person:alain badiou



  • Le jésuite Pierre Tevanian est un digne représentant de la confusion gauchiste postmoderne

    "Pierre Tevanian croit-il en l’exis­tence de Yahweh, Dieu ou Allah ?

    Le lec­teur peut avoir de sérieux doutes sur l’athé­isme et le ratio­na­lisme de l’auteur quand notre jés­uite écrit : « la décision pour ce qui est de savoir qui est juif ou pas, chrétien ou pas, musul­man ou pas, bon juif, bon chrétien, bon musul­man ou pas, n’appar­tient pas à Michel Onfray, ni à un rabbin, ni à un curé, ni à un imam, ni à un quel­conque fidèle – mais à Dieu ». Vous avez bien lu : si Dieu a un tel pou­voir de décision, c’est qu’il existe, non ? Ou alors nous nageons en pleine fan­tas­ma­go­rie... reli­gieuse !

    Puisque Dieu existe pour le jés­uite Tevanian, il est logi­que qu’il se livre à un vibrant plai­doyer en faveur de l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux : selon lui, Dieu « aime éga­lement cha­cune de ses créa­tures » (on se demande pour­quoi il tolère de telles iné­galités socia­les ne serait-ce qu’entre ses fidèles, des guer­res fra­tri­ci­des et meur­trières, des géno­cides, ou même tout sim­ple­ment des mala­dies dégé­né­ratives, des épidémies, des catas­tro­phes natu­rel­les, etc.) ; « le croyant » prône « l’égale dignité de tout être humain » (on se demande alors pour­quoi les athées et les apo­stats sont menacés par les reli­gieux des pires châtiments cor­po­rels sur terre, voire de la peine de mort, et pour­quoi les sun­ni­tes et les chii­tes s’entre­tuent au nom de l’amour de Dieu en Irak, tout comme les hin­douis­tes et les musul­mans en Inde et au Pakistan ; on se demande pour­quoi les reli­gions ont toutes accepté l’escla­vage, jus­ti­fié le racisme, etc.) "

    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1916

    #postmodernisme #Tévanian #religion #athéisme

    • J’ai un peu de mal avec l’appellation de « jésuite », ça veut signifier quoi ici, cette insulte d’un autre âge ?
      Phraséologie pas bien réussie à mon avis.
      La note du texte dit

      Les jés­uites sont un ordre par­ti­cu­liè­rement actif depuis le sei­zième siècle au ser­vice de la pro­pa­ga­tion de la foi catho­li­que. Ce terme convient par­ti­cu­liè­rement au sieur Tevanian puisqu’il est un prosé­lyte masqué (j’allais écrire... voilé) de la foi en Yaweh, Dieu et Allah et aussi un spéc­ial­iste des rai­son­ne­ments spécieux, « jés­ui­tiques ». Il appar­tient à ce que j’appelle la « Gauche théoc­om­pa­tible », les « Nouveaux Théophiles » ou la « Gauche iden­ti­taire post­mo­derne », cf. http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php... (« Les dix com­man­de­ments de la gauche théoc­om­pa­tible » et http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php... (« Les six péchés capi­taux de la Gauche iden­ti­taire post­mo­derne »).

      Sinon, le texte a son point de vue, qu’on n’est pas obligé de partager, mais le sabir pseudo-gauchiste utilisé n’aide pas à convaincre....

    • Le style n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus intéressant dans ce texte, j’en conviens. L’emploi (un poil abusif) du terme « jésuite » est expliqué comme tu l’as noté, donc pour moi pas de problème : c’est plus une métaphore qu’une insulte à mes yeux.
      Sinon sur le fond j’approuve complètement le propos. Alors que la religion reprend du poil de la bête un peu partout (et dans quasi toutes les religions), une partie de la gauche, même radicale, est en train de lui faire les yeux doux (cf aussi certains écrits de Christine Delphy du même acabit) et abandonne le combat rationaliste et émancipateur.


  • Les intellos de gauche sont-ils des collabos ?

    Un « président normal » pour une France normalisée - éditions Agone
    http://blog.agone.org/post/2013/04/24/Un-%C2%AB%C2%A0pr%C3%A9sident-normal%C2%A0%C2%BB-pour-une-France-normali

    Aujourd’hui, bien sûr, l’accession de la PBI (petite bourgeoisie intellectuelle), via ses politiciens roses-verts, au statut de classe régnante – à défaut d’être réellement dirigeante, ce qui aurait supposé qu’elle soit parvenue à l’emporter sur la classe dominante désormais transnationalisée alors qu’elle lui est totalement inféodée –, la dispense désormais de se présenter comme la porte-parole des dominés. Le concept de « domination » est d’ailleurs lui-même considéré par ses penseurs comme relevant d’une « langue de bois surannée ». Comme évidemment celui d’« exploitation ». Quant au concept de « classe », il a quasiment disparu du vocabulaire autorisé dans les sciences sociales et ne subsiste plus que pour noyer l’identité et la spécificité de la PBI dans ce magma inclassable dénommé « classes moyennes » ; ou, au contraire, pour la valoriser sur le mode de l’auto-célébration sous l’appellation scientifiquement incontrôlée mais médiatiquement certifiée de « classe créative ».


  • A lire absolument : "La haine de la religion. Comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche", de Pierre Tevanian
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_haine_de_la_religion-9782707175908.html

    http://widget.editis.com/Books/ladecouverte/9782707175908/gf/70717590_000_CV_1_000.png#image

    « Le NPA devrait relire Marx : la religion, c’est l’opium du peuple. » C’est ce qu’ont répété sur toutes les antennes de grands révolutionnaires tels que Michel Onfray, Aurélie Filipetti, Laurent Fabius ou Nadine Morano lorsque, en 2010, le Nouveau parti anticapitaliste a eu le front de présenter aux élections régionales une candidate qui portait un foulard : Ilham Moussaïd (une affaire qui a été ravageuse en interne).

    Dans ce livre, Pierre Tevanian a décidé de les prendre au mot : il a relu ce que disent de la religion Marx, mais aussi Engels ou Trotski. Et le résultat est… édifiant.

    En résumé : « Marx [dans « La Question juive », notamment] refuse l’inversion qui fait de l’arrachement à la religion la condition préalable de l’émancipation politique. A ses yeux, c’est au contraire l’émancipation politique qui constitue un préalable, trouvant son nécessaire prolongement dans une transformation socio-économique au terme de laquelle la religion est censée dépérir d’elle-même. L’émancipation politique ne saurait de ce fait être conditionnée par quoi que ce soit, et notamment pas par des gages de bonne conduite de la part de la minorité reléguée. »

    Sur Engels :

    « Engels ironisera à son tour, pour les mêmes raisons, sur l’idéalisme de ceux qu’il nomme les “extrémistes” de l’irréligion, qui entendent “abroger Dieu par décret” et “transformer les gens en athées par ordre du Grand Mufti”, alors que les occasions ne manquent pas d’apprendre (…) “que les persécutions sont le meilleur moyen de donner de la force à des convictions impopulaires”. Pour reprendre les termes de Marx, puisque la croyance religieuse durera aussi longtemps que durera la “situation” de misère et le “besoin” de croire qu’elle produit, il ne reste aux prêcheurs d’athéisme qu’un seul moyen de convertir sans délais : la force. »

    Tevanian remarque que, certes, la religion peut être vécue soit comme un moyen d’émancipation, soit, de façon moins sympathique, comme « une stratégie de distinction [c’est moi qui détiens la vérité] et un instrument de domination ». Mais que l’athéisme aussi…

    Chez Maxime Rodinson, il trouve ces lignes formidables : « Dans une société non socialiste, mettre au premier plan la lutte anti-religieuse serait une erreur idéaliste et petite-bourgeoise capitale. La lutte sociale doit être menée sur le terrain des clivages de classe de l’infrastructure, sur le terrain des camps qui délimitent les classes économiques et leurs options politiques et sociales, non sur le terrain fantasmagorique de l’idéologie qui établit de faux clivages mystifiés. »

    Commentaire de l’auteur : « Spéciale dédicace à Michel Onfray – et à toute l’équipe de “Charlie Hebdo”. »

    Il pose cette question des plus pertinentes : « Qui est le plus mal barré, entre un athée idéaliste de type Michel Onfray, qui croit en la puissance des maximes d’Epicure pour libérer l’humanité de ses souffrances – dans le cadre d’une économie de marché jamais remise en cause – et qui pense qu’il suffit de renier saint Paul pour se débarrasser de l’oppression patriarcale, et des théologiens chrétiens ou musulmans qui mobilisent activement les instruments méthodologiques de Marx ou d’Ibn Khaldoun pour analyser les structures sociales ? »

    Au passage, au moment où le verdict sur l’affaire de la crèche Baby Loup, en plus de susciter des commentaires aux relents bien dégueulasses
    (https://twitter.com/Zepapou/status/314079131757322240),
    relance le « catéchisme anti-voile » et les discours sur le foulard forcément symbole-de-soumission, Tevanian rappelle ce témoignage de Hanane dans « Les filles voilées parlent » : « Je porte le voile par soumission à un Dieu – et cette soumission-là, je l’assume totalement – mais cela veut dire aussi que je ne suis soumise à personne d’autre. Même pas à mes parents : je les respecte, mais je ne leur suis pas soumise. Elle est là, ma force : je me donne à un Dieu, et ce Dieu me promet de me protéger et me défendre. Alors ceux qui veulent me dicter ma conduite, je les emmerde. »

    (Sur ce livre, voir : http://www.peripheries.net/article318.html)

    Tout ça est imparable, mais le plus déprimant, c’est que ça ne servira probablement à rien. De l’extrême gauche à l’extrême droite, dans un contexte de crise économique mondiale, de découragement et de renoncement politique, c’est la logique du bouc émissaire qui est à l’œuvre. Il FAUT construire le musulman comme l’ennemi numéro un, et cette nécessité balaie tout sur son passage, à commencer par la raison – comme le montre l’ardeur à changer la loi quand elle empêche d’exclure et de stigmatiser, y compris en allant contre toutes les conventions européennes et internationales (lire le billet d’Alain Gresh, « Sus à l’islam ! Ils ne se fatiguent jamais... », sur son blog Nouvelles d’Orient :
    http://blog.mondediplo.net/2013-03-24-Sus-a-l-islam-Ils-ne-se-fatiguent-jamais).
    A partir de là, tenter de parler à la raison est probablement inutile. Que ces gens
    (http://www.marianne.net/Signataires-de-l-appel-pour-une-loi-sur-les-signes-religieux_a227577.html)
    ne voient pas ce qu’ils sont en train de faire est stupéfiant, mais démontre qu’on n’a pas réellement tiré les leçons historiques de ce genre d’engrenages. On tente de réfuter leurs discours parce qu’on ne peut pas faire autrement, et parce que les « faux clivages mystifiés » font des victimes bien réelles, mais… sans trop d’illusions.

    Voir l’intro du livre sur Les mots sont importants :
    http://lmsi.net/La-haine-de-la-religion

    #religion #islamophobie #politique



  • Manuel Cervera-Marzal / Penser le conflit avec, ou sans, Karl Marx ? Une querelle de famille entre Mouffe, Lefort, Castoriadis et Abensour

    http://www.journaldumauss.net/spip.php?article955

    Plutôt que d’en revenir à Marx, la philosophie politique française aurait, selon moi, tout intérêt à réinvestir les idées de démocratie directe et le projet révolutionnaire. Non pour les reprendre de manière acritique, car l’échec des révolutions passées et le fantasme toujours présent d’une démocratie « pure et parfaite » doivent nous avertir sur les dangers de la démocratie directe et de l’hypothétique « révolution qui vient » (encore faudrait-il sérieusement nous accorder sur le sens donné à ce mot). Mais pour y ouvrir de nouveaux espaces de pensée qui, à coup sûr, restent aujourd’hui encore largement sous-estimés.

    #journaldumauss #marx #lefort #mouffe #castoriadis #abensour


  • Sur le site de l’hebdomadaire Marianne en date du 7 octobre 2012, un débat entre Alain Badiou et Jean-Claude Milner dont voici le résumé de leur position-notamment sur le conflit entre les Palestiniens et l’Etat d’Israël.

    http://www.marianne.net/Badiou-et-Milner-les-meilleurs-ennemis_a223161.html

    et

    http://www.marianne.net/Badiou-et-Milner-les-meilleurs-ennemis_a223161_2.html

    Jean-Claude Milner :

    Je reprends volontiers la formule d’Alain Badiou : le XXe siècle a eu lieu. Mais ce qui a eu lieu, pour moi, c’est d’abord la découverte progressive que le nom ouvrier avait cessé de diviser. Il avait été le diviseur par excellence au XIXe siècle. Il cesse de l’être. Pourquoi ? A cause de la guerre de 1914. Les ouvriers, dans les nations industrielles, acceptent la mobilisation et l’union dans la guerre. Lénine porte sur ce point le juste diagnostic, mais il se trompe en pensant qu’il pourra ranimer la force de division du nom ouvrier, en passant par l’édification d’un Etat ouvrier. Le nom ouvrier, loin de diviser, va réunir ; il devient l’un des multiples synonymes de la cohérence sociale.

    Si le XXe siècle a eu lieu, c’est pour une seconde raison : le nom juif est redevenu un nom politique. C’est-à-dire un nom diviseur. Il l’avait été déjà. Je pense à l’affaire Dreyfus, qui d’un certain point de vue a appris la politique à une génération.

    Hitler a rouvert la question de la capacité de la politique à empêcher la mise à mort de l’adversaire. Il l’a rouverte principalement à propos du nom juif. Il a fait céder la politique ; la fin de la guerre a rétabli la politique, mais elle n’a pas refermé la question. Le nom juif est encore aujourd’hui le diviseur majeur, celui qui convoque la politique à sa limite.

    Cet ensemble de propositions affirmatives me conduit à émettre des critiques. 1) Je considère qu’Alain Badiou a sous-estimé la force imaginaire de l’antijudaïsme, aussi bien en France que hors de France. 2) Symétriquement, je considère qu’il a surestimé la portée politique du nom palestinien.

    Je m’explique. Selon moi, le nom palestinien ne divise qu’en apparence. Au contraire, il crée du consensus : au sein des honnêtes gens (je m’y inclus), qui considèrent tous que les Palestiniens sont dans le malheur ; au sein de ce qu’on appelle encore le « tiers-monde » ; de plus en plus au sein de la gauche euro-atlantique (Europe occidentale et Amérique). En tant qu’il divise en apparence, le nom palestinien promeut une apparence de politique. La question politique réelle apparaît avec le nom qui divise réellement : le nom juif.

    Alain Badiou :

    C’est bien à une mode intellectuelle que se rattachent des thèses comme « le nom ouvrier est mort, le retour du nom juif est notre événement ». Cette vision du siècle n’est-elle pas le fruit quelque peu sec d’un petit groupe de l’intelligentsia française entre 1974 et aujourd’hui ? N’est-ce pas Benny Lévy et ceux qui l’ont suivi, au nombre desquels Jean-Claude Milner, qui, déçus que les proclamations matamoresques de la Gauche prolétarienne ne les aient pas portés au pouvoir, se sont mis à critiquer férocement la « vision politique du monde » et le « progressisme », à jeter aux orties le mot « ouvrier », et bien d’autres avec lui, à faire de « juif » un nom hyperbolique, et de farouchement propalestiniens qu’ils étaient se sont, avec la même certitude d’être la fine fleur du temps, convertis au sionisme le plus intransigeant ? De tels revirements ont l’avantage de transformer un échec patent en lucidité supérieure, et d’être toujours dans le vent.

    Mais voyons les termes précis du litige. Pour commencer par les critiques les plus factuelles, je tiens à redire une fois de plus que je n’ai aucunement sous-estimé ou dénié l’existence, y compris aujourd’hui, y compris dans notre pays, de l’antisémitisme. Je renvoie à mes textes et aux actions auxquelles j’ai participé sur ce point. Mais ce que Jean-Claude Milner, lui, sous-estime de façon quasi monstrueuse, en fait nie, purement et simplement, c’est la puissance presque consensuelle, en France, en Europe sans doute, de l’hostilité aux Arabes et aux Africains noirs, sous le nom convenu d’« immigrés ». Je lui demande raison de cette dissymétrie. En ce qui concerne précisément les agissements de l’Etat d’Israël, ceux-là ne sont pas plus identifiables aux « juifs » que ne l’étaient ceux de Pétain ou de Sarkozy aux « Français », et même moins encore.

    Ensuite, au bas mot, dans ce conflit, le rapport entre les morts violentes de Palestiniens sous les coups des Israéliens et les morts d’Israéliens juifs sous les coups des Palestiniens est de cent pour un. Ceux qui ont dû fuir, abandonner leur terre, assister à la destruction de leurs maisons, être enfermés dans des ghettos et dans des camps, passer des heures pour aller d’un village à un autre, franchir des murs, ce sont les Palestiniens. On s’étonne que le sensible Milner ne soit pas, cette fois, du côté des corps parlants qu’on tue, qu’on humilie ou qu’on enferme. Dans de telles conditions, la question est de savoir par quels chemins passe la seule solution juste : un Etat moderne, c’est-à-dire un Etat dont la substructure n’est pas identitaire, mais historique. Un Etat qui solde cette guerre civile atroce en réunissant les deux parties.

    Ces remarques factuelles nous préparent à dire ceci : il est tout bonnement faux qu’un mot de la politique soit important (soit un « nom », admettons cette convention) à proportion de ce qu’il divise. Autant dire qu’en Amérique aujourd’hui le vrai nom de la politique est le « mariage gay ». Quant à chez nous, il serait plus justifié aujourd’hui que Jean-Claude Milner tienne pour des noms éminents les noms « Arabe » ou « Noir », pour ne rien dire d’« islam » et « islamisme », lesquels à l’évidence infiniment plus que le prédicat « juif », lequel est devenu consensuel au point que Marine Le Pen elle-même n’ose plus y toucher, à la différence de son papa. C’est que ledit papa avait des faiblesses pour les seules politiques que l’on connaisse dans lesquelles le mot identitaire « juif » divise absolument, nommément les fascismes, plus singulièrement le nazisme. On peut même dire que le mot « juif » n’a été un nom politique éminent, selon les critères de Milner, et donc au vu de ses pouvoirs de division, que dans le nazisme et ses succursales. Mais peut-être Milner considère-t-il désormais que toute politique s’apparente au nazisme ? Je reviendrai sur ce qui conduit sa pensée à un antipolitisme radical. Un nom est politique, dirais-je quant à moi, s’il inscrit une idée du bien, dans l’ordre de l’action collective, du mouvement historique réfléchi dans une organisation de cette action. En ce sens, du reste, il n’y a aujourd’hui que deux mots politiques fondamentaux (deux noms) : la démocratie, qui prétend unifier le monde de la vie collective sous la loi extérieure du capitalisme concurrentiel, et le communisme, qui prétend l’unifier sous la loi immanente de la libre association.

    Mais Jean-Claude Milner, comme Glucksmann, ne pense qu’à partir du mal. Il est comme ce parlementaire, M. de Mun, à qui Jaurès lançait : « Vous aimez les ouvriers, monsieur de Mun, vous les aimez saignants ! ». Sa pensée s’alimente aux désastres. Il nous l’a dit : la seule chose qu’on puisse, qu’on doive espérer, c’est de mettre fin aux massacres, c’est de condamner les mises à mort. En matière de pensée « politique », Jean-Claude Milner a grandement besoin de victimes, d’ouvriers saignants, de peuples martyrs.

    Malheureusement, les massacres trouvent leurs racines non dans l’abstraction de « la mise à mort des êtres parlants », mais dans des politiques précises, dont on sait qu’elles ne sont combattues efficacement que par d’autres politiques. S’opposer aux massacres n’a aucune consistance si cette opposition n’est pas nourrie par l’idée d’une politique absolument différente, idée qui seule peut proposer une forme d’existence collective dans laquelle le recours au massacre est exclu.

    Je crois qu’au bout du compte la thèse de Milner, c’est que la politique n’existe pas, ou même qu’elle est toujours nuisible, et que la seule chose qui compte est la morale de la survie des corps.

    Voici par contraste ma position résumée : ce qui a commencé au XIXe siècle, c’est le mot « communisme ». Il a expérimenté au XXe sa possible surpuissance, sous la forme d’une fusion entre politique (communiste) et Etat (de dictature populaire). Il faut revenir à la séparation des deux, ce qui exige une sorte de recommencement politique. Toute autre orientation, singulièrement le moralisme de la survie des corps, revient à entériner la domination, sous le mot clé « démocratie », du capitalisme déchaîné dont nous expérimentons le déploiement planétaire, prenant ainsi l’entière mesure de son infamie. Communisme ou barbarie. Jean-Claude Milner confirme, en tant que « professeur par l’exemple négatif », que nous en sommes bien là.

    Le mot de la fin est accordée à Jean-Claude Milner. Pour lui, les Palestiniens se font tuer pour que « les Etats voisins se maintiennent ». On pourrait lui poser la question suivante : "Pourquoi ces Etats ont fait la guerre à Israël en 1947-1948, durant l’expédition de Suez en 1956, la guerre des six jours en 1967, la guerre d’octobre 1973,l’annexion du Golan syrien en décembre 1981 (alors qu’aucune menace n’était perceptible), l’invasion du Lban en 1982, la guerre du Liban de juillet 2006, la guerre de Gaza décembre 2008-janvier 2009 et la toute dernière encore contre Gaza en novembre 2012 ?

    Dans tous les cas y compris en 1947-1949 Israël avait mené des guerres de type préventive. Le problème avec Jean-Claude Milner c’est que le référent « Etats-voisins » n’est pas clairement désigné. Il n’y a aucune référence au projet colonial qu’est le sionisme qui nie purement un simplement (négationnisme) le peuple palestinien et son passé en rasant toute trace et tout vestige historique.

    Je rappelle la décision de Ysrael Katz, ministre israélien des Transports, de juillet 2009 de judaïser tous les noms arabes des villages palestiniens occupés des panneaux indicateurs pour garder uniquement les termes hébreu.

    Jean-Claude Milner

    [...]

    Je ne veux pas m’attarder sur l’éventuelle superposition entre le refus d’un tel Etat et un antijudaïsme. Cette superposition existe, mais je ne ferai pas l’injure à Badiou de la lui imputer. Que la naissance de cet Etat ait été immédiatement suivie d’une guerre, qui le niera ? Cette guerre dure encore. Qu’elle provoque des morts nombreuses, qui en doute ? Il ne peut en être autrement. Les Palestiniens qui meurent sont persuadés qu’ils meurent à cause de l’existence d’Israël. Qu’ils en soient persuadés, c’est indubitable. Mais rien ne prouve qu’ils aient raison.

    Aujourd’hui, les Palestiniens se font tuer pour que les régimes en place, dans les Etats voisins, se maintiennent. C’est pourquoi je juge que la division induite par les Palestiniens ramène à un consensus, dont la majorité automatique de l’ONU est une expression parmi d’autres. Le nouveau pouvoir en Egypte annonce – vrai ou faux – qu’il se chargera lui-même de la destruction ; du même coup, le nom palestinien est effacé. Preuve que les Palestiniens ne meurent pas pour eux-mêmes. Ils meurent pour que leurs prétendus alliés et leurs prétendus chefs continuent d’être indifférents à leur sort.

    Puisqu’on me demande un certificat de sensibilité, j’avouerai que cet état de choses me touche parce qu’il est de part en part habité par le mensonge. Ce mensonge qui fait que le Palestinien se murmure, en mourant, qu’Israël l’a tué. Non, ce qui tue le Palestinien, c’est ce mensonge même. Parallèlement, l’Israélien s’imagine souvent qu’il meurt à cause des Palestiniens. C’est évidemment faux. Il meurt parce qu’il est identifié à un juif et parce que certains puissants ont besoin qu’un juif ne sache jamais si sa survie est assurée.

    Face à cela, Badiou appelle de ses vœux un Etat moderne dont la substructure ne soit pas identitaire mais historique. A mes yeux, la proposition a le même statut de fiction rationnelle que l’hypothèse communiste. Elle n’a de sens que si on accorde à Badiou la totalité de son système. Ce que je ne fais pas. Qui peut imaginer que puisse subsister un tel îlot d’exception dans une zone faite d’Etats dont la substructure est identitaire, où l’historique et l’identitaire entrent en constante intersection ?

    Qui peut imaginer que quoi que ce soit puisse se stabiliser entre Israéliens et Palestiniens, alors que la Syrie, l’Egypte, l’Iran, l’Irak et j’en passe sont pris dans les rets de l’instabilité ? Nulle part dans le monde on ne peut faire mieux que des bricolages ; dans cette zone du monde, les bricolages ne peuvent pas aller au-delà de l’armistice. Est-ce une allégeance à une doctrine du mal ? J’admets que je tiens le cours du monde pour voué au désordre indéfini, mais la mise en équation du désordre et du mal, c’est du platonisme. Or, je ne suis pas platonicien.


  • Constellations hypertextes, par exemple #Football
    Les Surgissantes -
    http://www.surgissantes.com/constellation?id=090

    Chers Inter-nautes, modernes marins voguant tant bien que mal sur l’Océan du Web culturel, bienvenue à bord des Surgissantes, système -de navigation poétique et pratique. Chaque semaine, autour d’un artiste, d’un thème -ou d’un invité, l’équipage vous proposera -une nouvelle #constellation d’oeuvres, toutes époques et tous genres mêlés, et pour -chaque oeuvre des liens scrupuleusement sélectionnés. Guidés par nos étoiles, voguez sans crainte vers les meilleurs îlots -d’#art et de #culture.

    Entre #pearltrees, #benjamin et #adorno


  • Eric Hazan : « La Révolution n’est pas terminée » | Rue89
    http://www.rue89.com/2012/09/09/eric-hazan-la-revolution-nest-pas-terminee-235179 par @camillepolloni not

    Celui qui continue d’annoncer « L’Insurrection qui vient » parle de « subvertir la police », rêve de « la volatilisation du pouvoir » ou honnit « le communisme de caserne », avoue avoir voté socialiste à la dernière élection présidentielle, « tactiquement ».

    Il se dit « hanté par le personnage de Robespierre » et s’éclaire en décrivant un coin de rue parisienne soustrait à son inclinaison naturelle par le service des parcs et jardins de la ville de Paris.

    #politique

    Il faut créer de l’irréversible sans tomber dans le chaos.



  • Eloge du théâtre, lieu métaphysique (A. Badiou)
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/16/eloge-du-theatre-lieu-metaphysique_1734224_3232.html

    La #philosophie enfin, singulièrement de nos jours, a perdu son aura, et ce, de trois façons, distinctes et articulées.

    Du point de vue de l’opinion, parce qu’on en est venu à appeler « philosophe » tout chroniqueur, tout journaliste, dès lors qu’il s’avère apte à causer en public de n’importe quelle question à la mode. C’est la déchéance par inflation.

    Du côté des institutions, parce que, confinée dans l’étroitesse d’une discipline académique parmi les autres, la philosophie ne peut que s’asphyxier, et osciller entre une rhétorique des énoncés corrects et une étude historienne de son histoire.

    De l’intérieur d’elle-même enfin, puisque depuis Nietzsche, sinon Kant, un virus hostile a été inoculé à la philosophie elle-même, qui la ronge en la poussant vers une conscience malheureuse de sa propre existence, et un doute systématique sur ce dont elle est capable.

    De grandes figures, comme Wittgenstein ou Lacan (mais déjà Pascal, Rousseau ou Kierkegaard) font du reste profession publique d’anti-philosophie, n’hésitant pas à déclarer que les énoncés de la métaphysique sont de purs non-sens, que la philosophie ne sert qu’à se protéger du réel, voire que - Nietzsche va toujours au bout de ses intentions - le philosophe est « le criminel des criminels ».

    Alors, n’est-il pas naturel que quiconque entend maintenir - restaurer ? - tous les droits que s’accordaient les grandes métaphysiques du passé, quiconque n’admet pas les restrictions ; empêchements et « conditions de possibilité » chicaneuses dont Kant a accablé le désir de philosophie - pour finalement nous vendre à la religion -, que celui-là se tourne en quelque sorte de façon indivisible vers les #mathématiques comme vers le #théâtre ?

    Déclarons ici l’alliance combattante des grands persécutés contemporains dans l’espace de ce qui, au regard de l’action intellectuelle, tente de faire mode.


  • Why Marxism is on the rise again | World news | The Guardian
    http://www.guardian.co.uk/world/2012/jul/04/the-return-of-marxism

    Un article qui a beaucoup tourné depuis 10 jours et dont je n’ai pas lu les 1142 commentaires

    This chimes with something Rancière told me. The professor argued that “one thing about Marxist thought that remains solid is class struggle. The disappearance of our factories, that’s to say de-industrialisation of our countries and the outsourcing of industrial work to the countries where labour is less expensive and more docile, what else is this other than an act in the class struggle by the ruling bourgeoisie?”

    There’s another reason why Marxism has something to teach us as we struggle through economic depression, other than its analysis of class struggle. It is in its analysis of economic crisis. In his formidable new tome Less Than Nothing: Hegel and the Shadow of Dialectical Materialism http://www.versobooks.com/books/1114-less-than-nothing , Slavoj Žižek tries to apply Marxist thought on economic crises to what we’re enduring right now. Žižek considers the fundamental class antagonism to be between “use value” and “exchange value”.

    #marx #capitalisme et toujours la question de la #valeur


  • Sur les racines de la disparition de la pensée critique - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article612

    Le projet d’autonomie, c’est-à-dire le projet pour une autotransformation radicale et démocratique de nos sociétés, ne peut se résumer à un changement de la structure politique et économique des régimes oligarchiques en place. Il nécessite en effet une mutation anthropologique, un changement radical en d’autres mots, qui toucherait toutes les sphères de la vie sociale, tant au niveau collectif qu’individuel. C’est précisément pour cette raison que toute tentative de revendiquer une telle perspective politique doit essayer d’élaborer une nouvelle forme de praxis, au sein de laquelle l’engagement proprement politique, au sens étroit du terme, se concilierait avec une tentative d’élucidation théorique. Dans le cadre de cette approche, il faut reconnaître un fait fondamental : depuis la fin des années 1970, il n’existe plus de tradition majeure de pensée politique critique.

    Il y a bien évidemment des penseurs ou des auteurs qui, à titre individuel, continuent de critiquer les insti­tutions en place et proposant, parfois, leurs propres projets politiques censés les dépasser. Mais ils restent minoritaires et ne font partie d’aucun courant théorique et idéologique véritablement important en termes de retentissement social. Aucun renouveau n’aura lieu tant que cette situation ne sera pas élucidée.

    http://www.magmaweb.fr/spip/IMG/pdf/DisparitionPenseeCritique.pdf


  • Communisme écosophique
    http://communisme-ecosophique.revolublog.com

    Nous sommes touchés par ce qui se passe, par les bouleversements qui arrivent au monde des vivants et à leurs habitats - et les solutions qu’on nous propose, là-haut, ressemblent encore trop aux causes des problèmes qui nous font face. Ce n’est pas en suivant les marchands que pourront s’ouvrir des espaces de partage, eux pour qui le partage veut dire "ceci est à moi ceci est à toi" ; ce n’est pas en suivant les politiciens que pourront s’inventer de nouvelles exigences de vie juste et égalitaire, par-delà l’envie de gouverner ; et ce n’est pas seul qu’on invente les manières de répondre aux problèmes qui touchent au coeur de ce que veut dire "être en relation" - avec les rivières, l’air, les sols, les forêts, les animaux et les animaux humains. Il nous faut répondre de manière interdépendante à la crise de l’interdépendance. Nous avons besoin d’écologie, c’est maintenant évident pour (presque) tout le monde - mais aussi de communisme, cela l’est moins, évidemment. Mais ça l’était encore pour beaucoup avant (avant qu’on ait menti en son nom). Alors c’est une proposition de mariage : ni écologie, ni communisme, mais écologie et communisme, inséparables, ensemble, parce que ces deux-là peuvent se transformer et grandir, au contact de l’autre.

    C’est parce qu’il n’y aura aucune issue individuelle, humaniste, capitaliste, et étatique à la catastrophe écologique, que l’écologie doit nécessairement être communiste, assumer l’interdépendance dont toute vie est faite. Mais un communisme d’un nouveau genre, un communisme d’après l’humanisme (capitaliste), suscité et provoqué par l’écologie : un « communisme écosophique ». Éco-sophie : les savoirs et savoirs-faire sur ce qui fait un monde, lui donne consistance et l’enrichit, et sur ce qui le détruit, l’appauvrit, et mutile les conditions de possibilité de la vie partagée. Le mariage de l’écologie et du communisme porte en son sein l’attention et la défense du commun et des « communs », au-delà du seul humain - l’ attention à tout ce qui rend possible (et empêche) la vie partagée - comme réponse à la désertification du monde et à l’épuisement des milieux de vie. L’écologie sera un communisme des relations auto-organisées, immanentes et égalitaires ; un communisme des vivants, des terriens, sinon rien. Il est vital aujourd’hui, pour qui veut s’emparer des questions politiques et existentielles cruciales que pose l’écologie, de se saisir de l’héritage difficile mais porteur que nous lègue le communisme. Travailler à la lisière du communisme et de l’écologie, les faire fructifier, chercher une « intoxication interspécifique ».

    Ce blog réunira des textes qui touchent, de près ou de loin, à cette recherche.



  • Merci, Monsieur Badiou
    Secular fanaticism must be exposed for its own hatred and xenophobia, and get over the old cliches of #East and #West.

    New York, NY - In a powerful new essay for Le Monde [Fr], Alain Badiou, arguably the greatest living French philosopher, pinpoints the principal culprit in the success of the far-right in the recent French presidential election that resulted in the presidency of Francois Hollande.

    At issue is the evidently not-so-surprising success of the French #far-right, #anti-immigration, #Islamophobe nationalist politician #Marine Le Pen - to whom the French electorate handed a handsome 20 per cent and third place prestige.

    As Neni Panourgia has recently warned, “the phenomenon of Golden Dawn (Chrysi Avgi in Greek), the #neo-Nazi organisation that received almost seven per cent of the vote in the Greek elections of May 6” is a clear indication that this rise of the right is not limited to France. The gruesome mass murderer Anders Breivik signalled from Northern Europe a common spectre that hovers over the entirety of the continent - most recently marked by the trial of the Bosnian Serb mass murderer General Ratko Mladic - accused of 11 counts of war crimes and crimes against humanity, including orchestrating the week-long massacre of more than 7,000 Muslim boys and men at Srebrenica in 1995 during the Bosnian war.

    http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2012/05/2012521133112754351.html


  • Pourquoi Alain Badiou ne vote plus par Bernard GENSANE
    http://www.legrandsoir.info/pourquoi-alain-badiou-ne-vote-plus.html

    Pour Badiou, les élections sont toujours biaisées parce qu’elles sont à l’image d’un paysage politique tout en illusions. Que fait la gauche, demande-t-il ? Dans le meilleur des cas, de Mauroy à Jospin, elle ne vient au pouvoir que pour « assumer les besognes qu’impose la crise de la propriété. » Dans le moyen-haut, elle réprime (Clemenceau casse un mouvement de mineurs, Jules Moch invente les CRS et les lance contre les ouvriers). Dans le pire des cas, elle est sanglante : Mollet, Lacoste, Mitterrand pendant la guerre d’Algérie. Avant eux, Gustav Noske s’était vanté du meurtre – par les corps francs – de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanglant : je n’ai pas peur des responsabilités ».

    Dans l’idéal, ce à quoi il faut parvenir, propose Badiou, c’est à une pensée de la politique dont le vote est purement et simplement absent. Pour ce qui concerne les pays occidentaux dans leur majorité, la démocratie électorale n’est rien d’autre que du capitalo-parlementarisme.

    #politique #démocratie #livre


  • Le racisme des intellectuels, par Alain Badiou
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/05/le-racisme-des-intellectuels-par-alain-badiou_1696292_1471069.html

    Honte aux gouvernements successifs, qui ont tous rivalisé sur les thèmes conjoints de la sécurité et du « problème immigré », pour que ne soit pas trop visible qu’ils servaient avant tout les intérêts de l’oligarchie économique ! Honte aux intellectuels du néo-racialisme et du nationalisme bouché, qui ont patiemment recouvert le vide laissé dans le peuple par la provisoire éclipse de l’hypothèse communiste d’un manteau d’inepties sur le péril islamique et la ruine de nos « valeurs » !

    #politique #extrême_droite


  • Le racisme des intellectuels | Alain Badiou (Le Monde)
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/05/le-racisme-des-intellectuels-par-alain-badiou_1696292_1471069.html

    L’importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d’en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d’achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d’étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie. Source : Le Monde


  • Le #racisme des #intellectuels
    LE MONDE | 05.05.2012 à 14h46

    Par Alain Badiou

    Badiou, sur l’importance du vote pour Marine Le Pen, rappelle que le PS a aussi contribué à renforcer ses thèses. Et ensuite il met en relief l’importance du rôle des « intellectuels » dans la montée de la #xénophobie, du racisme et de #l'islamophobie, en France.

    Et derrière tout cela, de longue date, depuis plus de vingt ans, qui trouve-t-on ? Qui sont les glorieux inventeurs du « #péril_islamique », en passe selon eux de désintégrer notre belle société occidentale et française ? Sinon des intellectuels, qui consacrent à cette tâche infâme des éditoriaux enflammés, des livres retors, des « enquêtes sociologiques » truquées ? Est-ce un groupe de retraités provinciaux et d’ouvriers des petites villes désindustrialisées qui a monté patiemment toute cette affaire du « conflit des civilisations », de la défense du « pacte républicain », des menaces sur notre magnifique « laïcité », du « féminisme » outragé par la vie quotidienne des dames arabes ?

    N’est-il pas fâcheux qu’on cherche des responsables uniquement du côté de la droite extrême - qui en effet tire les marrons du feu - sans jamais mettre à nu la responsabilité écrasante de ceux, bien souvent - disaient-ils - « de gauche », et plus souvent professeurs de « philosophie » que caissières de supermarché, qui ont passionnément soutenu que les Arabes et les Noirs, notamment les jeunes, corrompaient notre système éducatif, pervertissaient nos banlieues, offensaient nos libertés et outrageaient nos femmes ? Ou qu’ils étaient « trop nombreux » dans nos équipes de foot ? Exactement comme on disait naguère des juifs et des « métèques » que par eux la France éternelle était menacée de mort.

    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/05/le-racisme-des-intellectuels-par-alain-badiou_1696292_1471069.html#xtor=AL-3


  • La démocratie peut-elle accepter l’existence de la propriété ? - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article593

    Alors que les désirs de changement de société, de rupture, de renouveau s’expriment de façon omniprésente dans les discours politiques, on peut s’étonner que, dans les medias, les discours qualifiés de gauche ne s’interrogent pas ou très peu sur la notion clef de « propriété ». L’absence de ce sujet (absence délibérée et parfois absence inconsciemment entretenue) concerne la gauche traditionnelle ; la gauche plus radicale traite sans doute ce problème de fond dans l’intimité de ses structures politiques mais a peu l’occasion d’en saisir les foules lors d’interviews qui d’ailleurs, à dessein, ne s’y prêtent pas. Cependant, l’heure est à la publication de bon nombre d’auteurs qui abordent le thème de l’essence de la propriété, celui de l’histoire des conceptions et des pratiques politiques s’y rapportant ; parfois des hommes politiques se rapprochent dans leurs écrits des préoccupations de penseurs philosophes. Mais chacun sait que le sujet reste tabou et le grand public est maintenu à l’écart de ce débat de peur sans doute de générer des angoisses ; ainsi la population peut continuer à se plaindre sans envisager de véritables changements ! En effet, les questions relatives à la propriété privée sont fatalement liées à la notion de démocratie.


  • Ces intellectuels qui ne voteront pas
    http://www.marianne2.fr/Ces-intellectuels-qui-ne-voteront-pas_a216669.html

    Dans son livre, le philosophe se moque allégrement de cette « foule des nigauds » qui scandait « on a gagné ! » sur la place de la Bastille, un soir de mai 1981. A cette époque, il est déjà depuis longtemps vacciné contre le vote et n’a même « pas eu la tentation » de glisser dans l’urne un bulletin estampillé « Mitterrand ». Tout comme le sociologue Pierre Bourdieu et le philosophe Jean Baudrillard, qui ne votèrent pas davantage en 1981, et soutinrent même un temps, par dérision, la candidature de Coluche. Aujourd’hui, Badiou se félicite de son choix, car lui, au moins, n’eut pas à « avaler » le tournant de 1983 et son cortège de « dérégulation financière, d’hostilité ouverte aux grandes grèves, […] d’éloge, via Tapie, de l’“esprit d’entreprise”, j’en passe et des meilleures ». Que l’on trouve encore des gens pour se dire « de gauche » et voter PS est, pour Alain Badiou, une « énigme », car il a beau chercher, il ne trouve pas « une seule mesure progressiste véritable et promise à quelque avenir sur laquelle la gauche, lorsqu’il lui est arrivé d’en décider une – ce qui est rarissime –, ne soit pas revenue ensuite en tremblant de peur et pleine de repentir ». Et n’allez pas lui parler de l’abolition de la peine de mort : elle a été décrétée dans toute l’Europe à la même époque, « tant par les démocrates chrétiens rancis que par les socialistes rangés des voitures depuis des siècles ».

    • dans une émission du jour sur francecult Salem a dit qu’il votera Mélenchon au premier tour à reculons (d’ailleurs je pense que ça les a surpris les journaleux, parce que du coup ça verse son temps de parole au décompte du csa (peut-être que le « à reculons » divise la note par deux)). Enfin bon, le titre est trompeur. Et c’est assez amusant de voir à la fin de l’article que les deux « habituels défenseurs de la non-participation au vote » qui vont se fourvoyer pour cette fois, vont le faire pour Hollande


  • Sur « L’antisémitisme partout » d’Eric Hazan et Alain Badiou ou comment dissimuler les acquis d’un siècle de débats sur le sionisme
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1809

    L’anti­sio­nisme est une idéo­logie par­fois res­pec­ta­ble, lorsqu’elle repose sur des argu­ments his­to­ri­ques soli­de­ment fondés (1) déf­endus par des mili­tants ou des intel­lec­tuels qui ne s’atta­quent pas à d’insi­gni­fiants épouv­antails réacti­onn­aires ou à des mou­lins à vent.


  • Badiou cerné par l’anarchisme

    AutreFutur.org
    http://www.autrefutur.org/Badiou-cerne-par-l-anarchisme

    Alain Badiou a défrayé la chronique, en 2007, avec son pamphlet De quoi Sarkozy est-il le nom ?, sur la lancée, L’Hypothèse communiste, en 2009, reçut un certain écho. Le Réveil de l’histoire qui vient de paraître est passé presque inaperçu. Badiou serait-il passé de mode ? C’est possible mais ses travaux, caricaturés tant par la réaction que par la gauche radicale, méritent mieux qu’un anathème grossier.

    Une étude de Pierre Bance.

    Antonio Negri pourrait décourager la lecture d’Alain Badiou. Il qualifie « “l’extrémismeˮ badiousien » d’« utopie entretenant un rapport schizoïde avec l’histoire », en particulier l’histoire du socialisme réel, et le condamne comme « négation de la lutte des classes » [1]. Le lecteur familier des échanges entre philosophes radicaux ne s’arrêtera pas à ce jugement [2]. Il perdrait à ne pas lire ce Badiou habitué à recevoir des coups plus injustes encore. Si sa philosophie est obscure pour les non-philosophes et probablement pour quelques philosophes, sa théorie politique est plus abordable que celle d’un Rancière ou d’un Žižek [3].

    Jusqu’en 2007, l’œuvre philosophique d’Alain Badiou l’avait maintenu dans un cercle limité de professeurs, d’étudiants et de quelques militants à la recherche des voies régénératrices du marxisme [4]. Mais la parution du livre, De quoi Sarkozy est-il le nom ? a fait connaître Badiou au-delà des cénacles intellectuels [5]. L’ouvrage n’est pas qu’un pamphlet contre Nicolas Sarkozy et son idéologie associée au pétainisme, on y trouve, en conclusion, l’annonce de l’hypothèse communiste comme alternative au capitalisme symbolisé par l’actuel président de la République. Ce succès de librairie, inespéré aux dires de l’éditeur, Michel Surya [6], s’est accompagné d’une manipulation politico-médiatique dans le but de discréditer l’idée communiste. Pas plus que Slavoj Žižek, Alain Badiou n’est ce stalinien primaire, ce philosophe de la terreur, ce gauchiste dogmatique, ce maoïste attardé que l’on dit pour ne l’avoir pas lu, l’avoir mal lu ou par un anticommunisme résultant de la réduction, consciente ou non, du communisme au stalinisme [7]. Malheureusement, les provocations et les coquetteries de Badiou facilitent ces contrefeux et compliquent le rôle de l’exégète [8]

    Philosophe marxiste, Alain Badiou ne s’aventure pas à décrire le communisme. Le communisme est une hypothèse heuristique c’est-à-dire qu’elle est toujours provisoire et n’avance que par évaluations successives, rectifications, en se référant à des invariants : égalité, abolition de la propriété privée, antiétatisme [9]. Ces invariants communistes « synthétisent l’aspiration universelle des exploités au renversement de tout principe d’exploitation et d’oppression. Ils naissent sur le terrain de la contradiction entre les masses et l’État » [10]. Pour aller au communisme, il convient d’abord de montrer que l’histoire n’est pas finie, que le capitalisme n’a pas gagner une fois pour toutes. Ce n’est qu’en ayant compris que l’économie libérale et le parlementarisme ne sont ni naturels ni fatals qu’on pourra imaginer d’autres possibilités, envisager l’idée communiste qui est l’hypothèse de l’émancipation [11], « l’idée d’une société dont le moteur ne soit pas la propriété privé, l’égoïsme et la rapacité » [12]. Il conviendra alors de réinstaller l’hypothèse communiste, la faire exister dans le champ idéologique et militant en contrant le terrorisme intellectuel qui amalgame le communisme au socialisme d’État, associe à toute représentation ou expérience communistes des déviances staliniennes. Badiou s’attelle à cette tâche par ses articles, ses livres, en organisant des rencontres telle la Conférence de Londres de mai 2009 [13]. Il fait de la politique et en donne une définition qui ne déplairait pas à Jacques Rancière :

    « L’action collective organisée, conforme à quelques principes, et visant à développer dans le réel les conséquences d’une nouvelle possibilité refoulée par l’état dominant des choses » [14].