• Des #livres, des lecteurs, des lectures

    #Anne_Mangen, chercheuse de l’université de Stavanger, a mené une expérience pour évaluer la manière dont un lecteur appréhende un texte lu sur support #papier, comparativement à la manière dont est reçu le même texte lu sur #liseuse #Kindle. Chaque sujet devait lire la même nouvelle de vingt-huit pages1 puis répondre à des questions sur différents aspects du texte : personnages, intrigue, lieux, objets. Les résultats obtenus tendent surtout à indiquer une confusion significative, chez les lecteurs qui utilisent un Kindle, dans la reconstitution de l’enchaînement des événements du récit. La réponse émotionnelle au texte de chacun des groupes n’était, en revanche, pas différente. Les lecteurs sur Kindle avaient légèrement mieux mémorisé les objets mentionnés dans le texte.

    http://hyperbate.fr/dernier/?p=31255#identifier_0_31255


  • Les noces de Gorafi. Ou comment est mort le second degré.
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2014/08/les-noces-de-gorafi.html

    Le résultat est désormais palpable. Les filtres, éditoriaux et algorithmiques qu’ils nous proposent, nous livrent un monde qui n’a de valeur que si nous entretenons avec lui un rapport de premier degré attentionnel, et dont tout le « second degré » ne doit permettre que de nous ramener vers ce premier degré, ce degré zéro de l’attention, vers ce temps de cerveau disponible, celui pendant lequel il importe peu de savoir si cet article émane du Figaro ou du Gorafi, celui où la seule chose qui importe est que nous partagions cet article au maximum, souvent d’ailleurs sans même le lire, pour entretenir le flux constant, le défilement incessant, et les monétisations associées. Sysiphe remplissant le tonneau des Danaïdes, tout en postant des photos de chats et en fredonnant Mr (...)

    #actubiblio2

    • L’économie de l’attention est proche de l’impasse. Car elle doit exister au premier degré pour nous permettre d’en distinguer un second (degré). C’est à dire qu’elle doit permettre « d’économiser » notre mobilisation attentionnelle pour rester capable de distinguer le vrai du faux, le parodique de l’authentique. Mais les grands écosystèmes ont visiblement fait un choix inverse.

      Celui de maintenir à tout coût la profusion, et la confusion, pour continuer de dégager de substantielles marges attentionnelles. Les grands sites médias qui ne peuvent plus exister sans l’écho d’un Google ou d’un Facebook n’ont ni pu, ni su faire d’autre choix que celui de se plier aux règles attentionnelles édictées en les intégrant au coeur même de leurs routines d’écriture.

      Le résultat est désormais palpable. Les filtres, éditoriaux et algorithmiques qu’ils nous proposent, nous livrent un monde qui n’a de valeur que si nous entretenons avec lui un rapport de premier degré attentionnel, et dont tout le « second degré » ne doit permettre que de nous ramener vers ce premier degré, ce degré zéro de l’attention, vers ce temps de cerveau disponible, celui pendant lequel il importe peu de savoir si cet article émane du Figaro ou du Gorafi, celui où la seule chose qui importe est que nous partagions cet article au maximum, souvent d’ailleurs sans même le lire, pour entretenir le flux constant, le défilement incessant, et les monétisations associées. Sysiphe remplissant le tonneau des Danaïdes, tout en postant des photos de chats et en fredonnant Mr Trololo.

      Car en écho au délitement des logiques d’engagement au profit de logiques de clic, nos capacités attentionnelles se réduisent dans la sur-sollicitation constante :

      "The second big contributor to satire-blindness is our diminishing attention span. The average American attention span in 2000 was 12 seconds ; in 2013, it was eight seconds. This is less than the average attention span of a goldfish (nine seconds).

      #attention #médias #journalisme #écrit #lecture #trop
      On est foutu, on est blasé, on a trop et ça rend nigaud.



  • #livre #lecture Racisms: From the Crusades to the Twentieth Century
    #Francisco_Bethencourt

    Groundbeaking in its global and historical scope, Racisms is the first comprehensive history of racism, from the Crusades to the twentieth century. Demonstrating that there is not one continuous tradition of racism in the West, distinguished historian Francisco Bethencourt shows that racism preceded any theories of race and must be viewed within the prism and context of social hierarchies and local conditions. In this richly illustrated book, Bethencourt argues that in its various aspects, all racism has been triggered by political projects monopolizing specific economic and social resources.

    Bethencourt focuses on the Western world, but opens comparative views on ethnic discrimination and segregation in Asia and Africa. He looks at different forms of racism, particularly against New Christians and Moriscos in Iberia, black slaves and freedmen in colonial and postcolonial environments, Native Americans, Armenians in the Ottoman Empire, and Jews in modern Europe. Exploring instances of enslavement, forced migration, and ethnic cleansing, Bethencourt reflects on genocide and the persecution of ethnicities in twentieth-century Europe and Anatolia. These cases are compared to the genocide of the Herero and Tutsi in Africa, and ethnic discrimination in Japan, China, and India. Bethencourt analyzes how practices of discrimination and segregation from the sixteenth to the nineteenth centuries were defended, and he systematically integrates visual culture into his investigation.

    Moving away from ideas of linear or innate racism, this is a major interdisciplinary work that recasts our understanding of interethnic relations.

    http://press.princeton.edu/titles/10082.html

    #racisme


  • La traduction marathon du Journal de #Maïdan

    #Témoignage en direct du #soulèvement des Ukrainiens, le journal d’#Andreï_Kourkov couvre les événements de la #place_Maïdan du 21 novembre 2013 au 24 avril 2014. Destiné aux lecteurs européens, le #livre a été traduit dans l’urgence par Paul Lequesne et fabriqué au jour le jour par l’équipe des éditions Liana Levi afin de paraître avant le 25 mai 2014, date des élections anticipées.

    http://static.eyrolles.com/img/2/8/6/7/4/6/7/3/9782867467332_h430.jpg

    « Je ne pars pas. Je ne me dérobe pas à la réalité », telle est la position d’Andreï Kourkov qui, habitant à cinq cents mètres de la place Maïdan, suspend le 21 novembre 2013 l’écriture de son prochain roman pour rendre un témoignage au jour le jour de l’évolution du conflit en Ukraine. Le célèbre auteur du Pingouin destine d’emblée ce journal quotidien aux lecteurs européens. Le livre a ainsi été traduit en français, allemand, anglais, estonien, polonais et italien, mais ne paraîtra pas en Ukraine.

    https://www.actualitte.com/international/la-traduction-marathon-du-journal-de-maidan-51884.htm
    #lecture #Ukraine
    via @EmmanuelleTricoire
    cc @albertocampiphoto


  • #Bibliographie : #Libertinage, #libre_pensée, #irréligion, #athéisme, #anticléricalisme - 1

    La présente bibliographie, régulièrement mise à jour, ne prétend pas à l’exhaustivité, ni ne se substitue à d’autres déjà existantes sur des sujets identiques ou voisins (en particulier, Sergio Zoli, L’Europa libertina (secc. xvi-xviii). Bibliografia generale, Firenze, Nardini, 1997). Elle est aussi tributaire des recherches spécifiques présentées en séminaire et, de ce fait plus attentive à certaines thématiques qu’à d’autres, et surtout elle est centrée sur le début de l’époque moderne (xvie-xviiie siècle), tout en s’efforçant de ne pas négliger les autres périodes. Merci de nous signaler lacunes et fautes à cavaille@ehess.fr

    http://dossiersgrihl.revues.org/632

    #lecture


  • Interview On Art And The City: Nicolas Whybrow On #Lefebvre, Public Art, #Banksy, Researching And More.

    I came across the book Art and The City by #Nicolas_Whybrow a few weeks ago. My deep interest in the relationship between artworks and the urban realm consequently made me read the book which gives a comprehensive coverage of the ways in which art affects the city in contemporary urban life. I contacted Dr. Nicolas Whybrow who is Associate Professor (Reader) in the Department of Theatre and Performance Studies at the University of Warwick, for an interview regarding his book. This interview covers some important themes of the ways in which art (including public art) affects the city and why it is important for urban dwellers to develop an appreciation for art.

    http://utstatic.a.cdnify.io/wp-content/uploads/2014/07/city.png
    http://urbantimes.co/2014/07/interview-on-art-and-the-city-nicolas-whybrow-on-lefebvre-public-art-rese

    #livre #lecture #art #ville #géographie_urbaine #urbain


  • The #Anthropology of #Security
    Perspectives from the Frontline of Policing, Counter- #terrorism and #Border Control

    http://www.plutobooks.com/display.asp?K=9780745334578#

    In a post-Cold War world of political unease and economic crisis, processes of securitisation are transforming nation-states, their citizens and non-citizens in profound ways.
    The book shows how contemporary Europe is now home to a vast security industry which uses biometric identification systems, CCTV and quasi-military techniques to police migrants and disadvantaged neighbourhoods. This is the first collection of anthropological studies of security with a particular but not exclusive emphasis on Europe.
    The Anthropology of Security draws together studies on the lived experiences of security and policing from the perspective of those most affected in their everyday lives. The anthropological perspectives in this volume stretch from the frontlines of policing and counter-terrorism to border control.

    About The Author:

    Mark Maguire is Head of Anthropology at the National University of Ireland Maynooth.
    Catarina Frois is Assistant Professor at the Department of Anthropology, Lisbon University.
    Nils Zurawski is Visiting Professor in Security, Social Conflicts and Regulation at the University of Hamburg.

    http://www.plutobooks.com/localjackets/m/9780745334578.jpg

    Table of contents:

    1: Sarkozy and the Roma: Performing Securitisation, by Marion Demossier
    2: Video-Surveillance and the Political use of Discretionary Power in the Name of Security and #Defence, by Catarina Frois
    3: Location, Isolation, and #Disempowerment: The Swift Proliferation of Security Discourse among Policy Professionals, by Greg Feldman
    4: Compensating (In)Security: Anthropological Perspectives on Internal Security, by Alexandra Schwell
    5: Petty States of Exception: The Contemporary Policing of the Urban Poor, by Didier Fassin
    6: Counter-terrorism in European Airports, by Mark Maguire
    7: Whose Security? The Deportation of Foreign-national Offenders from the UK, by Ines Hasselber
    8: Grey Zones of Illegality: Inhuman Conditions in Receiving Irregular #Migrants in Greece, by Jutta Lauth Bacas
    Conclusions
    Security: Encounters, Misunderstanding and Possible Collaborationsm, by Didier Bigo
    Contributors
    Index

    #anthropologie - #sécurité #pauvreté #illegalité
    #migration #terrorisme #défence


  • Une proposition de lecture - invitation aussi - de The Heart is a Lonely Hunter de Carson McCullers. Signé Q.

    Nous allons nous intéresser au premier roman de l’auteur américain Carson McCullers (1917-1967), de loin son œuvre la plus forte. D’emblée le titre -bien qu’il ne soit pas de l’invention de Carson, qui souhaitait intituler son roman The Mute- nous indique le thème principal du roman, puisqu’il juxtapose l’amour et la solitude : The Heart is a Lonely Hunter. En premier lieu, nous allons donner une lecture personnelle de l’oeuvre, basée sur la notion d’éléments, si chère à Gaston Bachelard. Nous expliquerons la construction de l’oeuvre, ainsi que la destruction qui y a lieu à partir des quatre éléments. Ensuite, nous soulignerons la place fondamentale de la main, organe majeur dans l’activité de tout écrivain, et tenterons d’en percer le symbolisme. Et enfin nous verrons comment Carson McCullers met en abîme la création littéraire dans son roman.

    Au risque de paraître simpliste, nous pouvons avancer que la structure du roman se résume à la révolution de quatre personnages autour d’un cinquième qui est assimilé à Dieu. En effet, Mick Kelly, Biff Brannon, Jake Blount et Docteur Copeland orbitent autour de l’énigmatique Singer. Chacun à son tour vient lui causer de ses ambitions, de ses désirs, de ses idéaux, sans attente de réponse puisqu’ironiquement, celui qui porte un prénom qui chante ne peut communiquer qu’avec ses mains.

    Le premier personnage qui vient rendre visite à Singer est l’adolescente Mick Kelly. Sa passion est la musique, comme le prouvent les passages enchantés où elle évoque Mozart et la troisième symphonie de Beethoven. Nous pensons notamment à la scène où elle escalade une maison abandonnée et où elle se remémore des petits fragments de musique. Nous l’associerons donc à l’élément air, qui symbolise ses activités physiques et musicales. D’ailleurs, Mozart, son compositeur préféré, en plus d’être du signe du verseau, est le compositeur le plus aérien que la terre ait connu. On raconte même qu’il aurait été inspiré, pour la composition du concerto n° 17 pour piano, par son animal de compagnie qui n’était autre qu’un canari. Nous ne sommes pas surpris de croiser l’oiseleur dans l’opéra Die Zauberflöte. Symbole de l’esprit, l’air est littéralement la source d’inspiration, celui qui insuffle la vie. Ce qui n’est guère étonnant puisque derrière les traits de Mick nous reconnaissons Carson elle-même.

    De même, nous attribuerons à Jake Blount une parenté avec l’élément feu, à cause de la veine qui traverse son front tout le long du roman, mais aussi vue son addiction à l’alcool -qui n’est pas sans rappeler l’intempérance de McCullers-. En effet, des phrases telles que : ’The red corded vein in Jake’s forehead swelled angrily.’ (p. 136), ou encore telles que : ’the vein in Jake’s forehead throbbed wildly’ (p. 141) ponctuent le roman, telles un leitmotiv. Nous faisons certes un raccourci entre le caractère sanguin, et l’élément feu, mais si nous pensons en plus à la nature inflammable de l’alcool, nous pouvons définitivement attribuer l’élément feu à Jake. L’alcool devient une métaphore de l’écriture, puisque, réveillant les désirs enfouis de Jake, il délie sa langue.

    L’élément eau est représenté par Docteur Copeland et sa fille, Portia, d’un côté à cause des crachats du père -atteint d’une maladie des poumons-, et d’un autre côté vue la fluidité de la langue de Portia. Quand Portia parlait, ’Copeland did not listen to the words but her voice had a rythm -a start, a middle, and an end-. Then when she was finished she began all over.’ (p. 225). La voix de Portia est décidément très chantante : ’there was a slow coloured song in her mind’ (p. 237). Une très belle image maritime confirme notre assertion, et que nous citons pour sa beauté :

    ’Portia spoke in a low voice, and she neither paused between words nor did the grief in her face soften. It was like a low song. She spoke and he could not understand. The sounds were distinct in his ear but they had no shape or meaning. It was as though his head were the prow of a boat and the sounds were water that broke on him and then flowed past. He felt he had to look behind to find the words already said’.

    Et tandis que Mick représente l’air, que Jake est le feu, et que les Copeland sont régis par l’eau, Biff Brannon est le terrien qui tient un bar et qui reçoit la visite des autres personnages.

    Or il s’avère que les quatre éléments viennent s’échouer sur Singer, le dieu silencieux. Une mise en scène d’un suicide s’opère. C’est le drame d’un monde qui s’écroule. Et l’on ne s’étonne guère que le sort de Singer lui-même soit le suicide. On peut même aller plus loin et stipuler que cette mise en scène est la projection de l’intériorité de McCullers, dont la psyché était quelque peu bancale. L’effondrement peut se lire entre les lignes, ainsi que de manière figurée, et nous citerons pour cela une description du ciel qui semble de mauvais augure : ’the sky was curved, like the inside of a huge glass ball, very dark blue with the sprinkles of bright stars’ (p. 108). A défaut de pouvoir parler de ’pathetic fallacy’, nous dirons plutôt que l’auteur procède ingénieusement à un ’displacement’ pour représenter l’enfermement grâce à l’image du ciel concave, rappelant la courbe d’un bol inversé qui enfermerait et condamnerait la cité.

    Le corps et l’esprit allant de paire, nous remarquerons que la représentation du corps chez McCullers trahit les problématiques qu’elle a pu avoir de son vivant. En effet, non seulement les genres ne sont ni précis ni précisés -nous pensons à la tirade de Biff Brannon où il nie toute différence entre les genres, puisque les hommes vieillissant ont la voix fluette et puisque les femmes ont de la moustache avec l’âge-, mais la main occupe en plus une place prépondérante dans ce premier roman, tout comme dans toutes ses autres œuvres. Notons l’avidité avec laquelle la jeune pianiste observe les mains de son professeur dans ’Wunderkind’, et relevons la juxtaposition des mots ’hunt’ et ’hand’, qui rend la main si proche du titre lui-même : ’when her hands hunted out these beautiful new sounds it was the best feeling she had ever known’ (p. 144). Mais ce qui voudrait dire aussi que l’écriture est une partie de chasse.
    La main est un symbole de frustration, que ce soit dans le cas de Harry Minowitz qui donne des coups de mains à l’air, croyant que les Nazis y sont, ou dans le cas de Brannon qui réfrène l’envie de toucher Mick : Biff Bannon ’He wanted to reach out his hand and touch her sunburned, tousled hair’ (p. 109). Ou encore dans le cas du belliqueux Jake Blount, qui n’a pas la main dans sa poche -l’anglais dirait ’handy with the mits-, mais qui finit par se ronger les ongles par dépit : ’[Jake] sat on the edge of the unmade bed and gnawed savagely at the broken, dirty ends of his fingernails’ (p. 137). Mais c’est aussi le moyen de communication entre Singer et son bien-aimé Antanapoulos. Même si Singer ne pouvait être sûr de rien : ’Singer never knew just how much his friend understood of all the things he told him. But it did not matter’ (p. 8). Mais dès qu’Antanapoulos n’est plus là, la main de Singer devient un fardeau : ’His hands were a torment to him. They would not rest. They twitched in his sleep, and sometimes he awoke to find them shaping the words in his dreams before his face [..] then when he realized he was like a man caught talking aloud to himself. It was almost as though he had done some moral wrong’ (p. 182). De même sa langue s’engourdit, à tel point qu’il a l’impression d’avoir une baleine dans la bouche, image qu’on retrouve plus tard dans la bouche de Portia : ’our tongues rot in our mouths from lack of use’ (p. 171). La main, outil de communication, devient l’interprète d’un problème de communication.

    Cela-dit, la main est aussi l’instrument de la masturbation, comme c’est le cas pour Antanapoulos, qui est taxé d’indécence à plusieurs reprises. En effet, son comportement régressif et infantile comprend ’a certain secret solitary pleasure’. Dès lors la masturbation deviendra métaphore de l’écriture, puisqu’au sens figuré, les quatre personnages viennent tour à tour se masturber devant Singer, et non communiquer avec lui. Nous n’oublierons pas de mentionner la main de Brannon qui va souvent rejoindre ses parties génitales.

    Une main invisible mais que l’on devine aisément si on n’écoute le texte, est celle qui orchestre les voix. Véritable chef-d’orchestre, la main de McCullers compose une véritable symphonie des éléments, et où un quatuor sublime en ’free indirect speech’ s’élève, du point de vue de Singer, grâce à un narrateur omniprésent qui nous livre les pensées du muet. ’he watched the words shape on their lips’. La voix de Copeland s’élève en premier, sans prévenir : ’We Negroes want a chance to be free at last. And freedom is only the right to contribute. [..] But you are the only white man I have ever encountered who realizes this terrible need of my people’. Aussitôt, la voix de Kelly prend le relais : ’You see mister Singer ? I got this music in me all the time. I got to be a real musician. [..] I mean to travel in a foreign country where there’s snow’. L’enchaînement est immédiat, avec la voix de Jake : ’Let’s finish up the bottle’. Pour Brannon, l’auteur change de ton et de voix : ’The last one rubbed his nose. He did not come often and he did not say much’. Ce passage, d’une forte musicalité, offre non seulement la preuve que Singer comprenait tout ce que les autres lui disaient mais qu’il faisait seulement semblant de ne pas saisir, mais aussi une apogée de la narration qui annonce en quelque sorte l’effondrement à venir.

    La main invisible de l’auteur ou du chef-d’orchestre laisse des traces dans le roman, et symbolise le processus d’écriture lui-même. Par le truchement de Mick qui écrit sur les murs d’une maison abandonnée par exemple, McCullers nous livre le malaise de Mick, qui n’est autre que le mal-être de McCullers elle-même. En enffet, on apprend que Mick trace sur un mur les trois noms d’Edison, Dick Tracy et de Mussolini, et qu’ensuite, sur le mur opposé, elle écrit avec de la craie de couleur un mot très vilain, à savoir ’Pussy’. L’écriture sur le mur est un classique de la littérature, qu’on peut retrouver dans le cinquième livre de Daniel, lorsqu’une main coupée trace les mots ’mene mene tekel upharsin’ que le prophète Daniel déchiffre ensuite. Il s’agit ici de cette même main. Elle signe des messages bibliques anonymes, dont Jake tente de retrouver l’auteur. ’On the wall a message was written in bright red chalk. No one was in sight. Then on Friday there was a long, slow winter rain. The wall was sodden and the messages streaked so that no word could be read. The rain continued, grey, bitter and cold’. Curieusement, ces mots s’effacent, vont rejoindre le néant. Ce qui semble confirmer notre hypothèse de l’écroulement et de la désintégration de la psyché que nous avons défendue dans notre première partie. Par le biais de la main invisible, c’est tout le processus de l’écriture, qui est très liée à la masturbation, qui est mis en scène. Jake lui même se met à l’oeuvre, ce qui donne une très belle mise en abîme où on croirait presque entendre les procédés de McCullers elle-même : ’he wrote brief sentences. He tried to word them so that a passer-by would stop and ponder over the meaning. So that a man would wonder. So that a man would think’. Ce der,nier rythme ternaire confirme la musicalité de son écriture, ainsi que sa grande inspiration biblique. Singer est non seulement une figure divine, mais aussi une figure christique : il meurt à trente-trois ans, sans noter l’allusion ’Jesus wept’.

    La musicalité est mise en avant, de façon à ce que le sens cède la place au rythme. La question d’herméneutique est abordée, puisque la langue est utilisée pour sa beauté, et non à dessein de communiquer : ’of course he didn’t know what all the sentences meant, but she didn’t say them for the sense they made, anyway’ (p. 94). La communication s’avère stérile, et seule la musique compte.

    Nous aurons donc tenté une approche ’élémentaire’ de The Heart is a Lonely Hunter, afin d’illustrer la mort de la psyché qui se met en place dans une oeuvre où l’écriture elle-même est mise en scène, ainsi que l’art de manière générale. Il suffit pour cela de se remémorer la composition artistique de Biff Brannon, trompe-l’oeil qui amène à des questions plus générales sur la nature et le but de l’art.

    Bibliographie

    Carson McCullers, The Mortgaged Heart, Penguin Classics, 2008.
    Carson McCullers, The Heart is a Lonely Hunter, Penguin Books, 2008.
    Carson McCullers, Illumination and Night Glare, University of Wisconsin Press, 1999.


  • Extraits de ’Lust for Life’ - biographie de Vincent Van Gogh - par Irving Stone. Traduction et choix de citations de Quetzalcoatl :

    Pour agir au mieux en ce monde, l’on doit mourir à soi. L’homme n’est pas censé être sur terre uniquement dans le but d’être heureux, non plus pour être simplement honnête ; il est ici pour réaliser de grands desseins pour l’humanité entière, pour atteindre une certaine noblesse et ainsi dépasser la vulgarité où patauge la grande majorité. p. 19

    Propos de Da Costa à Amsterdam : « Ce que les autres pensaient n’avait strictement pas de poids. Rembrandt devait peindre. Qu’il peingnât mal ou bien n’avait aucune espèce d’importance. Peindre était ce qui ramassait sa substance d’homme. La valeur suprême de l’art, Vincent, repose dans l’expression qu’il offre à l’artiste. Rembrandt suivait ce qui était son chemin ; ce qui le justifiait. Quand bien même son travail aurait été sans valeur, il aurait eu mille fois plus de qualité que s’il avait décidé d’ignorer son désir et de devenir le marchant le plus aisé de tout Amsterdam. p. 37

    La qualité de sa persévérance et de sa loyauté à son idée, voilà ce qui importe le plus, et pas seulement la qualité de son travail. p. 37

    Un jour tu t’exprimeras pleinement, quelque soit le médium que tu choisiras. p. 38

    J’ai senti la qualité de ce qui rassemble l’homme que tu es. Et je sais qu’elle est bonne. A plusieurs reprises tu penseras te tromper, mais au bout du compte tu t’exprimeras, et cette expression justifiera toute ta vie. p. 39

    Connais-tu l’anecdote au sujet de Rubens ? Il servait la Hollande comme ambassadeur auprès de l’Espagne et avait pris l’habitude de consacrer ses après-midi à son canevas dans les jardins royaux. Un jour, un sujet de la cour espagnole, joyeux de son fait, venait à passer, et remarqua : « Je vois que le diplomate s’amuse de temps en temps en s’adonnant à la peinture », ce à quoi Rembrandt rétorque : « Non, c’est tout le contraire : c’est le peintre qui se distrait quelquefois en se livrant à la diplomatie ». p. 95-96

    Il faut qu’une femme souffle sur toi pour que tu sois homme. Michelet. p. 140. (en français dans le texte)

    Il savait qu’il tenait à son travail plus qu’il ne tenait à Kay – Kay qui ne voulait pas de lui dois-je préciser -. S’il avait dû choisir entre les deux il n y aurait pas eu la moindre once de doute dans son esprit. Cependant son trait en avait pris un coup. Il n’avait plus le même entrain à travailler. p. 146

    Mais à présent son rhythme s’amplifiait de jour en jour, et bientôt le délire le plus dément, le plus magnifique, le plus irrésistible de tous allait voir le jour. La fièvre de la création s’entend. p. 177

    J’aimerais mieux ne rien dire que de m’exprimer faiblement. Millet. p. 197 (en français dans le texte)

    Vincent était toujours en devenir ; jamais dans l’état d’être arrivé à quelque chose. p. 224

    L’art c’est un combat ; dans l’art il faut y mettre sa peau. Millet. p. 229 (en français dans le texte)

    Mais c’est tellement facile d’aimer Margot.
    Ah ?
    Oui, je le pense. C’est être aimé en retour qui est difficile. p. 255

    On commence par une terrible lutte pour suivre la nature, et là tout sonne faux. Et puis on finit par créer calmement, selon sa propre palette, et la nature en convient et s’y plie.
    On croit que j’imagine,---ce n’est pas vrai---je me souviens. p. 286.

    [..] Il essaya de travailler avec des fines couches de couleur plutôt que de riches giclées. Nul secours cependant. A plusieurs reprises il sentit qu’il tatônnait vers un médium qui serait non seulement unique, mais qui lui donnerait les moyens de dire tout ce qu’il lui tenait à cœur de dire. Sans tout à fait le saisir cependant. p. 365

    Non, ce que je veux dire est que tu es incapable d’établir une franche rupture d’avec tes maîtres. Je serai terriblement seul sans toi Vincent, mais je sais que tu dois partir. Quelque part en ce vaste monde, un site doit exister qui pourrait devenir tout à fait tien. Je ne sais où il peut se trouver ; c’est à toi de le découvrir. Une chose est sûre : il te faut rompre avec ta vie d’écolier sans quoi il te serait impossible d’arriver à maturité. p. 366

    Peut-être que ce qui me fait défaut pour arriver à maturité est un soleil ardent. Je suis gelé jusqu’à la moëlle par cet hiver parisien Theo, et il me semble qu’un peu de ce froid s’est infiltré dans ma palette et jusqu’à mes pinceaux. Je n’ai jamais été du genre à faire les choses à moitié ; une fois que je pourrais laisser le soleil d’Afrique chasser le froid mon corps et mettre le feu à ma palette.. p. 366

    Mon cher Théo,
    Je suis sur mon chemin vers Arles. Je t’écrirai sitôt arrivé là-bas.
    J’ai accroché quelques uns de mes tableaux sur les murs pour que tu ne m’oublies pas.
    Je te serre la main en pensée,
    Vincent. p. 369

    Le soleil arlésien frappa Vincent entre les yeux et le dilacéra. C’était une spirale liquide de feu couleur citron, dardant depuis un ciel bleu et dur, et envahissant l’air d’une lumière aveuglante. L’écrasante chaleur et la vive clarté de l’air créaient un mnde nouveau et inconnu. p. 370

    L’envie de réussir avait déserté Vincent. Il travaillait désormais parce qu’il devait le faire, que cela le gardait à l’abri de trop de souffrance en lui distrayant l’esprit. Il pouvait se passer de femme de maison et d’enfants. Il pouvait se passer d’amour de confort et de nourriture ; il pouvait même se passer de Dieu. Mais il ne pouvait en revanche se passer de quelque chose qui le dépassait, qui était sa vie même : le pouvoir de et la capacité à créer. p. 378

    Il tentait de parvenir à quelque chose d’absolument chagriné, et donc de totalement déchirant. p. 384

    Il avait emmené le livre de Delacroix. Il fouilla dans la boîte, le retrouva, et pressa la couverture de cuir contre son cœur. Cette sensation le rassura. Il n’appartenait pas au nombre d’aliénés qui l’entouraient, mais au grand maître dont les mots sages et réconfortants volaient à travers la reliure rigide et jusqu’à son cœur. p. 439-440

    Ce fut une phrase de Delacroix qui lui insuffla finalement la force nécessaire pour se relever de son lit. ’J’ai découvert la peinture quand je n’avais plus de dents ni de souffle’. p. 453

    La vie de l’art était fracassante ; il le savait quand il n’était qu’à ses débuts. Pourquoi se mettrait-il à se plaindre sur le tard ? p. 455

    Quelque temps après, alors que Johanna lisait sa Bible en quête de réconfort, elle tomba sur ce passage du livre de Samuel :
    ’Et en leur mort ils n’étaient point séparés.’


  • Caliban et la sorcière
    http://livrescritique.blog4ever.com/caliban-et-la-sorciere

    Silvia Federici soulève une question passionnante dans cette recherche cadrée au millimétre près : « Comment expliquer l’exécution de centaines de milliers de “sorcières” à l’aube de l’époque moderne ? » (p.23). Abordant la façon dont notre société s’est privatisée à la fin du moyen âge, elle explique comment les enclosures matérielles ( privatisation des biens communs accessibles aux serfs ) ou morales ( la confession ) ont accompagné la grande terreur d’Etat instaurée sous couvert de chasse aux sorcières ; il s’agissait, assure l’auteure, “de détruire le pouvoir des femmes”, notamment en matière de maîtrise de la procréation. Silvia Federici défriche ces événements dramatiques à la lueur de l’analyse sociale, ce qui offre des clés de compréhension aussi dérangeantes qu’iconoclastes. Résultat immédiat : la lecture de ce livre - que dis-je ? de cette déflagration intellectuelle - fait considérer l’histoire et la réalité sous un angle radicalement différent. Une recherche fouillée , aussi érudite que limpide, à ne surtout pas manquer.

    http://www.entremonde.net/IMG/arton44.jpg

    #histoire


  • #livre #parution #lecture FERRETTI Federico, #Elisée_Reclus : pour une #géographie nouvelle, Paris, Editions du CTHS, 448 p.

    La #Nouvelle_Géographie_universelle d’Élisée #Reclus publiée chez Hachette entre 1876 et 1894 est le résultat d’une vingtaine d’années de recherche avec de nombreux collaborateurs. Parmi eux, #Pierre_Kropotkine et #Léon_Metchnikoff, #exilés politiques avec lesquels E. Reclus formait un véritable #réseau_intellectuel. L’une des caractéristiques de cet ouvrage est qu’il essaie pour la première fois de relativiser le poids de l’Europe dans les dynamiques planétaires, en inaugurant une pensée anticoloniale. En puisant dans les archives inédites du géographe-anarchiste, #Federico_Ferretti parvient à reconstituer au quotidien la fabrique matérielle de cette œuvre monumentale à travers sa dimension politique et l’actualité de ses questionnements. Ce travail invalide définitivement les mythes romantiques sur Reclus géographe « isolé » ou « maudit », en montrant l’insertion de cet intellectuel engagé dans le contexte de la production du savoir à son époque. http://cths.fr/ed/edition.php?id=6603

    http://raforum.info/reclus/local/cache-vignettes/L422xH651/Couverture-2-e3767.jpg
    http://raforum.info/reclus/spip.php?article454&id_document=165#documents_portfolio

    #anticolonialisme #anarchisme #géographie_anarchiste

    Photo de couverture de @albertocampiphoto


  • #BD #livre #lecture : Retour au Kosovo

    Il y a une quinzaine d’années, le Kosovo est devenu le théâtre d’une #guerre civile, aux franges de l’Europe. Kosovar, #Gani_Jakupi a quitté son pays en proie au conflit avant de revenir au Kosovo après la fin des combats en 1999, pour retrouver sa famille et pour témoigner.

    Il explore les douloureuses questions qui se posent quand les armes se taisent et que la vie doit reprendre ses droit.

    Le dessinateur Jorge González sert l’écriture de ce récit marqué par l’émotion.

    Ces deux grands auteurs nous offrent un récit singulier et saisissant, qui parvient à mêler l’Histoire et l’intime.

    https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/t1.0-9/q80/s720x720/10301429_762787857077443_9116016897860227531_n.jpg
    http://www.bdfugue.com/retour-au-kosovo-tome-1-retour-au-kosovo-t1


  • Reading List: immigration rights and challenges around the world

    As instability in the Middle East and North Africa continues, thousands of migrants a month are attempting to reach Europe via unsafe boats and under the eyes of violent traffickers. Last week, Italian police arrested five men on suspicion of murdering more than 100 migrants as they attempted to cross from Africa to Europe, shedding light on the human rights issues connected to immigration. Here we bring together a selection of books on borders, immigration rhetoric, and the rights of migrants.

    http://blogs.lse.ac.uk/lsereviewofbooks/2014/07/28/reading-list-immigration-rights-and-challenges-around-the-world

    #lecture #livres #migration #frontière #droit_des_migrations



  • Je hais les algorithmes | Page 42 : le site de Neil Jomunsi
    http://page42.org/je-hais-les-algorithmes

    Je déteste profondément les algorithmes : ces formules mathématiques, qui n’ont de la logique que l’apparence mécanique, font pousser les crises économiques plus vite que des mauvaises herbes et pourrissent mes écrans de publicités aussi ineptes qu’impromptues. Je hais particulièrement les algorithmes de recommandation, et notamment celui d’Amazon, qui, quand il ne me conseille pas d’acheter mes propres livres, se contente de me suggérer d’acquérir les livres dont j’ai simplement visité la page, quelquefois par erreur, ou ceux que d’autres clients ont achetés dans la foulée de ceux-ci. J’aime bien les histoires qui mettent en scène des robots, mais laissez-moi vous dire que, jusqu’à présent, je trouve qu’ils ont des goûts littéraires de chiotte et la cohérence d’un chat bourré devant une balle rebondissante.

    #algorithme #goûts #déshumanisation #technicisme #lecture


  • #Lebanese_University #lecturers to protest Thursday for contracts
    http://english.al-akhbar.com/content/lebanese-university-lecturers-protest-thursday-contracts

    Lebanese University (LU) lecturers renewed calls Wednesday for full-time contracts and the appointment of new deans to the state-run university in a statement carried by the National News Agency. The striking faculty members also announced a protest outside the Grand Serail — the prime minister’s headquarters — to urge the government to respond to their demands. read more

    #Beirut #Lebanon


  • #livre #lecture:
    Paremos los vuelos. Las deportaciones de inmigrantes y el boicot a Air Europa

    Cada año, el Estado español fleta más de cien vuelos de deportación para la expulsión de miles de personas migrantes. Las compañías aéreas Air Europa y Swift Air han firmado con el Ministerio del Interior un contrato de 24 millones de euros para la realización de los vuelos de deportación entre los años 2013 y 2015. La Campaña Estatal por el Cierre de los CIE y otros colectivos contra las fronteras hacemos un llamamiento al boicot a estas dos compañías aéreas y a todo el grupo empresarial Globalia, al que pertenece #Air_Europa.
    Nos negamos a naturalizar los vuelos de deportación, nos negamos a que formen parte de nuestra normalidad. La lucha por evitar que dispositivos represivos tan atroces se conviertan en normales va mucho más allá de la política de extranjería. Frente a un universo de relaciones económicas, sociales y políticas que permite encontrarle un lugar –aunque oscuro y tenebroso– a los Centros de Internamiento y a los vuelos de deportación; frente a una realidad sociopolítica en la que se han hecho posibles, a la luz del día, las redadas racistas y las alambradas, debemos construir las condiciones para que cada uno de estos actos –y con cada uno de ellos el conjunto de la política migratoria– sean, directamente, inimaginables.

    http://www.localcambalache.org/libros/imagenes/paremos_los_vuelos.jpg

    http://www.localcambalache.org/libros/comentarios_libros/paremos_los_vuelos.htm

    #renvoi #déportation #expulsion #CIE #Espagne #campagne #boycott #avion


  • Mardi prochain, nouvel épisode de L’Esthétique de la résistance de Peter Weiss http://www.imagine3tigres.net/spip.php?article287
    Octobre 1937, Espagne, à l’arrière du front, avec les blessés des Brigades internationales - ils veulent comprendre les conflits qui opposent mortellement communistes, anarcho-marxistes du POUM, trotskystes, etc. Comment le Parti communiste, d’abord force insignifiante, devient le parti hégémonique.
    Chaque fois que je prépare ces lectures, une fois par mois, j’essaie de comprendre, je dois comprendre d’où vient la puissance de ce texte - puissance à la fois angoissante et libératrice.
    #PeterWeiss #résistance #lecturevoixhaute


  • Pour en finir avec l’histoire du soir lue aux enfants | Slate.fr
    http://www.slate.fr/culture/87699/pour-en-finir-avec-histoire-du-soir
    #éducation #lecture #enfants #paternité #partage

    La vérité, c’est que si les pères veulent participer davantage à la vie de l’enfant et cesser de se comporter comme des « idiots » en évitant de s’acquitter des tâches, ça n’est certainement pas par l’histoire du soir qu’il faut commencer. Participer davantage aux tâches ménagères, prendre les journées enfants malades, préparer les repas, emmener l’enfant chez le pédiatre sont autant d’activités qui permettront aux hommes de s’impliquer davantage. Lire un livre n’est en aucun cas à ranger du côté des soins à apporter à l’enfant. Le nourrir, l’habiller, oui... lui lire 12 fois la même histoire de « Petit Ours brun », non.

    Toute activité contrainte avec un gosse n’est pas une très bonne idée. Par exemple, je n’aime pas beaucoup jouer. Je sais, c’est moche, mais je ne retire pas de plaisir dans le jeu. Du coup, j’ai très peu joué avec la fille en lui expliquant que ça m’emmerdait trop pour que ce soit sympa pour elle. Mais son père adore... Par contre, je partage mon goût de la lecture et de l’escalade avec ma fille... ce qui arrange aussi bien son père.
    Après faire le ménage fait chier tout le monde à la maison, donc on s’y colle ensemble, avec de gros trémolos dans la voix.

    L’idée générale est que dans le partage des tâches, chacun prend une option sur ce qu’il préfère ou qui lui est le moins pénible. Ensuite, les tâches orphelines ou survalorisées sont partagées collectivement.


  • Weaving the World’s Stories Like an Expert Carpet-Maker - Facts So Romantic
    http://nautil.us/blog/weaving-the-worlds-stories-like-an-expert-carpet_maker

    http://static.nautil.us/3378_2e2c080d5490760af59d0baf5acbb84e.jpg

    To explain her motivations as a writer, Anna Badkhen quotes the Polish poet Zbigniew Herbert: “you have little time / you must give testimony.” Badkhen recently stopped by the Nautilus office to sit for an interview and take us behind the scenes of, “The Men Who Planted Trees,” her cover story for the Spring 2014 Nautilus quarterly. The title refers to a village of fishermen in Mali who are reforesting a stretch of the Bani River to stem the mudslides that threaten their livelihoods. “They became volunteer conservationists, planting back the bush,” she writes. You can see a preview of the article online, or read the whole story by buying the issue or subscribing to the print magazine. Badkhen met the villagers while walking across West Africa with nomadic Fulani cattle-herders while doing (...)


  • #livre #lecture : Confessioni di un trafficante di uomini

    Per la prima volta parlano gli uomini che controllano il traffico dei migranti. Un sistema criminale che gli autori di questo libro hanno potuto raccontare dopo aver percorso le principali vie dell’immigrazione clandestina, dall’Europa dell’Est fino ai paesi che si affacciano sul Mediterraneo. Ecco cosa si muove dietro la massa di disperati che riempiono le pagine dei giornali. Una montagna di soldi, un network flessibile e refrattario alle più sofisticate investigazioni. La testimonianza dei protagonisti conduce dentro un mondo parallelo che nessuno conosce. Ora finalmente possiamo vedere in presa diretta la più spietata agenzia di viaggi del pianeta.

    http://ecx.images-amazon.com/images/I/41XJvuyS%2BmL._SY445_.jpg

    –-> Je n’aime pas du tout ce résumé du livre, mais je n’ai pas encore lu le livre pour en faire une critique...
    Ce que je n’aime pas :
    – on parle d’immigration « clandestine » —> le terme que je n’aime pas du tout ! Et en plus, certains migrants qui utilisent les passeurs pour passer la frontière sont des réfugiés, et donc pas « clandestins »
    – on met l’accent sur le « système criminel » des passeurs... mais la réalité est bien plus complexe et différenciée (v. notamment ce livre que je suis en train de lire : http://www.oapen.org/search?identifier=340140)
    – Le résumé parle de « masse de désespérés ». Les migrants ne sont pas des « désespérés ». Certains ont décidément la vie plus dure que d’autres, mais, ils ont toujours des choix (même si très limités parfois). Et des gens qui quittent leur pays car ils fuient une guerre, eh bhein, certains ont de l’argent (et beaucoup). Ils sont tous dans une situation difficile, ils ont tous besoin d’aide, mais certains peuvent ne pas être du tout « désespérés ».

    Quelques citations du livre de #Van_Liempt (http://www.oapen.org/search?identifier=340140) :

    As Zhang and Chin (2003) argue, it is not necessary to have largescale criminal organisations involved in smuggling; the practice is a consensual affair and migrants are willing to let themselves be smuggled, simply because there are no alternatives. For the smugglers, it is important that people are transported successfuUy not only to earn money, but also to preserve their good reputation (Bilger et al. 2006, Van Liempt 2006b). Smugglers depend on stories of their successes to keep the business going. Another interesting point is that a link to the mafia or involvement in organised crime is not necessarily an advantage; it is even better for smugglers to have the reputation of ’helper’, not criminal. Who would deliberately want to migrate through a violent criminal organisation? Usually people try to avoid smugglers who are only in the business for money; they deliberately look for smugglers who have other reasons for being involved, or at least make it seem so. (Van Liempt 2007: 46)

    Involvement in smuggling does not necessarily mean ’business’. For example, family members, political parties, and churches may be involved in helping people cross borders as an alternative to legal travel options. In sorne studies, smugglers are seen as being part of, or as extensions and substitutes to, migrants’ social networks (Koser 1997; Staring 2001). (Van Liempt 2007: 44)

    Economie hardship, poverty, and the lack of work opportunities are believed to produce economic migrants, while political violence, human rights violations, and war produce refugees. In reality, it is more often a combination of motives that finally leads to the decision to migrate. The degree of choice people have differs. No doubt the decision to migrate is harder to make under conditions of extreme stress, but ’forced’ migrants also actively make choices regarding migration. As Van Hear observes, almost all migration involves sorne compulsion, as well as sorne choices, so that forced migrants make choices, albeit within a narrower range of possibilities (1998: 42). Thus, the same decision-making process is at hand for economic migrants as for political asylum seekers. In reality, there exists a continuum that is anchored on one side by those who have sorne freedom of choice - whether, when, and where to move - and on the other, by those who see no other option than to migrate and have little to say in the process. Involuntary migration is therefore an extreme situation in which the decision to leave is more self-evident, but the need to decide when and where to move nonetheless exists. (Van Liempt 2007: 74)

    http://www.chiarelettere.it/libro/reverse/confessioni-di-un-trafficante-di-uomini-9788861903746.php

    #migration #frontière #trafiquant #smuggling #passeur #stéréotype

    cc @reka

    • Et puis il y a les termes de « #trafiquant » et « #passeur », qui ne sont pas si faciles à distinguer (mais bien sûr, on parle ici de « trafficante » car c’est certainement plus vendeur).
      Encore Van Liempt :

      → Smuggling and trafficking are mostly distinguished by the fact that the latter implies the involvement of victims, but smuggling does not. In terms of smuggling, emphasis is placed on the ’illegal’ movements of migrants across international borders. For trafficking, border crossing is not, by definition, necessary; the focus falls instead on coercion and exploitation. Smuggled migrants are considered more or less free to enter the process, while trafficked migrants are not. As such, definitions of smuggling and trafficking are based on the assumption that there is a clear-cut demarcation between voluntary and involuntary processes of migration. (Van Liempt 2007: 41)

      In practice, however, the distinction between smuggling and trafficking is not always easy to make. There are clear cases of smuggling in which a fee has been mutually agreed upon, and there are clear cases of trafficking in which someone is kidnapped and trafficked completely unwillingly. But the majority of migration strategies, being much more complex, defy easy categorisations. For example, it is very probable that sorne trafficked prostitutes leave their country of origin in full self-consent, as a strategic action to improve their situation (Andrijasevic 2004). It is therefore not helpful to view trafficked migrants exclusively as having migrated against their own wills and smuggled migrants as the opposite. Migrants, in general, often face few choices when fleeing persecution and/or social and economic insecurity. Smuggled migrants may be punished, tortured, or taken hostage by their smugglers while in transit, thus defying the demarcation of what would otherwise be considered voluntary in this category (Gallagher 2002). (Van Liempt 2007: 41)

      Involvement in smuggling does not necessarily mean ’business’. For example, family members, political parties, and churches may be involved in helping people cross borders as an alternative to legal travel options. In sorne studies, smugglers are seen as being part of, or as extensions and substitutes to, migrants’ social networks (Koser 1997; Staring 2001). (Van Liempt 2007: 44)



  • Un jeune sur dix en difficulté en lecture et en calcul (Peut mieux faire)
    http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2014/04/25/un-jeune-sur-dix-en-difficulte-en-lecture-et-mathematiques

    Appliquer un pourcentage, trouver une proportion, manier les virgules entre les chiffres… un jeune sur dix est incapable de se sortir de ces calculs simples. Il en va de même en lecture. En la matière, près de 10 % des jeunes comprennent mal, voire pas du tout, ce qu’ils lisent.

    […]

    En lecture, 9,6 % des jeunes rencontrent des difficultés, dont une partie – 4 % – peut être considérée comme illettrée. Cette population ne recouvre pas forcément les déficients en mathématiques : « 54 % des jeunes qui sont en difficulté en lecture ne le sont pas en numératie », indiquent les statisticiens du ministère.

    Ces derniers ont identifié cinq profils de lecteurs. Les 4% qui rencontrent les difficultés les plus criantes ont un champ lexical très restreint et n’ont pas intégré les mécanismes permettant de comprendre un texte. Il y a, ensuite, les « lecteurs aux très faibles capacités de lecture » (5,5 %) et les « lecteurs aux acquis limités » (8,6 %), qui parviennent à compenser leurs lacunes de vocabulaire par une compréhension minimale des textes. Pour eux, la lecture reste une activité laborieuse. Par exemple, ils n’ont reconnu, en moyenne, qu’une dizaine de mots parmi ceux qui leur ont été présentés dans une liste mélangeant des « vrais » et des « pseudos » mots, quand les lecteurs « efficaces » (81,8 %) en reconnaissent en moyenne 17.

    […]

    Il y a aussi des constantes d’une année sur l’autre. Par exemple, le fait que les garçons sont plus souvent en difficulté que les filles en lecture (11% d’entre eux en grande difficulté contre 8,1% des filles). C’est l’inverse en « numératie » (8,7% des garçons en difficulté contre 10,7% des filles). Dans les deux cas, les résultats sont moins bons dans le Nord de la France : Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne…, et meilleurs en Bretagne et en Rhône-Alpes. Enfin, la grande majorité (80 % en lecture) des jeunes en difficulté n’ont pas dépassé le collège ou un cursus professionnel en lycée (CAP ou bac pro).

    #éducation #échec_scolaire #lecture #calcul #compréhension_écrite #numératie #illettrisme


  • The Mechanic Muse - What Is Distant Reading? - NYTimes.com
    http://www.nytimes.com/2011/06/26/books/review/the-mechanic-muse-what-is-distant-reading.html?amp;_r=0

    “Ars longa,” the ancient saying goes, “vita brevis.” Art is long, life short, and the problem is intensifying. As the literary ars lurches exponentially more longa — accommodating the printing press, “Gravity’s Rainbow,” Google Books — our collective TBR pile towers ever more vertiginously overhead. Which raises a question: What are we mortal beings supposed to do with all these books?

    #littérature #digital_humanities #lecture