Je suis plutôt contente d’être allée voir Hannah Arendt, hier soir au cinéma. J’ai souvent faim d’un #cinéma un peu adulte et j’ai trouvé l’objet cinématographique mieux foutu que je ne m’y attendais.
►http://www.regards.fr/web/Hannah-Arendt-de-Margarethe-von,6591
Filmer l’intelligence en action, la pensée en train de produire est une gageure. Margarethe Von Trotta la relève. Son #film d’un style très classique est passionnant. Tout n’est pas réussi. Des scènes dans les rues de Jérusalem manquent de vie. Les retours en arrière qui mettent en scène la relation d’Hannah Arendt avec Martin Heidegger n’ont pas de consistance. Mais Barbara Sukowa est remarquable. Margarethe von Trotta et elle font vivre devant nous Hannah Arendt, une femme indépendante, « addicte » à la cigarette, qui pense sans garde-fou et à contre-courant, qui aime son mari Heinrich Blücher et ses ami(e)s et se nourrit de ses échanges avec eux ; une femme qui élabore sa pensée allongée sur un sofa, en voyant Eichmann à Jérusalem, en travaillant d’arrache-pied sur les minutes du procès, qui a le goût de la contradiction et le courage de défendre son travail envers et contre tout ; une femme dont « le stradivarius est l’allemand » et « l’anglais est seulement un second violon », comme le montre tout au long du film un respect remarquable des langues utilisées par les uns avec les autres. La cinéaste choisit de recourir à des images d’archives pour tout ce qui concerne le déroulement du procès. Ni Eichmann ni les témoins ne sont joués. Elle ne recrée la salle d’audience que pour un seul plan. Pour la suite du procès, Hannah restera en salle de presse, assistant aux audiences via un téléviseur. Ces images d’archives sont d’une force terrible. Ainsi pouvons-nous ressentir à bonne distance le choc vécu par Hannah Arendt de voir Eichmann tel qu’il était dans sa cage de verre, plutôt « clown » que « monstre ».
































