Curieusement, Saghieh semble continuer à écrire comme si le débat opposait « simplement » les pro-régime aux anti-régime. L’impression d’en être resté à l’année dernière. Lui représentant une sorte de pureté idéologique (de la même façon que Max Blumenthal claquait la porte du Akhbar récemment), face à ses anciens amis trop tolérants et laissant s’exprimer dans leurs colonnes des chroniqueurs trop alignés avec la paranoïa du régime.
Cependant, de plus en plus, le Akhbar (et le débat plus général) semble plutôt représentatif de la « troisième voie » (third wayers) : ni l’opposition armée soutenue par les impérialistes, ni le régime autoritaire baasiste.
Et en la matière, j’ai du mal à comprendre comment se positionne Saghieh, auteur de ce ce texte court et simples, par rapport à la longue interview de Haytham Manna sur le même site (Jadaliyya). Lequel clairement a toujours dénoncé le régime et demandé sa chute, mais jamais au prix de la destruction de l’État syrien :
http://seenthis.net/messages/77903
Et en particulier : pas de recours à la violence armée par l’opposition favorisée par le CNS et financée par les séoudiens et le Qatar, ni même (ce qui peut étonner) l’effondrement économique total du pays, deux faits dont il pense qu’ils éloignent du but de la révolution en radicalisant les syriens. Or, c’est cette position qu’exprime le plus souvent le Akhbar (tout en revendiquant le besoin d’intégrer tous les points de vue).
Est-ce que la promotion et la sympathie désormais affichée pour les « third-wayers » est une manœuvre de rattrapage pour une partie des pro-régime qui cherchent à limiter les dégâts, je l’ignore. Mais ce que raconte Saghieh semble totalement occulter cette position, qui est centrale désormais dans le Akhbar. Voir par exemple la réponse suite au départ de Blumenthal :
►http://english.al-akhbar.com/content/al-akhbar-and-syria-no-room-silence
L’autre point aveugle de son billet, c’est l’histoire des gauchistes libanais, qui ont quand même largement espéré de la guerre libanaise de 1975, pensant mener la révolution contre le féodalisme libanais, avant de se rendre compte (certains dès 1978) qu’ils avaient en réalité tout perdu dans le déclenchement d’une guerre devenue milicienne et confessionnelle. D’anciens gauchistes libanais ont décrit les espoirs de leur camp au déclenchement de la guerre, qui finalement aura favorisé la réaction et la transition du féodalisme au confessionnalisme soutenant le néolibéralisme (lire Charbel Nahas sur l’idéologie de la reconstruction). Du coup, quand il dénonce « un terrible échec moral », il parle de mouvements qui ont lourdement payé un certaine naïveté morale dans les années 70 : l’idée de démarrer une guerre civile en Syrie au motif qu’on est dans son bon droit, pour quelqu’un qui a milité au début des années 70 au Liban, ça ne doit pas être totalement évident.
Bref, par rapport au choc intellectuel qu’a dû représenter sa rupture avec le Akhbar, je trouve son texte pas bien éclairant.