person:cornelius castoriadis

  • Les Inrocks - « Les inégalités n’ont pas disparu, elles ont juste été repoussées plus loin dans le cursus scolaire. »
    http://www.lesinrocks.com/2013/04/10/actualite/des-destins-tres-francais-11383786

    La France reste donc une société de classes ?

    La période des Trente Glorieuses a fait croire à certains que les classes sociales étaient mortes, enterrées par le développement des classes moyennes. Or, depuis une quinzaine d’années, les inégalités augmentent à nouveau, en termes de revenus ou de patrimoine. Ce que montre également la persistance d’une si forte reproduction sociale, c’est que l’émergence d’une vaste société “moyenne” relève du mirage. Les destins à ce point contrastés des enfants des classes populaires et des enfants mieux nés soulignent à quel point il subsiste des univers de vie différents dans la société française.

    #Camille_Peugny #sociologie #mobilité_sociale

    • En vrai, le titre est trompeur les inégalités n’ont pas « été repoussées plus loin dans le cursus scolaire », leurs effets visibles peut-être, et encore…
      (Ne serait-ce que du point de vue institutionnel-financier, pour ne pas parler du reste, les budgets des écoles, qui dépendent des mairies, varient de plus de 1 à 10.)

      L’élitisme de l’école n’est-il pas son principal vice ?

      Bin oui, on en revient toujours là.

      Pour cela, il n’y a pas de miracle : il faut plus de moyens – la France dépense 20 % de moins pour l’enseignement primaire que la moyenne des pays de l’OCDE -, des classes moins chargées, des changements dans les pratiques éducatives.

      Le vrai miracle serait une vraie volonté politique pour coordonner augmentation des moyens ET un changement des pratiques éducatives. Le trou noir de la réflexion éducative de la gauche de gauche est que le second n’est absolument pas une conséquence de la première.

    • Enfin, moins visible pour les classes moyennes, qui sont effectivement discriminées plus tard dans le cursus scolaire. Par contre, pour les classes populaires, je peux te dire que le couperet tombe de plus en plus tôt. Dès la maternelle, tu vois déjà comment les petits _cassos" comme on les appelle délicieusement sont traités différemment des autres et combien cette mise à l’écart va s’intensifier tranquillement pendant le primaire pour un direct to CLIS ou Segpa à l’arrivée au collège. Les classes moyennes à fort capital culturel et faible capital financier verront le couperet lors de l’accès aux études supérieures où l’argent fait immanquablement la différence plus que la connaissance des cursus ou les aptitudes des étudiants.

    • La question de la maîtrise de la langue orale est discriminante dès la maternelle. Les écarts (et donc les inégalités) entre les classes de GS de la ville haute et du quartier populaire du #bled-en-chef sont vraiment criantes.
      Pour les classes populaires, il y a à la fois les inégalités de départ (sociales, culturelles) et pour ceux qui s’en sortent malgré tout un effondrement plus tard (au collège) faute d’étayage et aussi de possibilité de se projeter dans l’idée d’un cursus long. L’an dernier, nous avons organisé des séances communes entre un groupe de lycéens et nos CP. J’ai été frappé par le fait de devoir expliquer ce qu’était un lycéen, de fait mes élèves n’en ont pas autour d’eux. Ils connaissent le collège que les grands frères et sœurs fréquentent, mais pas le lycée car les orientations se font avant. Massivement. On retrouve là le tandem élitisme/reproduction sociale.
      Pour les cassos, tu as encore raison. Avant de rejoindre le quartier populaire du #bled-en-chef, j’étais en école rurale et le regard porté par les adultes, et parfois les prises de paroles que ces adultes s’autorisent avec les familles et les gamins, sont tout simplement effrayants. Je ne prétends pas être un bon instit et la question des bonnes pratiques pédagogiques est complexe et je fais mon chemin avec modestie mais il y a un truc dont je suis persuadé c’est que la #bienveillance est une clef pédagogique fondamentale. Une attitude bienveillante de la part des enseignants est une réforme applicable tout de suite, qui ne demande aucun moyen supplémentaire et qui pourrait modifier en profondeur notre système éducatif. L’#effet_Pygmalion est un levier incroyable, j’en ai tous les ans la preuve…

    • Les cassos sont les nouveaux bougnoules de la République. Je suis frappée par l’unanimité du rejet dont il font l’objet et par les attitudes et discours que les gens se croient permis à leur encontre. C’est d’une violence qui m’est assez intolérable et je suis dans cette configuration incroyablement minoritaire. La figure du cassos permet, semble-t-il, de cristalliser tout le besoin de haine et de distinction de l’ensemble du corps social. C’est un racisme anti-pauvres très violent et content de ne pas dire son nom.
      En gros, ils sont un défouloir collectif aux frustrations accumulées ces derniers années, les parfaits boucs émissaires d’un corps social qui se délite totalement.
      Je veux écrire là-dessus, mais quelque part, je n’y arrive pas... même pour moi, c’est trop gros.

    • J’avais mis ça de coté il y a quelque temps sur Diigo :
      http://www.lautrecampagne.org/article.php?id=52

      On peut dire, pour résumer, que l’École française, bien loin d’être une institution « technique » (dont la théorie serait la « pédagogie ») destinée à mettre les générations montantes en possession de connaissances ou de compétences (on ne peut s’étendre ici sur cette distinction pourtant capitale), est au contraire une institution idéologico-politique de formation d’identités hiérarchisées en classes qui utilise la transmission, l’enseignement comme alibi ou masque de cette opération de reproduction, mais qui, en même temps, ne pouvant se passer de ce masque, effectue réellement, pour une part, cette transmission.

      Et, toujours de ce #Bertrand_Oglivie : http://www.revuedeslivres.fr/a-quoi-sert-lechec-scolaire-par-bertrand-ogilvie

      Or il est évident, contrairement à cette représentation de l’échec comme un « ratage », que cette institution a été conçue dès le départ pour qu’un tel ratage statistique important ait lieu, accompagné bien sûr d’un volant étroit de réussite, qui aboutit à ce résultat que l’école reproduit non pas simplement la société telle qu’elle est, mais le fait que les individus qui y vivent considèrent comme naturelles les normes et les hiérarchies dans lesquelles ils viennent se ranger quand ils entrent sur le marché du travail.

      [...1789] il fallait leur donner les moyens, dans tous les domaines possibles, d’être au niveau de ceux qui pensent, qui formulent conceptuellement les problèmes, et non de ceux qui les subissent. Il s’agissait de leur permettre de participer au débat public de plein pied dans le champ de réflexion et d’action de ce grand moment révolutionnaire de 1789. Il fallait donc inventer une institution spéciale dans laquelle on donnerait à toute la population française (avec évidemment, comme toujours, la question de ce qu’on entend par « tous ») la possibilité d’entrer dans la pensée du politique. Ce projet est politique depuis le départ, et l’est resté jusqu’au bout. Aujourd’hui, dans l’esprit des gens qui font fonctionner cette école, ce lieu reste associé – sur un mode assez lâche, qui est plutôt celui de l’association d’idées – à l’idée d’émancipation politique. [...]
      cette école politique ne pouvait pas non plus ne pas affronter la question de savoir ce qu’on fait d’une masse de scolarisés qui, éduqués à égalité, débarquent dans une société profondément inégalitaire, dans laquelle la question de la propriété a été tranchée dans le sens de la protection de l’inégalité, et doivent donc, d’une manière ou d’une autre, articuler, accepter cette injustice d’une formation égalitaire qui ne contrebalance pas la vie inégalitaire qu’ils vont inévitablement mener – la Révolution française n’ayant pas été une révolution communiste, comme on le sait.

      Sans vouloir lancer un #débat_interminable (quoique...), je suis depuis longtemps assez sidéré par la naiveté de l’exigence d’’#égalité_des_chances, et qui est assez marquée dans cet entretient des inrock : d’abord, la #mobilité_sociale ascendante suppose soit la disparition du travail non-qualifié, soit sa délocalisation, soit le recours à l’immigration, soit, enfin, une mobilité sociale descendante des enfants des classes bourgeoises et moyennes... Ensuite, pour poursuivre l’idée d’Oglivie, dans une société inégalitaire, l’idée d’égalité des chances semble revendiquer que les enfants de pauvres et les enfants de riches doivent avoir les mêmes chances de devenir... pauvres ou riches. Si l’on veut l’égalité des chances, comment ne pas vouloir l’égalité tout court ? : [ http://www.barbery.net/philo/chouette/salaire.htm ]

      il n’est pas vrai que des familles à revenus différents peuvent offrir les mêmes chances de développement à leurs enfants.
      Ce pourquoi, alors qu’il n’y a pas plus de justification rationnelle en faveur de l’égalité que de la hiérarchie des salaires, il faut à mon avis défendre l’égalité des revenus, c’est pour rendre effective et réelle l’égalité des chances des êtres humains.


  • L’individu et la société ; aliénation et autonomie selon Castoriadis

    Cycle de cours dans le cadre de l’Université Populaire du Théâtre Toursky (Marseille), présenté par Annick Stevens.

    http://www.philosophie-en-liberte.net/universite_populaire.html

    Nous qui essayons d’agir sur notre société pour la changer, que ce soit partiellement ou totalement selon les cas, nous nous heurtons parfois à certaines difficultés qui demandent un approfondissement théorique, par exemple l’objection que ce ne sont pas les individus qui font l’histoire, ou que certains types d’organisation sont inévitables, ou que la pression idéologique est telle que la majorité des populations ne veut pas de changement. D’autre part, nous voyons des sociétés très différentes de la nôtre réclamer de pouvoir continuer à vivre selon leurs traditions, et nous nous demandons pourquoi certaines ont tellement changé au cours de l’histoire et d’autres non : est-ce en raison de choix humains ou bien de conditions matérielles et de rapports de force que personne ne contrôle ?

    Il est tentant d’interpréter toutes les formes sociales à partir de la loi du plus fort : ce sont toujours les plus forts qui imposent l’organisation politique et économique la plus susceptible de favoriser leurs intérêts. Mais il faut aller plus loin et se demander d’où vient la représentation de ces intérêts eux-mêmes : pourquoi, dans certaines sociétés, les privilèges que l’on cherche à obtenir sont-ils l’argent et l’accumulation de biens matériels, dans d’autres le prestige ou les victoires guerrières, dans d’autres la domination sur les esprits par l’imposition d’une vérité absolue ? La comparaison avec d’autres sociétés, passées ou actuelles, permet aussi de douter que la division en classes soit la seule cause de l’assujettissement des individus. Enfin, quand il y a révolte, ce peut être pour renverser une domination en restant dans le même cadre de valeurs, ou pour s’organiser selon de nouvelles valeurs — et dans ce cas d’où viennent celles-ci ?

    Ces questions convergent vers celle de l’opposition entre autonomie et aliénation, c’est-à-dire entre le fait de se donner volontairement sa propre loi et le fait de se laisser imposer sa loi par autrui sans même s’en rendre compte. Les deux attitudes existent à l’échelle de l’individu et à l’échelle de la société, et dans les deux cas il faut saisir précisément de quoi il s’agit pour pouvoir se libérer. Cornelius Castoriadis (1922-1997), qui était à la fois philosophe, économiste et psychanalyste, a affronté ces questions dans une visée émancipatrice et révolutionnaire, en renouvelant profondément ce que notre héritage philosophique pouvait en penser.

    Nous irons puiser dans son œuvre principale, L’institution imaginaire de la société (1975), les concepts qu’il a proposés pour mieux comprendre la manière dont s’instituent les normes sociales et comment agir sur nos propres vies.

    #Castoriadis #Université_populaire #Théâtre_Toursky #Annick_Stevens


    • merci pour tous ces dénichages !

      et marrant comme ce travail de mise à disposition d’archives fait par le Nouvel Obs donne un éclairage assez singulier sur l’évolution du bouzin : disons qu’ils sont assez schizophrènes, ou peut-être simplement nostalgiques, sur ce coup-là (car l’hypothèse d’une prise de conscience et d’une réforme en profondeur du #journalisme est naturellement irrecevable)


  • PAROLES D’UN ÉCONOMISTE NON ASSERVI : LES SOLUTIONS à LA « CRISE » PASSENT PAR LA DÉMOCRATIE DIRECTE LOCALE
    http://populaction.com/paroles-d-un-economiste-non-asservi-les-solutions-a-la-crise-passent-pa

    Si, comme nous le constatons depuis 40 ans, les discours et les solutions proposés (et mis en application) en matière économique (impôts, lutte contre le chômage, retraites, qualité des services publics, question de la dette….) par la plupart des économistes et hommes politiques intervenant à la télévision sont vains et si, loin de mener à une amélioration, ils mènent plutôt à une détérioration de la qualité de vie pour le commun des français, c’est que ces individus ne réfléchissent guère que dans le cadre étroit actuel du système et du fonctionnement de nos sociétés – un cadre qu’ils n’ont aucune envie de modifier : ne leur permet-il pas, grâce à leur « talent » d’homme politique ou d’économiste, d’avoir un très bon salaire (5000 euros ?) et de vivre une belle vie – bons restaurants, belles voitures, voyages etc. ?

    Tel ne fut pas le cas de #Cornélius_Castoriadis (1922 -1997) qui, en plus d’avoir été philosophe, penseur et acteur politiques et psychanalyste en exercice, a également été économiste : il a en effet travaillé comme expert à l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) de 1945 à 1970, donc au sein de l’une des institutions internationales les plus « sérieuses » et compétentes en matière économique et financière.

    http://anarsonore.free.fr/spip.php?article141
    http://www.caosmose.net/tvalice/podcast/castoriadis/castb1.mp3


    http://anarsonore.free.fr/spip.php?article142
    http://www.caosmose.net/tvalice/podcast/castoriadis/castb2.mp3

    http://anarsonore.free.fr/spip.php?article143
    http://www.caosmose.net/tvalice/podcast/castoriadis/castb3a.mp3

    Conférence de Cornelius Castoriadis prononcées en septembre 1991 à la préfecture municipale de Porto Alegre . En français avec traduction simultanée en portugais.



  • Cornélius Castoriadis : une leçon de démocratie

    https://www.youtube.com/watch?v=CJCq6Vy_YRM&feature=player_detailpage#t=1413s

    En 1989, Chris Marker filmait Cornelius Castoriadis. En hommage au cinéaste, disparu le 29 juillet, la version intégrale inédite de cet entretien avec le philosophe, décédé en 1997. Son propos est plus que jamais d’actualité : la démocratie, tout simplement.

    #Castoriadis


  • Manuel Cervera-Marzal / Penser le conflit avec, ou sans, Karl Marx ? Une querelle de famille entre Mouffe, Lefort, Castoriadis et Abensour

    http://www.journaldumauss.net/spip.php?article955

    Plutôt que d’en revenir à Marx, la philosophie politique française aurait, selon moi, tout intérêt à réinvestir les idées de démocratie directe et le projet révolutionnaire. Non pour les reprendre de manière acritique, car l’échec des révolutions passées et le fantasme toujours présent d’une démocratie « pure et parfaite » doivent nous avertir sur les dangers de la démocratie directe et de l’hypothétique « révolution qui vient » (encore faudrait-il sérieusement nous accorder sur le sens donné à ce mot). Mais pour y ouvrir de nouveaux espaces de pensée qui, à coup sûr, restent aujourd’hui encore largement sous-estimés.

    #journaldumauss #marx #lefort #mouffe #castoriadis #abensour


  • Cornelius Castoriadis, Christopher Lasch / La Culture de l’égoïsme

    http://vitrine.edenlivres.fr/publications/22743-la-culture-de-l-egoisme

    En 1986, la chaîne de télévision britannique Channel 4 organisait une rencontre entre Cornelius Castoriadis et Christopher Lasch. Jamais rediffusé ni transcrit, cet entretien analyse les effets moraux, psychologiques et anthropologiques induits par le développement du capitalisme moderne. Les débuts de la société de consommation s’accompagnent de la naissance d’un nouvel égoïsme, qui voit les individus se retrancher de la sphère publique et se réfugier dans un monde exclusivement privé. Sans projet, otages d’un monde hallucinatoire dopé par le marketing et la publicité, les individus n’ont désormais plus de modèles auxquels s’identifier.

    Une brillante analyse de la crise du capitalisme par deux de ses plus profonds critiques. Cet entretien est suivi de « L’âme de l’homme sous le capitalisme », une postface de Jean-Claude Michéa.

    Extrait du livre :

    Cornelius CASTORIADIS —

    Pour moi, ce qui a été dit a une implication très claire. « Au jour le jour », pour reprendre cette expression très juste, c’est ce que j’appelle l’absence de projet. Et cela s’applique à la société comme à l’individu : il y a trente ou soixante ans, les gens de gauche vous parlaient du Grand Soir, les gens de droite du progrès indéfini, etc. Aujourd’hui, personne n’ose plus exprimer un projet ambitieux, ni même à peu près raisonnable, qui aille au-delà du budget ou des prochaines élections. Il y a donc un horizon de temps. De ce point de vue, on peut dire que le terme de
    « survie » est critiquable parce que, évidemment, chacun pense à sa retraite, et aussi à ses enfants, à leur éducation, comment leur faire avoir un diplôme universitaire ou professionnel, etc. ; mais cet horizon de temps est privé. Personne n’est partie prenante d’un horizon de temps public. De même, personne – là encore,
    avec toutes les nuances requises – n’est partie prenante d’un espace public. Bien sûr, nous le sommes tous, mais prenez la place de la Concorde ou Piccadilly Circus, ou encore, je ne sais pas, New York aux heures d’embouteillage : vous avez un million d’individus noyés dans un océan de choses sociales, ce sont des êtres sociaux,
    dans un lieu social, et ils sont complètement isolés, ils se détestent les uns les autres, et s’ils avaient le pouvoir de désintégrer les autos qui sont devant eux, ils le feraient ! C’est de cela que nous parlons : aujourd’hui, l’espace public, c’est quoi ? Il
    est plus que jamais présent. Pour être précis, il est dans chaque foyer avec la télévision, mais de quoi s’agit-il au juste ?

    Michael IGNATIEFF —
    C’est un espace vide.

    Cornelius CASTORIADIS —
    Il est vide, ou en un sens c’est encore pire. C’est un espace public pratiquement réservé à la publicité, à la pornographie – et je ne parle pas que de pornographie au sens strict, il y a des philosophes qui sont des pornographes…

    Extrait du livre en pdf :

    http://www.edenlivres.fr/o/51/p/22743/excerpt

    #lasch #castoriadis #michéa #philosophie #individualisme #capitalisme #flammarion #drm


  • C. Castoriadis, Ecrits politiques, 1945-1997
    http://www.fabula.org/actualites/c-castoriadis-ecrits-politiques-1945-1997_52626.php

    Cornelius Castoriadis, La Question du mouvement ouvrier. Écrits politiques 1945-1997
    Éd. Enrique Escobar, Myrto Gondicas, Pascal Vernay
    Paris, Éditions du Sandre, 2012
    2 tomes, respectivement 416 et 574 p., 32 € le volume.

    Economiste, philosophe, psychanalyste, Castoriadis fut tout cela, certes, mais les textes rassemblés ici n’ont de rapport que très indirect avec la production ordinaire des praticiens de ces trois disciplines. Ils n’entretiennent, soulignons-le, aucun rapport avec la « politologie », la « sociologie » ou la « soviétologie ». A vrai dire, il semblerait que nous ne disposions plus de mot immédiatement intelligible pour désigner ceux qui réfléchissent sur la société et veulent, en dehors de tel ou tel cadre établi, l’influencer de façon plus ou moins directe. C’est pourtant ce que faisaient très exactement, parmi tant d’autres, les auteurs du Prince, du Deuxième traité du gouvernement civil ou du Manifeste communiste. Dans ces oeuvres, nous ne voyons plus désormais que des « classiques » de certaines disciplines, de leur préhistoire plutôt, puisque celles-ci seraient parvenues de nos jours à une mystérieuse maturité. Mais on oublie en général que si ces ouvrages ont valu à leurs auteurs d’entrer dans des traités universitaires et savants, c’est, pour ainsi dire, faute de mieux : ils auraient préféré de beaucoup gagner d’autres batailles. Celles, justement, qui les poussèrent à prendre la plume. Ecrivain politique est sans doute le terme le plus juste pour ce genre d’auteurs, du moins pour une partie de leur oeuvre, et c’est également celui qui convient le mieux à Castoriadis.


  • Floraisons extraordinaires | Panagiotis Grigoriou (greek crisis)
    http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/09/floraisons-extraordinaires.html

    On a fait observer depuis longtemps que « [le] héros de la tragédie, emporté par son hubris, est évidement le peuple athénien (...) » [Cornelius Castoriadis, Thucydide, la force et le droit], et nous y sommes toujours et encore. Puis, des décennies durant, le despotisme culturel du Zeitgeist issu d’une certaine « spiritualité de masse », a fini par dévorer tout sens critique et peut-être bien, tout sens. Source : greek crisis


  • L’âge de la prédation | Invité extérieur
    http://www.internetactu.net/2012/09/07/l%e2%80%99age-de-la-predation

    Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po et coordinateur scientifique du MediaLab a lu pour nous le livre de Nicolas Colin et Henri Verdier, L’âge de la multitude, Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, paru au printemps 2012 chez Armand Colin. Il nous en livre une critique sans concession, mais qui permet d’analyser et de prendre du recul…

    • Le modèle d’innovation qui transparait dans le livre tient du roman ou mieux du storytelling et ne s’embarrasse ni des analyses académiques en sociologie de l’innovation ni des faits. Le storytelling – qui manquerait d’ailleurs cruellement aux français – repose sur l’idée que tous ces innovateurs voulaient “changer le monde”.

      ~

      Les balancements entre tout et son contraire sont si fréquents dans cet ouvrage que l’on trouve immédiatement après une apologie de l’idée forte qui impose sa loi aux marchés. Il n’est pas mentionné à quel point tout cela ne fonctionne qu’avec une dose élevée d’agressivité commerciale et juridique qui vise à créer un enfer pour les concurrents comme on le voit en ce moment entre Apple et Samsung (et Google/Android par ricochet). Tous les arguments semblent bons alors pour atteindre cette position dominante, qui par définition doit être unique ou quasi unique, ce qui laisse quand même peu d’espoir à tous les entrepreneurs inventifs, mais plus réalistes.

      ~

      Ce credo dans les méthodes et les arguments de la finance, qui a pourtant fait la preuve de son caractère auto-référentiel, est présenté comme l’étalon du “savoir entreprendre” dans l’avenir et cela ne peut qu’inquiéter tous les entrepreneurs qui prendraient ce livre comme guide. Les difficultés à prendre en compte (au sens strict) ces valeurs immatérielles est bien souligné, mais on oublie alors de dire que c’est pour cette raison que les batailles sur la propriété intellectuelle et industrielle deviennent féroces, avec un effet d’ “enclosures”, bien décrit par Moulier-Boutang (Le capitalisme cognitif, 2007, et L’abeille et L’économiste, 2010), que les auteurs ne citent pas du tout durant tout le livre, malgré l’influence explicite qu’il a exercé, malheureusement pour une réutilisation à contre-sens de tous ses arguments !

      ~

      Un minimum d’honnêteté intellectuelle obligerait pourtant à admettre que, du point de vue même des auteurs (le succès se mesurant à la valeur en bourse et aux marges générées), Google fait quand même très fort et pourrait constituer un contre-exemple pour discuter sérieusement la toute-puissance du modèle des plates-formes. Mais foin de ces arguties, Google est déclassé (et on le sent bien, guère apprécié) et constitue un cas à part. Dommage pour le pouvoir de démonstration du modèle !

      ~

      L’apologie des gagnants et de leur toute-puissance atteint une forme de cynisme, lorsque les auteurs en viennent à vanter une forme de “management radical” qui est, de fait, la règle dans toutes les entreprises sous dictature de la finance, et qui a provoqué les drames que l’on connaît, dans des grands groupes notamment (...) Quel renoncement en matière d’innovation dans la gestion des entreprises alors qu’il faudrait en faire de vraies institutions c’est-à-dire des espaces politiques où l’on “rend la vie possible”, comme le dit Pierre Legendre, en respectant les places de chacun.

      ~

      Le “plateformisme” n’a pas de limite, à tel point que le dernier chapitre consacré à gouverner est un plaidoyer pour transformer l’école et l’Etat eux-mêmes en plates-formes, pour lesquels la multitude contribuerait aussi. Il faut dire que c’est le PDG de Skyrock qui est appelé comme référence pour penser l’administration… !

      ~

      Contresens sur les connaissances et apologie relativiste du changement, la conclusion se lamente de l’échec de la stratégie de Lisbonne et c’est bien là où réside tout le malentendu. Les termes de “société de la connaissance” ont créé une telle confusion conceptuelle que les penseurs critiques comme Moulier-Boutang ont un moment cru bon de lui emboîter le pas. Dès lors, tout le monde a pu mettre ce qu’il voulait dans ce mot-valise qui ne reposait sur aucune théorie solide. C’est encore le cas des auteurs, qui ne critiquent pas le bien-fondé de Lisbonne même, mais son échec. Or, c’est en grande partie parce qu’on a oublié que les supposées “connaissances” en question ne sont économiquement intéressantes pour tous les Apple et Amazon, qu’à la condition de devenir valorisables dans les bilans des entreprises, ce qui veut dire en fait copyright strictement respecté, brevets systématiques et droit des marques omniprésent. Voilà les seules véritables connaissances prises en compte !



    • Hubris : mot grec irremplaçable, orgueil c’est trop faible. Hubris, question philosophique très profonde. C’est pour ça que je dis que la philosophie n’est pas terminée, parce qu’il y a 2 500 ans qu’on écrit sur les Grecs et quand on creuse il y a des choses élémentaires qui sautent aux yeux que les gens n’ont pas vues. Qu’est-ce que c’est que l’hubris ? Les Grecs sont libres, créent la liberté et savent en même temps qu’il y a des limites. Mais ces limites ne sont pas fixées. Il n’y a pas une table de lois. Bien sûr, il y a des règles de morale etc. Mais par ailleurs personne ne peut savoir d’avance s’il ne va pas trop loin et pourtant il doit le savoir. Et quand on va trop loin c’est l’hubris. C’est la démesure et cette hubris est punie par une sorte d’ordre impersonnel du monde qui ramène toujours tout ce qui veut dépasser l’ordre. Le ramène, et le ramène en prenant le contre pied, c’est-à-dire en l’abîmant, en le jetant dans l’abîme, en le détruisant. La catastrophe fait tout aussi partie du monde grec que la création.


  • Ni patrie ni frontières N° 40-41 : Soulèvements arabes. Tunisie, Egypte (mai 2012)
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1831

    Ce numéro porte essen­tiel­le­ment sur les rév­oltes dans les pays arabes. La pre­mière partie, la plus longue, contient deux impo­san­tes bro­chu­res du groupe Mouvement com­mu­niste (« Tunisie : Restructuration à chaud de l’État après une ten­ta­tive d’insur­rec­tion incom­plète » et « Egypte : Compromis his­to­ri­que sur une ten­ta­tive de chan­ge­ment démoc­ra­tique »), qui ten­tent de nous donner quel­ques clés sur ce qui s’est passé dans ces deux pays en 2011.

    En dehors de nous four­nir une chro­no­lo­gie pré­cise, une biblio­gra­phie, et de nom­breu­ses données sta­tis­ti­ques, ces arti­cles essaient de déc­rire et com­pren­dre les forces socia­les et poli­ti­ques en prés­ence. Les auteurs par­tent d’un point de vue de classe et non de considé­rations sur le « conflit des civi­li­sa­tions » ou le retard « cultu­rel ou anthro­po­lo­gi­que » des Arabes comme le font cer­tains esprits dis­tin­gués.

    Qu’ils approu­vent ou pas le parti-pris marxiste ortho­doxe de Mouvement com­mu­niste et le fait que ces cama­ra­des pla­cent au centre de leurs espér­ances l’auto-orga­ni­sa­tion et les luttes des prolét­aires, les lec­tri­ces et lec­teurs de cette revue dis­po­se­ront d’ana­ly­ses socia­les, his­to­ri­ques et éco­no­miques soli­des, loin de tout triom­pha­lisme gau­chiste et de toute naïveté tiers­mon­diste.

    L’idéal aurait sans doute été de publier un recueil de tra­duc­tions d’arti­cles écrits par des grou­pes ou des indi­vi­dus mili­tant sur place, mal­heu­reu­se­ment cela ne nous a pas été pos­si­ble – cette fois-ci.

    La seconde partie de la revue, beau­coup plus polé­mique que la pre­mière, com­mence par sou­li­gner la com­pli­cité des régimes de Chavez et Castro avec les dic­ta­tu­res de Bachar al-Assad et Mouammar Kadhafi, com­pli­cité dont les fon­de­ments éco­no­miques et finan­ciers ont appa­rem­ment échappé aux « anti-impér­ial­istes », aux alter­mon­dia­lis­tes de tout poil, au Monde diplo­ma­ti­que, à Acrimed, etc. Bref, à tous ces mili­tants qui sont prêts à payer 1 500 billets d’avion pour mon­trer leur soli­da­rité avec les Palestiniens soumis au colo­nia­lisme israélien, mais pour qui les 10 000 morts (et le comp­teur maca­bre conti­nue à tour­ner à toute vitesse) mas­sa­crés en quel­ques mois par le régime « anti-impér­ial­iste » syrien, sou­tenu par Castro et Chavez, leurs idoles, n’est qu’un « point de détail »...

    Un arti­cle rap­pelle la com­pli­cité de tous les partis de l’Internationale socia­liste avec les régimes de Ben Ali et de Moubarak, car les mili­tants ont sou­vent la mém­oire courte, très courte.

    Deux textes pro­po­sent quel­ques défi­nitions pro­vi­soi­res des moda­lités du racisme, des différ­entes formes de dis­cri­mi­na­tions, mais aussi de termes comme ceux de culture, peuple et civi­li­sa­tion.

    Enfin, nous nous inter­ro­geons sur la per­ti­nence de cer­tai­nes déc­la­rations du phi­lo­so­phe Cornelius Castoriadis à propos du monde arabo-musul­man. Cette réflexion est née d’une dis­cus­sion avec un col­lec­tif de « cas­to­ria­diens » (Lieux Communs). Le débat a tourné court et s’est mal ter­miné, mais il aura au moins permis de révéler que, même chez des indi­vi­dus « radi­caux » qui prét­endent avoir un esprit cri­ti­que ; qui affir­ment éch­apper à tous les pièges des modes intel­lec­tuel­les réacti­onn­aires ; qui dén­oncent ce qu’ils appel­lent avec hau­teur le sim­plisme, l’inculture et le sec­ta­risme de l’extrême et de l’ultra gauche, eh bien, même chez ces indi­vi­dus-là, on trouve des pul­sions xénop­hobes bien enra­cinées et des rai­son­ne­ments racia­li­sants, par­fai­te­ment ordi­nai­res, sous un vernis intel­lec­tuel propre à épater les gogos.

    Au nom du droit à la cri­ti­que de la reli­gion, de l’islam et de l’isla­misme, d’une dén­onc­iation jus­ti­fiée des régimes dic­ta­to­riaux dans les pays dits arabo-musul­mans, et au nom d’une prét­endue nou­velle pensée « révo­luti­onn­aire » favo­ra­ble à « l’auto­no­mie » (tarte à la crème, déjà ava­riée, venue rem­pla­cer l’auto­ges­tion des années 60 et 70, idéo­logie dés­ormais inu­ti­li­sa­ble) et à la « démoc­ratie », ces indi­vi­dus tom­bent en fait dans les pièges les plus gros­siers que nous ten­dent les poli­ti­ciens, les médias et les intel­lec­tuels au ser­vice du pou­voir.

    Triste époque...


  • Fargette, claquettes et lieux communs
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1826

    Parmi la plét­hore de gros malins qui ont cru se mon­trer très nova­teurs à l’extrême gauche en repre­nant des concepts et des « réfle-xions » qu’ils esti­maient tel­le­ment supéri­eures aux « dogmes » du vieux mou­ve­ment ouvrier et qui se sont fina­le­ment retrouvés à dire la même chose que Marine Le Pen ou Claude Guéant, le triste mon­sieur Fargette qui publie aujourd’hui une atta­que contre Ni Patrie Ni Frontières n’aurait certes pas retenu notre atten­tion.

    Sauf peut-être à titre de cas d’école, à l’usage des jeunes géné­rations, tant il sait cumu­ler en un seul texte, ce qui est géné­ra­lement dif­fusé dans une œuvre entière, en matière de proxi­mité avec la sém­an­tique et la vision de l’Histoire de l’extrême droite.

    #Luftmenschen, 22 avril 2011


  • L’élection, processus antidémocratique par définition
    http://anarsonore.free.fr/spip.php?article471

    http://anarsonore.free.fr/IMG/mp3/election_antidemocratique.mp3

    Le terme « démocratie » nous vient de la Grèce antique. Lorsque la démocratie y naît, “l’idée de représentation est totalement absente de la philosophie et de la pratique de la Grèce ancienne (…) le principe de l’élection étaient considéré comme aristocratique” . Et oui, selon le constat des « inventeurs » de la démocratie, l’élection est exactement opposée à la démocratie. L’élection est par essence aristocratique puisqu’il s’agit non de désigner quelqu’un d’égal à un autre mais de choisir quelqu’un supposé meilleur, supérieur aux autres. C’est pourquoi les magistrats de la cité antique ne sont pas élus, mais – pratique démocratique oblige – tirés au sort. Quelques-uns seulement, pour des fonctions exigeant une compétence toute particulière sont élus ; mais ils ne sont jamais considérés comme des représentants des citoyens et leurs charges sont soumises à rotation régulière. D’ailleurs tout magistrat “ peut à n’importe quel moment dans l’exercice de ses fonctions, être mis en cause, pour des raisons de fonds et de forme, et révoqué” . Le mouvement ouvrier fera de même avec ses délégués durant la Commune, dans les soviets, dans les Collectivités, les organisations anarchosyndicalistes …

    http://www.dailymotion.com/video/xkxdc0_l-election-processus-antidemocratique-par-definition-mp3-libre-d

    #Abstention #Cornelius_Castoriadis


  • CASTORIADIS. Autonomie et hétéronomie individuelles et collectives. Les fonctions de la vie imaginaire
    http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1111

    Les notions d’#autonomie et d’#hétéronomie individuelle et collective ont été analysées par Cornélius Castoriadis selon des points de vue philosophique, politique et psychanalytique. La dimension irrationnelle de la vie psychique, - et notamment la vie imaginaire dont il décèle le caractère « radical »,- introduit à des interrogations sur la possibilité de fonder une société démocratique autonome, comme en témoigne notamment la crise des démocraties contemporaines. Les notions d’individualisme, de narcissisme, de sublimation, de formations imaginaires sociales, permettent à Castoriadis d’éclairer les relations entre des types de personnalités et des modèles de collectivité, autonomes ou hétéronomes.

    #Michèle_Ansart-Dourlen


  • Périsse le consensus - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article560

    La situation présente n’est pas le résultat d’une manipulation, d’une conspiration visant à abrutir les populations. Le fait est qu’elles veulent l’être. Or cela, il faut le dire. De même, il faut dénoncer la chute énorme de la qualité, de la rigueur dans tous les domaines. Il faut créer des îlots de résistance contre la corruption et la lâcheté, contre le n’importe quoi qu’on imprime et qu’on diffuse, contre l’erreur qu’on donne pour vérité, la perte de mémoire, l’oubli, devenu traits structuraux de la société contemporaine. Désigner du doigt les faux monnayeurs, les opportunistes, les tourne casaques. Même s’il ne se trouve pas dans le monde que dix jeunes pour l’entendre dont un à Caracas, un autre à Tokyo, c’est décisif. Mais, comme disait la duchesse de Guermantes, la qualité d’un homme est définie non par les salons qu’il fréquente, mais par ceux qu’il refuse de fréquenter.

    #Cornelius_Castoriadis


  • A propos des saintes nitouches « castoriadiennes » de Lieux communs
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1777

    Sainte nitou­che : Personne hypo­crite qui prend des airs inno­cents et prudes.

    Après un long silence, le Collectif Lieux com­muns vient de rép­ondre au texte « Bye bye Castoriadis » paru en mai 2011 sur le site mon­dia­lisme.org http://mondialisme.org/spip.php?article1640 (cf. la rép­onse de Lieux com­muns dans les deux arti­cles sui­vants « La confu­sion occi­den­tale » 1 et 2 : http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article557 et http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article558).

    Malheureusement, ces « cas­to­ria­diens » (concept encore plus dou­teux que celui de « marxis­tes » !) rép­ondent tota­le­ment à côté.


  • La confusion occidentale (2/2) - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article558

    Un peu partout dans le monde naissent aujourd’hui des mouvements, aussi ambivalents que salvateurs, et ils iront en s’amplifiant et se dramatisant devant les multiples impasses auxquelles conduit le modèle occi­dental et son enterrement de la modernité. Un réveil politique peut en émerger mais il aura, alors, à réinventer une conception du monde qui se dé­gage claire­ment des aliénations traditionnelles comme des dominations que le XXe siècle a inventé. Cela exige de remettre à plat toutes les pensées héritées, et particulièrement les idéologies décomposées qui para­sitent les ré­flexions d’ampleur et empêchent de comprendre et de combattre les réalités les plus désagréables qui prolifèrent d’autant. La seule boussole disponible est celle d’un projet de société, des critères qui lui sont attachés, et notre vo­lonté de la faire advenir, et d’abord là où disparaissent les principes mêmes qui rendent la discussion possible. Les crises civilisationnelles que nous commençons à traverser iront croissant et leur dénégation ne peut que les appro­fondir, renforçant les extrêmes droites, religieuses ou non, autochtones ou néo-coloniales, qui poussent à l’affron­tement généralisé en s’auto-alimentant. Les tenants de la lutte de la liberté ne peuvent qu’être pris entre deux feux, chaque camp ten­tant de rabattre leurs positions sur celles de l’ennemi. Place passablement inconfortable, et au­jourd’hui désertée d’autant : elle sera, sous peu, pleine de tous ceux qui décident de sortir du silence pour ne pas entrer en barbarie.

    http://www.magmaweb.fr/spip/IMG/pdf/LaConfusionOccidentale.pdf

    http://seenthis.net/messages/46517


  • La confusion occidentale (1/2) - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article557

    Des fondements historiques et anthropologiques des mouvements d’émancipation et de leur ruine dans le gauchisme contemporain.

    On sait que la vulgate marxiste a imbibé durant tout le XXe siècle la quasi-totalité des milieux et des cou­rants dits « de gauche », imposant une conception de l’histoire, de la culture, de la société et de l’individu qui s’est dé­composée au fil du temps – et n’a aujourd’hui plus grand chose à voir avec la philosophie de Marx... Son effondre­ment théorique et pratique progressif, toujours dénié, provoque une confusion idéologique sans précé­dent. De­puis des décennies, les tenants d’un changement politique radical ne parvenant pas à ignorer complète­ment la réa­lité se condamnent tantôt à un retour a-critique vers les mentalités « traditionnelles » dites « de droite », tantôt à une course en avant plus ou moins pathologique qui les éloigne de plus en plus des réalités popul­aires les plus tri­viales. Cette situation est sans doute transitoire, et pour plusieurs raisons. Mais elle n’en dé­vaste pas moins tous les domaines de la praxis politique et sociale, au moment même où l’humanité entre dans une période de grande agi­tation sociale et politique qui n’est pas près de finir. Cet épais brouillard intellectuel et poli­tique est particulière­ment dense sur son versant social et culturel, que l’on pourrait formuler comme la question de l’occident .

    Réponse à « Soulèvements arabes » : il est temps de dire « Bye, bye, Castoriadis ! » d’Yves Coleman
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1640


  • Francisco Varela - Processus d’acquisition des connaissances
    http://anarsonore.free.fr/spip.php?article261

    http://anarsonore.free.fr/IMG/mp3/Francisco_Varela.mp3

    L’esprit n’est pas quelque chose qui se trouve à l’intérieur de mon cerveau. La conscience et l’esprit appartiennent au domaine du couplage social. C’est le lieu même de leur dynamique. Et comme parties de la dynamique sociale humaine, l’esprit et la conscience opèrent comme des sélecteurs du chemin suivi par notre dérive structurale ontogénétique. De plus, comme nous existons dans le langage, les domaines de discours que nous générons deviennent une partie de notre domaine d’existence et constituent une partie de l’environnement dans lequel nous conservons notre identité et notre adaptation.

    Extrait de L’Arbre de la Connaissance, Racines biologiques de la compréhension humaine de Francisco Varela et Humberto Maturana, 1994

    #embodied_mind


  • ۩ Philosophy In The Flesh, de George Lakoff et Mark Johnson - errata
    http://errata.eklablog.com/philosophy-in-the-flesh-de-george-lakoff-et-mark-johnson-a17043993
    http://data0.eklablog.com/errata/mod_article17043993_2.jpg

    Lakoff et Johnson appartiennent au courant de l’« #embodied_mind » ou réalisme incarné dont le principal initiateur fut #Francisco_Varela (1946-2001), neurobiologiste d’origine chilienne, auteur notamment de Autonomie et connaissance, essai sur le vivant , et, avec Evan Thompson et Eleanor Rosch, L’inscription corporelle de l’esprit . Les concepts vareliens de « clôture du vivant », d’« autopoïèse » et d’ « énaction » ont eu une certaine influence en France – Castoriadis fut parmi les premiers à en saluer la pertinence – et ont contribué à la critique radicale des premiers cognitivistes.

    Entretien avec George Lakoff par John Brockman (mars 1999) http://data0.eklablog.com/errata/mod_article17043993_2.pdf

    • C’est intéressant. Mais faut-il absolument et uniquement un modèle, soit « instructionniste », soit soit « sélectionniste ». Je ne sais pas lequel des deux est le plus apte à "expliquer les mécanismes cérébraux, mais l’être humain n’est-il qu’un mécanisme, de plus explicable. Certes il est mécanisme neuronal, mais si on en reste là on passe à côté du sacré de l’être. Par exemple l’amour expliqué n’est plus l’amour. Je trouve que le risque est de dériver vers l’homme-machine....

    • #Cornelius_Castoriadis a remarquablement anticipé les trouvailles les plus « révolutionnaires » (ou du moins celles qui ont paru telles) du courant de l’#embodied_mind (de tradition merleaupontyenne) initié par le biologiste chilien #Francisco_Varela. Tout ce qui a été découvert d’important en neuroscience et en linguistique à la fin du XX° s et au début du XXI° était présent non seulement en germe, mais souvent explicitement dans les écrits de Cornelius Castoriadis. Lorsque je me réfère au courant de l’embodied mind, je parle en particulier des neurobiologistes Damasio et Edelman, et des linguistes Lakoff et Johnson.
      Un exemple : Cornelius Castoriadis rejoint parfaitement le courant lakovien – qu’il ne connaissait pas et qui est issu de la critique de Chomsky – lorsqu’il remet en cause en 1988 la grammaire générative qui fait encore autorité outre-atlantique. « L’entreprise de Chomsky, écrit-il, doit se heurter à ce dilemme impossible : ou bien les formes grammaticales (syntactiques) sont totalement indifférentes quant au sens – énoncé dont tout traducteur connaît l’absurdité ; ou bien elles contiennent dès le premier langage humain, et on ne sait comment, toutes les significations qui émergeront jamais dans l’histoire – ce qui emporte une métaphysique lourde et naïve de l’histoire. Dire que, dans tout langage, il doit être possible d’exprimer l’idée ‘John a donné une pomme à Mary’ est correct, mais tristement court. » ( Le Monde morcelé )
      On trouve aussi chez Cornelius Castoriadis une étonnante anticipation de la théorie des métaphores, de même que la reconnaissance de la pensée inconsciente et des images-schémas qui sont des postulats de base du courant lakovien. Il écrit par exemple : « Et c’est aussi ce à quoi fait allusion Freud dans le texte de 1913 sur ‘les deux principes du fonctionnement psychique’ : il n’y a pas dans l’inconscient de quoi distinguer la vérité de la simple fiction investie d’affect. Ce qui est porté par un désir est : il n’est ni ‘vrai’ ni ‘faux’. Il revient au même de dire avec Freud, et contrairement à feu Jacques Lacan, que dans l’inconscient il n’y a que des représentations des choses, et des complexions de représentations de choses, mais non pas des représentations de mots ni des complexions de représentations de mots – pas de significations et pas de ‘signifiants’ linguistiques. Ce qu’il y a comme signifiant est autre chose, c’est l’usage d’une représentation pour une autre représentation (à la place de...), le quid pro quo, mais cela ne se fait pas sur un mode langagier ; il n’y a pas la possibilité de représenter la signification ‘cela est faux’. Or cette possibilité de représenter la signification : ‘cela est faux’, et plus même : cette signification bipolaire : vrai/faux (ici prise au sens le plus pauvre, le plus rudimentaire, n’apparaît qu’avec le langage, avec la société, donc avec l’institution de la société et l’usage canonique du langage. »
      Tout langage est métaphorique et plonge ses racines dans l’inconscient non langagier, ce qui est en contradiction avec les courants largement dominants de la philosophie occidentale et la philosophie analytique. Cornelius Castoriadis écrit aussi avec perspicacité : « Il est donc pour ainsi dire impossible de parler sans utiliser des termes métaphoriques – par exemple, processus est une métaphore ; nous croyons nous opposer par ce terme à toute substantialisation grossière ou réification mais le processus, c’est le procès romain, le préteur et les deux adversaires, etc. Toute définition utilisera des termes métaphoriquement, négativement, et pour la même raison, elle tendra à être négative ; et à travers ces négations émerge par esquisses le visé. » ( Sujet et vérité dans le monde social-historique ).
      Même s’il n’établit pas une distinction très précise entre trope et métaphore, sa pensée n’en demeure pas moins très claire lorsqu’il dit : « Qu’est-ce qu’une ‘figure du discours’, un trope, et qu’est-ce que le sens propre ? Ce que l’on a appelé depuis l’Antiquité des tropes ne sont que des tropes particuliers ou des tropes au deuxième degré. Toute expression est essentiellement tropique. Un mot, alors même qu’il est utilisé dans son prétendu ‘sens propre’, ou avec sa ‘signification cardinale’, est encore utilisé dans un sens tropique. Il n’y a pas de ‘sens propre’ ; il y a seulement – mais toujours, et inéliminablement, et fût-ce dans les métaphores ou les allégories les plus subtiles ou les plus échevelées – repérage identitaire, point d’un réseau de repérages identitaires, lui-même pris dans le magma des significations, et référé au magma de ce qui est. » Il parlait de trope, de quid pro quo ou d’abus de langage, s’interrogeant sur la polysémie et affirmant, à l’encontre des principales théories linguistiques en vigueur depuis Saussure, que le langage codique était un leurre. Il posait les jalons d’une théorie des métaphores qui se développait parallèlement à ses travaux outre-atlantique.


  • Pourquoi faut-il rompre une fois pour toutes avec la politique établie/instituée ? - AnarSonore
    http://anarsonore.free.fr/spip.php?breve132

    Les élites d’aujourd’hui nous réservent la misère d’aujourd’hui et nous préparent à la misère de demain. La solution n’est pas de changer d’élites. La solution est de détruire l’idée d’élite qui postule explicitement que nous, les autres, sommes nuls en matière de politique. Celui qui vote ou participe d’une façon ou d’une autre à la politique instituée, accepte explicitement ou implicitement, consciemment ou non, cette politique ainsi que son postulat humiliant et inhumain.

    Il n’y a qu’une seule solution pour rejeter ce postulat : rompre définitivement, sans aucune hésitation, avec la politique établie/instituée. Et travailler pour ouvrir la possibilité de l’émergence d’une politique alternative, d’un nouveau régime politique démocratique, d’un nouvel itinéraire pour chacun et pour tous, d’un nouveau sens de vie dans une société autonome.


  • Considérations sur la Grèce moderne - Lieux Communs
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article536

    Personne ne peut répondre à la question de savoir pourquoi quelqu’un n’a pas créé quelque chose à tel moment donné. La constitution d’un peuple en commu­nauté politique n’est pas quelque qui va de soi, qui se donne, c’est quelque chose qui se créé. On peut simplement constater que lorsqu’une telle création est absente, les caractéristiques de la situation pré­cédente se perpétuent, ou ne changent que de forme.

    #Cornelius_Castoriadis

    Lire aussi http://seenthis.net/messages/36278