Le décès des suites de ses blessures de Daniele Carella, survenu mardi 14 mai, porte à trois le nombre des victimes de Mada Adam Kabobo. Ce ressortissant ghanéen de 21 ans, arrivé clandestinement en Italie, a attaqué à coups de pioche plusieurs personnes dans les rues de la petite localité de Niguarda, proche de Milan, le 11 mai au petit matin. Arrêté immédiatement et emprisonné, Mada Adam Kabobo n’a pu expliquer clairement son geste sinon pour dire aux enquêteurs « avoir entendu des voix qui lui disaient des choses méchantes ».
Ce fait divers tragique tombe mal pour la ministre de l’intégration, Cécile Kyenge. Première femme noire à accéder au rang de ministre, elle entend, au cours de son mandat, abolir le délit d’immigration clandestine créé en juillet 2009 par le gouvernement Berlusconi sous l’influence de la Ligue du Nord et engager une réflexion sur l’instauration en Italie du « droit du sol » en lieu et place du droit du sang.
Au lendemain de cette tuerie, dimanche 12 mai, la Ligue du Nord avait installé dans une rue de la ville un kiosque pour recueillir des signatures contre « la citoyenneté facile pour les immigrés », comme s’il y avait un lien de cause a effet entre les premières déclarations de la ministre et l’accès de folie de Kabobo. Parmi la vingtaine de militants présents, on notait la présence du député européen Mario Borghezio, coutumier des déclarations racistes. Plusieurs habitants de Niguarda leur ont demandé de partir et de ne pas chercher « à tirer profit » de ce drame.
[...]
Ophtalmologue, arrivée seule en Italie à l’âge de 18 ans, Cécile Kyenge est née au Congo d’un père catholique et polygame. Elle a candidement - ou crânement - confessé à la télévision avoir plus de trente frères et sœurs. Ce détail serait sans importance si ses adversaires ne l’avaient eux-mêmes utilisé pour l’accuser de faire l’apologie de la polygamie… Dès sa nomination, elle a reçu une flopée d’injures.
Le groupuscule d’extrême droite Forza Nuova a exposé une banderole raciste et insultante devant le siège de la section du Parti démocrate, où elle est inscrite, à Macerata, sur la côte adriatique : « Kyenge, retourne au Congo », pouvait-on lire. L’ex-sénateur de la Ligue du Nord, Erminio Boso, est sur la même longueur d’onde : « Je suis raciste, je ne l’ai jamais nié, fanfaronne-t-il. Kyenge doit rester chez elle, au Congo. C’est une étrangère dans ma maison. Qui a dit qu’elle était italienne ? » Pour son collègue Mario Borgezio, sa nomination « est un choix de merde, un éloge à l’incompétence (...). Elle a une tête de femme au foyer ».
Patiente et têtue, Cécile Kyenge - qui a reçu l’appui du footballeur du Milan AC Mario Balotelli, régulièrement sifflé dans les stades en raison de sa couleur de peau - explique qu’elle veut faire « avancer ses dossiers », si possible loin des polémiques. « Les Italiens ne sont pas racistes », veut-elle croire.