mener le combat.
Puissent les vers du poète-synecdoque de son peuple lui apporter un peu d’espoir...
J’ai un visage qui tente de me voir.
Geôlier ! Geôlier !
J’ai un visage que je tente de voir,
Mais ils sont rentrés à Jaffa et je ne suis pas rentré.
Je suis l’adversaire du poème,
L’adversaire de ce littoral qui s’étend de ma plaie
Aux pages des journaux.
Les sans-parti se sont multipliés, sinon les gris,
Et l’oranger a dit : Je ne prends pas parti et je suis grisaille.
La plaie a dit : Quelle est l’origine des doctrines ?
Et j’ai dit : L’origine est que tu demeures et que je marche en toi pour t’abolir...
Mahmoud Darwich (extrait de « Telle est son image, et voici le suicide de l’amant »)