Dévoreurs de tropiques : Le vieil homme et le jeune pompier
http://www.devoreursdetropiques.blogspot.fr/2012/12/cetait-il-y-un-un-soir-dhiver-et-de.html
Mon interlocuteur avait froncé un sourcil gorgé de testostérone et de suffisance :
— Vous savez, m’sieur, on a pris des risques pour venir ici. On a des femmes et des enfants, nous aussi. Et pendant qu’on bavasse, là, il y a peut-être de vraies urgences qui nous attendent.
— Dites, c’est pas moi qui vous ai demandé de griller tous les feux rouges pour débouler. J’ai passé une heure et demie au téléphone avec les gens du samu social, mais ils ne veulent rien faire. De toute façon, ils n’ont plus de nourriture ni d’hébergement pour ce soir. Ils m’ont conseillé d’appeler le 112. C’est ce que j’ai fait, et j’ai expliqué posément et intelligiblement la situation au régulateur. S’il a décidé de faire appel à vous plutôt qu’aux flics ou au samu, c’est votre affaire ; ne vous en prenez pas à moi. En attendant, on a un vieil homme malade et terrorisé qu’il faudrait soigner, si vous voyez ce que je veux dire.
— Oh, mais ne vous inquiétez pas, m"sieur. On va vous en débarrasser, de votre colis encombrant, puisque c’est ça que vous voulez.
— QUOI ? Vous croyez que j’ai besoin de vous pour virer à ma place un type qui fait tache dans mon hall, c’est ce que vous insinuez ? Vous feriez mieux de faire votre boulot, plutôt que de m’insulter : je vous ai appelés pour prendre en charge une personne malade.
Puis plus loin :
— Vous savez m’sieur, c’est vrai, ce que dit le chef : on a d’autres urgences. On ne peut pas traverser tout Paris pour amener celui-là à Nanterre, alors qu’on sait déjà qu’ils vont nous le refuser. Ils sont débordés, eux aussi.
— Qu’est-ce que vous allez faire, alors ?
— Honnêtement ? On va faire semblant de le prendre en charge pour vous rassurer. Et puis on va le relâcher trois rues plus loin, parce qu’on ne peut pas s’occuper de toute la misère du monde.
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