Il faut tordre le cou à l’idée fausse, longtemps propagée par l’OCDE, la Banque mondiale, l’Unesco et des experts mal informés ou de mauvaise foi, selon laquelle les coûts de la formation seraient moins élevés à distance qu’en présentiel. En réalité, la formule la plus économique – sinon la plus efficace – reste celle d’un professeur faisant cours ex cathedra dans un amphithéâtre relié en vidéo à d’autres amphithéâtres voisins. La réalité est que les formations à distance coûtent cher et qu’aux coûts fixes de la conception et de la production s’ajoutent ceux, variables, d’un tutorat et d’un accompagnement dont la charge financière augmente avec la taille du public. Non seulement, par conséquent, l’avantage de la formation à distance ne réside pas dans les économies qu’elle ferait réaliser mais encore elle tend dans certains cas à alourdir les coûts. Au minimum correspond-elle à ce que Christian Depover et François Orivel décrivent comme une « convergence progressive entre les coûts de la Fad et ceux de l’enseignement présentiel »[4].
À quoi sert alors la formation à distance ? Bien sûr à permettre aux back door learners d’accéder à des ressources pédagogiques qui, sans elle, leur seraient inaccessibles. Mais elle sert aussi à introduire de la souplesse dans les programmes et les méthodes de formation traditionnels, à élargir la palette des moyens disponibles en renforçant la diversification des modes d’enseignement et d’apprentissage : individuel et collectif, simultané et asynchrone, présentiel et à distance, transmissif et appropriatif, etc., sollicités successivement ou simultanément selon les besoins et circonstances. En outre, dans les pays du sud et parfois dans ceux du nord, la mise en place de systèmes d’enseignement à distance s’accompagne d’autres applications, comme la télémédecine et le télétravail, qui en augmentent encore les externalités positives. Plus fondamentalement toutefois, la formation à distance véhicule un idéal d’enseignement démocratique auquel ses pionniers, Charles Wedemeyer dans le Wisconsin, Börje Holmberg en Suède, Rudolf Berdichevsky en URSS, Otto Peters en Allemagne et leurs successeurs jusqu’à aujourd’hui, cherchent semblablement à donner corps, par-delà les différences de conception pédagogique qui les séparent[5].