• L’obsolescence contrariée de notre système #politique
    http://blog.monolecte.fr/post/2014/03/25/lobsolescence-contrariee-de-notre-systeme-politique

    La figure paternaliste de l’homme providentiel, du chef, du sauveur, de celui qui sait est totalement dépassée dans une société où le niveau général d’éducation et d’information n’a jamais été aussi élevé. On continue à brandir une professionnalisation politique comme…Lire la suite →

    #Pol-éthique #citoyen #confiscation_démocratique #élection #ruralité #société

    • Nul super héros ne viendra nous sauver. Face à la complexité du monde, les hommes providentiels ne nous aideront pas à le comprendre, à le gérer, à le maîtriser. Les chefs et l’autorité ne sont pas partout la solution. Mais les processus, les rituels et les règles que nous mettons en place pour les remplacer le sont encore moins.

      Peut-être alors, comme le dit Paul Ariès dans son dernier livre, Nos rêves ne tiennent pas dans les urnes, il nous faut nous défaire de l’imaginaire de la sujétion. “L’appauvrissement des uns constitue la condition même de l’enrichissement des autres, les dirigeants n’ont pas simplement plus de pouvoir que les dirigés, ils existent de par leur dépossession : dans une entreprise, le manager ne peut se penser et se vivre comme tout-puissant que si l’équipier est pensé et vécu lui-même, parallèlement comme impuissant ; de même dans une collectivité, l’élu ne se vit comme tout-puissant que si l’électeur est pensé comme impuissant. Le pouvoir des uns a toujours pour corollaire l’impouvoir des autres.”

      Certes, l’intelligence collective, réticulaire, rhizomique, acentrée, décentrée, distribuée… n’a pas encore fait toute la démonstration de sa puissance. Ce n’est pas pour autant que nous devons y renoncer. La confiance, la coopération, l’autonomie et la liberté sont les seuls remèdes à notre “impouvoir”. http://www.internetactu.net/2014/03/18/ce-que-linternet-na-pas-reussi-34-distribuer-lautorite

    • On nous vend la légitimité à priori des candidats (généralement inféodés à un parti) en appuyant sur leur expertise supposée sur les questions de gestion de la vie municipale. Ainsi les élus sortants se définissent comme « ceux qui savent », qui « connaissent les dossiers », qui comprennent « comment ça marche » et surtout « comment ça doit marcher ». À contrario de la démarche citoyenne ou participative, qui va être « une perte de temps » parce que les gens « n’y comprennent rien » et qu’il vaut mieux laisser la bonne gestion des affaires à ceux qui savent. C’est aussi une manière efficace de verrouiller le profil des prétendants au trône. Et de prôner la professionnalisation de la vie politique, ce qui s’essuie largement les pompes sur le concept à priori central de représentativité de la population. Et d’où le fait que les chômeurs, les ouvriers, etc. sont totalement exclus du paysage politique, y compris dans les niveaux le plus bas de la décision politique.

    • Tout système a tendance à s’autoreproduire. Si tu es élu ou notable ou nanti dans un contexte quelconque, cela signifie bien que la manière dont les choses se passent en général t’est profitable à toi en particulier. Donc non, pas grand-chose à attendre de l’intérieur. Les banquiers ne vont pas rendre leurs bonus par bonté d’âme, les patrons ne vont pas sacrifier leur niveau de vie pour rendre moins intolérable la condition de leurs salariés, les hommes politiques ne vont pas saborder une organisation sociale qu’ils ont efficacement verrouillée dans l’entre-soi pour quelque chose d’aussi peu ragoûtant qu’une démocratie organique et très peu de bourgeois ont l’intention de se transformer en rentiers du RSA pour garantir à chaque humain un revenu décent dans le respect de notre biosphère !

      Donc oui, il faut une grosse pression extérieure, une volonté d’évolution politique et sociale du plus grand nombre, une aspiration à un renouvèlement du contrat social.
      Le problème, c’est que pour se maintenir en place malgré le mécontentement croissant, les dominants ont déployé toute une batterie de contrefeux qui vont de la manipulation d’opinion par les médias, jusqu’à des alliances affairistes honteuses entre les puissances de l’argent et celle du pouvoir politique. Il faut voir avec quelle régularité on monte les Smicards contre les RSAstes, les petits beurs contre les Roms, les vieux contre les jeunes, avec quelle constance on méprise les référendums : que c’est sale et désordonné, tous ces peuples qui prétendent encore donner leur avis.

      Donc, oui, faute de la possibilité d’accéder aux leviers décisionnaires sans cooptation de classe et formatage la pensée, je ne pense pas que l’on puisse couper au renversement des classes dominantes pour tenter de mettre en place un nouveau paradigme démocratique, tout en sachant que le capitalisme dans la pleine puissance de sa monstruosité est en train de jouer la carte de son bras armé : le fascisme.

    • Le problème avec la révolution je crois c’est que, vu l’état de l’opinion (dominée par les postures les plus passéistes et réactionnaires), elle sera vécue comme un changement par l’extérieur, et le peuple fera bloc contre elle.
      On n’a pas fini d’assister à la désagrégation sociale (la dissociété décrite par J.Généreux, où l’irresponsabilité des administrés décrite par JP Delevoye n’a d’égale que celle de nos représentants plus ou moins élus souvent relevée ici).

      « La confiance, la coopération, l’autonomie et la liberté » dont parle Hubert Guillaud, dans beaucoup d’endroits ça ressemble encore trop à des concepts de « bobos » et pour le moment la droite sauce TF1 a quand même bien réussi à monter les couches populaires contre tout ça. Toutes les conditions sont réunies il me semble pour que la chouannerie contre-révolutionnaire bloque toute velléité trop progressiste, non ?

      Cette mutation doit se faire sans doute en silence, par contagion, dans les faits, pour substituer à nouveau l’espérance à la désespérance, car si elle se fait de façon trop ostensible, comme on l’a vu lors du mariage pour tous, la France Réac décuplera son énergie pour tout coincer... Vous ne croyez pas ?

    • http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php?option=com_content&view=article&id=121:marx-et-la-democra

      Marx et Engels admiraient les démocraties anglaise et américaine décentralisées et non bureaucratiques, au point d’y voir la forme par excellence porteuse éventuellement d’une radicalisation politique. On les comprend ; les moments radicaux de l’histoire de la France depuis la Révolution avaient tous été suivis de restaurations peu démocratiques, l’Allemagne n’était, pour le moins qu’on puisse dire, qu’une démocratie de façade. Mais aujourd’hui, avec le recul du temps, on ne peut que constater que les démocraties anglaise et américaine n’ont rien donné qui puisse laisser espérer de leurs peuples une radicalisation visible quelconque. Loin d’avoir permis le développement de la conscience de classe (je ne dis pas des luttes sociales), cette forme de démocratie semble avoir été l’instrument parfait de sa dilution au profit d’autres formes de l’identité sociale, non dangereuses pour la domination du capital. Marx et Engels ne l’avaient pas imaginé. Nous avons le devoir de chercher aujourd’hui à l’expliquer.

      La démocratie anglo-américaine, et singulièrement celle des Etats Unis, constitue aujourd’hui le modèle avancé de ce que j’appelle « la démocratie de basse intensité ». Son fonctionnement est fondé sur une séparation totale entre la gestion de la vie politique, assise sur la pratique de la démocratie pluripartiste électorale, et celle de la vie économique, commandée par les lois de l’accumulation du capital. Qui plus est cette séparation n’est pas l’objet d’un questionnement radical, mais fait plutôt partie de ce qu’on appelle le consensus général. Or cette séparation annihile tout le potentiel révolutionnaire de la démocratie politique dans lequel Marx et Engels avaient placé beaucoup de leurs espoirs. Elle castre les institutions représentatives (parlements et autres), rendues impuissantes face au « marché » dont elles acceptent les diktats. Voter rouge, voter blanc ; cela n’a aucune importance puisque votre avenir ne dépend pas de votre choix électoral mais des aléas du marché.

      L’alternance – c’est à dire le changement des figures au gouvernement (mais non au pouvoir) appelées à faire toujours la même chose, (obéir au marché) a pris la place de l’alternative, c’est à dire du choix lucide entre des options et des perspectives sociétaires différentes. Tout ce qu’on a dit et écrit sur la double dilution de la citoyenneté et de la conscience de classe dans le spectacle de la comédie politique et la consommation de marchandises était contenu dans cette séparation politique/économique.( [1] )

      Cette dégradation de l’idée même de la démocratie, annihilant sa portée, constitue par excellence un phénomène complexe, que je n’aurai pas la prétention d’analyser ici dans toute son ampleur. Je partirai de l’idée banale que cette dégradation trouve ses racines dans les évolutions économiques et sociales, particulières et différentes d’un pays à l’autre, comme dans les héritages culturels et politiques façonnés par des histoires toujours singulières. J’en choisirai quelques unes qui me paraissent importantes et évidentes, et sur lesquels Marx et Engels avaient été peu loquaces. Mais j’ajouterai à ces éléments d’explication d’autres concernant le fonctionnement des institutions démocratiques en question, et de la manière par laquelle elles ont été mises au service du capital.

      Restera-t-il une possibilité de lutte de classes quand le consumérisme qui a plombé toute velléité de contestation de l’ordre établi se heurtera au mur indépassable de la pénurie et de l’environnement dégradé ?

      Deuxième observation : Marx et Engels considéraient que le fait que la société américaine se soit développée librement, sans souffrir des entraves héritées des antécédents féodaux, constituait leur avantage comparatif. J’aurais tendance aujourd’hui à remettre en question ce jugement trop unilatéral me semble-t-il en ce qui concerne les vertus du capitalisme. Ce système a été et est simultanément constructeur – à l’origine du plus prodigieux et du plus rapide développement des forces productives qu’on ait connu dans l’histoire – et destructeur de l’être humain par l’aliénation marchande. Au fur et à mesure de son développement la dimension destructrice de l’accumulation se renforce, au point d’être devenue aujourd’hui une menace réelle à la civilisation.( [2]

      Notre civilisation frise le coma éthylique et elle est en train de s’étouffer dans son vomi. La réalité risque de dépasser les plus déjantées des visions survivalistes.

      J’oserais donc, à partir de cette observation, expliquer l’une des différences qui paraît encore visible aujourd’hui entre la société et la culture américaines d’une part, celles de l’Europe d’autre part. Le fonctionnement et les intérêts du capital dominant aux Etats Unis et en Europe ne sont probablement pas aussi différents qu’on le suggère parfois (par l’opposition bien connue du « capitalisme anglo-saxon » et du « capitalisme rhénan »). La conjonction de leurs intérêts explique sans doute la solidité de la « triade » (Etats Unis-Europe-Japon) en dépit des conflits mercantiles – secondaires – qui peuvent les opposer les uns aux autres ici ou là. Mais les jugements de la société, les projets sociétaires qui hantent les esprits, même d’une manière implicite, sont passablement différents peut être. Aux Etats Unis la valeur liberté occupe seule tout le terrain sans que cela ne fasse problème. En Europe celle-ci est sans arrêt contrebalancée par un attachement à la valeur égalité avec laquelle elle doit composer.

      La société américaine méprise l’égalité. L’inégalité extrême n’est pas seulement tolérée, elle est prisée comme symbole de la « réussite » que la liberté promeut. Or liberté sans égalité égale sauvagerie. La violence sous toutes ses formes que cette idéologie unilatérale produit n’est pas le fruit du hasard et n’est en aucune manière un motif de radicalisation, bien au contraire. La culture dominante dans les sociétés européennes avait jusqu’à présent combiné avec moins de déséquilibre les valeurs de liberté et d’égalité ; cette combinaison constituait d’ailleurs le fondement du compromis historique de la social démocratie.

      Il reste que malheureusement l’évolution de l’Europe contemporaine tend à rapprocher la société et la culture de ce continent de celles des Etats Unis, érigées en modèles et objets d’une admiration peu critique envahissante.

      #it_has_begun

    • Un autre article qui dit mieux que moi ce que je voulais dire sur l’endogamie électorale : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-antoine/240314/le-caractere-aristocratique-des-elections

      Il ne suffirait ainsi de remplacer les gens actuellement au pouvoir pour que le système disparaisse. Or, ce n’est pas une question de personnes, mais une question d’institutions : ce sont les institutions qui prédéterminent les caractères les plus courants des personnes désignées pour gouverner (comme le dit Bernard Manin, « Parce que l’élection est un choix, elle comporte ainsi une dynamique interne qui fait obstacle à la désignation de citoyens semblables aux autres », in « Principe du Gouvernement représentatif » op. cit., p. 182). Évidemment, cela ne signifie pas que tous les élus sont dépourvus de vertu, mais que ceux qui sont vertueux ne peuvent être élus que de manière marginale, parce que l’élection est une compétition dans laquelle la vertu réelle n’est pas un atout (puisqu’elle n’est pas déterminable ; et la vertu peut se feindre), mais plutôt un handicap (pour être élu, il faut être prêt à jouer les jeux d’appareils, les trahisons et reniements). C’est en cela que l’élection n’est pas démocratique : il faut un titre particulier pour gouverner. La démocratie, elle, est « le pouvoir propre à ceux qui n’ont pas plus de titre à gouverner qu’à être gouvernés » (Jacques Rancière, « La haine de la démocratie », Éd. La Fabrique, 2005, p. 54).

    • Du coup, je suis retombée sur un ancien papier qui parle de l’autoreproduction normative dans l’entreprise et qui décrit le même processus de stagnation : http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/23/De-l-art-subtil-de-l-automystification

      Alors quoi ? Le monde de l’entreprise se serait-il peuplé que de gens sûrs d’eux, qui savent qui ils sont et qui savent comment se vendre ?
      J’ai un doute affreux, qui est devenu certitude, lui, depuis que j’ai rompu mon dernier lien avec ce « paradis artificiel ».
      Je crois plutôt qu’il n’y a de place que pour la reproduction du modèle unique et qu’en dehors de ceux qui sont pétris de certitudes, il doit y en avoir un bien plus grand nombre qui a appris à faire semblant. Des suffisants et des acteurs. Voilà ce à quoi la course à l’échalote du monde moderne nous a réduits. Sans jamais se poser la question de ce dont on se prive en écartant d’office tous les autres ; les timides, les rêveurs, les introvertis, les délicats, les émotifs, les sensibles, les hésitants, les changeants, les créatifs, ceux qui transgressent les normes, ceux qui pensent en dehors du cadre, ceux qui sont animés d’autres envies, ceux qui sont mus par d’autres élans.

      Non, on continue à reproduire la norme pour calmer sa peur de l’inconnu, pour se rassurer et se ré-assurer soi-même, s’auto-convaincre que l’on est le meilleur choix, la meilleure façon d’être, de penser, de fonctionner, de produire, de vivre.
      Des autosatisfaits, des camelots et des imitateurs.
      Avec le résultat que l’on connaît.

    • Et c’est parfaitement en lien aussi avec le papier de @iactu
      http://seenthis.net/messages/238092

      Pour Thomas Chamorro-Premuzic (@drtcp), professeur de psychologie des affaires à l’University College de Londres et cofondateur de Metaprofiling, la principale raison du déséquilibre des genres dans les fonctions de direction repose sur notre incapacité à distinguer la confiance de la #compétence, expliquait-il dans la Harvard Business Review. C’est-à-dire que nous avons tendance à interpréter les signes de confiance comme des signes de compétences. Le charisme et le charme sont souvent confondus avec le potentiel à diriger. De plus, nous avons tendance à élire comme chef des personnes égocentriques, narcissiques et qui ont une grande confiance en elles, des traits de personnalités qui seraient plus fréquents chez les hommes que les femmes. Freud soulignait déjà combien les disciples remplacent leurs propres tendances narcissiques par celles de leurs chefs, de sorte que leur amour pour le leader est une forme déguisée de l’amour-propre, ou un substitut à leur incapacité à s’aimer eux-mêmes.


  • Ce que l’internet n’a pas réussi (3/4) : distribuer l’autorité
    http://www.internetactu.net/2014/03/18/ce-que-linternet-na-pas-reussi-34-distribuer-lautorite

    Il y a un an, l’enquête Ipsos “France 2013 : les nouvelles fractures” faisait l’effet d’un coup de tonnerre médiatique, soulignant combien la crise avait exacerbé la tentation du repli national et le rejet du #politique. Le Monde titrait sur “les crispations alarmantes de la société française”. “Le poujadisme s’est enraciné en France”, estimait-elle. L’idéologie anti-autoritaire des années 60-70 a…

    #confiance #coopération #empowerment #management #Participation

    • Pour Thomas Chamorro-Premuzic (@drtcp), professeur de psychologie des affaires à l’University College de Londres et cofondateur de Metaprofiling, la principale raison du déséquilibre des genres dans les fonctions de direction repose sur notre incapacité à distinguer la confiance de la #compétence, expliquait-il dans la Harvard Business Review. C’est-à-dire que nous avons tendance à interpréter les signes de confiance comme des signes de compétences. Le charisme et le charme sont souvent confondus avec le potentiel à diriger. De plus, nous avons tendance à élire comme chef des personnes égocentriques, narcissiques et qui ont une grande confiance en elles, des traits de personnalités qui seraient plus fréquents chez les hommes que les femmes. Freud soulignait déjà combien les disciples remplacent leurs propres tendances narcissiques par celles de leurs chefs, de sorte que leur amour pour le leader est une forme déguisée de l’amour-propre, ou un substitut à leur incapacité à s’aimer eux-mêmes.

      #autorité


  • Pourquoi le procès du génocide rwandais se tient-il à Paris ? - Libération
    http://www.liberation.fr/societe/2014/03/14/pourquoi-le-proces-du-genocide-rwandais-se-tient-il-a-paris_987193
    Titre complètement inapproprié

    Le prévenu est rwandais. Les faits ont été commis au Rwanda. Les victimes sont rwandaises. Et il existe un Tribunal pénal international (TPI) ad hoc créé à Arusha (Tanzanie). Pourtant le procès de Pascal Simbikangwa, considéré comme l’un des responsables présumés du génocide rwandais, s’est tenu en France devant la cour d’assises de Paris, en vertu du principe de #compétence_universelle de la justice française pour des cas très particuliers. Le verdict est attendu ce vendredi soir.

    #compétence_universelle_conditionée


  • Polaroid : l’histoire d’un échec malgré les compétences pour réussir | Le Cercle Les Echos
    http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/management/organisation/221188371/polaroid-histoire-echec-malgre-competences-reu

    L’histoire de Polaroid

    Après avoir connu un succès considérable dans la photographie à développement instantané, Polaroid a déposé le bilan au début des années 2000. On attribue souvent la faillite de Polaroid au fait qu’elle aurait « raté le virage du numérique ». Pourtant, ce n’est pas le cas…

    Dès 1981, Polaroid investit massivement dans ce domaine. L’entreprise se focalise sur deux projets majeurs : Printer in the Field (un appareil numérique permettant une impression instantanée des photos) et Helios (un système de radiologie numérique destiné à remplacer les rayons X). À la fin des années 1980, Polaroid a développé de vraies compétences dans le numérique.

    En 1992, l’entreprise abandonne le projet Printer in the Field. Ses ingénieurs mettent alors au point un appareil photo numérique plus performant et meilleur marché que ceux de la concurrence. Contre toute attente, la Direction générale met son veto à sa commercialisation ! Elle valide Helios… mais c’est un échec cuisant.

    Il faut attendre 1996 pour que Polaroid finisse par commercialiser un appareil photo numérique. Il y a alors plus de 40 concurrents sur le marché et le succès est très limité. À la fin des années 1990, Polaroid n’a plus aucun avantage concurrentiel dans le numérique. La décision est prise de sous-traiter la production d’appareils photo à un concurrent japonais…

    L’influence des croyances sur les décisions des dirigeants

    Que s’est-il passé ? Comment expliquer que Polaroid ait développé de fortes compétences dans le numérique… avant de finir par échouer ? Comme l’a montré Giovanni Gavetti, la réponse à cette question réside dans les deux croyances que les dirigeants de l’entreprise ont progressivement développées :

    • La croyance selon laquelle les avancées technologiques sont la clef du succès ;

    • La croyance selon laquelle on gagne de l’argent sur les consommables et non sur le matériel (le fameux modèle « lames de rasoir »…).

    La première croyance explique pourquoi Polaroid a aussi rapidement investi dans le numérique. Elle a permis à l’entreprise de distancer ses concurrents dès le début des années 1980. La seconde croyance explique pourquoi Polaroid a concentré ses efforts sur les projets Printer In the Field et Helios. Elle explique également pourquoi les dirigeants de Polaroid ont autant tardé à lancer un appareil photo numérique dépourvu d’imprimante. Alors que l’impression instantanée (et donc la vente de consommables très lucratifs…) est au cœur des projets Printer In the Field et Helios, elle est absente des appareils photo numériques qui vont finir par s’imposer…

    Les enseignements de l’histoire de Polaroid

    En bref, l’échec de Polaroid s’explique essentiellement par le fait que ses dirigeants ont refusé d’abandonner le modèle « lames de rasoir ». Alors que ce modèle avait fait le succès de l’entreprise dans la photographie à développement instantané, il n’était plus adapté à la photographie numérique. Paradoxalement, ce sont souvent les croyances qui ont contribué au succès d’une entreprise qui finissent par causer sa perte !

    L’influence des #croyances sur les #décisions des #dirigeants
    #entreprises
    #marchés
    #Polaroïd
    #compétences


  • #Jordanie : l’#éducation_en_ligne permet de tirer partie des #compétences des #réfugiés

    Amman, le 31 octobre 2013 – Tandis que la guerre en #Syrie attaque son trentième mois, sans aucun signe d’arrêt en vue, la réponse du Service Jésuite des Réfugiés continue d’évoluer : elle passe de l’assistance d’urgence à un renforcement des services dans le long terme. Le nombre des Syriens réfugiés en Jordanie atteint désormais 500.000, et la préparation des communautés réfugiées en vue de l’avenir est devenue une priorité.

    L’idée d’offrir aux réfugiés la possibilité de suivre l’éducation en ligne semblait une utopie. Mais le premier groupe d’étudiants réfugiés qui a obtenu un diplôme au Kenya et au Malawi a beaucoup fait pour améliorer les services offerts en Jordanie. Il est désormais clair que la nourriture et l’hébergement seuls ne suffiront pas à assurer l’avenir des réfugiés.

    http://fr.jrs.net/campagne_detail?PTN=PROMO-20120718025148&TN=PROJECT-20131031035124

    #éducation #école #asile


  • Le principe de Peter est toujours souvent assez actif cependant - AgoraVox le média citoyen
    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-principe-de-peter-est-toujours-141713

    Le livre de Laurence J. Peter et Raymond Hull a été publié en 1969 (et traduit en français en 1970). Il a donc plus de quarante ans, mais il reste d’une actualité brûlante.

    Le principe est étonnamment simple : « Tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence » [1]

     Parfois, certaines victimes du principe en viennent à se brûler la cervelle. Ainsi, au Japon. La tradition de « la mort volontaire » ou « hara-kiri » y est fort ancienne. Mais un phénomène de « mort au travail » y est apparu récemment. Elle a été baptisée « karochi » en japonais, mais elle est nommée « burn-out » par les anglo-saxons ; « brûlure de l’idéal » par des universitaires français[ii] ; et « syndrome d’épuisement professionnel » par des spécialistes de la santé.

    Cependant, le plus souvent, comme l’avait d’ailleurs remarqué Laurence J. Peter, beaucoup de « promus » semblent rester en bonne santé après avoir atteint (et parfois allègrement dépassé) leur niveau d’incompétence. Ils s’organisent au sein des entreprises. Ils imaginent des « process » à faire suivre à leurs subordonnés. Ils vont parfois jusqu’à mettre en place des « process de promotion des ressources humaines par reconnaissance des connivences » . Ainsi, les « promus » préserveront leur fausse conscience et n’auront jamais la mauvaise conscience d’avoir atteint leur niveau d’incompétence . On pourrait tout aussi bien intituler cet article : Psychologie des promotions (et promotion de la psychologie).

     

    Le terme de promotion[iii] s’emploie dans le commerce, d’une part ; et d’autre part, dans les hiérarchies, militaires ou non.

    Les phénomènes sont un peu différents, certes, mais ils se ressemblent par certains aspects. D’abord, la périodicité. Avec le printemps ou l’automne, arrive le temps des promotions voire des soldes.

    L’autre ressemblance qui vient immédiatement à l’esprit, c’est le caractère passionnel.

    On sait à quelles extrémités peuvent être amenés les adeptes des ventes promotionnelles et des soldes. Ils peuvent passer des journées à étudier des prospectus commerciaux et se ruer par milliers dans des magasins, parfois en s’embusquant dès le milieu de la nuit devant la vitrine encore close.

    Les adeptes des promotions hiérarchiques ne sont pas en reste. Les conversations, les silences réprobateurs et les ressentiments divers se déchaînent dès l’annonce d’une vague de promotion et reprennent dès que les résultats sont publiés.

    Ces « commentaires » ne sont pas réservés au seules « promotions canapé ». Après tout, les personnes qui y réussissent démontrent une compétence particulière, une manière de savoir-être si ce n’est une façon de savoir-vivre et de savoir survivre en entreprise.

    #principe_de_Peter
    #Compétences


  • Quarante CV de Roms mis en ligne pour attirer les employeurs

    En décembre dernier, Rue89 avait fait le porte-monnaie de Dragomir, un Rom de 25 ans installé dans le bidonville de Ris-Orangis. C’est Sébastien Thiéry, de l’association Perou, qui nous avait conduit sur ce terrain boueux pour rencontrer ses habitants.

    Peu après la circulaire Valls censée assouplir les conditions d’embauche des Roumains et Bulgares, Dragomir travaillait toujours au noir, selon les missions qu’on voulait bien lui confier : de la ferraille, de la vente de journaux, de la peinture.

    Mercredi, l’association Perou a mis en ligne 40 curriculum vitae de Roms chassés de Ris-Orangis et installés depuis sur un terrain de Grigny (Essonne) :

    « Quarante pages recto, en noir et blanc, aisément reproductibles et conçues pour se représenter auprès d’un tiers, et signer enfin un contrat de travail. Autant de récits de vie rassemblés sur un site dédié et témoignant du désir de ces citoyens européens de vivre et travailler parmi nous. »

    Le photographe #Jean-François_Joly a tiré le portrait à chacun, représenté au-dessus de son parcours et de ses #compétences.

    http://www.rue89.com/sites/news/files/styles/asset_img_full/public/assets/image/2013/08/9569978310_924e802c0a_o_0.png

    http://www.rue89.com/2013/08/22/quarante-cv-roms-mis-ligne-attirer-les-employeurs-245118

    #photo #CV #emploi #travail #discrimination #Roms #photographie

    cc @albertocampiphoto


  • Aujourd’hui, des millions d’utilisateurs innocents sous-traitent leur présence en ligne à des gros industriels du #cloud comme Google ou Facebook. Cela, au détriment de leur vie privée et au prix d’une complète perte de contrôle de leurs propres données. L’alternative libre est évidemment l’auto-hébergement, avoir un jeu d’applications qui mettent en œuvre cette présence en ligne, sur une machine qu’on contrôle. Mais tout le monde n’a pas forcément la compétence, ou tout simplement le temps ou l’envie, pour gérer cette machine et ces applications. N’est-il pas temps de développer un système tout fait pour cela ?

    http://www.bortzmeyer.org/presence-en-ligne.html

    #vie_privée

    • Il n’y a pas que l’alternative « tout chez big brother » ou « tout chez soi » ; une réponse coopérative serait sans doute plus adaptée. Ce n’est pas facile, il faut accepter de s’associer avec d’autres, faire circuler des ressources, prendre le risque de ne pas être d’accord…

      #cccp #portabilité_des_données #alternc #debian

      EDIT : j’ajoute que certains services qui semblent difficiles à gérer sont en fait faciles, et inversement. Le mail par exemple tourne rapidement au cauchemar quand il s’agit de lutte anti-spam (réception), de réputation de son IP (pour l’envoi), de gros volumes (stockage).

    • C’est un sujet sur lequel je me suis un peu penché. J’ai d’ailleurs personnellement commencé à m’extraire du giron de Google/Facebook... Je ne maîtrise pas encore tous les aspects, mais progressivement les plus essentiels migrent : messagerie électronique avec webmail (postfix + roundcube), blog (wordpress), stockage (owncloud).

      Côté sécurité, toutes les données hébergées ne sont pas à vocation purement privée : par exemple, les messages du blog/site, les photos que l’on aurait hébergées sur Flickr, les vidéos de son chat sur Youtube...

      Le chiffrement peut permettre de stocker des données chez un hébergeur tiers qui fournit du Cloud, mais pose problème pour l’échange de données. On aborde d’ailleurs une forme de DRM avec diffusion de clé.

      Le cercle familial/amical est un bon espace de partage au sein duquel on peut imaginer facilement la mise en commun de ressources pour de l’auto-hébergement. J’emploie volontairement le terme de cercle car c’est une approche que je trouve judicieuse dans la définition d’un scope de partage.

      Et si on parle de mutualisation de moyens, il faut être sensible à des technologies de type dé-duplication qui peuvent réduire la volumétrie.

      Bref, je suis du métier et faire la glu entre tous les composants peut s’avérer complexe. Alors, je rejoins pleinement @Stéphane sur l’aspect simplicité pour que Mme. Michu puis s’auto-héberger ;)

    • c’est pourquoi je parle plus volontiers de #coopérative que d’association : si chacun traite indépendamment une partie du problème et que ça bénéficie à l’ensemble des autres, on gagne du #temps — si on passe son temps à se contredire et à se marcher sur les pieds, non…

    • Il manque à mon sens, une ligne « comment sauvegarder son nuage » avec une suggestion de solution > il n’y en a pas de simples hélas...
      J’étudie à l’instant même Kolab. Même s’il ne suffit que d’un « apt-get » pour tout installer (une fois le bon dépôt configuré), euh... ensuite... pour tout configurer par l’interface web... il faut quelques connaissances... peu répandues.
      Et je n’évoque même pas les soucis de sécurité, et de failles de sécurité. Joomla 1.5 a été déployé sur des milliers de sites, par des non-professionnels qui ne pensaient pas que ça pouvait faire l’objet de tant de soucis... et qu’il était impératif de mettre à jour vers une version récente du CMS...
      D’où le côté incontournable des solutions « toutes en un », maintenance y-compris.
      On en arrive alors à des réflexions sur le coopératif.

    • Bonjour, j’ai eu l’occasion de discuter récemment avec le créateur d’une start up française (très récente) qui veut selon ce que je comprend répondre à cette question. Je n’ai pas les compétences techniques pour juger si leurs solutions répondent en partie ou complétement à l’enjeu que vous soulevez, mais... peut-être à suivre ! :
      https://www.cozycloud.cc
      j’aime assez leurs textes de blog : http://blog.cozycloud.cc

    • @geodelc : je trouve aussi le projet intéressant. Par contre, je ne sais pas quels sont les retours sur la sécurité de Node.js sur lequel semble s’appuyer le produit. Ce n’est pas un début de troll, mais les nouvelles technologies n’ont pas toujours eu le temps de subir les assauts des vilains pirates (surface d’attaque trop faible). En même temps, Node.js est quand même pas mal utilisé, donc à tester dans une VM...
      Merci pour le lien.

    • Les sauvegardes « cloud » ne me plaisent pas des masses : perte de contrôle, confidentialité à géométrie variable, incertitude sur pérennité des données.
      En ce moment, je cherche une solution locale type NAS RAID1 pour bétonner au moins mes données contre des défaillances de HDD. Mais je pense qu’il me faudrait ajouter un HDD externe d’ultra-sauvegarde qui aurait pour vocation d’être mis à jour une ou deux fois par mois et serait stocké chez un tiers de confiance, le reste du temps.
      Là, je pense que mes données commenceraient à moins craindre.

    • ya des vm en pre-build version qui font +ou- ça seulement niveau maintenance faut compter seulement sur toi...un truc totalement automatisé est utopiste (1 seul exemple : passer de lenny à squeeze ne se fait pas comme ça). Ou alors faut externaliser les données pour ne mettre à jour que le systeme mais là on en revient à faire du cloud :)

    • @monolecte : Quelle est la volumétrie des données que tu considères comme critique ? Certains pensent que leurs photos de vacances ne doivent pas être sauvegardées (pour bon nombre, ils changent d’avis quand leur disque lâche). Pour les petites volumétries, on peut imaginer une sorte de RAID sur différents fournisseurs de Cloud qui ne stockent que des données préalablement chiffrées. Plus il y a de fournisseurs, plus tu as de volumétrie ou de redondance. C’est un peu ce que fait symform (http://www.symform.com/our-solutions/key-features) sur les NAS de ses utilisateurs. Ensuite, il faut identifier le niveau de sécurité de chaque type de données pour appliquer la politique de sauvegarde idoine : les données qui ne bougent pas (photos déjà post-traitées, par exemple) peuvent être simplement archivées (éventuellement en plusieurs copies) à intervalle régulier et déposée chez un tiers de confiance à l’occasion d’un apéro, comme tu le suggères.

      @tester1 : en fait, je pense qu’il faut garder comme axiome une séparation des données et de l’application/OS. En gros, tes données données doivent résider sur un espace qui n’est pas dépendant de l’application (filesystem dédié local ou distant, voire dans le nuage). Comme ça, lors de ta mise à jour, le risque sur tes données est plus faible : genre tu démontes le FS avant la mise à jour.

    • Le filesystem est secondaire : si tu « merdes » pour x raison et que le l’OS ne reboot pas, tes données sur patoche seront elles-aussi compromises. Pour assurer le coup il faudrait stocker les données/fichiers-de-config sur un second disque (un tiers de confiance revient à faire du cloud chez un autre prestataire...autant rester sur facebook & co) pour ne mettre à jour « que » l’image (mieux vaut dès le départ taper dans des mini distro hein :) ).

      Bref faut investir quoi et s’y connaitre un minimum malgré tout...sans parler du coup inhérent à l’électricité, bande passante, machine dédiée (sinon ta ram et ton cpu en prennent un sacré coup dans la gueule -les gamers risquent de ne pas trop appécier-, etc etc).

    • Ouais enfin sauf que l’objet de la discussion c’était justement d’avoir des outils tout-fait pour le grand public, sans mettre les mains dans le cambouis MAIS pas sous windows uniquement et en libre. Si on part du principe que d’office ce n’est que sous windows et en propriétaire qu’on peut avoir des outils simples à utiliser pour tous, on va pas aller loin...

    • @tester1 : Disons que tu as normalement possibilité de booter en mode rescue (depuis un CD ou une clé USB) pour accéder à ta partition. Je suppose que tu ne réinstalles pas dès que ça « merde » ;) Mais oui, il faut investir du temps et c’est bien là le sujet lancé par @stephane : qui a (dans l’ordre) le #temps, l’ #envie et la #compétence pour créer un produit simple, plein des fonctionnalités qu’attend Mme. Michu et qui fonctionne en auto-hébergement.

      @monolecte : bon, bah ça va alors. Chez un fournisseur du type de hubic (sans publicité de ma part), tu as un stockage pseudo-illimité (maxi 100To) pour 120€/an. Tout dépend de la valeur que tu attribues à tes données... D’ailleurs, hubic est basé sur de l’OpenStack et il est prévu que l’API soit ouverte, donc les fans de cambouis pourront se tâcher.

      @tester1 : quels « trucs tout-fait sous window » ?

    • dans le cahier des charges il est aussi stipulé que l’usine à gaz ne devrait souffrir d’aucun bug...donc demander à madame michu de faire de la récup de données en cas de pépin est d’une part contraire à ce qui est demandé et d’autre part légèrement « risqué » compte tenu du niveau des personnes ciblées.

      Non franchement, gérer des serveurs n’a rien à voir avec du desktop...rien que pour cibler la machine il faut un domaine qui renvoie vers l’ip fixe/dynamique du gus et rien que pour envoyer des mail sur des serveurs comme gmail & co il faut des enregistrements dns spécifiques qui nécessitent des compétences avancées, etc etc.

      non désolé mais c’est foireux ce projet...

    • @tester Comme moi, justement, je fais de l’auto-hébergement à la main, je sais que cettte histoire d’enregistrements DNS spécifiques (lesquels ?) pour envoyer du courrier à Gmail est bidon. Cela n’empêche pas que gérer un serveur soit compliqué (cf. @Fil). Mais, justement, cela peut s’automatiser. L’absence d’argument (à part que Mme Michu est conne et le projet foireux) ne va pas aider à discuter.

    • « Bidon » ça dépend ce dont tu parles : moi je pars du principe que l’emission se fait à partir de son propre serveur mail (CAD sans passer par le smtp du fai) et dans ce cas gmail comme beaucoup d’autre demande d’abord à ce que l’émetteur posséde une ip fixe + des enregistrements dns de nature à identifier le serveur (dkim, spf etc) faute de quoi tes mails attérissent tous, dans le meilleur des cas, dans le dossier spam quand ils sont pas purement et simplement rejeté...

      Pour le reste je me fais + l’avocat du diable qu’autre chose ;)

    • @stephane : merci pour le lien vers l’article d’@Fil. En effet, et c’était le sens d’un morceau d’un de mes commentaires, aujourd’hui l’auto-hébergement va s’orienter vers des solutions pour des cercles familiaux/amicaux/associatifs, bref des gens qui connaissent un ou plusieurs barbus qui fournissent un présence en ligne et gestion de données personnelles.

      Pour ma part, je me suis lancé dans l’idée de fournir à mon cercle familial un système de sauvegarde en ligne sur les serveurs d’une société tierce qui me garantit un taux élevé de disponibilité des données contre quelques euros par mois. C’est d’ailleurs un aspect qu’il ne faut pas négliger : la qualité de service a un prix, mais il est distribué sur l’ensemble de la communauté qui utilise les ressources.

      @tester1 : chez Gmail, ils aiment bien qu’on ait implémenté DMARC (SPF + DKIM). Cela permet de mieux passer le filtrage, mais ce n’est pas obligatoire. D’ailleurs, tant SPF que DKIM sont simples à implémenter. Là où ça se complique c’est si on veut signer ses enregistrements avec DNSSEC...

    • Dans l’article de jbfavre (effectivement très clair), il manque à mon sens une notion : celle d’une portabilité (minimale) des données. Dès lors si un admin troll s’empare du serveur de mon asso pour y installer la version 3.14 de apache-ssl alors que je jure que par la version 3.13, je pourrai sans difficulté (et, dans l’idéal, d’un clic) transférer mes données vers le serveur de l’asso voisine, qui elle a bien compris que la 3.13 était mieux.

    • rsync over ssh suffirait largement à tous les besoins, surtout en considérant SMTP comme mort.

      Et cela permettrait incidemment de se débarrasser des trucs de noubz genre p2p, et d’ambitionnner, enfin, un InternetFS citoyen.

      Maintenant, je l’avoue, pour mon vieux papa qui comprend rien j’ai mis du Synology d’entrée de gamme @home : ça fait tout, bien, et c’est même pas trop propriétaire.

    • @stephane : et le serveur est chez toi (sous-entendu ton fai perso) ou sur un dédié ? Parce qu’ils ont des bases pour identifier/sélectionner les ip...bon après ya une histoire de whitelist mais au départ t’es blacklisté pour répondre à des critères d’exigences...sinon c’est spam à gogo ;)

    • Mince, exactement l’article que je voulais écrire (ce qui est assez rassurant !).

      Plus sérieusement, c’est effectivement exactement ce qui me semble être la bonne solution. C’est important de rendre tout ça simple, donc oui pourquoi pas une image « disque », et comme déjà dit une WebUI qui permette l’administration, la navigation, etc dans l’ensemble.
      Idéalement, je pense que l’on gagnerait même en une interface qui soit la plus KISS possible et qui propose une sorte d’API rudimentaire. Ainsi, nombre de solutions existantes pourraient venir se plugger dessus d’elles-même. Ça permettrait de pouvoir choisir le service que l’on souhaite parmi plusieurs alternatives (ce qui me semble être un gros point faible d’OwnCloud qui finalement réenferme l’utilisateur dans des choix qui n’ont pas été les siens (pas du tout dans les même proportions que Google bien entendu, et surtout pas avec les mêmes intentions)). YunoHost est à ce titre très intéressant comme projet !

      Sinon, à titre personnel j’expérimente l’auto-hébergement sur mon Raspberry Pi (et justement j’ai codé en quelques lignes un genre de portail web rudimentaire (et adapté à mes besoins) pour unifier le tout). Voilà ce qui tourne H24 depuis quelques mois maintenant :
      – Un webmail : Roundcube (mais c’est pas terrible, c’est lourd et ça manque de fonctions essentielles. C’est là qu’on voit que Gmail est très puissant... Je vais essayer SquirrelMailhttp://squirrelmail.org ). Mon serveur mail reste pour le moment chez OVH (novice en linux, j’ai pas encore osé me lancer... j’attends un article de @stephane ;).
      – Un lecteur RSS : Tiny Tiny RSS (excellent et très puissant : filtres automatiques, labels, application mobile, plugins, etc. je conseille vivement !) → http://tt-rss.org
      – Un agenda : AgenDAV pour l’accès web (RAS, très bon → http://agendav.org ) couplé au moteur de calendrier DAViCal (la référence, super, je l’ai oublié ! Il gère aussi les carnets d’adresse, mais pas encore testé → http://www.davical.org ).
      – Un gestionnaire de photos : PhotoShow (très bien, fonctionne sans base de données, uniquement via l’arborescence des répertoires/fichiers ce qui est pratique pour envoyer automatiquement des photos depuis android par exemple) → http://www.photoshow-gallery.com
      – Un blog : PluXML (pas de bdd, uniquement un jeu de fichiers XML) → http://www.pluxml.org
      – Un serveur XMPP : Prosody (RAS jusqu’à maintenant...) → http://prosody.im
      – Un serveur SMB pour les fichiers (pratique...)
      – Bien sûr un serveur web : lighttpd (super ! → http://www.lighttpd.net ) avec PHP évidemment.
      – et avec un analyseur de statistiques via les logs de lighttpd : awstats (dont je me sert pas vraiment mais qui est complet et qui évite d’ennuyer les visiteurs avec du javascript...) → http://awstats.sourceforge.net
      – Un SGBD : PostgreSQL
      – Bittorent avec transmission (avec des applications desktop, mobile ou WebUI pour le gérer à distance : génial → http://www.transmissionbt.com/resources ).
      – Un serveur pour lire ma musique : MPD (extra...) → http://fr.wikipedia.org/wiki/Music_Player_Daemon
      – Un serveur VPN : OpenVPN (je fais pas toujours confiance aux hotspots wifi auxquels je me connecte occasionnellement (ni à la 3G...), ça me rassure un peu) → http://shadowblog.fr/7-vpn-sur-raspberry-pi
      – Un serveur son sur lequel je stream le son de mon PC : PulseAudio/Alsa.
      – Et cron qui me sert de réveil matin en lançant France Culture ;-)
      – J’ai même branché une imprimante thermique (sans encre) pour imprimer des notifications (emails, twitter, etc.) sur des tickets de caisse... → https://www.adafruit.com/products/597

      Le tout est sauvegardé via rsync sur une partition différente (du même disque...) toutes les nuits. Il faut soit que j’ajoute un disque soit que j’envoie sur Hubic (par exemple) après chiffrement.

      Je n’y aurais jamais cru mais tout ça tourne sans difficultés et en simultané, sur un simple Raspberry. Je sais pas si je peux le pousser encore mais pour le moment la seule limite que j’observe est bien entendu ma maigre bande passante sur simple aDSL (et donc surtout en up)...

      Plus généralement, ce que j’observe c’est que c’est effectivement incroyablement chronophage ! Ensuite, c’est une responsabilité parfois un angoissante... Quand ça marche pas, il suffit pas d’attendre. Il faut trouver et corriger. Et si je fais une erreur, j’ai plus de service. Et si j’ai pas le temps de corriger, ben j’ai plus de service pendant une semaine. Enfin, c’est pas encore arrivé...
      Mais c’est aussi incommensurablement formateur (ce qui n’est pas un argument pour tout le monde) ! Et puis c’est agréable de constater qu’il y a des alternatives libres pour tout les usages que j’avais des services « cloud », au moins aussi puissantes (sauf pour le webmail où je cherche encore) et dans tout les cas personnalisables à souhaits. Je ne retournerai pour rien au monde sur Google Music et encore moins sur Google Reader (plus possible de toute manière me direz vous, mais pas plus chez feedly ou autre) !
      Il reste par contre à travailler le design, c’est souvent pas sexy du tout...

      Bref, au vu entre autre des commentaires, il semble y avoir du monde qui bidouille dans son coin et @stephane a raison, il serait effectivement temps de coordonner tout ça...

      Bonjour chez vous.

    • Concernant la partie serveur et gestion autonome des zones, je peux toujours proposer la solution que j’ai rapidement monté -mais pas encore finalisée- : http://greatns.com qui permet au « quidam » de pouvoir utiliser gratuitement un de mes serveurs secondaires gratuitement.

      Effectivement, on peut arguer qu’il y à un objectif commercial derrière un tel système, mais je l’énonce clairement.

    • Qcq précisions sur https://www.CozyCloud.cc, puisque notre site n’explique pas encore tout ça :-)

      1/ Pourquoi ?
      Le web se “cloudifie”, pour le meilleur - ubiquité des services, simplicité, sécurité, interactions avec les terminaux mobiles - et le pire : nos données sont dispersées dans des silos étanches contrôlés par des quasi monopoles qui vivent de leur analyse et revente.

      2/ Solution ?
      Le pouvoir est du côté sur serveur (http://blog.cozycloud.cc/mantra/2013/01/19/server-side-is-where-the-power-lies), il faut auto héberger ses données et web app qui accèdent à nos données

      3/ C’est une utopie
      L’auto hébergement est une utopie de la même façon qu’avoir un Personal Computer l’était il y a 30 ans. Notre objectif est d’être l’iOs des serveur, l’ouverture en plus.

      4/ La confidentialité ne sensibilise pas Mme Michu :
      a) l’intérêt de l’auto hébergement ne réside pas que dans la confidentialité, loin de là : Réunir ses données permet des mashup aujourd’hui impossibles (alors meme que l’intégration est à la source du succès des écosystèmes fermés...).
      b) madame michu évolue, demandez lui plutôt que de présupposer.

      5/ vous n’êtes qu’une distro linux de plus ?
      Pour nous un "serveur" est un chef d’orchestre de services, pas un kernel. Cozy est un PaaS personnel qui à la demande de l’utilisateur, via une chouette ui, peut installer ou supprimer une web app, laquelle peut être en Node.js, mais bientot aussi Python ou Ruby.

      6/ En quoi facilitez vous les mashup de données ?
      La persistance est mutualisée dans une web app, le datasystem, que les web app requêtent en REST (si elles y sont autorisées). Toutes les apps peuvent donc partager des données (mails, contacts, photo, agenda...) tout en laissant l’utilisateur contrôler qui accède à quoi.

      7/ vous en êtes où ?
      On bosse comme des ânes, on vient de démarrer une béta privée avec nos premières applications, suivez nous sur notre blog ou twitter pour avoir des news sur les nouvelles releases.

      8/ Vous avez besoin de quoi ?
      De feed back !
      Donnez nous votre avis, tant sur les plans techniques que fonctionnels qu’ergonomiques etc...
      Contactez nous, par mail ou irc, on sera content de réfléchir avec vous !

    • @evenit : en effet node est jeune, mais sa surface d’exposition est en croissance exponentielle. Et puis ce jeunot s’appuie sur du code de géants (librairies réseaux et moteur js V8 de Chrome...).
      Au niveau de la sécurité on a (comme les autres :-) beaucoup de travail, toute remarque et conseil est bienvenu !

    • ok dak, que celui qui n’a pas déjà regretté un clic trop rapide jette le premier point godwin !

      Ceci dit j’ai faillit répondre avec un « tu sais où tu peux te les carrer, tes excuses ? », que je trouvais très drôle mais j’ai douté sur ma capacité à expliquer que c’était VRAIMENT une blague, alors du coup je me suis abstenu. Couille molle sur ce coup là Ben...

    • @monolecte Les volumétries (surprenantes) que tu donnes sont proches de celles données pour mon cher papa évoqué plus haut. Je persiste à penser que le DSM4.1 de chez Synology, donc, en hébergement matériel à domicile, est ce qu’il y a de mieux dans ce genre de cas même si ça n’est pas réellement libre (ça reste basé sur du libre et maintenu par une PME chinoise qui n’a pas besoin de se faire racheter).

    • @tester : sous « sign in », il y a un lien « démo ».
      Je te laisse deviner vers quoi il mène.
      Malgré les noms d’oiseaux qui ont volés cette nuit, merci pour ce retour, nous rajouterons ce lien à notre mail d’enregistrement à la béta. Les noms d’oiseaux étaient ils nécessaires ?

    • @benjamin1 : je trouve que Node.js apporte une touche de fraicheur dans le monde du web. Je jouais juste au vieux ;) J’ai regardé un peu ce qui se faisait et l’écosystème grossit rapidement...

      Et sinon, en 10/, je verrais bien un lien vers un tutoriel pour l’installer sur sa propre machine. Ou alors j’ai juste mal cherché ;)

    • Bonjour,

      Juste une petite idée comme ça, à propos du DNS secondaire. C’est effectivement bien d’en avoir un sur un deuxième AS (comme mentionné par ZoneCheck), mais si on part sur l’idée d’un paquetage utilisé par plusieurs personnes pour faire de l’auto-hébergement, pourquoi ne pas compter sur les autres ?
      Une petite interface du style : « DNS secondaire hébergé par » avec un identifiant d’auto-hébergement à rentrer, et cette personne tierce (de confiance) devra accepter l’invitation.

      Plus il y a de tiers, plus la résilience sera grande.

    • @glandos> la question de la résilience du serveur dns secondaire est à prendre avec précaution tout de même ... le principe du serveur auto-hébergé sur lequel tu es le seul à te soucier qu’il est up ou pas à ce moment ne s’applique plus si tu acceptes sur ton serveur de prendre la responsabilité d’héberger la zone d’un tiers qui lui s’en fiche éventuellement moins

    • @glandos @b3nj : mais dans le cadre d’un système coopératif/associatif, il est probable que le serveur ait un bon uptime. Et rien n’empêche de multiplier les serveurs secondaires au sein de son réseau : si chacun des participants au sein d’un groupe est secondaire pour l’ensemble des autres membres du groupe, le maillage devient suffisant pour assurer la disponibilité du DNS.

    • @glandos @evenit > il n’empêche la notion de suffisance est toute relative et il convient alors lorsque tu souscris à une telle approche coopérative/associative de bien être conscient de la probabilité de l’indisponibilité et de fait de l’abscence de possibilité d’établir un SLA viable.

    • @b3nj @evenit > En même temps, si tous les enregistrements DNS pointent sur la machine qui fait l’auto-hébergement, alors quand le DNS tombe, c’est que le reste aussi (normalement). Ce ne sera pas forcément le cas (on peut avoir des MX secondaires par exemple), mais ça limite la casse.
      Sinon, la question de la confiance est quand même assez facile à résoudre. Par exemple, mes voisins me donnent leur clés de chez eux en cas de problèmes, ou bien s’ils sont en vacances. Ils me font confiance parce que je les connais. Je pense que les DNS ne devraient pas poser de problème, s’il y a déjà cette confiance…

    • L’auto-hébergement est fondamentalement inadapté aux protocoles comme le DNS, HTTP, XMPP, IRC, car ils sont conçus pour fonctionner avec des serveurs qui tournent en permanence. L’auto-hébergement a besoin de protocoles moins « centralisés », plus résilients, qui répartissent les données et la charge de travail. Bref il a besoin d’Internet, hors aujourd’hui on a beaucoup de Minitel.

    • @evenit : en fait on a 2 tuto, mais il faudrait qu’on rende plus compréhensibles nos liens. Les voici :
      – pour installer un environnement de dev : http://blog.cozycloud.cc/tutorial/2013/02/28/how-to-quickly-start-a-personal-web-app-with-nodejs-and-cozy-cloud
      – un pour installer un cozy complet sur une machine (uniquement partie Getting ready in 5 mn) : https://github.com/mycozycloud/cozy-setup/wiki/Setup-cozy-cloud-development-environment-via-a-virtual-machine

      L’environnement de dev est plus simple à mettre en place car on packagé pas mal de choses dans une vm.

      Pour ce qui est de s’installer un cozy complet pour l’auto héberger, le second tuto sera beaucoup plus facile quand on aura également packagé l’ensemble dans une vm : c’est au programmes des 2 prochains mois.

    • @Changaco : pas du tout d’accord. D’abord, comme indiqué plusieurs fois, on ne parle pas de 100 % de succès. Il ne s’agit pas d’héberger Amazon.com ! Ensuite, l’auto-hébergement, aussi bien à la maison que chez un fournisseur IaaS, atteint des scores d’uptime tout à fait honorables (le record de mon Raspberry Pi à la maison est de 21 jours et encore il a repris le service tout de suite après son débranchement).

    • @benjamin1 : merci pour les liens. Je jetterai un œil quand je trouverai un peu de temps de cerveau libre ;)

      @glandos @stephane : on peut aussi imaginer matérialiser la confiance via des clés PGP puisqu’il est aussi possible d’attribuer un degré de confiance. Et comme la base de PGP est l’échange de clés entre individus qui se rencontrent pour de vrai, cela peut recouper le cercle familial/amical/associatif. Reste à trouver un moyen simple et rigolo de faire l’échange avec des gens non techniciens autour d’un apéro.

    • Cette mode du « tout par moi même », n’en finit pas de m’étonner. Je comprends que le Raspberry, l’Arduino fasse rêver, mais il y a des limites. Je comprends l’enjeu de sécurité et de contrôle de sa vie privé, mais bon on parle d’héberger chez soi des dizaines de service informatique, du FTP, du HTTP, du mail, de la sauvegarde, etc...

      Dans les sociétés, c’est un métier en tant que tel, parce qu’il ne faut pas qu’installer, paramétrer, mais aussi réagir en cas de pépin. Au final, vous comptez mettre madame Michu à faire du Linux ? Perso, je suis développeur, et il y a bien longtemps que je n’installe plus de distro linux pour le fun, donc je pense qu’une personne non informaticienne, sera encore plus réticente.

      Prenez l’administration d’un Synology, et autant c’est clair, autant le nombre de choix peut faire fuir le quidam. Et je ne vous raconte pas en cas de problème. La solution IaaS est pour moi la plus crédible des solutions. Qu’au moins, le physique soit géré par des personnes qualifiées et motivées.

    • @pom421 : à mon avis un développeur mainfraim sur cartes perforées devait dire la même chose il y a 30 ans.

      Attention, je ne suis pas ironique, je veux juste dire que nous sommes loin d’avoir terminé la course aux couches d’abstractions en informatique. Et ce sont ces abstractions qui permettent de mettre toujours plus de complexité à la disposition de tout à chacun (y compris de nous autres techniciens).

      Je pense qu’aujourd’hui tout est réuni pour rendre assez facilement possible cette couche d’abstraction au dessus de linux pour que madame michu l’utilise (ce qui est d’’ailleurs déjà le cas via sa box ADSL, son smart phone ou son cadre photo numérique).

    • @stephane En fait, c’est déjà ce que je fais aujourd’hui, j’ai mon DNS primaire chez moi (nsd3), et j’ai le secondaire hébergé par un ami qui a son DNS sur une machine en location chez OVH.

      Par contre, je dois reconnaître qu’on est très loin de la simplicité. Très très loin. J’essaie parfois d’expliquer ce qu’est le DNS (très grossièrement), mais ce n’est pas évident.

    • Mes fiches de paie papier (comme tout le reste de la paperasse qui me donne une existence de citoyen), je les conserve chez moi. C’est chez moi, c’est privé, c’est moi qui décide ce que j’en fais, c’est garanti par un certain nombre de lois, et cette garantie est au final liée à la souveraineté de l’État sur l’espace physique qu’occupe mon chez-moi (quant à mes scans de fichie de paie, tant qu’ils restent sur mon disque dur chez moi, c’est la même chose).

      Maintenant je voudrais bien virtualiser ces scans et les placer
      dans un chez moi virtualisé (un cloud à moi) et obtenir pour ce chez moi les mêmes garanties que celles que l’État donne à mon chez moi physique.

      Bon il faut tirer les fils pour voir où ça mène, je suis pas juriste
      pour 2 sous, mais au bout il doit y avoir l’affirmation par l’État
      de sa souveraineté sur un espace numérique garantissant aux habitants citoyens les mêmes droits que ceux liés à leur espace physique.

    • @françois1 : Le fait d’être « chez soi » n’est pas suffisant pour établir la valeur de preuve d’un document, numérique ou comme physique.
      Et dans le cas du numérique, c’est meme l’inverse : si le fichier n’existe que chez toi, il n’aura qu’une faible valeur probante.

      Je ne suis pas non plus juriste, mais voici qcq info pour expliquer ça :

      1/ un document n’est jamais une preuve absolue : les juristes parlent de preuves établies sur la base d’un « faisceaux de présomptions ». Un document, celons sa constitution, sera donc un élément plus ou moins probant.

      2/ La falsification est toujours possible, meme pour un papier, c’est pourquoi un document physique, même présenté comme un « original », ne sera pas forcément retenue comme étant une « preuve » absolue. C’est pour ça qu’il faut des éléments rendant la falsification moins probables : signatures, paraphes en bas de pages, tampons, papiers à filigrannes produits celon des techniques maitrisées que par 1 producteur (billets de banque par ex) etc...

      3/ la falsification numérique d’un document numérique étant extrêmement facile, la « valeur de preuve » d’un fichier est moindre, mais pas nulle. Si dans la recherche de preuve il n’y a rien à opposer au fichier, alors il sera pris en compte par la justice.

      4/ c’est pour ça qu’il y a des tiers de confiance qui proposent un « stockage à valeur probant » (le plus connu en fr étant Arkhineo, filiale de la caisse des dépots et consignation). Il s’agit d’un tiers qui conserve un hash d’un document lui permettant de certifier qu’un fichier qu’on lui présente pour authentification qcq années après son émission est bien celui qui lui a été remis à l’origine e par tel ou tel tiers.

      Donc pour posséder une version numérique d’un document ayant une valeur probante significative, il faut que celui ci ait été dès le départ au format numérique et que l’organisme qui l’a produit le transmette à un tiers de confiance proposant un stockage probant, le tout en respectant bien sur une série de normes.

      Une autre solution serait la numérisation à valeur probante pour envoi certifié à un tiers de confiance (un peu comme la photocopie certifiée conforme à la mairie), mais je ne sais pas si un tel service existe.

      Pour info la mise en place d’un stockage à valeur probante est un objectif pour Cozy Cloud et on regarde à faire ça avec la poste (mais honnêtement on est à une phase très prospective sur ce point)

      En tout cas moi aussi je rêve de dématérialiser toute ma paperasse, le mouvement est en cours, mais ça va prendre encore un peu de temps....

    • @benjamin1 : je ne parlais pas tant de l’authenticité des éventuels documents virtualisés que de la protection de l’accès à ces documents, de la garantie que je suis le seul à décider de ce qu’il advient d’eux, ce qui est le cas pour mes documents papier, fussent-ils des faux grossiers. Le problème de l’authentification est un des éléments de l’équation mais ce n’est qu’un des éléments techniques (technique au sens large) à gérer en cas de besoin pour la section administrative de mes documents virtuels.

      Il me semble que l’essentiel des questions préliminaires qu’on veut régler quand on envisage de se « cloudifier », c’est celui du statut et de la propriété de ce qu’on envoie dans le nuage. En tous cas en ce qui me concerne, c’est le principal facteur qui limite pour le moment ma virtualisation à mes supports physiques personnels : c’est carrément nul en terme de disponibilité et d’accessibilité, mais en terme de protection et de confidentialité aucune solution à ma connaissance n’est à l’heure actuelle en mesure de m’assurer une garantie équivalente. Et c’est bien la motivation principale du post initial de Stéphane Bortzmeyer.

      Si je fais héberger dans le cloud une instance numérique de ma feuille de paie*, en louant un espace à un prestataire, je ne veux le faire que si j’ai la garantie absolue de pouvoir tout récupérer quoiqu’il arrive (sauf catastrophe majeure). En gros, j’exige que le propriétaire de l’appartement que je loue ne fouille pas dans mon appartement dans mon dos et me laisse tout récupérer à l’échéance du bail, quelqu’en soit la raison.

      Analogie qui est le point de départ de l’idée de la souveraineté de l’État sur un territoire numérique, parce que c’est elle qui assure l’inviolabilité de mon domicile dans les nuages.

      * (je fais pas une fixette sur la feuille de paie, c’est évidemment valable pour tout le reste, photos, emails, etc..., mais la fiche de paie a besoin de pérennité, de disponibilité, de confidentialité, voire d’authentification, donc c’est un bon résumé des spécifications cloudesques)


  • Vitruve : une école (hors) du Commun (écoRev)
    http://ecorev.org/spip.php?article912

    Un entretien avec avec Gérard Delbet paru dans le dossier Le #Commun ou la relocalisation du politique, Revue critique d’écologie politique n°39, juillet 2012.

    Gérard Delbet, dit Gégé, est instit à l’école Vitruve depuis 1976. On est venu le chercher à l’époque pour « remplacer quelqu’un qui craquait ». Il faut dire que l’école Vitruve, c’est particulier, ça ne correspond par aux schémas mentaux dominants, ça ne rentre pas bien dans les cases de l’administration, bref ça dérange. Pourtant, il y a tout lieu de penser que l’école Vitruve produit du commun : avant tout une école que les instits, enfants, et même parents gèrent et
    fabriquent ensemble. D’où ça vient, qu’est-ce que c’est, comment ça survit dans le système, quel genre d’enfants en sortent... ?

    Est-ce que Vitruve fabrique du commun, du « vivre ensemble » ?

    Les encadrants de Vitruve ne sont pas partis de cette idée de « fabriquer du vivre ensemble ». Ils ont, à partir de 62, investi un territoire, un lieu, un écosystème, plus ou moins servis par les hasards de l’histoire. Dans ce lieu, ils ont inventé, fabriqué des choses qui sont du commun avec les enfants, entre les #enfants, et pour eux. On dit de nous qu’on est une école « pas comme les autres ». Mais en fait pour nous ce sont les autres qui ne sont pas des écoles ! Pour le dire autrement, on a mis en place un lieu où vivent ensemble plus de 240 gosses et une quinzaine d’#adultes (instits, profs de musique, de dessin, personnes qui font le ménage, s’occupent des repas...) et les #parents, qui sont aussi partie prenante de ce lieu.
    On a réussi à fonder une école qui se démarque totalement des autres. On porte le même nom, « école », mais les autres ne sont en réalité qu’une juxtaposition de propriétaires de classes, de sections. L’institution parle d’ « école » en général, mais ce mot est ambigüe et désigne plutôt le bâtiment, géré par la commune, tandis que le personnel et les « proies » que sont les enfants, sont la propriété de
    l’Éducation nationale ! Le vrai langage de l’institution, d’ailleurs, ce n’est pas « école » c’est « classes administratives ». « École », ça ne correspond à rien pour eux. On le voit quand on se confronte à l’administration et à ses règles, qui par exemple ne peut concevoir ni comprendre qu’on fasse travailler ensemble des enfants de niveaux différents.

    Comment ce commun, cette école, s’est-elle mise en place ?

    L’école Vitruve existe depuis une cinquantaine d’années. À la base, ce sont des militants pédagogiques, dans les années 60, pour la plupart issus du #GFEN, qui cherchent à mettre en œuvre leurs idées, issues de la résistance, notamment les méthodes actives inventées dans le cadre de l’Éducation Populaire. Ces gens ont cherché à investir des lieux et Robert Gloton, un inspecteur de l’Éducation Nationale, militant du GFEN lui-même, un type formidable, a su ruser avec le système en proposant à sa hiérarchie de lancer une #pédagogie nouvelle dans 40 classes expérimentales. Il n’a pas parlé d’école ! Mais il les a regroupées sur 4 lieux géographiques car il avait bien l’idée d’aller vers la fabrication d’écoles. Il dit dans un texte de la fin des années 60 : "En réaction contre l’isolement traditionnel des classes au sein de l’établissement, tout est mis en œuvre pour traduire dans les faits ce principe fondamental : l’unité pédagogique n’est pas la classe, mais
    l’école." Il a pris avec lui des instits volontaires avec l’assentiment de la droite française gaulliste de l’époque, à condition « que ça ne devienne pas les folies bergères ». Vitruve est née dans un quartier défavorisé en voie de réhabilitation accélérée, haut lieu d’immigration, dans un contexte difficile, où l’échec scolaire était important. On est parti d’une école primaire de garçons de réputation violente dont personne ne voulait. Ce fut, paradoxalement, une facilité. Par ailleurs, cette école primaire était gérée en même temps qu’un collège municipal, par un seul directeur. Ce hasard de l’histoire nous a été bénéfique car avec le hiatus croissant entre l’école primaire « différente » et le collège « classique », la prise en charge par directeur unique est vite devenue impossible : cela nous a permis de créer la #coordination. Et elle a tout de suite été une fonction tournante entre nous. Dans les 3 autres écoles créées par Gloton, il y a eu des directeurs militants, mais ça s’est écroulé dès qu’ils sont partis, alors qu’à Vitruve la coordination a permis que le système se reproduise. C’est une gestion collégiale
    avec un coordinateur tournant d’année en année, qui est un instit de l’équipe. Il/elle ne prend pas de classe, mais reste néanmoins en contact avec les enfants.
    Après 50 ans d’expérience, on peut affirmer aujourd’hui que ce format de gestion et d’organisation est clairement un format viable et reproductible.

    Quel est le projet politique de Vitruve ?

    Le projet de départ c’est de réfléchir et d’agir ensemble au niveau de l’école sur deux points : comment lutter contre l’échec scolaire et comment considérer l’enfant dans son rapport au monde adulte, c’est-à-dire produire des pratiques sociales qui vont faciliter sa conquête des savoirs, son indépendance, son émancipation.
    L’idée politique, le projet politique n’ont pas été réellement prédéfinis. Il sont apparus en marchant. Encore une fois, pour filer la métaphore, cet organisme vivant s’est installé dans un milieu, s’est adapté à son écosystème et s’en est nourri (tout en le protégeant) pour se transformer lui-même. On a agi sur lui et il a agi sur nous pour nous rendre mieux réactif, plus réceptif, plus malin.
    Le projet politique est donc apparu au fur et à mesure. Au fur et à mesure des rencontres, des contacts, des recherches, des ramifications possibles. Il a incorporé des événements, inattendus ou provoqués, qui sont devenus, dans un processus évolutif, des bagages-ressources. Il y a eu, comme dirait le biologiste Thierry Lodé, un avantage évolutif par l’équilibre des échanges avec le milieu.
    Le vrai projet politique pour cette école est finalement de « faire école ».
    Bien sûr, au départ, il y avait, chez les instits, l’énonciation de pistes, de questionnements, de souhaits, de valeurs, mais je considère que ce sont des prétextes, qui ont induit la nécessité de produire ce commun qu’est l’école, car on ne peut pas, pour répondre à ces questions, se contenter d’agir 6 heures par jour à destination de groupes d’enfants disjoints : il est nécessaire de globaliser, de #mutualiser, à travers des #rencontres d’enfants, de recourir à des « brisures de segments » (intervention ponctuelle de parents sur leurs domaines de compétence,
    d’enfants entre eux...).
    Les #apprentissages se déroulent de manière globale à travers un projet de production par les enfants d’un spectacle, d’une expo, d’un restaurant... L’écrire, le dire, le compter, le lire... se retrouvent dans ce projet global. Le meilleur moyen c’est d’avoir une vision commune en mettant aussi les enfants dans une #pratique sociale du commun.
    On doit alors nécessairement se poser le problème de la dimension de ce milieu. Il me semble que le changement est possible quand l’individu est dans un rapport simple au commun (un individu en rapport avec 250) mais dès qu’on est trop nombreux (des milliers de personnes...), ça devient compliqué. Comme dit l’adage, « small is beautiful » : les enfants doivent être capables d’aborder l’école dans sa totalité. De l’envisager. D’en connaître le plus possible.
    Alors l’école devient un bien commun qu’il faut porter, protéger, mais aussi pousser à la rencontre de l’extérieur pour une #pollinisation croisée qui va la fertiliser.

    Ce que tu dis sur l’échelle rejoint les constats d’Elinor Ostrom ...
    Peux-tu nous dire plus concrètement comment fonctionne cette gestion commune et comment ça tient dans le contexte sociétal actuel ?

    Quand je suis arrivé, en 1976 (dans cette école de réputation bizarre, où il « se passait des trucs » tout en étant à l’éducation nationale, comble de la bizarrerie !), la norme pour les instits de Vitruve était déjà de travailler en binôme, en mettant en commun les groupes d’enfants de même âge. Depuis 1974, tous les niveaux de l’école partaient chaque année en classe verte et comme il était plus économique de partir à plusieurs classes en même temps, ils avaient a appris à travailler ensemble et, au retour du voyage, avaient rapporté cette idée dans l’école.
    J’ai parlé tout à l’heure de la coordination. Ça n’a pas toujours été facile. Notamment avec le retour de la droite au pouvoir en 1986, on a voulu nous coller un « maître directeur », un patron, car ils voulaient redresser, à leur manière, la situation scolaire de la France. Alors on s’est bagarré. Quand Mitterrand a été réélu en 1988 et que Jospin est devenu ministre de l’éducation nationale, on l’a menacé de tout arrêter à Vitruve si un « maître directeur » était nommé. On a gagné,
    heureusement, et on a réussi à imposer la coordination, mais aussi le fait d’être pris en compte dans notre différence par l’éducation nationale.
    Après cela, on nous a fait déménager car le collège avait besoin d’une extension. On a réussi à participer un peu au projet architectural de notre nouveau lieu, une #architecture qui du coup tient compte du projet de l’école, avec notamment son amphithéâtre et des salles de travail qui sont, non pas en enfilade dans un couloir, mais regroupées autour d’espaces communs.
    Depuis les années 80-90, il existe bien une vision globale de l’école chez les instits y participant. C’est devenu un lieu appartenant à tous et dont tout le monde a la charge. Adultes comme enfants. Ce n’est pas forcément facile pour les nouveaux arrivants (les enfants de CP et ceux qui arrivent en cours de route), mais ils s’y font. Cet équilibre n’est jamais acquis. C’est un apprentissage constant, qui produit de l’imprévu, des nouvelles directions, des questions de recherche.
    Il est frappant de constater que récemment, l’inspecteur venant inspecter l’instit et la classe de CM2 a totalement occulté la séquence collective durant laquelle les CM2 ont été mis en commun avec les CP sur un problème de calcul : l’institution ne comprend toujours pas ce genre de démarche. Cela semble hors de son mode de pensée.
    Dans la fabrication du commun, je pense que le préalable n’est pas de faire des réunions pour se mettre d’accord sur des #valeurs communes (cela a été essayé, notamment par les groupes « Déclic », mais n’a pas abouti), mais d’investir un lieu.
    Le projet politique a posteriori pourrait être également que l’individu, en fin de compte, se développe dans cette école, améliore ses #compétences, amplifie sa pensée, sa #créativité et sa #conscience au monde. Le commun n’entre pas en concurrence avec lui, il devient une affaire personnelle. Ce n’est pas l’appartenance au groupe qui
    construit le commun, mais bien plutôt la gestion du lieu qui va amener une nouvelle réalité commune, et, étrange conséquence absolument pas préétablie : le commun vient « s’inscrire » dans le patrimoine de chacun. On est plus créatif, plus réactif, plus inventif, plus aimant. On gagne en liberté. Améliorant, par réaction en chaîne, le bien être général. Ce sens du « lieu commun » devient partie de l’individu, comme « un geste de plus ». Une utilisation de plus de son individualité. Une nouvelle possibilité d’existence. C’est une pensée prolongée, ramifiée, communicante, une capacité de plus pour chacun de se situer au monde, dans le monde et avec les autres. Moins parmi qu’avec. Le commun n’est pas seulement « plus que la somme des
    membres qui le composent » , il est bien plus, bien au-delà : producteur d’individus en extension.

    Les fêtes à Vitruve sont-elles un moyen de fabriquer du commun ?

    On pourrait parler de « fêtes révolutionnaires » : les révolutions sont des moments tragiques, souvent, ou de fêtes, et la fête peut être révolutionnaire en soit. Dans la « légende de Vitruve », il y a notamment la fête mythique de 1972. L’équipe d’instits décide de faire une fête, et plutôt que de la faire « dans les murs » comme le souhaitent enfants et parents, ils décident de faire « sortir l’école des murs » et de l’organiser sur la place de la Réunion, comme une sorte de carnaval, en invitant des artistes de rue et en créant une monnaie d’échange locale. Cette fête fait partie des moments fondateurs. L’école est allée au contact de l’extérieur, alors que les habitants du quartier avaient une image assez négative de l’école (c’est « l’école des fous » qui démonte les portes de classes et en fait des toboggans !). Vitruve va alors nouer des liens avec le « terrain d’aventure » (un lieu du quartier), avec une association qui s’occupe de vieux, avec le théâtre de l’est parisien. Des ramifications se créent, des pollinisations ont lieu, on apprend de l’extérieur, un lien avec le quartier se crée, qui va déboucher sur des rapports avec une radio parisienne, avec une imprimerie locale, et sur la création d’un restaurant associatif géré par l’école. Aujourd’hui, le contact de Vitruve avec le quartier c’est notamment la « Traviole », journée qui a lieu vers la fin de l’année
    scolaire et durant laquelle enfants, instits, parents déambulent par groupes selon des itinéraire définis qui se croisent dans le quartier, pour aller présenter des projets, des expos, dire des poèmes, chanter des chansons, danser, dans les jardins, sur les places. Quelque chose s’opère et se renouvelle, il y a une porosité, une osmose entre enfants, adultes, école, quartier.
    Autre moment festif et fondateur de commun au début de l’année scolaire, la grande braderie organisée par les enfants, les instits et les parents, au milieu du mois d’octobre, où tous s’investissent à fond pour gagner de quoi financer les classes vertes de tous les enfants de l’école. Cette braderie est aussi l’occasion de retrouver les habitants du quartier dans une grande fête de retrouvailles.
    Ces fêtes, organisées par des petits groupes, avec une #participation élargie, sont des occasions de rencontres et une mise en commun... de la joie !

    Peux-tu nous parler un peu plus de la mise en responsabilité des enfants dans la gestion de l’école ?

    En effet les enfants participent activement à la gestion de l’école. Entre autre, parallèlement à la coordination adulte, dont j’ai déjà parlé, il y a une coordination des enfants. Cela est apparu en 1978, en classes vertes : on a créé un groupe d’enfants (le « groupe 6 ») dont la mission était de gérer l’ensemble de la classe verte, puis en revenant on a investi cette expérience dans l’école.
    À côté de cette coordination il y a d’autres #responsabilités, par exemple les ludothécaires, qui sont chargés de sortir à chaque récré la « boîte à jeux » (cordes à sauter, etc.) et à gérer leur distribution, les gestionnaires de flux, qui font en sorte que les descentes et montées d’escalier se déroulent dans le calme, les médiateurs, qui sont chargés de faire la médiation entre des individus en conflit plus ou moins affiché. À Vitruve quand il y a un problème, si on n’arrive pas à le
    régler à l’amiable on peut « porter plainte ». Il y a 7 ou 8 médiateurs, renouvelés chaque mois (comme les autres responsabilités, l’idée étant que tous les enfants prennent des responsabilités), qui utilisent des techniques de médiation, telles que le fait de s’asseoir entre les belligérants, par terre, éventuellement sous une table, pour faire tomber la violence physique (comme parfois en Afrique l’arbre à
    Palabre). C’est géré par les enfants, jusqu’au point où ça ne suffit pas, et à ce moment les adultes interviennent. Et oui ! Le commun ne produit pas forcément que de la paix et de l’harmonie ! En tous les cas ça n’empêche pas les conflits de surgir.
    La désignation des porteurs de responsabilités et des délégués de classe peut se faire selon 4 modes différents : le hasard, le vote, la désignation par le bureau (car chaque classe a un bureau chargé de la gestion) ou bien par les adultes (pour mettre en avant par exemple un enfant qui n’aurait jamais pris de responsabilité, serait trop timide...). Le choix du mode de désignation est selon les cas discuté avec le bureau, ou alors laissé à la libre initiative des enfants. Les enfants
    aiment bien le vote, mais ceux qui ne sont pas élus peuvent le vivre comme un échec.

    Les enfants se réunissent régulièrement ?

    Oui, depuis le milieu des années 70, une fois par semaine, il y a le « Conseil d’école » qui rassemble les délégués de chaque classe et les coordinateurs, avec un adulte. Cette réunion est précédée d’une prévision d’ordre du jour. 90% des sujets concernent la gestion de la cour d’école, des couloirs, des toilettes mais parfois y sont aussi abordés aussi des problèmes relatifs à l’amitié, au racisme, au
    sexisme... ça dure environ 3/4 d’heures à une heure, chaque jeudi matin. Un compte-rendu est ensuite diffusé, affiché, lu, étudié.

    Peux-tu nous faire le portrait type d’un enfant qui sort de Vitruve ?

    Alors prenons un môme qui a fait toute sa scolarité à Vitruve, qui a pris ou observé les différentes responsabilités. Il sait qu’il va entrer dans un autre monde et il sait qu’il n’a pas appris comme ailleurs. Il a souvent une vision de son apprentissage scolaire quelque peu dévalorisée (faiblesses en orthographe, en règles de grammaire...) mais il sait qu’il a une capacité à s’adresser aux adultes et surtout à s’adapter, à s’organiser, à être à l’écoute. A Vitruve on essaye d’émanciper les enfants, dans le sens où on tâche de les sortir d’une dépendance à leur éventuelle ignorance, aux adultes et à leurs parents. Si cette #émancipation a bien eu lieu, l’enfant sait apprécier quand il y a une « fenêtre de tir », quand intervenir, même si c’est assez perturbateur pour eux d’arriver dans ce monde où on ne peut plus s’adresser aussi librement aux adultes, où on passe du tutoiement au vouvoiement, où existent des protocoles de #communication.
    Par ailleurs souvent les anciens de Vitruve ont la volonté d’être délégué (ce qui en fait au collège est un truc vraiment bidon car il suffit que le prof ne soit pas d’accord avec le résultat pour casser les élections !), car ils ont un rapport développé à la parole et à la #revendication. Ils découvrent au fur et à mesure qu’ils savent des choses, y compris sur le plan scolaire. Nous avons fait plusieurs évaluations, notamment en 1988 et les années suivantes. Puisqu’à Vitruve, on ne redouble pratiquement pas, le ministère nous avait demandé, à juste titre, de
    fournir des indications sur le devenir scolaire de nos élèves. Les résultats étudiés et validés sont tout à fait honorables.
    Un des acquis qu’il faut souligner néanmoins, c’est la capacité de clairvoyance de ces collégiens, passés par Vitruve. Ainsi j’ai été frappé récemment, par le témoignage d’un ancien de Vitruve disant « au collège, c’est super sévère, mais c’est le bordel ». Comme quoi ce n’est pas parce qu’on invoque l’ordre et la #discipline que le collectif est bien géré, de même que ce n’est pas parce qu’on a des rapports de confiance, humains et détendus, qu’il n’y a pas de règles de
    fonctionnement !
    On observe également une certaine nostalgie chez les anciens : au bout d’un moment ils sont nombreux à revenir à Vitruve, aux fêtes, à la braderie, à reprendre contact, probablement par ennui, car ils gardent le souvenir de moments forts qu’ils souhaitent reproduire, revivre sans doute.

    Quel est le rapport de Vitruve avec les autres communautés éducatives ? Pourquoi Vitruve ne fait pas tâche d’huile ?

    Il faut encore une fois réinterroger les mots pour le dire et, humblement, reconnaître que les « communautés éducatives », c’est plutôt rare. La plupart, pourtant nommées comme telles, ne sont que des lieux de savoirs séparés, segmentés, en matières ou en heures, avec des êtres vivants tout autant séparés les uns des autres, un grand étouffoir hiérarchique posé par-dessus.
    Nos rapports avec les autres s’améliorent néanmoins, notamment avec les profs du collège avec qui on essaye de travailler. On essaye d’entrer en contact, mais c’est difficile. Il y a énormément d’idées reçues, d’idées toutes faites, des torticolis conceptuels sur nous. Ils ne comprennent pas bien ce qu’on fait, ce qu’on est. Une école différente, c’est forcément une école qui n’apprend rien ou mal.
    Avec les Maternelles, c’est un peu plus facile. On se sent plus proche de leur façon de procéder. Encore qu’aujourd’hui, l’école maternelle est en train de perdre sa spécificité pour devenir l’antichambre du bachotage scolaire. Certains voudraient même que les enfants apprennent à lire à 4 ans.
    En fait, nous avons passé notre temps à chercher d’autres interlocuteurs pour mener des débats transversaux sur l’éducation : avec des parents (pas forcément les nôtres), avec des profs de collège ou lycée qui s’occupent des « décrocheurs » (FESPI), avec des profs de l’enseignement agricole, avec des chercheurs français ou étrangers...
    En 2008, avec les parents d’élèves, on a organisé des « petits déjeuners débats » autour de thème comme l’évaluation, les notes, le samedi matin ouvert aux parents, les devoirs à la maison...
    Notre longévité, si elle peut servir de tâche d’huile, de vinaigrette ou de
    tire-bouchon, rappelle qu’on peut résister à la dominance, ensemble, ici ou là. Il y a plein d’expériences à mener et à maintenir en choisissant bien son espace d’intervention et sa dimension humaine. En conclusion, je voulais rappeler notre formule célèbre : Vitruve ? Une expérience qui a de l’expérience !

    #éducation #école #ihaveadream #éducation_populaire #échec_scolaire #communauté_éducative


  • La loi n° 2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales apporte d’importantes modifications au système applicable jusqu’alors. Un titre IV de la loi est consacré à « la clarification des #compétences », dans lequel figurent les dispositions essentielles relatives aux compétences. En ce qui concerne le département, la loi ajoute au premier alinéa de l’article L. 3211-1 cité plus haut la formule : « dans les domaines de compétence que la loi lui attribue ». Les choses sont donc, de ce point de vue, claires : le département (la région se trouve soumise au même régime) ne peut plus intervenir sur le fondement de la clause générale de compétence, il ne peut agir que sur le fondement de lois déterminées, de lois attributives de compétence. Le département devient ainsi en apparence (comme la région) une collectivité à compétence spécialisée.

    Les raisons mises en avant pour supprimer la clause générale de compétence pour les #départements (et les régions) - suppression jugée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel - sont de deux ordres. D’une part, et c’est la raison officielle, il s’est agi, selon les pouvoirs publics, de « clarifier » la répartition des compétences, qui étaient « enchevêtrées », selon le terme utilisé, non pas seulement dans le débat qui a précédé l’adoption de la loi mais au moins depuis cinquante ans (ce qui relativise déjà le changement). En cantonnant les interventions des départements (et des régions), ce à quoi revient la solution adoptée, on parviendrait, dans l’interprétation des pouvoirs publics, à cette clarification, la suppression des financements croisés s’inscrivant dans le même ordre d’idées. D’autre part, et même si cet argument est moins avancé que le précédent, la suppression de la clause générale de compétence aboutirait à une réduction des dépenses, la part des dépenses locales imputables à ladite clause ayant été évaluée à 10 % de l’ensemble. Mais on peut éprouver quelque scepticisme sur l’établissement de ce pourcentage, l’imputation de dépenses à la clause générale de compétence paraissant très délicate.

    Bien que l’entrée en vigueur de ces dispositions soit fixée au 1er janvier 2015, ce qui est lointain, et laisse de grandes possibilités de modifications, voire de suppression - le principe des premières étant, semble-t-il, d’ores et déjà acquis si l’on se réfère à de récents rapports parlementaires - il n’est pas interdit de s’interroger sur la portée de ce changement, en apparence important, et qui l’est peut-être moins en réalité que ce qu’il paraît.

    En effet, la loi elle-même prévoit des exceptions et des atténuations. S’agissant des exceptions, elles sont au nombre de trois à l’heure actuelle, mais la liste pourrait s’allonger par la suite. La première exception est la culture, qui appellerait de nombreuses observations. Deux suffiront à se faire une idée de l’ampleur des questions soulevées. Tout d’abord, il faut relever que depuis quelques années (ou quelques décennies) certains départements se sont largement investis dans ce domaine, et ont fait preuve, quelquefois, d’un dynamisme tout à fait remarquable. Ensuite, la culture est un domaine dont personne ne peut dire exactement où il commence et où il s’arrête, chacun ayant sa conception de la culture, et le champ couvert variant dans des proportions énormes selon l’interprétation retenue, étroite ou large. Cela signifie que les départements disposent d’une marge de manoeuvre considérable, en pouvant « raccrocher » de nombreuses interventions à ce domaine de la culture. Cela signifie également que le juge administratif risque d’être très gêné pour se prononcer dans les contentieux qui ne manqueront pas de lui être soumis.

    Une deuxième exception est celle du tourisme, en partie (mais en partie seulement) lié à la précédente. Les mêmes observations que précédemment peuvent être faites, de manière atténuée, pour le tourisme. Les départements avaient pris ou soutenu, dans le cadre de la clause générale de compétence - que, paradoxalement, la loi de 2010 entérine partiellement - de nombreuses initiatives en faveur du tourisme, notamment du tourisme rural, et le tourisme associé à la culture donne de larges possibilités aux départements.

    La troisième exception est celle du sport, domaine largement transversal (comme les deux précédents domaines) où, directement ou indirectement, les départements peuvent développer des actions très diverses et qui, lui aussi, peut être associé aux deux précédents.

    De plus, une atténuation est apportée par le législateur. La loi ajoute un deuxième alinéa à l’article L. 3211-1, selon lequel le conseil général « peut en outre, par délibération spécialement motivée, se saisir de tout objet d’intérêt départemental pour lequel la loi n’a donné compétence à aucune autre personne publique ». Cette disposition, qui ne brille pas par sa clarté, est également de nature à fonder de nombreuses interventions des départements et ne peut être aussi qu’un « nid à contentieux ».

    Mais, quoi qu’il en soit, ces dispositions suscitent la perplexité à deux titres. D’une part, elles conduisent à s’interroger sur la portée de la réforme introduite. Si, sur le principe, la clause générale de compétence est effectivement supprimée, il paraît difficile d’affirmer que l’on a désormais affaire à une collectivité spécialisée, compte tenu des marges ouvertes par les exceptions. Et il paraît à peu près certain que les départements (ou des départements) n’hésiteront pas à s’engouffrer dans la brèche que représentent les exceptions et atténuations. D’autre part, il paraît encore moins évident que l’objectif de « clarification » puisse être atteint, dans une certaine mesure les dispositions semblent conduire, à l’inverse, à des complications supplémentaires. En 1962 (temps des premiers rapports sur les compétences) il était déjà question de clarification des compétences, il est fort probable que celle-ci sera encore à l’ordre du jour dans un demi-siècle. Il n’en reste pas moins que toutes ces dispositions contribuent à un questionnement sur la collectivité départementale.


  • Le Conseil municipal est compétent pour modifier le nom d’un lieux-dit | lex libris
    http://somni.blog.lemonde.fr/2012/04/09/le-conseil-municipal-est-competent-pour-modifier-le-nom-dun-lieux

    En somme, il n’appartient pas en principe aucun des organes d’une commune n’est compétent pour fixer ou modifier le nom d’un lieux dit, ce qu’on appelle la clause de compétence générale en vertu de laquelle « Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune » permet néanmoins au conseil municipal, organe délibérant, a compétence pour modifier un tel nom dès lors qu’un intérêt public local le justifie. La formulation est quelque peu contradictoire. Cela peut vouloir dire que pour le Conseil d’Etat, seul un intérêt public local renforcé, concernant la généralité des habitants, et non des considérations de circonstances, pourraient justifier l’intervention du Conseil municipal.

    #collectivités_Territoriales #jurisprudence #compétence


  • À l’école de l’autorité (Vacarme)
    http://www.vacarme.org/article1550.html

    Alors que l’école est généralement l’objet de faux-débats particulièrement stériles, Charlotte Nordmann fait œuvre de clarté avec des textes où les questions soulevées redeviennent constructives (et dont les interrogations mériteraient de sortir de l’école pour questionner l’ensemble de la société). À charge à chacun, d’y trouver un cheminement de réponse…

    On nous dit que le règne du caprice et du #divertissement s’est insinué jusque dans l’#école, ce lieu où l’#autorité semble la plus naturelle, la plus légitime, parce que fondée sur une inégalité apparemment incontestable et imposée pour le seul bien des intéressés. On nous dit que l’autorité du maître a été ruinée, que la supériorité de son âge et de son savoir n’est plus reconnue, que son utilité même est contestée. […] On évoque tout cela pêle-mêle ou successivement, pour conclure que l’école serait désormais dans l’incapacité de remplir sa fonction de transmission d’un patrimoine culturel.
    Le plus frappant dans ces discours est leur force de conviction au regard de leur peu de fondement. Sans entreprendre de rendre raison de cette puissance, contentons-nous de remarquer que ces discours ont pour effet de nous masquer ce qui partout apparaît, dès qu’on parvient à entamer le sentiment d’évidence qui empreint trop souvent notre perception de l’école, à savoir l’omniprésence de relations d’autorité. […]
    Le seuil de #violence toléré à l’école est aujourd’hui singulièrement bas, comparé à ce qu’il a pu être dans les années 1950, par exemple, la nouveauté résidant évidemment en cela que la réaction aux transgressions des règles de « civilité » ne fait plus intervenir seulement l’autorité de l’institution scolaire, mais également l’autorité de la police, de l’institution judiciaire, voire de la psychiatrie.
    […] si l’on se préoccupe, par des moyens d’ailleurs problématiques, d’« intéresser » les élèves, l’activité à l’école relève pour ainsi dire toujours de l’#obligation. À l’école, la #contrainte est omniprésente, il n’est quasi rien qu’on ne fasse sous la menace. […] Le peu d’efficacité de la masse considérable d’injonctions dont les élèves sont assaillis n’entame pas la constance avec laquelle elles sont invariablement proférées. Et la diffusion du modèle du « #contrat » à l’école n’a fait que compliquer un peu plus les choses, marquant la volonté de faire intérioriser la contrainte par l’élève, de sorte que son indiscipline est jugée d’autant plus scandaleuse et appelant des conclusions définitives, tandis que l’élève lui-même est poussé à s’estimer seul responsable de la situation.
    La confusion la plus complète règne à l’école quant à savoir si son but premier est de discipliner les élèves ou de leur permettre d’apprendre quelque chose. […]
    Qu’il doive y avoir une part de contrainte dans l’#éducation, ce n’est pas ce que nous contestons. Mais ce qui est frappant dans l’école, c’est que la contrainte est partout. Les espaces, les domaines d’activité où les élèves choisissent de s’appliquer à telle ou telle chose, de leur propre initiative, sans sanction extérieure, sont extrêmement rares. […]
    C’est pourquoi l’école produit une véritable #infantilisation, en encourageant la soumission inconditionnelle à des normes dont la validité n’est que rarement remise en question. Chez les élèves les plus performants, cela peut atteindre des proportions étonnantes : à travailler parce qu’« il le faut », sans savoir pourquoi, sinon parce qu’on les assure que c’est la voie obligée pour « réussir », ils en viennent à n’être plus capables de produire que sous la pression d’une exigence immédiate, à ne plus s’estimer capables de juger par eux-mêmes de leur travail, à douter constamment d’eux-mêmes […]. Ce modèle n’est-il pas celui d’une absence totale d’#autonomie — si du moins l’on entend par là la capacité à se donner sa propre loi, et non la propension à accepter docilement celle qu’on vous impose ? […]
    Pour sortir du rapport duel entre le maître et l’#élève, rapport essentiellement fondé sur la contrainte, il peut être utile d’introduire entre eux des tiers : à partir du moment où la classe se structure autour d’outils, d’instruments, […] et non simplement de « s’exercer » pour être évalué par le maître, le travail cesse d’être motivé essentiellement par l’obéissance à son autorité. […]
    L’omniprésence de la contrainte a pour autre effet problématique que la question du sens des #savoirs enseignés se voit évacuée de l’acte d’enseignement […]. Les savoirs sont ainsi le plus souvent transmis sous une forme dogmatique, sans qu’il soit fait état de la façon dont ils ont été constitués, de ce sur quoi ils reposent, ni des problèmes qu’éventuellement ils posent, des polémiques qu’ils suscitent. […]
    Cette vision dualiste contribue à décourager toute mise en question de ses propres opinions, toute interrogation sur leurs fondements. Elle présuppose qu’il y a entre le monde de l’« opinion » et des savoirs non académiques et le monde des sciences de l’histoire et de la société une rupture épistémologique, ce qui est pour le moins discutable. Elle peut induire une acceptation acritique de ce qui est perçu comme un savoir incontestable ; elle nourrit le respect pour les « experts », à l’heure où cette figure est l’un des moyens les plus actifs de la négation de la politique et de son assimilation à une pure et simple « gestion », aussi « rationnelle » que possible. […] On comprend dès lors qu’à l’autorité de l’école, les élèves ne se sentent autorisés à opposer qu’une autorité supérieure, un autre discours dogmatique, celui de la religion.
    Se construit ainsi un discours fermé, qui entend donner des cadres mais tend à interdire en réalité son propre dépassement, un discours dont l’objectif est de paraître le plus complet possible, lorsqu’il devrait, pour constituer un véritable #apprentissage intellectuel, faire au moins soupçonner combien il est insuffisant et provisoire. Ainsi, ce qui devrait induire une augmentation de la puissance d’agir devient un facteur d’impuissance. […]
    Ce n’est pas sans raison que les rapports d’autorité qui règnent à l’école sont si rarement remis en question. Ils sont protégés par la croyance selon laquelle l’institution scolaire n’aurait pour fin que le « bien » des élèves, et serait le lieu d’une diffusion universelle de savoirs et de #compétences. Or, ce n’est qu’à partir du moment où l’on reconnaît que l’école est, tout autant, une instance de classement et de hiérarchisation, que l’on peut commencer à s’interroger sur l’ambiguïté de ce qui s’y joue. Ce n’est que sur ce fond que l’on peut comprendre pourquoi son autorité peut être contestée pratiquement par ceux qu’elle n’« élimine » plus, ou bien moins qu’auparavant, mais qu’elle continue à classer et à reléguer. Ce n’est qu’à partir de là que l’on peut voir à quel point l’école peut être une école de #soumission à ce qui est — de sorte qu’il faudrait s’inquiéter non pas de la ruine de son autorité, mais plutôt du peu de contestation que celle-ci suscite.

    #freinet #pédagogie_institutionnelle