@Paulo : Jared Diamond est généralement passionnant par la précision de ses analyses, ça doit valoir le coup de le lire sur ce sujet.
Sur la Norvège : c’était le pays le plus pauvre d’Europe il y a cent ans, le plus riche à présent, et ce uniquement grâce au fait qu’ils détiennent 6% des réserves de pétrole du monde.
Mais le parallèle est intéressant car si beaucoup de pays vivent de leurs ressources naturelles, certains le font mieux que d’autres, et dans le cas de la Norvège, c’est simple : il y a une solidarité sociale et un sens de l’égalité inimaginables ailleurs, même dans la Suède voisine (sociale mais avec une culture de la bourgeoisie industrielle XIXe). Les Norvégiens (enfin presque) gagnent tous pareil, ont tous des maisons de la même taille, des terrains de la même taille (selon activité, un paysan bien sûr a plus de terre), d’autant que le territoire appartient à l’État, qui empêche la concentration. En fait c’est un pays communiste. Le Smic là bas est trois fois celui d’ici je dirais, mais les salaires hauts ne sont pas hauts proportionnellement à ici, rien à voir.
Ma mère, Norvégienne, me disait une fois qu’elle n’osait pas dire à ses frères que j’avais sorti des livres, parce que c’est un peu immodeste pour des norvégiens, on a l’air de vouloir se faire remarquer. Un copain français de là-bas me racontait qu’il avait vexé le maire de sa commune en lui servant à boire : là-bas, on ne sert pas, on refuse la hiérarchie (pays de paysans, de pêcheurs, avec des rois pauvres, sans voussoiement, aucune culture de la domesticité), et je n’ai jamais vu de restaurant comme on l’entend (même si ça doit exister), juste des self-services.
Tout le monde paie ses impôts (bien plus élevés qu’ici) avec fierté, et la déclaration de revenus de chacun est sur le site du ministère du budget, histoire que tout le monde vérifie bien si le voisin ne baratine pas. L’État est assez rationnel, avec une culture de la simplicité : j’ai vu des endroits publics où les meubles datent des années 1960, et sont entretenus et conservés tant qu’ils sont en bon état, il n’y a pas la culture du gâchis (et pas de la fameuse « incivilité ») qu’on a ici. Les gens ont confiance les uns dans les autres, sont gentils (avec des communes grandes comme un demi département français pour 2 000 habitants, c’est plus facile, peut-être), il n’y a pas de grilles ou de murs autour des écoles... Bref, ça ressemble à une vraie société.
Mais il y a des zones d’ombre. La première est que le pays est terriblement ennuyeux. Le mot pour dire « agréable » (qui se dit couchli mais je ne sais pas comment ça s’écrit) se traduit par « confortable ».
La seconde zone d’ombre, c’est le côté un peu fachos : il y a eu des scandales concernant des stérilisations d’handicapés ou de samis (lapons : la population historique du territoire, avant l’arrivée des grands blonds germaniques). Mais des gentils fachos, ils veulent de mal à personne, juste que tout le monde soit pareil :-)
Troisième souci : la nourriture. En Norvège on ne mange pas pour le plaisir, sauf sucré, et parfois c’est vraiment l’horreur, notamment pour des français et peut-être même pour des britanniques. Mais ça s’arrange un peu.
Enfin, sur l’écologie, ils sont un peu comme les américains, ils ont de grands territoires vides et ils ne prennent pas bien la mesure du mal qu’ils leur font, parfois.